de la gravure qui représente l'_arbre de vie_. Ce livre est dédié: “à la
plus belle demoyselle et Princesse Anne de Montofye, Duchesse de Lucé,
Royne, nymphe des nymphes, et fille unique de la noble Senahic.”
A la fin de cette pièce se trouvent deux pages imprimées en italiques,
indiquant la date précise de huit des livres de Bluet, et la couleur
emblématique, selon lui, dont chaque livre était recouvert. Le verso du
dernier feuillet contient une espèce d'apostrophe au Duc de Savoie, en
latin.
_Le 9ème Livre, des Rois_, 24 pages, dédié à Henry de Bourbon, Roy de
France, pour lequel 400 exemplaires ont été imprimés. Néanmoins ce livre
se termine par les mots: “Le Comte de Permission en a fait imprimer deux
mil copies.”
Dans d'autres exemplaires, ce livre est dédié à M. le Prince de Conty.
Ce n'est qu'une série de noms de fantaisie que l'auteur se plaît à
donner aux Rois et aux grands seigneurs de l'Europe, dans le genre de ce
qui suit: “Le Roy d'Espagne s'appellera Alexandre le Grand, monarque des
trésors des Indes, parceque Alexandre possedait de grands pays, et qu'il
étoit fils de Philippe. L'Archiduc d'Autriche s'appellera l'empereur des
Attrapes, parcequ'il a attrapé la Bourgogne, et s'en est faict Prince;
parcequ'il a attrapé les Pays-Bas, qui sont la Flandre, et parcequ'il a
attrapé la Princesse d'Espagne, pour en faire sa femme.”
_Le 10ème livre_ n'est composé que de comparaisons et d'épithètes
bizarres, comme celles du livre précédent. Il a de même aussi une
gravure de _l'arbre de vie_. On doit en avoir tiré deux éditions, car il
est dédié à Monsieur de Beaumont, dans un exemplaire, et à Henri de
Savoye, Duc de Nemours, dans l'autre, et chose assez singulière,
l'impression, dans tous deux, est datée du 16 Mars 1601.
_Le 11ème livre_ fut imprimé le 24 du même mois, “par le commandement du
Comte de Permission qui en a faict la composition; et en sera imprimé
deux rammes, dequoy en sera dédié deux cens coppies à Haulte et
Puissante Damoiselle De Lorraine.”
M. Paul Lacroix nous apprend que dans d'autres exemplaires, la dédicace
est adressée à Marie de Médicis Reine de France, et aussi à Ysabeau de
la Tour. Ce livre traite “de toutes les premières du monde, Princesses,
Roynes, dames et damoiselles de grande qualité, de noms, de surnoms et
interpretations.”
_Le 12ème livre_ traite “des grands seigneurs qui sont compris dans les
terres du Duc de Savoye, Roy David, soit en Piedmont, soit en Savoye, et
s'appellera le livre sans oubly.” Imprimé à 2000 exemplaires le 5 avril
1601, et portant en tête une gravure de l'arbre de vie.
_Le 13ème livre_ a un de ces titres-prospectus d'un feuillet dont nous
avons déjà parlé plus haut, d'après M. Lacroix, et au bas, on lit pour
la première fois, selon le même bibliographe, cet avis, que Bluet a
répété sur quelques autres titres-prospectus: “Le Comte de Permission
prétend donner tous ses livres reliez ensemble, à tous ceux à qui il en
a dédiez.”
_Le 14ème livre_, six pages, plus un feuillet non chiffré, fig.
_Le 15ème livre_, 12 pages, fig.
_Le 16ème livre_, 12 pages. M. Lacroix cite deux titres différents de ce
livre, l'un de deux feuillets, avec le portrait du Comte de Permission
agenouillé et entouré d'emblèmes; l'autre d'un seul feuillet, sans
figure.
