sont les successeurs du Rocket eBook (conçu par la société NuvoMedia) et du
Softbook Reader (conçu par la société Softbook Press), suite au rachat de
NuvoMedia et de Softbook Press par Gemstar-TV Guide International en janvier
2000. Commercialisés en novembre 2000 aux Etats-Unis, ces deux modèles - le REB
1100 (écran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (écran
couleur, successeur du Softbook Reader) - sont construits et vendus sous le
label RCA (appartenant à Thomson Multimedia). Le système d’exploitation, le
navigateur et le logiciel de lecture sont spécifiques au produit, tout comme le
format de lecture, basé sur le format OeB (open ebook).
Le REB 1100 (18 cm x 13,5 cm) a une taille comparable à celle d’un (très) gros
livre broché. Son poids est de 510 grammes. Son autonomie est de 15 heures. Il
dispose d’un modem de 36,6 Kbps (kilobits par seconde). Sa mémoire compact flash
de 8 Mo (méga-octets) permet de stocker 20 romans, soit 8.000 pages de texte. La
mémoire peut être étendue à 72 Mo pour permettre un stockage de 150 livres, soit
60.000 pages de texte. L’écran tactile noir et blanc rétro-éclairé a une
résolution de 320 x 480 pixels. Le REB 1100 est vendu par la chaîne de magasins
SkyMall au prix de 300 dollars.
Un peu plus volumineux, le REB 1200 (23 cm x 19 cm) a la taille d’un grand livre
cartonné. Son poids est de 750 grammes. Son autonomie est de 6 à 12 heures. Il
dispose d’un modem de 56 Kbps et d’une connexion Ethernet permettant l’accès à
l’internet par câble et DSL (digital subscriber line). Sa mémoire compact flash
de 8 Mo permet de stocker 5.000 pages. La mémoire peut être étendue à 128 Mo
pour permettre un stockage de 80.000 pages. L’écran tactile couleur
rétro-éclairé a une résolution de 480 x 640 pixels. Le REB 1200 est vendu par la
chaîne de magasins SkyMall au prix de 699 dollars.
La commercialisation du modèle européen, le GEB 2200, débute en octobre 2001 en
commençant par l’Allemagne. Le GEB 2200 a les mêmes caractéristiques que le REB
1200. Son poids est un peu supérieur (970 grammes) parce qu’il inclut une
couverture en cuir protégeant l’écran. Son prix est de 649 euros. Ce prix inclut
deux abonnements - un abonnement de six semaines à la version électronique de
Der Spiegel et un abonnement de quatre semaines à la version électronique du
Financial Times Deutschland - ainsi que deux best-sellers et quinze oeuvres
classiques en version numérique.
Aux Etats-Unis, les ventes sont très inférieures aux pronostics. En avril 2002,
un article du New York Times annonce l’arrêt de la fabrication de ces appareils
par RCA. A l’automne 2002, leurs successeurs, le GEB 1150 et le GEB 2150, sont
produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall à un prix beaucoup plus
compétitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel à la librairie numérique
de Gemstar eBook. Le GEB 1150 coûte 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars
si on prend un abonnement annuel (de 20 dollars par mois). Le GEB 2150 coûte 349
dollars sans abonnement, et 199 dollars si on prend un abonnement bisannuel (de
20 dollars par mois). Les deux modèles GEB 1150 et GEB 2150 sont livrés non
seulement avec un dictionnaire intégré, le Webster’s Pocket American Dictionary
(publié par Random House), mais aussi avec la version anglaise du Tour du monde
en 80 jours, de Jules Verne (publiée par eBooks Classics), best-seller universel
qui poursuit ainsi sa carrière en version numérique. En Allemagne, on parle du
remplacement du GEB 2200 par le GEB 1150 courant 2003. Mais le livre numérique
au format propriétaire semble désormais condamné au profit du livre numérique
distribué dans des formats "universels". Gemstar met fin à ses activités eBook
en cessant la vente de ses appareils de lecture en juin 2003 et celle de ses
livres numériques le mois suivant.
= Le Cybook de Cytale
Premier livre électronique européen, le Cybook (21 cm x 16 cm) est conçu et
développé par la société française Cytale, et commercialisé en janvier 2001. Son
poids est de 1 kg. Sa mémoire - 32 Mo (méga-octets) de mémoire SDRAM
(synchronous dynamic random access memory) et 16 Mo de mémoire flash - permet de
stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages. Son autonomie est de
5 h. Il est équipé d’un modem 56 Kbps (kilobits par seconde), d’un haut-parleur,
d’une sortie stéréo avec prise casque et de plusieurs ports pour périphériques.
L’écran tactile couleur rétro-éclairé a une résolution de 600 x 800 pixels.
