qu'il énonce: “l'Esprit des lois, le Cid, Cinna, Emile et Mahomet n'ont
pour moi que d'arides beautés. Voltaire, J. Jacques, Corneille, et
Montesquieu n'ont pas senti ce que je sens. Je préfère _moi_ à tous ces
fastidieux personnages.”
Il raconte plusieurs des visions qu'il eut; une entr'autres pendant la
nuit qui lui représente l'enfer: “_Horrescentes stetêre comæ_, dit-il,
la plume m'échappe ici de frayeur; encore une minute, et j'expirais.
J'écrivis ma vision à un incrédule qui en perdit la tête, et mourut.”
Ayant conçu le plan d'une satire sanglante qui retracerait un tableau
des scélératesses qui ravagent notre globe, il évoque tous les souvenirs
les plus capables de lui donner ce qu'il nomme _des convulsions
poétiques_. “Que la rage, la haine et la vengeance, s'écrie-t-il,
broient mes couleurs avec leurs bras de fer... Un frénétique accès
s'empare de ma verve, l'Etna est dans ma tête, le Vésuve est dans mon
cœur.”
Monté à ce diapason, il consacre un chapitre à l'expression du désir que
les “coups de sa plume soient aussi destructifs que les dents de
l'Ichneumon qui pénètre dans les entrailles du crocodile, et les lui
déchire; aussi terribles que des tenailles rougies qui emportent des
lambeaux de chair et arrachent le cœur... que ces satyres ressemblent au
tonneau armé en dedans de lames tranchantes, dans lequel les
Carthaginois firent rouler Régulus tout nu... qu'elles soient aussi
meurtrières que le poison qu'Agrippine reçut de l'empoisonneuse
Locuste”... et une foule de souhaits semblables, remplissent six pages.
Enfin il conclut en disant que si quelqu'un était tenté de le persifler:
“Ah! je l'en préviens, je lui fais effacer ses écrits dans des larmes de
sang; j'imprime sur son front le fer de la satire, rougi sur une braise
infernale, et on le verra convulsionner sous le poignard du remords...
je le contraindrai à se pendre de honte et de desespoir!”
Je pense qu'après cette tirade, personne ne doutera que notre forcené
méritait d'être mis aux Petites Maisons.
Les chapitres suivants sont consacrés à la critique de la littérature de
l'époque. Après un assez long examen des meilleurs écrivains français,
il conclut en disant qu'il n'en finirait pas s'il prenait à tâche de
relever tous les solécismes, barbarismes, expressions impropres, vers
boursoufflés, images incohérentes, mots vagues, rebattus, rimes
oiseuses, négligences basses, licenses choquantes, fatiguantes
répétitions, &c. &c., dont fourmillent les chefs-d'œuvres de Boileau,
Racine, Corneille, Voltaire, Crébillon, Rousseau, &c. &c.
Après cet examen vient un volume et demi de notes, sous le titre de:
_Détachement ou Entrailles du monstre_, titre qu'il justifie par le
motif suivant: “Ces notes étaient d'abord consubstantiellement
renfermées dans les volumes, et y occasionnaient une espèce
d'engorgement et d'obstruction. Pour dégager la masse, vider le
ventricule, et éclaircir le chaos, on a cru devoir en détacher les
parties hétérogènes, indigestes et compliquantes, et donner ces notes en
supplément.” Cette explication aurait pu trouver place dans quelques
endroits du _Médecin malgré lui_.
Vers le milieu du 4ème volume se trouve une espèce de Post-face de deux
feuillets, imprimés en encre rouge, et intitulés: _Fin du Monstre et de
ses entrailles, suivie (sic) de la fin du monde et d'une esquisse des
Enfers_.
