Lancés en octobre 2000 à New York, les deux premiers modèles de Gemstar eBook

sont les successeurs du Rocket eBook (conçu par la société NuvoMedia) et du

Softbook Reader (conçu par la société Softbook Press), suite au rachat de

NuvoMedia et de Softbook Press par Gemstar-TV Guide International en janvier

2000. Commercialisés en novembre 2000 aux Etats-Unis, ces deux modèles - le REB

1100 (écran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (écran

couleur, successeur du Softbook Reader) - sont construits et vendus sous le

label RCA (appartenant à Thomson Multimedia). Le système d’exploitation, le

navigateur et le logiciel de lecture sont spécifiques au produit, tout comme le

format de lecture, basé sur le format OeB (open ebook).

Le REB 1100 (18 cm x 13,5 cm) a une taille comparable à celle d’un (très) gros

livre broché. Son poids est de 510 grammes. Son autonomie est de 15 heures. Il

dispose d’un modem de 36,6 Kbps (kilobits par seconde). Sa mémoire compact flash

de 8 Mo (méga-octets) permet de stocker 20 romans, soit 8.000 pages de texte. La

mémoire peut être étendue à 72 Mo pour permettre un stockage de 150 livres, soit

60.000 pages de texte. L’écran tactile noir et blanc rétro-éclairé a une

résolution de 320 x 480 pixels. Le REB 1100 est vendu par la chaîne de magasins

SkyMall au prix de 300 dollars.

Un peu plus volumineux, le REB 1200 (23 cm x 19 cm) a la taille d’un grand livre

cartonné. Son poids est de 750 grammes. Son autonomie est de 6 à 12 heures. Il

dispose d’un modem de 56 Kbps et d’une connexion Ethernet permettant l’accès à

l’internet par câble et DSL (digital subscriber line). Sa mémoire compact flash

de 8 Mo permet de stocker 5.000 pages. La mémoire peut être étendue à 128 Mo

pour permettre un stockage de 80.000 pages. L’écran tactile couleur

rétro-éclairé a une résolution de 480 x 640 pixels. Le REB 1200 est vendu par la

chaîne de magasins SkyMall au prix de 699 dollars.

La commercialisation du modèle européen, le GEB 2200, débute en octobre 2001 en

commençant par l’Allemagne. Le GEB 2200 a les mêmes caractéristiques que le REB

1200. Son poids est un peu supérieur (970 grammes) parce qu’il inclut une

couverture en cuir protégeant l’écran. Son prix est de 649 euros. Ce prix inclut

deux abonnements - un abonnement de six semaines à la version électronique de

Der Spiegel et un abonnement de quatre semaines à la version électronique du

Financial Times Deutschland - ainsi que deux best-sellers et quinze oeuvres

classiques en version numérique.

Aux Etats-Unis, les ventes sont très inférieures aux pronostics. En avril 2002,

un article du New York Times annonce l’arrêt de la fabrication de ces appareils

par RCA. A l’automne 2002, leurs successeurs, le GEB 1150 et le GEB 2150, sont

produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall à un prix beaucoup plus

compétitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel à la librairie numérique

de Gemstar eBook. Le GEB 1150 coûte 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars

si on prend un abonnement annuel (de 20 dollars par mois). Le GEB 2150 coûte 349

dollars sans abonnement, et 199 dollars si on prend un abonnement bisannuel (de

20 dollars par mois). Les deux modèles GEB 1150 et GEB 2150 sont livrés non

seulement avec un dictionnaire intégré, le Webster’s Pocket American Dictionary

(publié par Random House), mais aussi avec la version anglaise du Tour du monde

en 80 jours, de Jules Verne (publiée par eBooks Classics), best-seller universel

qui poursuit ainsi sa carrière en version numérique. En Allemagne, on parle du

remplacement du GEB 2200 par le GEB 1150 courant 2003. Mais le livre numérique

au format propriétaire semble désormais condamné au profit du livre numérique

distribué dans des formats "universels". Gemstar met fin à ses activités eBook

en cessant la vente de ses appareils de lecture en juin 2003 et celle de ses

livres numériques le mois suivant.

