SOIR DE CAVEAU

Des torchères dont la clarté ne bouge

Brûlent depuis les loins des jours, toujours,

Parmi la cruauté de ce caveau voûté,

D'ébène immense et lambrissé d'or rouge.

Les supplices d'acier et les meurtres d'airain

S'y souviennent: Néron, Procuste et Louis onze.

--Regards de proie, ongles de bronze,

Clous et tenailles dans leur main--

Un luxe vieux de métaux noirs habille

Le solennel granit d'un fût assyrien,

Érigé là, pour ne soutenir rien

Que les siècles et leur douleur indébile.

Soudain, sur ce pilier--ainsi qu'un ostensoir

Lamentable, là-bas, qui s'éclaire lui-même--

Masque de cire en un nuage blême,

Mon front surgit de souffrance et de soir:

--Bouche de cris tordus en muette prière,

Cheveux tristes d'orgueil fauché,

Chair seule, et, par le col tranché,

D'intermittents caillots de sang et de lumière--

Mon front, hélas! celui si pâle de ma mort

En ces caveaux immobiles d'or rouge,

Où plus jamais--sinon mes yeux--flamme ne bouge

Pour regarder ce faste en fer de ma mort.

(1891)

Poèmes: Les bords de la route. Les Flamandes. Les Moines · 第 36 / 245 题