L'ouvrage se termine par deux cents pages presque toutes consacrées à
une amère critique des œuvres de Voltaire, ce que l'on ne devinerait
guère sous le titre, en encre rouge, de: _Arrière-Monstre, plus terrible
que le Monstre: Paraphrase des prophéties d'Ezéchiel, &c. &c., visions,
enfers, apocalypse nouvelle. Offrande au Clergé._
Le lecteur ne doit pas s'imaginer pourtant que ces quatre volumes ne
soient remplis que d'extravagances; l'auteur y déploie une très grande
érudition, et prouve par ses citations et ses extraits sans nombre,
qu'il avait immensément lu, et, qui plus est, retenu ses lectures.
Malheureusement tout est si incohérent, qu'il serait difficile de les
lire en entier. C'est évidemment le produit d'un cerveau en délire.
Dans un autre ouvrage: _Les nudités, ou les crimes du peuple_, 8º, 1793,
Chassaignon nous a retracé les malheurs que les aberrations de son
esprit attirèrent sur lui. M. J. Lamoureux, dans l'article qu'il lui a
consacré dans la Nouvelle Biographie Universelle, par Firmin Didot, t.
10, p. 42, a très bien résumé ces événements. Nous y renvoyons les
curieux et nous nous contenterons d'indiquer les autres ouvrages de
Chassaignon.
1º. Eloge de la Brotade (Poème de Julien Pascal), par un enthousiaste.
Genève (Lyon) 1779, in 12º.
2º. Les Etats Généraux de l'autre monde, vision prophétique. Le Tiers
Etat rétabli pour jamais dans tous ses droits, par la résurrection des
bons Rois, et la mort éternelle des tyrans. Langres (Lyon) 1789, in 8º.
3º. Etrennes à Messieurs les Rédacteurs du Courrier de Lyon, Autun
(Lyon) 1790, in 8º.
4º. Les Ruines de Lyon, Ode, 1794, in 8º.
Ces ouvrages, dit M. Breghot du Lut (Mémoires biographiques et
littéraires, 1828, in 8º), sont devenus fort rares, et contiennent la
plupart, au milieu de beaucoup de folies, des choses très sensées et
très spirituelles.
Il publia en 1793 une défense de Chalier, ce disciple de Marat, condamné
à mort. Ce fut peut-être ce qui lui permit de traverser le règne de la
Terreur sain et sauf. On l'avait porté sur la liste des émigrés. Il
adressa une réclamation aux Représentants du peuple, dans laquelle il
dit, entr'autres choses originales, “Comme on sait que les penseurs ont
l'âme cosmopolite, les affections vagabondes, l'imagination aîlée et
émigrante, on s'est diverti à mettre mon nom sur la liste des émigrés,
et cette petite malice ne tend à rien moins qu'à me faire mourir de faim
et de soif.”
Heureusement pour lui, ce ne fut pas la fin qui lui était destinée. Il
mourut tranquillement, mais l'esprit toujours exalté, à Thoissy,
département de l'Ain, à l'âge de 60 ans, dans un modeste domaine dont il
avait hérité.
Son frère, épicier à Lyon, sa ville natale, fit servir à envelopper les
marchandises de son commerce, les nombreux manuscrits laissés par le
défunt, et parmi lesquels se trouvait une tragédie de _Cromwell_.
ALEXANDRE CRUDEN.
Ce savant était fils d'un des magistrats d'Aberdeen en Ecosse, et naquit
en 1701. Sa folie bien caractérisée, et d'autre part la preuve qu'il
nous a laissée de sa science philologique et de ses patientes
recherches, en font un des phénomènes les plus curieux de l'aberration
mentale. A dix-neuf ans il prit ses degrés de Maître-es-Arts, et se
destinait à devenir ministre de la religion, mais toute sa carrière fut
interrompue par un événement qui bouleversa à jamais ses facultés
mentales.
Durant ses études à l'Université, il conçut une passion violente pour la
fille d'un des ministres de sa ville natale, mais celle-ci ne répondit
pas à ses sentiments, et comme il continuait ses poursuites avec une
obstination que rien ne pouvait vaincre, le père de la jeune personne
fut obligé de lui interdire sa maison. Ce désappointement produisit un
effet si terrible sur son organisation qu'il fut frappé de folie
immédiatement après, au point que l'on dut l'enfermer dans une maison de
santé. Cet événement fut peut-être un bonheur pour lui, car on découvrit
plus tard que la jeune fille avait été la victime d'une passion coupable
pour l'un de ses frères.