= Le Cybook de Cytale

Premier livre électronique européen, le Cybook (21 cm x 16 cm) est conçu et

développé par la société française Cytale, et commercialisé en janvier 2001. Son

poids est de 1 kg. Sa mémoire - 32 Mo (méga-octets) de mémoire SDRAM

(synchronous dynamic random access memory) et 16 Mo de mémoire flash - permet de

stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages. Son autonomie est de

5 h. Il est équipé d’un modem 56 Kbps (kilobits par seconde), d’un haut-parleur,

d’une sortie stéréo avec prise casque et de plusieurs ports pour périphériques.

L’écran tactile couleur rétro-éclairé a une résolution de 600 x 800 pixels.

L’affichage est possible en mode portrait ou paysage. Le Cybook utilise le

système d’exploitation Windows CE de Microsoft, le navigateur Internet Explorer

et un logiciel de lecture spécifique basé sur le format OeB (open ebook). Il

intègre un dictionnaire Hachette de 35.000 mots. En mars 2002, il coûte 883

euros sans abonnement, et 456 euros pour ceux qui prennent un abonnement minimal

d’un an au prix mensuel de 20 euros. Le téléchargement des livres s’effectue à

partir du site web de Cytale, suite à des partenariats avec plusieurs éditeurs

et sociétés de presse.

"J’ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d’un projet extraordinaire, le

livre électronique, écrit en décembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. Depuis

ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d’accès à

l’écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe

enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre

'adaptable', et aussi moyen d’accès à tous les sites littéraires (ou non), et à

toutes les nouvelles formes de la littérature, car c’est également une fenêtre

sur le web."

Cytale développe aussi le Cybook Pro, une version du Cybook à destination des

entreprises, des universités et des collectivités pour la gestion de leurs

documents numérisés (dossiers clients, normes techniques, procédures,

catalogues, cartes, etc.).

Par ailleurs, en collaboration avec l’INSERM (Institut national de la santé et

de la recherche médicale), Cytale adapte son logiciel de lecture pour permettre

la lecture de livres numériques sur plage braille ou sur synthèse vocale. La

société développe le Cybook Vision, un livre électronique adapté aux besoins des

malvoyants et distribué par un réseau d’opticiens. "Toutes les opérations de

navigation, en mode autonome, ont été élaborées sur les conseils d’orthoptistes

et à partir des suggestions de malvoyants, lit-on sur le site web. Réduites à

l’essentiel, elles autorisent la création de stratégies de lecture

personnalisées. L’appareil, qui fonctionne comme un enregistreur, est doté d’une

capacité de mémoire qui autorise une contenance d’environ trente livres. Chaque

ouvrage est lisible dans deux polices et six tailles de caractères. La catégorie

la plus grande correspond à un corps de texte 28 ou à la taille P. 20 selon les

normes des orthoptistes. La résolution d’écran 'Super VGA' (super video graphics

adapter) de 100 DPI (dots per inch) offre une excellente netteté des caractères.

Le rétro-éclairage de cet écran autorise la lecture dans une ambiance peu

lumineuse. Le contraste et la luminosité peuvent être réglés séparément et sont

activés par un bouton. Une icône autorise le changement de couleur de fond, qui

passe du blanc au jaune pour répondre à certains problèmes de photosensibilité.

Les textes peuvent être lus en corps noir sur blanc ou blanc sur noir, jaune sur

noir ou noir sur jaune."

Pour les trois modèles, les ventes sont très inférieures aux pronostics. Ces

ventes insuffisantes forcent la société à se déclarer en cessation de paiement,

l’administrateur ne parvenant pas à trouver un repreneur après le redressement

judiciaire prononcé en avril 2002. Cytale est mis en liquidation judiciaire en

juillet 2002 et cesse ses activités.