_Le 17ème livre_ traite des visions du Comte de Permission et est dédié
à Antoine Zamet, _baron de cinquante mille escus, frère du Grand
Abraham_. 12 pages, sans fig.
_Le 18ème livre_ renferme quelques détails sur la paillardise, et sur
les Cornes de Moïse, d'un genre assez singulier.
_Le 19ème livre_ est dédié à Bastien Zamet, le grand Abraham, _marquis
d'un million d'or, par la grace de Dieu_. Douze pages, fig. Dans un
autre exemplaire la dédicace est à _Sebastian Zamet,--Grand Abraham,
père de familles de toutes les Europes, riche de deux millions d'or par
la grace de Dieu_.
_Le 20ème livre_ nous apprend que Bluet avait un frère boiteux,
probablement gardien de troupeau, comme lui, d'après l'allusion qu'il
fait.
Douze pages, et portraits en tête, de H. Du Plessis, R. Du Plessis, et
Isabelle Du Plessis, _la tant belle desirable_.
_Le 21ème livre_, 24 pages, fig. du prophète Nahum. Dédié à Henry IIII,
Roy de France et de Navarre. C'est une espèce de sermon à la manière de
l'auteur, sur les dissentions entre les Catholiques et les Protestans.
Quelques passages sont assez curieux, celui-ci entr'autres: “Voyla les
prédicateurs des deux religions; la plus part de leurs prédications,
c'est d'inciter de se couper la gorge les uns avec les autres. Voila le
prédicateur de la religion Philistienne qui preschera que ces pauvres
papaux font un Dieu de paste, et d'un goubelet d'argent, qu'ils sont
idolastres. Voyla les autres prédicateurs de la religion Catholique, qui
dirent: Ces Calvinistes sont des chiens qui mangent de la chair en tout
temps. Le Comte de Permission vous avertit de la part de Dieu, que cela
n'est point bon de rapporter toutes ces paroles... que de trente mille
qui vont à l'église, il n'y en a pas un qui fasse son devoir.”
_Le 22ème livre_ a douze gravures sur bois, qui remplissent plus de la
moitié des pages, et qui sont tirées d'une Danse des morts.
“Il faut que je me résolve,” (dit Bluet, avec tristesse s'apercevant
sans doute que ses livres ne se plaçaient plus aussi bien) “de me mettre
en bon estat, comme cestuy là qui s'en va mourir et rendre l'esprit,
avec une vraye repentance d'avoir offensé Dieu; et je ne pense estre que
trop riche quand je n'aurois que deux chemises, si je vois mon frère
Chrestien qui n'en a qu'une.”
_Le 23ème livre_, 12 pages, fig. Dédicace à Henri de Bourbon, Duc de
Montpensier. Il y a deux titres différents pour ce livre, d'après les
exemplaires.
_Le 24ème livre_, 12 pages, sans fig. M. Lacroix cite un titre de 2
feuillets avec les instruments de la Passion, et figure très singulière
et très équivoque.
_Le 25ème livre_, 12 pages, fig. Deux titres différents.
_Le 26ème livre._ “Ce livre s'appellera, dit Bluet, le renouvellement
des prophéties, dont la figure du prophete Nahum sera en teste.” 8
pages, fig.
_Le 27ème livre_; un titre de deux feuillets, avec figures. Un autre
titre sans fig. Ce livre, dit M. Lacroix, qui avait été imprimé en grand
volume, n'existe plus.
_Le 28ème livre_; un titre de deux feuillets, fig., 12 pages.
_Le 29ème livre_; titre de deux feuillets, avec armoiries des treize
Cantons. Ce livre qui avait aussi été imprimé en grand volume, n'existe
plus.
_Le 30ème livre_ est une série de visions des plus bizarres, telles que:
“Je voyois le soleil à ma fenêtre, lequel me crioit: ouvre moi la porte,
que j'entre en la maison; je veux entrer et tu me fermes tousjours la
porte.--Autre vision, que j'estois transporté en la Turquie, avec la
femme du Grand Turc, et qu'elle lisoit mes livres, et pleuroit des
livres que se devoyent imprimer. Les enfants du Grand Turc et de la
Turquesse ne se pouvoient lever que je ne les levasse.”