Au bout de quelque temps les soins assidus des amis de Cruden, et son
application à l'étude qu'il avait toujours conservée, durant ses moments
de lucidité, finirent par donner un peu de calme à son esprit malade, et
l'on put le rendre à la liberté. Afin de détourner le cours de ses
idées, il quitta Aberdeen et vint s'établir à Londres en 1722. Il y
donna pendant quelque temps des leçons particulières, puis alla habiter
l'Ile de Man, et obtint enfin la place de correcteur d'imprimerie dans
la Métropole. Ses connaissances et son assiduité au travail lui firent
des protecteurs, et il fut recommandé à Sir Robert Walpole, par
l'influence duquel il fut nommé, en 1735, libraire de la Reine Caroline,
épouse de George II. Depuis longtemps il s'occupait d'un grand ouvrage,
_La Concordance de la Bible_. On sait que dans l'origine les Saintes
Ecritures n'avaient aucune division en chapitres ni en versets,
divisions qui furent établies plus tard pour faciliter la lecture et les
citations. C'est la corrélation des divers passages qui forme la base du
travail de Cruden, qui appliqua à la Bible ce qu'on avait fait pour les
auteurs Grecs et Latins, afin de trouver à volonté les concordances du
texte. La préface de la première édition donne un résumé historique de
tout ce qui a été fait avant lui, dans ce genre, et établit d'une
manière très claire les avantages de cette œuvre de patience qui
l'occupa toute sa vie. On peut se faire une idée de l'immense labeur
exigé pour un pareil livre, lorsqu'on se rappelle que le premier essai
se fit sous la direction d'Hugo de St Marc, qui pour cela employa, en
1247, cinq cents moines à la fois.
Maintenant que Cruden avait un poste qui lui laissait quelque loisir, il
mit la dernière main à son ouvrage, et la première édition en fut
publiée en 1737. Elle était dédiée à la Reine, à laquelle il en présenta
un exemplaire, et qui lui promit son appui, et lui assura qu'elle ne
l'oublierait point. Malheureusement pour l'auteur, elle mourut seize
jours après, et ainsi s'évanouit tout espoir pour lui d'être aidé
pécuniairement. C'était un terrible coup, car il avait engagé son
modique avoir tout entier dans cette immense entreprise. Aussi sa
profonde anxiété, jointe sans doute à une trop grande tension d'esprit
par suite d'un excès de travail, le privèrent de nouveau de l'usage de
sa raison, et on dut l'enfermer dans la maison de santé de _Bethnal
Green_. A sa sortie il publia un pamphlet satirique, plein de
bizarreries, dans lequel il se plaignait des mauvais traitements qu'il
prétendait avoir reçus; il intenta en même temps une action contre le
médecin et le directeur de l'établissement, mais l'examen judiciaire de
la cause, et le plaidoyer qu'il voulut faire lui-même, prouvèrent que si
sa mise en liberté était sans danger pour ses amis, ses facultés
intellectuelles étaient néanmoins décidément dérangées. Malgré cela, il
reprit ses occupations de correcteur d'imprimerie, et continua pendant
plusieurs années à revoir les feuilles de plusieurs éditions des
classiques Grecs et Latins, sans donner d'autres signes de son état
mental qu'une grande taciturnité et une constante mélancolie.
Un événement montra que son ancienne blessure ne s'était pas cicatrisée.
