LES PREUX

En un très vieux manoir, avec des javelots

Et des pennons lancéolés sur ses murailles.

Une rage de bataille

Rouge éclatait en tableaux.

Grandir! on y voyait les féroces ramures

De la mêlée, où des paladins merveilleux,

Avec du soir au fond des yeux,

Tombaient, allongés morts en leurs châsses d'armures.

Hélas! tous ces cerveaux qui rêvèrent de gloire,

Fendus! et tous ces poings, coupés! traceurs d'éclairs,

Avec, dans l'air, leurs glaives clairs

Et leurs aigles de casque éployés dans l'Histoire.

Hélas! et la débâcle à travers leurs maisons,

Le deuil de la débâcle en des nuits de tueries,

Et les funèbres sonneries

Cassant la destinée en or de leurs blasons.

Pourtant, qu'ils soient tombés en corps-à-corps ardents,

Ramus de force et les dix doigts onglés de haine

Et la bouche folle et soudaine

Et le sang frais marbrant leurs dents.

Et contre la forêt fourmillante de lances

Qui s'avançait, qu'ils aient, le désespoir au clair,

Lourdes masses d'ombre et de fer,

Terribles bras d'acier, cogné leurs violences.

Qu'importe alors!--ils ont senti la joie unique

D'exprimer l'être humain en sa totalité

De hargne et de brutalité,

Jusqu'au tressant dernier de la mort tétanique!

(1889)

Poèmes: Les bords de la route. Les Flamandes. Les Moines · 第 35 / 245 题