Ce livre, dans quelques exemplaires, est en double, et montre qu'il y en
a eu deux éditions, chacune du même nombre de pages (24), avec une
addition de neuf lignes en plus petits caractères, dans l'un d'elles.
_Les 31ème et 32ème livres_ ne présentent aucune observation. L'un a un
titre de deux feuillets, avec portraits, et se compose de 10 pages,
aussi avec portraits; l'autre a douze pages et traite “des discours et
interprétations des noms et surnoms des demoiselles de la Royne de
France.”
_Le 33ème livre_ est dédié à Marie de Médicis, _Impératrice de hasard et
de fortune_, et se compose de douze pages imprimées le premier jour de
l'an 1603. Bluet a l'idée originale dans ce livre d'appliquer aux damnés
le contraste du froid et du chaud: “Quand il est jour au monde, ceux des
enfers sont tourmentés par la glace et la froidure; d'autant qu'ils ont
eu la chaleur à mal faire, Dieu les veut refroidir par la glace; et
quand il est nuict au monde, ceux des enfers sont tourmentés par le
feu.”
_Le 34ème livre_ est dédié à la haute et puissante dame Henriette de
Balsac, Marquise de Verneuil, Royne de beau plaisir.
Au nombre de ces visions qui n'ont aucune suite, il y en a d'assez
curieuses: “Autre vision que je voyois la ressemblance de Madame la
Princesse et Duchesse de Nemours, et elle s'est venue présenter à moy,
en chemise, et me dist: mon amy, j'ay froid, poussez moy un peu dans
ceste chambre. Autre vision que je voyois une grande Duchesse qui avoit
perdu ses souliers, &c.”
_Le 35ème livre_ de 12 pages, avec figure, présente encore des visions.
Elles commencent par le récit d'un enlèvement de Bluet par un diable qui
le transporte aux lieux où il est né, le pose au milieu des marais où il
gardait les vaches. Puis ils se battent ensemble. Plus loin, il est aux
prises avec un autre diable à cheval. Bluet lui met le mors d'une bride
dans la bouche, et appelle au secours: “Je voyois le Pape et Messieurs
les Cardinaux qui ne me vouloient point secourir. Je leur ay dit: sauve
qui pourra, car je m'en vais le laisser aller, je ne le peus plus
tenir,” &c. &c.
_Les 36ème, 37ème et 38ème Livres_, de 12 et 24 pages, avec figures, ne
renferment également que des visions. L'une d'elles montre jusqu'à quel
point la malheureuse cervelle du Comte de Permission était bouleversée
par la vanité: “Il m'est apparu que j'étois transporté en la maison
d'une grande dame de mes amies; j'étois accoustré d'un habit à
l'antiquité, portant une palle de feu en ma main; il y avoit une table
toute pleine de vesselle d'argent doré... trois capucins qui avoient une
face reflambante ont dict à la compagnie qu'ils étoient venus pour me
veoir, je leur suis allé parler, les larmes leur distiloient des yeux,
et m'ont dict: vous avez la plus grande obligation à cestuy grand Dieu
de là haut; il n'y a jamais eu pape, et n'y aura qui aye jamais pu faire
ce que vous avez faict. Vos livres regneront jusqu'à la consommation du
monde, vous serez tenu à merveille au dernier temps, ce que vous n'estes
pour le présent; monstrez nous de vos œuvres. Je leur en ai monstré.
Quand ils ont eu de mes œuvres, ils ont commencé à chanter à haulte
voix: Gloire soit donnée au Grand Dieu Eternel, et bénédictions soient
données à vos actions et à vos œuvres.”