Un jour un de ses amis, Mr Chalmers, lui proposa, afin de le distraire,
de le présenter chez un des marchands de la Cité, qui par le plus grand
des hasards se trouvait être un des frères de celle qui avait été la
cause de sa folie. Ce fut elle-même qui vint ouvrir la porte. A cette
vue Cruden se jette en arrière, et saisissant violemment et d'un air
effaré la main de son ami: C'est elle! s'écrie-t-il, ah! elle a toujours
les mêmes beaux yeux noirs!--
Mr Chalmers le ramena en toute hâte chez lui, et eut beaucoup de peine à
calmer son agitation. Il n'y eut pas de seconde entrevue, mais il ne
prononçait jamais le nom de cette jeune femme, sans qu'une sombre
douleur ne s'emparât de lui aussitôt.
En 1753 sa sœur fut obligée de le faire garder de nouveau à vue, dans
une maison de Chelsea, et lorsqu'au bout de quelque temps, ses
excentricités paraissaient avoir disparu, une idée bizarre s'empara de
lui. Convaincu qu'on lui devait une réparation pour la perte de sa
liberté, et qu'il ne pouvait l'obtenir de la justice ordinaire, ainsi
qu'il en avait déjà eu la preuve, il écrivit à sa sœur et à plusieurs de
ses amis, leur proposant, avec la plus grande simplicité, de lui fournir
eux-mêmes _une légère compensation_, de l'injustice qu'il avait
soufferte, par un moyen très facile. C'était de subir à leur tour un
emprisonnement à Newgate. Sa sœur, disait-il, en serait quitte en lui
payant une amende de dix ou quinze livres, et pourrait choisir entre les
prisons de Newgate, de Reading, d'Aylesbury, ou le château de Windsor,
où elle resterait enfermée durant quarante huit heures seulement.
Le reste de la vie de Cruden s'écoula dans une espèce de paisible
hallucination. Il croyait avoir reçu du ciel une mission spéciale de
corriger les mœurs publiques, et quoiqu'il continuât paisiblement ses
occupations quotidiennes à l'imprimerie, ordinairement jusqu'à une heure
de la nuit, il trouvait encore le temps de travailler à corriger sa
_Concordance de la Bible_, dont il se proposait de donner une nouvelle
édition. Elle fut publiée en 1761, l'auteur en présenta un exemplaire au
Roi, qui lui octroya une indemnité de deux mille cinq cents francs.
Jouissant maintenant de quelque repos, sa manie religieuse l'absorba
tout entier. Dans ses visions, des voix célestes lui disaient qu'il
avait une grande mission à remplir. Il crut que pour le faire
efficacement, son autorité devait être reconnue par le Roi en conseil,
et il demanda à être nommé _Correcteur du peuple_ par acte du Parlement,
et à être créé _chevalier_.
Il nous donne lui-même de curieux détails sur ses démarches, à cet
effet, auprès des chambellans et des Ministres d'Etat. Comme il était
fort connu, on ne le rudoyait jamais, mais on cherchait à échapper à ses
importunités. Il se plaint souvent de ce qu'on l'évite, excepté,
raconte-t-il, un Lord qui, ayant la goutte dans les pieds, fut forcément
obligé de lui donner audience.
Une autre de ses manies fut de faire la cour à la fille d'un baronnet,
et, malgré tous les refus, il continua à importuner la jeune personne de
ses poursuites incessantes. Pour éviter une esclandre son père la fit
partir pour un voyage; Cruden aussitôt fit circuler dans le public des
prières imprimées où il implorait l'assistance de Dieu pour qu'elle et
sa suite revinssent sans accident dans leurs foyers. A son retour, il
distribua également des actions de grâce pour remercier le ciel.
Toujours résolu à être de fait ou de droit le correcteur de la moralité
publique, il parcourait les rues, une éponge dans sa poche, et effaçait
sur les murs les inscriptions qui lui paraissaient n'être pas conformes
à l'honnêteté, ou il arrachait les affiches.
En 1769 il fit une excursion dans sa ville natale, et en sa qualité de
correcteur du peuple, y fit des lectures publiques en Latin et en
Anglais, sur la nécessité d'une réforme générale des mœurs. Il
distribuait des pamphlets sur le même sujet à tous ceux qui voulaient
les lire.