= Le baladeur de textes @folio

Si le concept de livre électronique séduit les professionnels du livre, les

premiers modèles sont loin de susciter l’enthousiasme. "S’il doit s’agir d’un

ordinateur portable légèrement 'relooké', mais présentant moins de

fonctionnalités que ce dernier, je n’en vois pas l’intérêt, explique en juin

2001 Emilie Devriendt, élève professeure à l’Ecole normale supérieure (ENS) de

Paris. Tel qu’il existe, l’ebook est relativement lourd, l’écran peu confortable

à mes yeux, et il consomme trop d’énergie pour fonctionner véritablement en

autonomie. A cela s’ajoute le prix scandaleusement élevé, à la fois de l’objet

même et des contenus téléchargeables; sans parler de l’incompatibilité des

formats constructeur, et des 'formats' maison d’édition. J’ai pourtant eu

l’occasion de voir un concept particulièrement astucieux, vraiment pratique et

peu coûteux, qui me semble être pour l’heure le support de lecture électronique

le plus intéressant: celui du 'baladeur de textes' ou @folio, en cours de

développement à l’Ecole nationale supérieure des arts et industries de

Strasbourg. Bien évidemment, les préoccupations de ses concepteurs sont à

l’opposé de celles des 'gros' concurrents qu’on connaît, en France ou ailleurs:

aucune visée éditoriale monopolistique chez eux, puisque c’est le contenu du web

(dans l’idéal gratuit) que l’on télécharge."

Conçu dès octobre 1996 par Pierre Schweitzer, architecte designer à Strasbourg,

@folio (qui se prononce: a-folio) est considéré par son créateur moins comme un

livre électronique que comme un support de lecture nomade permettant de lire des

textes glanés sur l’internet. @folio cherche à mimer, sous forme électronique,

le dispositif technique du livre, afin de proposer une mémoire de fac-similés

reliés en hypertexte pour faciliter le feuilletage.

"J’hésite à parler de livre électronique, écrit Pierre Schweitzer en janvier

2001, car le mot "livre" désigne aussi bien le contenu éditorial (quand on dit

qu’untel a écrit un livre) que l’objet en papier, génial, qui permet sa

diffusion. La lecture est une activité intime et itinérante par nature. @folio

est un baladeur de textes, simple, léger, autonome, que le lecteur remplit selon

ses désirs à partir du web, pour aller lire n’importe où. Il peut aussi y

imprimer des documents personnels ou professionnels provenant d’un CD-Rom. Les

textes sont mémorisés en faisant: "imprimer", mais c’est beaucoup plus rapide

qu’une imprimante, ça ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont

maintenus au niveau d’une reliure tactile. (...)

Le projet est né à l’atelier Design de l’Ecole d’architecture de Strasbourg où

j’étais étudiant. Il est développé à l’Ecole nationale supérieure des arts et

industries de Strasbourg avec le soutien de l’Anvar-Alsace. Aujourd’hui, je

participe avec d’autres à sa formalisation, les prototypes, design, logiciels,

industrialisation, environnement technique et culturel, etc., pour transformer

ce concept en un objet grand public pertinent." La commercialisation d’@folio

devrait débuter en 2004.

8.2. Les assistants personnels (PDA)

Le principal concurrent du livre électronique se trouve être l’assistant

numérique personnel, appelé plus généralement assistant personnel ou encore PDA

(personal digital assistant). Lorsque le livre numérique (livre en version

numérisée) commence à se généraliser en 2000, les fabricants de PDA décident

d’intégrer un logiciel de lecture dans leur machine, en plus des fonctionnalités

habituelles (agenda, dictaphone, lecteur de MP3, etc.). Parallèlement, à partir

de la production imprimée existante, ils négocient les droits de diffusion

numérique de centaines de titres. Si certains professionnels du livre

s’inquiètent de la petitesse de l’écran, les adeptes de la lecture sur PDA

assurent que la taille de l’écran n’est pas un problème.