“Je leur ay dict: cela n'est rien pour le présent, au prix de ce que je
feray pour l'avenir, s'il plaist à Dieu. Je vais oster toutes les
difficultés de toutes les divisions, y compris la Turquie,” &c. &c.
Il y a un second 38ème livre, de 12 pages, intitulé: _des sentences,
&c._, imprimé le 27 février 1603, et dédié “à Anthoine Zamet Jacob, fils
aîné du grand Abraham, et de la Victoire de Laurier, sa mère.”
_Livre 39ème_, deux feuillets, fig.
Entre ce livre et le 40ème dont nous allons parler, il se trouve deux
morceaux, dans l'un des exemplaires que nous avons lus, qui ne portent
aucune indication soit de série, soit de classification quelconque, et
qui ne sont point mentionnés par les bibliographes. Ils n'ont ni titre,
ni gravure. Il est donc impossible de deviner où ces morceaux devraient
être placés. Ils sont néanmoins complets en eux-mêmes, paginés de 1 à
12, et indépendants de tout autre livre. Voici les premières lignes de
chacune de ces pièces: “Autre vision que je voyois que les gens du Roy
de France venoient me dire: chauffez un peu ceste serviette pour le Roy
nostre maistre, et moy approchant la serviette proche du feu, elle ne se
vouloit point eschauffer.”
“Quand le ciel est bien clair, le soleil étend ses rayons sur le monde;
subitement vient la nuée qui se met devant le soleil, et tout à l'heure
le soleil retire ses rayons, et sont cachés,” &c.
_Les livres 40, 41, 42, 43, et 44_ ne nous présentent que deux
observations à faire. Au bas de la 1ère page du 41ème livre se trouve la
remarque suivante: “Le quarante deuxième livre qui est le tableau du
Paradis et de l'Enfer, est en grand volume, et ne peult pas entrer en
cestuy rang.”
A partir du 43ème livre, De Bure, dans son catalogue des Œuvres de
Bluet, avance que les livres suivants n'ont pas de figures. Néanmoins
presque tous ces livres en ont en tête, mais le 43ème qui commence par
une gravure représentant St Pierre et St Paul, en contient une à
mi-page, au verso et au recto, jusqu'à la fin des douze pages.
_Livre 45_; “_Figure qui représente les douleurs qu'a enduré la Vierge
Marie._” Tel est l'intitulé de ce livre de douze pages, collection de
visions bizarres dans le goût de celle ci: “Le Grand Turc m'est venu
dire: Comte de Permission, allez au grand juge et sauveur vostre
maistre, qu'il luy plaise prolonger son grand jugement, et me donner un
petit de temps, que je me puisse amender, pour demander miséricorde;
j'aboliray la loi et la religion de Mahomet l'enchanteur, je la fouleray
sous les pieds, et observeray vos ordonnances, moy et tous mes royaumes
et empires.”
_Les livres 46, 47, 48_ ont chacun 12 pages et une gravure.
_Livre 49_; idem. “Le Duc de Nemours me fit donner douze ducats, m'en
allant à Chamberry, pour m'accoustrer, et je m'accoustris depuis les
pieds jusques à la teste, tout de frize noire, et les dames me
demandoient qui m'avoit donné cestuy habit; je leur dis que c'estoit le
Duc de Nemours, la fleur de mes amis, et ne le vois plus, à mon grand
regret.”
_Les livres 50 à 57_ ne présentent pas d'observations à faire.
_Le livre 58ème_ de douze pages, a en tête une petite gravure sur bois,
passablement indécente, et dont nul bibliographe n'a parlé. Le titre
porte: “Dédié à haulte et puissante Dame, princesse et duchesse de
Guise, Royne de Sabat. Iceluy livre traicte du remède comment les femmes
mettent les hommes en tentation, et comment les hommes doivent
résister.”
L'auteur explique la gravure de la manière suivante: “L'homme sera
couché à la renverse, la femme sera aussi couchée vis-à-vis de l'homme.