Il mourut d'une façon aussi extraordinaire qu'il avait vécu. Un matin,
la femme qui le soignait dans son modeste logis à Islington, le trouva
dans le privé, mort et agenouillé dans l'attitude de la prière.
Parmi les nombreux pamphlets que Cruden publia, un des plus curieux est:
_The adventures of Alexander the Corrector_, in 8º, Londres, 1754.
Il y a une naïveté dans les détails, et une conviction si profonde de la
mission qu'il est appelé à remplir, qu'on ne peut s'empêcher d'être
convaincu que le malheureux ne recouvra jamais l'usage complet de sa
raison. Cette brochure, ainsi que toutes les autres, du même auteur, est
assez rare, et il serait fort difficile de les réunir toutes.
SIR THOMAS AMES GEVAEFT.
On vit paraître en Belgique, en 1839, un volume des œuvres d'un écrivain
dont le nom inscrit au titre, paraît être un pseudonyme, mais dont les
idées, quel qu'il fût, avaient un cachet évident de folie. Nous croyons
ce volume très peu connu, et comme il rentre tout-à-fait dans notre
cadre, nous en donnerons une courte analyse.
L'auteur commence par une préface où il adresse au peuple Belge un avis
sur les droits d'auteur. “Plusieurs des principaux articles de votre
belle constitution sont sortis de ma plume, dit-il, et quoique
jusqu'ici, je n'aie reçu de récompense des éminents services que j'ai
rendus à la cause des Belges, malgré tous les titres que j'ai fait
valoir au gouvernement, je ne puis contempler mon ouvrage sans ressentir
ce noble sentiment d'orgueil, connu seulement aux hommes savants et
vertueux.”
“L'impression de mes beaux poèmes, tous dédiés à des têtes couronnées,
et dont le manuscrit est déposé, est le prélude de celle de mes œuvres
complettes, et ce, en ma triple qualité d'historien, de Jurisconsulte et
de poète Anglo-Français.”
Ces _beaux_ poèmes sont d'abord des méditations sur le tombeau de Saint
Louis, dédiées _Au Saint Père Grégoire XVI, Pontife Suprême_; puis vient
LA CRÉATION, _Poème dédié à sa Majesté Louise, Reine des Belges_; en
troisième lieu: LE DERNIER JUGEMENT, _dédié à sa Majesté Louis Philippe
I, Roi des Français_. Le quatrième poème, écrit en Anglais est intitulé:
_The Shipwreck_, et dédié _à sa Majesté Léopold I, Roi des Belges_.
Viennent enfin plusieurs morceaux plus courts ayant pour titres: _La
Vertu_; _La Vérité_; _Le Patriotisme_, et trois esquisses en anglais et
en prose, sur le caractère de la poésie de Jérémie, d'Isaïe et de David.
Notre auteur a les idées les plus excentriques sur la versification
française qu'il décrit à sa façon: “Les vers alexandrins, dit-il,
n'admettent à la rigueur que douze syllabes ou six pieds, mais le poète
d'un génie supérieur ne se laisse pas dominer par de pareilles entraves.
Se trouvant dans les champs si vastes de la poésie, il dédaigne la
rigoureuse sévérité susdite, sévérité qu'il sacrifie à ses sublimes
conceptions qui, semblables à un torrent impétueux, renversent tous les
obstacles qui s'y opposent. L'homme qui a écrit sur un sujet aussi vaste
(que ceux que traite notre poète) doit posséder à peu près toutes les
connaissances humaines; il doit avoir acquis par une grande expérience,
l'autorité nécessaire à faire adopter ses opinions par tous ceux qui se
distinguent dans les connaissances susdites: Cet homme, c'est le fils de
l'écriture Sainte; cet homme, c'est moi, et alors même que je n'en eusse
d'autres preuves, mes œuvres le prouvent, et par mes œuvres je veux que
l'histoire me juge. Partant de ces principes et en vertu de mes droits,
j'ai introduit dans la langue française plusieurs nouvelles expressions,
inconnues à elle jusqu'à ce jour, et sauf à les expliquer moi-même; je
déclare en même temps loin de moi toute vanité, loin de moi toute
crainte de faire usage d'un droit, dont la postérité, peut-être même mes
contemporains, me tiendra, me tiendront, compte un jour.