= Les modèles de Psion

Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse à l’Ecole pratique des hautes études

(EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne), utilise un Psion depuis

plusieurs années pour lire et étudier dans le train lors de ses fréquents

déplacements entre Argentan, sa ville de résidence, et Paris. Elle achète son

premier Psion en 1997, un Série 3, remplacé ensuite par un Série 5, remplacé

lui-même par un Psion 5mx en juin 2001. En février 2002, elle raconte: "J’ai

chargé tout un tas de trucs littéraires – dont mes propres travaux et dont la

Bible entière – sur mon Psion 5mx (16 + 16 Mo), que je consulte surtout dans le

train ou pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une bibliothèque.

J’ai mis les éléments de programme qui permettent de lire page par page comme

sur un véritable ebook. Ce qui est pratique, c’est de pouvoir charger une énorme

masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce n’est pas le même usage

qu’un livre, surtout un livre de poche qu’on peut feuilleter, tordre, sentir...,

et qui s’ouvre automatiquement à la page qu’on a aimée. C’est beaucoup moins

agréable à utiliser, d’autant que sur PDA, la page est petite: on n’a pas de vue

d’ensemble. Mais une qualité appréciable: on peut travailler sur le texte

enregistré, en rechercher le vocabulaire, réutiliser des citations, faire tout

ce que permet le traitement informatique du document, et cela m’a pas mal servi

pour mon travail, ou pour mes activités associatives. Je fais par exemple partie

d’une petite société poétique locale, et nous faisons prochainement un récital

poétique. J’ai voulu rechercher des textes de Victor Hugo, que j’ai maintenant

pu lire et même charger à partir du site de la Bibliothèque nationale de France:

c’est vraiment extra."

Psion, société britannique, lance dès 1984 le Psion Organiser, qui se trouve

donc être le vétéran des agendas électroniques. Au fil des ans, la gamme des

appareils s’étend et la société se développe à l’international. En 2000, les

différents modèles (série 7, série 5mx, Revo, Revo Plus) sont fortement

concurrencés par le Palm Pilot et le Pocket PC. Suite à une baisse des ventes,

la société décide de diversifier ses activités. Fondé en septembre 2000 suite au

rachat de Teklogix, Psion Teklogix développe des systèmes informatiques mobiles

sans fil à destination des entreprises. Créé en 2001, Psion Software développe

les logiciels de la prochaine génération d’appareils mobiles utilisant la

plate-forme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210, modèle

précurseur commercialisé la même année.

= L’eBookMan de Franklin

Basée dans le New Jersey (Etats-Unis), la société Franklin commercialise dès

1986 le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. Quinze ans

après, Franklin distribue 200 ouvrages de référence sur des machines de poche:

dictionnaires unilingues et bilingues, encyclopédies, bibles, manuels

d’enseignement, ouvrages médicaux et livres de loisirs. En octobre 2000,

Franklin lance l’eBookMan, un assistant personnel multimédia qui, entre autres

fonctionnalités (agenda, dictaphone, etc.), permet la lecture de livres

numériques sur le logiciel de lecture Franklin Reader. A la même date,

l’eBookMan est récompensé par l’eBook Technology Award de la Foire

internationale du livre de Francfort. Trois modèles (EBM-900, EBM-901 et

EBM-911) sont disponibles début 2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et

230 dollars. Le prix est fonction de la taille de la mémoire vive (8 ou 16

méga-octets) et de la qualité de l’écran à cristaux liquides, rétro-éclairé ou

non selon les modèles. Nettement plus grand que celui de ses concurrents,

l’écran n’existe toutefois qu’en noir et blanc, contrairement à la gamme Pocket

PC ou à certains modèles Palm avec écran couleur. L’eBookMan permet aussi

l’écoute de livres audio et de fichiers musicaux au format MP3.