Une des gorges d'un serpent à deux gorges et à quatre griffes, tirera la
langue de l'homme, et l'autre gorge engouffre la partie honteuse de
l'homme. Sur la femme il y aura un dragon qui aura une grande queue,
laquelle entrera dedans la partie honteuse de la femme, les deux griffes
sur les deux mamelles. Il ne faudra pas que l'homme dise à Dieu: les
belles femmes m'ont monstré leurs testins, elles m'ont induict à mal
faire; il n'y aura poinct d'excuse.”
Tout ce livre est fort curieux, mais trop long pour le transcrire ici.
_Livre 59_; douze pages. Portrait d'Argentine Provane, _la plus belle
damoyselle qui soit en Italie, de là les monts_, à laquelle le livre est
dédié.
Le verso de la dernière page est rempli par dix portraits en buste, du
Duc de Savoie et de ses enfants.
_Livre 60_; douze pages, gravure. “Comme je m'en allay trouver Abraham,
j'ay rencontré Monsieur l'Ambassadeur d'Espagne qui m'a convié pour
aller disner avec luy; j'y suis allé, et il m'a faict donner un escu,
après que j'ay eu disné.”
La plupart de ceux que Bluet mentionne à cette époque comme leur ayant
donné un de ses _gros livres_, lui font remettre un écu. Le Prince
d'Orange lui fait présent d'un doublon d'Espagne, et Dom Pierre de
Balançon, d'un beau pourpoint de satin.
_Les livres 61 à 65_ n'offrent pas de remarques à faire.
_Livre 66_; douze pages (le titre porte par erreur lxvii). En tête est
le portrait du Comte de Permission, ressemblant beaucoup à celui de
Ronsard, et entouré par deux branches de laurier. Au revers est un
portrait d'Argentine de Provane, fille du Grand Chancelier du Duc de
Savoie “qui eust esté ma femme, si je ne fusse demeuré en France,” dit
l'auteur.
_Les livres 67, 68, et 69_ ne m'ont pas présenté d'observations à faire.
Le livre suivant, indiqué comme le _octante deuxième_, et intitulé _le
Livre des trois couronnes_ à cause de la gravure qui se trouve en tête,
répond, dit Bluet, “et suit au soixante-neufiesme livre, et est des
visions depuis le cinq Novembre, jusqu'à présent.”
Il a 12 pages, comme les précédents.
_Le livre 70ème_ est dédié au Duc de Maine, et imprimé le 10 Novembre
1603. Il traite de la vie de l'auteur, ainsi que plusieurs des livres
suivants, comme nous l'avons indiqué dans la biographie du Comte de
Permission.
_Le livre 75ème_ est celui où se trouve la gravure indécente qui manque
à la plupart des exemplaires.
_Le livre 77ème_ renferme plusieurs aventures où l'on voit que tout le
monde s'amusait aux dépens du pauvre Bluet, et le raillait surtout de
son peu de courage.
_Le livre 78ème_ porte en tête la gravure d'une chapelle sur roulettes.
“C'est une chapelle, dit-il, que j'avois faicte à Chambery, et m'y
tenois tout droit, et me couchois tout de mon long dedans, et la pouvois
porter sous mon bras, et y faisois mes oraisons aux églises et ailleurs.
Je voyois et on ne me voyoit poinct, et estant dedans je la faisois
aller où je voulois, avec ses roues et autre subtilité et industrie.”
Cette description est très énigmatique, nous paraît-il, et il est fort
difficile de comprendre comment Bluet pouvait en même temps s'y coucher
tout de son long, et aussi, lorsqu'il voulait, la mettre sous son bras
et l'emporter.
_Le livre 79ème_ a aussi la gravure de la chapelle, mais entièrement
différente en construction et accessoires.