“La langue de l'écriture Sainte fourmille de tant de beautés de toutes
espèces, qu'il est juste que les cinq langues dont les Pères de l'Eglise
ont fait et feront toujours usage, s'entraident, surtout dans les
compositions élevées.”
“J'ose espérer, dit l'auteur, en terminant sa préface, qu'un public
éclairé et impartial saura apprécier les difficultés qui entourent les
compositions de ce genre, qui ont le bien-être de l'humanité pour but,
et qu'il me rendra justice avec la loyauté, l'impartialité et la bonne
foi qui caractérisent les nations civilisées de l'Europe.”
Dans son adresse au Pape Grégoire XVI, il donne quelques détails sur
lui-même. Nous en citerons quatre strophes qui serviront en même temps
de spécimen de sa versification:--
Le Créateur même daigna jeter sur moi
_Thomas Ames_ HMC HAZ, fils de la Croix
Ses yeux célestes et pleins de miséricorde,
Afin que je suivisse de ses préceptes l'ordre;
Et afin que je fusse connu de tous sous les cieux,
Il imprima les signes célestes dans mes yeux.
A l'âge de treize ans, âge encore bien tendre
Je reçus des mains mêmes du Primat de Londres
Guillaume Pointer, digne vicaire de mon PÈRE
PIUS SEPTIMUS HEIPHA[52] de Jesus Christ le Vicaire,
La première dignité dont m'investit l'Eglise,
Qui me donna plus tard le beau titre de fils.
[52] _Heipha._ Expression hébraïque qui signifie l'_Ecriture Sainte_,
et quelquefois même le _céleste séjour_. Elle résume également les
cinq langues de l'_Ecriture Sainte_, l'Hébreu, le Grec, le Latin, le
Français et l'Anglais, mais cette partie seulement des langues
Française et Anglaise qui a pour base l'histoire et les trois
langues Savantes de l'antiquité. (Cette note appartient à notre
auteur.)
A l'âge de vingt ans, moins quelques mois,
Par ordre du SAINT PERE gardien de la Foi,
Je reçus de mes grades et titres plein droit
De prendre place en la famille des Rois;[53]
Ce choix, ratifié d'avance _per omnes Chefæ_,
Fut accepté comme gage de bonheur et de paix.
[53] Vide l'almanach de Gotha. (Note de l'auteur.)
Hail,[54] father PIUS! Hail, Pontife suprême!
Hail, illustre Père du dévoué Thommæ CM!
Salve ad te, _Pater Heipha_, Père de la foi!
Tes cendres sont bénies jusqu'à la SAINTE CROIX!
Le ciel se réjouit de ce choix digne de toi,
Et la couronne céleste relève la _Tiare_!
[54] Cette belle salutation de l'Eglise Catholique dérive non du Saxon
ainsi que les auteurs et même les lexicographes Anglais le
prétendent; mais de la belle salutation hébraïque _Hallelujah_;
salutation composée des attributs célestes, et dont les saints mêmes
sont fiers! (Note de l'auteur.)
Hail! Ave! Salve!
Ad Sir Ilius Gregorius XVI. MG.
En foi de quoi et en vertu de mes droits,
Je Signe
Ego Sir Thomas Ames Gevaeft, &c.,
Primus Jurisconsultus,
Primus Doctor,
Primus Professoris,
Oig.
In Heipha. Dies script. A. D. Oig, plus trois!
Resurrexit Roma, Mater Mea!