En octobre 2001, Franklin décide de ne pas intégrer le Microsoft Reader à

l’eBookMan, mais de lui préférer le Mobipocket Reader, logiciel de lecture jugé

plus performant (et primé à la même date par l’eBook Technology Award de la

Foire de Francfort). Parallèlement, le logiciel de lecture Franklin Reader

devient progressivement disponible pour les gammes Psion, Palm, Pocket PC et

Nokia. Franklin développe aussi une librairie numérique sur son site en passant

des partenariats avec plusieurs éditeurs, notamment avec Audible.com, ce qui lui

permet d’accéder à une collection de 4.500 livres audionumériques.

= Le Palm Pilot et le Pocket PC

Les usagers intéressés par la lecture de livres numériques se tournent bientôt

vers deux autres gammes de PDA, les Palm Pilot et les Pocket PC.

La société Palm lance le premier Palm Pilot en mars 1996 et vend 23 millions de

machines entre 1996 et 2002. Le Palm Pilot utilise un système d’exploitation

éponyme, le Palm OS, et le logiciel de lecture Palm Reader. En mars 2001, les

modèles Palm permettent aussi la lecture de livres numériques sur le Mobipocket

Reader.

Commercialisé par Microsoft en avril 2000 pour concurrencer le Palm Pilot, le

Pocket PC utilise un système d’exploitation spécifique, Windows CE. Il intègre

le logiciel de lecture Microsoft Reader, lancé à la même date dans ce but. En

octobre 2001, le Pocket PC troque Windows CE pour le système d’exploitation

Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres numériques sous

copyright. Ces livres sont protégés par un système de gestion des droits

numériques intitulé Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). En 2002,

le Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien

sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.

8.3. L'avenir des machines de lecture

= L’avis des professionnels du livre

A l’exception de quelques spécialistes enthousiastes, les professionnels du

livre restent assez sceptiques sur le confort de lecture procuré par une

machine. Tous attendent une amélioration des appareils de lecture. "Je pense

qu’on est loin des formats et des techniques définitifs, déclare en novembre

2000 Nicolas Pewny, fondateur des éditions du Choucas. Beaucoup de recherches

sont en cours, et un format et un support idéal verront certainement le jour

sous peu."

Anne-Bénédicte Joly, écrivain qui auto-édite ses livres, écrit à la même date:

"Le livre électronique est avant tout un moyen pratique d’atteindre différemment

une certaine catégorie de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers

des techniques modernes et pour partie de victimes du mode résolument

technologique. (...) Je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l’on peut

retirer d’une lecture sur un écran d’un roman de Proust. Découvrir la vie des

personnages à coups de souris à molette ou de descente d’ascenseur ne me tente

guère. Ce support, s’il possède à l’évidence comme avantage la disponibilité de

toute oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop

importants. Ceci étant, sans nous cantonner à une position durablement ancrée

dans un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir

ses lettres de noblesse."

Cet avis est partagé par Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion

d’inédits artistiques et littéraires. Interviewé en octobre 2000, il explique:

"L’ebook est sans aucun doute un support extraordinaire. Il aura son rôle à

jouer dans la diffusion des oeuvres ou des journaux électroniques, mais il ne

remplacera jamais le véritable bouquin papier de papa. Il le complétera. (...)

Voyez la monnaie électronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses

cigarettes avec sa carte de crédit et on a toujours besoin d’un peu de monnaie

dans sa poche, en plus de sa carte Visa. L’achat d’un livre n’est pas un acte

purement intellectuel, c’est aussi un acte de sensualité que ne comblera jamais

un ebook. Naturellement, l’édition classique devra en tenir compte sur le plan

marketing pour se différencier davantage, mais je crois que l’utilisation des

deux types de supports sera bien distincte. Le téléphone n’a pas tué le

courrier, la radio n’a pas tué la presse, la télévision n’a pas tué la radio ni

le cinéma... Il y a de la place pour tout, simplement, ça oblige à chaque fois à

une adaptation et à un regain de créativité. Et c’est tant mieux!"

Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de l’Université Paris 8,

écrit pour sa part en janvier 2001: "J’attends de voir concrètement comment ils

fonctionnent et si les éditeurs sont capables de proposer des produits

spécifiques à ce support car, si c’est pour reproduire uniquement des livres

imprimés, je suis assez sceptique. L’histoire des techniques montre qu’une

technique n’est adoptée que si - et seulement si... - elle apporte des avantages

concrets et conséquents par rapport aux techniques auxquelles elle prétend se

substituer."

Ce scepticisme est partagé par Olivier Bogros, directeur de la médiathèque

municipale de Lisieux (Normandie), qui s’exclame en août 2000: "De quoi

parle-t-on? Des machines monotâches encombrantes et coûteuses, avec format

propriétaire et offre éditoriale limitée? Les Palm, Psion et autres hand et

pocket computers permettent déjà de lire ou de créer des livres électroniques

(appelés ici livres numériques, ndlr), et en plus servent à autre chose. Ceci

dit, la notion de livre électronique m’intéresse en tant que bibliothécaire et

lecteur. Va-t-il permettre de s’affranchir d’un modèle économique à bout de

souffle (la chaîne éditoriale n’est pas le must en la matière)? Les machines à

lire n’ont de mon point de vue de chance d’être viables que si leur utilisateur

peut créer ses propres livres électroniques avec (cf. cassettes vidéo)."

Patrick Rebollar, professeur de français et d’informatique dans des universités

japonaises, écrit en décembre 2000: "Je trouve enthousiasmant le principe de

stockage et d’affichage mais j’ai des craintes quant à la commercialisation des

textes sous des formats payants. Les chercheurs pourront-ils y mettre leurs

propres corpus et les retravailler? L’outil sera-t-il vraiment souple et léger,

ou faut-il attendre le développement de l’encre électronique? Je crois également

que l’on prépare un cartable électronique pour les élèves des écoles, ce qui

pourrait être bon pour leur dos..."

Olivier Gainon, fondateur de CyLibris, maison d’édition littéraire en ligne,

manifeste lui aussi un certain scepticisme à l’égard des modèles actuels. Il

explique à la même date: "Je ne crois pas trop à un objet qui a des

inconvénients clairs par rapport à un livre papier (prix / fragilité / aspect /

confort visuel / etc.), et des avantages qui me semblent minimes (taille des

caractères évolutifs / plusieurs livres dans un même appareil / rétro-éclairage

de l’écran / etc.). De même, je vois mal le positionnement d’un appareil

exclusivement dédié à la lecture, alors que nous avons les ordinateurs portables

d’un côté, les téléphones mobiles de l’autre et les assistants personnels (dont

les Pocket PC) sur le troisième front. Bref, autant je crois qu’à terme la

lecture sur écran sera généralisée, autant je ne suis pas certain que cela se

fera par l’intermédiaire de ces objets."

Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique,

partage le même sentiment. "Ces appareils ne me paraissent pas porteurs d’avenir

dans le grand public tant qu’ils restent monotâches (ou presque), écrit-il en

avril 2001. Un médecin ou un avocat pourront adopter ces plates-formes pour

remplacer une bibliothèque entière, je suis prêt à le croire. Mais pour

convaincre le grand public de lire sur un écran, il faut que cet écran soit

celui du téléphone mobile, du PDA ou de la télévision. D’autre part, je crois

qu’en cherchant à limiter les fournisseurs de contenus pour leurs appareils

(plusieurs types d’ebooks ne lisent que les fichiers fournis par la bibliothèque

du fabricant), les constructeurs tuent leur machine. L’avenir de ces appareils,

comme de tous les autres appareils technologiques, c’est leur ouverture et leur

souplesse. S’ils n’ont qu’une fonction et qu’un seul fournisseur, ils

n’intéresseront personne. Par contre, si, à l’achat de son téléphone portable,

on reçoit une bibliothèque de vingt bouquins gratuits à lire sur le téléphone et

la possibilité d’en charger d’autres, alors on risque de convaincre beaucoup de

monde."

= Les atouts de l’assistant personnel

Le Livre 010101, Tome 2 (1998-2003) · 第 10 / 18 段