_Le livre 81ème_ a une petite gravure représentant le portrait en pied
de sa maîtresse Antoinette Coynder, qu'il manqua épouser, dit-il,
lorsqu'il eut quitté l'état de berger. Puis vient un autre portrait en
pied de la servante de Madame la Comtesse de Fournon “à laquelle je
failly me marier quand j'eus quitté la paysanne.”
_Le livre 82ème_ continue la série des portraits en pied des personnes
qu'on a voulu lui faire épouser. Le troisième est celui _de Damoiselle
du Gayet qui s'appelloit Adriane de Quincin_. Le quatrième est celui de
_la fille d'un écuyer de chevaux, nommé George Estrajo_.
_Livre 83ème._ Nouveaux portraits en pied de Mademoiselle de Senamy, de
la belle Catherine de Gratian, la fille de chambre de la Marquise d'Ais;
de Lucrèce de Lalee, damoiselle de la Tornette; de Peronne Pobel. “Bref,
ajoute-t-il, je dis avec vérité que j'ay eu autant de maîtresses, qu'il
y a de mois en l'année. J'ay failly de me marier à toutes.”
_Le livre 84ème_ contient le portrait d'Argentine Provane, “la plus
belle qui soit et qui jamais aye esté en toute l'Italie. Il n'y a
peintre, si brave soit-il, qui puisse imiter sa rare et excellente
beauté.”
_Le livre 85ème_ est dédié à Henriette de Balsac, Marquise de Verneuil,
Royne de beau plaisir. “Ce livre traicte de la continuation de ma vie,
tant de fortune que de mon infortune pour ne m'estre pas sceu gouverner
selon les fantaisies et dissimulations du monde: Chacun mesure la
capacité des esprits d'autruy, comme ils mesurent la leur; mais celuy
qui compte sans son hoste, est sujet à compter deux fois. Les penseurs
feroient beaucoup si ce n'estoit leurs contre-penseurs. En Dieu je me
console.”
_Le 91ème_ livre traite de l'interprétation du Royaume de France et des
provinces et duchés qui appartiennent au Grand Empereur Théodose.
_Le 92ème_ est la continuation du même sujet.
_Le 93ème_ contient l'interprétation du nom des possessions du Roy du
Levant.
_Le 94ème_ livre est intitulé _le livre de la désolation et
lamentation_, et dédié au Nonce du Pape. “Le sujet en est, dit-il,
l'interprétation de l'Annonciation de la Vierge Marie.” Ce livre de 12
pages, malgré ce qu'il annonce, ne se compose que de plusieurs courtes
oraisons et prières.
_Le livre 95ème_ est dédié “à Catherine de Lorraine, Princesse et
Duchesse de Nevers, Royne de toute Vertu, l'Excellence de la France.”
Ce livre est également rempli d'oraisons. Portraits des prophètes Elie
et Enoch, Jérémie et David.
_Livre 96ème._ En tête se trouve le singulier intitulé suivant, en
lettres Italiques: “Il n'y a nul rapport au contenu de ce livre dédié à
la Princesse de Dombes et de Montpensier: Pere Cothon s'appellera
Rembourré parceque le coton sert à rembourrer les pourpoints, et luy
comme plein de vérités, rembourre le vice.”
En tête, figure du prophète Isaïe, qui fut le premier, dit Bluet, qui
ait prophétisé l'avénement du fils de Dieu.
_Le livre 97ème_ est intitulé: _Le Prophète Daniel_, et donne son
portrait. Ce livre traite _de l'interprétation du Duché de Nemours, et
autres royaumes et principautés_. “Le Duché de Nemours s'appellera
Tentation d'amitié, parceque Amour est amitié: un amoureux et une
amoureuse qui se baisent, pour armoiries.” Une gravure en marge les
représente.
“Rome en Genevois, s'appellera aveugle, parceque celuy qui est borgne
n'est pas aveugle: un homme borgne pour armoiries.” Gravure d'un borgne.
Tout est de cette force, durant douze pages.
_Le livre 98ème_ est dédié _à Monsieur le Grand, de France, gouverneur
pour le premier du monde, de la Duché de Bourgogne_.