Une lueur de raison laisse toutefois apercevoir à Sir Thomas Ames que
ses vers Alexandrins, ainsi qu'il les qualifie, sont passablement
défectueux, mais il pense que cela ne fait qu'ajouter à leur beauté.
“Quoique la mesure métrique, dit-il, ou quantité soit parfois dépassée,
il n'en est pas moins vrai que le _temps_ y fait ample compensation, et
la cadence variée et vive qui en est la conséquence naturelle, loin de
fatiguer l'oreille, relève la monotonie qui existe si souvent dans les
compositions poétiques françaises de quelqu'étendue.”
TABLE ALPHABETIQUE
_Des auteurs dont les écrits sont cités dans cet Essai._
Page
Ames (Sir Thomas) 177
Arcilla (de) 40
Bernardi, Joseph 75
Billard, Edme 44
Busch 32
Caissant (le Chevalier) 94
Carfrae, John 13
Cheneau 31
Clare, John 55
Clennell, Luc 53
Cottle, Elisabeth 33
Cruden, Alexandre 42
D'Arbères, Bluet 107
Dachet 96
Davenne, François 92
Démons 89
Desjardins, G. 57
Dosche, François 27
Dubois, Guillaume 109
Ferrand, Olivier 56
Flores (Miguel de) 76
Fusnot, C. 82
Fuzy, Antoine 24
Gagne, Paulin 61
Geneviève 9
Gragani 74
Hall, Robert 101
Hécart 68
Herpain, dit Usamer 98
Kant 73
Lalou 69
Le Barbier, Pierre Lucien 77
Lee, Nathaniel 41
Lloyd, Thomas 45
Martin, William 80
Martorex 69
Mason, John 27
Milman 49
Monfrabeuf, de Thenorgues 111
Morin, Simon 25
O'Donnelly 32
Paoletti 21
Parizot, Jean P. 28
Pentecôte 47
Postel, Guillaume 22
Smart, Christophe 42
Soubira, J. A. 29
Steward, John 83
Vallée, Geoffroy 23
Wezel, Johan Carl 48
Wirgman, Thomas 77
JOHN CHILDS AND SON, PRINTERS.
AUTRES OUVRAGES
DU MEME AUTEUR.
1º HISTOIRE DE CHARLES LE BON, d'après Gualbert. Un vol. gr. in 8º.
_Bruxelles_, Imprimerie Normale, 1831.
2º CHRONIQUES, TRADITIONS ET LEGENDES de l'ancienne histoire des
Flandres. Un vol. in 8º.
_Lille_, 1833.
3º ANNALES DE BRUGES depuis les temps les plus reculés jusqu'au XVIIème
siècle. Un vol. gr. in 8º, orné des portraits en pied de tous les Comtes
et Comtesses de Flandre.
_Bruges_, Van De Casteele, 1833.
4º LE ROMAN DU RENARD, traduit pour la première fois, d'après un ancien
manuscrit flamand, augmenté de notes et d'une analyse des anciens poèmes
français du Renard. Un vol. in 8º.
_Bruxelles_, 1834, Hauman.
5º GUIDE DANS BRUGES, ou description des monuments et des objets d'art
que cette ville renferme. 1 vol. in 12º.
_Bruges_, Bogaert-Dumortier, 1834.
6º CHRONIQUE DE L'ABBAYE DE ST ANDRE, par Li Miusis, traduit pour la
première fois; suivie de mélanges historiques et littéraires. 1 vol. in
8º.
_Bruges_, 1834, Van De Casteele.
7º LA VISION DE TONDALUS, RÉCIT MYSTIQUE du XIIIème siècle. 1 vol. in
8º.
Publié par la Société des Bibliophiles de _Mons_, 1835.
8º CHRONIQUE DES FAITS ET GESTES DE L'EMPEREUR MAXIMILIEN, durant son
mariage avec Marie de Bourgogne. 1 vol. in 8º, fig.
_Bruxelles_, Wahlen, 1835.
9º ALBUM PITTORESQUE DE BRUGES. 1 vol. in folº, avec Lithographies.