Nous avons cité plus haut le volume des _dernières œuvres de Bluet
d'Arbères_, volume séparé et excessivement rare, de 200 feuillets, avec
des gravures sur bois, et qui commence au livre 141 et finit au 173ème.
Nous nous proposions d'en donner également une analyse détaillée, mais
ce travail a été si bien exécuté par _le Bibliophile Jacob_, dans le
Bulletin du Bibliophile de Techener, du mois de Juillet 1859, page 450,
que nous avons préféré y renvoyer les curieux.[51]
[51] Nous consignerons ici, en finissant, une note de Beuchot dans le
33ème volume de son édition des œuvres de Voltaire, où il est
question du Comte de Permission: “Fréron reproche à Voltaire, y
est-il dit, d'avoir tiré presque mot pour mot l'épisode de
_l'hermite_, dans _Candide_, d'une pièce de 150 vers, intitulée _The
Hermit_, par Th. Parnell. Avant Parnell, plusieurs auteurs avaient
traité le même sujet, et entr'autres Bluet d'Arbères, dans le livre
105 de ses œuvres. C'est en 1604 qu'avaient paru les livres 104 et
115, dont on ne connaît encore qu'un seul exemplaire, découvert en
1824.”
JEAN MARIE CHASSAIGNON.
“Les cataractes de l'imagination, déluge de la scribomanie, vomissement
littéraire, hémorhagie encyclopédique, monstre des monstres, par
Epiménide l'inspiré--Dans l'antre de Trophonius, au pays des visions.--4
vol. in 12º, 1779.”
Certes, ce titre seul annonce que notre auteur eût pu être mis dans une
maison de santé, sans grande injustice, d'autant mieux que ce n'est ni
ce titre, ni cet ouvrage seulement, qui prouvent le dérangement des
idées de l'auteur, mais encore la manière de traiter ses sujets.
Une mauvaise gravure représentant l'auteur en robe de chambre, assis à
son bureau, ayant derrière lui la Renommée et la Muse de l'histoire, se
trouve vis-à-vis du titre du 1er volume. Au dessous sont gravés les cinq
vers suivants:
Muses, retirez-vous, je cède à mon génie,
Un cœur comme le mien est au dessus des lois.
La crainte fit les dieux, l'audace fit les rois.
Qui consulte est un lâche et ne sait point écrire.
Servons d'exemple, et n'imitons personne.
Chassaignon a certainement tenu parole, car il n'a imité qui que ce
soit, mais ses vœux sont restés inexaucés, il n'a heureusement servi
d'exemple à personne.
Dans une longue préface de près de cent pages, il avoue qu'il écrit dans
un genre inconnu à son siècle, et il apostrophe ainsi ceux qui
douteraient de son mérite: “Mais lis encore une fois, insolent faquin,
lis, dégoûté scélérat, lis, bourreau mécréant, qui doute de notre
supériorité originale,” et à ses critiques trop rhéteurs et puristes il
dit: “d'un seul éclat de mon imagination, je foudroierais ce pusillanime
troupeau d'esclaves, nés pour aligner des mots, symétriser des phrases
et couper les ailes du génie.”
Comme nous l'avons déjà fait observer, les monomanes ont souvent la
connaissance parfaite du dérangement de leurs idées. Ce fait est prouvé
par la science. Aussi notre auteur décrit très bien lui-même comment ses
accès de folie commencent: “Je n'écris jamais plus d'une heure de suite,
souvent même je cesse au bout d'un quart d'heure, une crispation dans
les nerfs, un éblouissement dans la vue, une palpitation de cœur, une
ébullition de cerveau, m'empêchent de tenir la plume, de regarder le
papier, et même de combiner mes idées. Souvent au moment où j'entre en
verve, mes fibres organiques s'ébranlent et se déchirent, je retiens une
explosion qui m'accablerait.”