L’affichage est possible en mode portrait ou paysage. Le Cybook utilise le
système d’exploitation Windows CE de Microsoft, le navigateur Internet Explorer
et un logiciel de lecture spécifique basé sur le format OeB (open ebook). Il
intègre un dictionnaire Hachette de 35.000 mots. En mars 2002, il coûte 883
euros sans abonnement, et 456 euros pour ceux qui prennent un abonnement minimal
d’un an au prix mensuel de 20 euros. Le téléchargement des livres s’effectue à
partir du site web de Cytale, suite à des partenariats avec plusieurs éditeurs
et sociétés de presse.
"J’ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d’un projet extraordinaire, le
livre électronique, écrit en décembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. Depuis
ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d’accès à
l’écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe
enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre
'adaptable', et aussi moyen d’accès à tous les sites littéraires (ou non), et à
toutes les nouvelles formes de la littérature, car c’est également une fenêtre
sur le web."
Cytale développe aussi le Cybook Pro, une version du Cybook à destination des
entreprises, des universités et des collectivités pour la gestion de leurs
documents numérisés (dossiers clients, normes techniques, procédures,
catalogues, cartes, etc.).
Par ailleurs, en collaboration avec l’INSERM (Institut national de la santé et
de la recherche médicale), Cytale adapte son logiciel de lecture pour permettre
la lecture de livres numériques sur plage braille ou sur synthèse vocale. La
société développe le Cybook Vision, un livre électronique adapté aux besoins des
malvoyants et distribué par un réseau d’opticiens. "Toutes les opérations de
navigation, en mode autonome, ont été élaborées sur les conseils d’orthoptistes
et à partir des suggestions de malvoyants, lit-on sur le site web. Réduites à
l’essentiel, elles autorisent la création de stratégies de lecture
personnalisées. L’appareil, qui fonctionne comme un enregistreur, est doté d’une
capacité de mémoire qui autorise une contenance d’environ trente livres. Chaque
ouvrage est lisible dans deux polices et six tailles de caractères. La catégorie
la plus grande correspond à un corps de texte 28 ou à la taille P. 20 selon les
normes des orthoptistes. La résolution d’écran 'Super VGA' (super video graphics
adapter) de 100 DPI (dots per inch) offre une excellente netteté des caractères.
Le rétro-éclairage de cet écran autorise la lecture dans une ambiance peu
lumineuse. Le contraste et la luminosité peuvent être réglés séparément et sont
activés par un bouton. Une icône autorise le changement de couleur de fond, qui
passe du blanc au jaune pour répondre à certains problèmes de photosensibilité.
Les textes peuvent être lus en corps noir sur blanc ou blanc sur noir, jaune sur
noir ou noir sur jaune."
Pour les trois modèles, les ventes sont très inférieures aux pronostics. Ces
ventes insuffisantes forcent la société à se déclarer en cessation de paiement,
l’administrateur ne parvenant pas à trouver un repreneur après le redressement
judiciaire prononcé en avril 2002. Cytale est mis en liquidation judiciaire en
juillet 2002 et cesse ses activités.
= Le baladeur de textes @folio
Si le concept de livre électronique séduit les professionnels du livre, les
premiers modèles sont loin de susciter l’enthousiasme. "S’il doit s’agir d’un
ordinateur portable légèrement 'relooké', mais présentant moins de
fonctionnalités que ce dernier, je n’en vois pas l’intérêt, explique en juin
2001 Emilie Devriendt, élève professeure à l’Ecole normale supérieure (ENS) de
Paris. Tel qu’il existe, l’ebook est relativement lourd, l’écran peu confortable
à mes yeux, et il consomme trop d’énergie pour fonctionner véritablement en
autonomie. A cela s’ajoute le prix scandaleusement élevé, à la fois de l’objet
même et des contenus téléchargeables; sans parler de l’incompatibilité des
formats constructeur, et des 'formats' maison d’édition. J’ai pourtant eu
l’occasion de voir un concept particulièrement astucieux, vraiment pratique et
peu coûteux, qui me semble être pour l’heure le support de lecture électronique
le plus intéressant: celui du 'baladeur de textes' ou @folio, en cours de
développement à l’Ecole nationale supérieure des arts et industries de
Strasbourg. Bien évidemment, les préoccupations de ses concepteurs sont à
l’opposé de celles des 'gros' concurrents qu’on connaît, en France ou ailleurs:
aucune visée éditoriale monopolistique chez eux, puisque c’est le contenu du web
(dans l’idéal gratuit) que l’on télécharge."
Conçu dès octobre 1996 par Pierre Schweitzer, architecte designer à Strasbourg,
@folio (qui se prononce: a-folio) est considéré par son créateur moins comme un
livre électronique que comme un support de lecture nomade permettant de lire des
textes glanés sur l’internet. @folio cherche à mimer, sous forme électronique,
le dispositif technique du livre, afin de proposer une mémoire de fac-similés
reliés en hypertexte pour faciliter le feuilletage.
"J’hésite à parler de livre électronique, écrit Pierre Schweitzer en janvier
2001, car le mot "livre" désigne aussi bien le contenu éditorial (quand on dit
qu’untel a écrit un livre) que l’objet en papier, génial, qui permet sa
diffusion. La lecture est une activité intime et itinérante par nature. @folio
est un baladeur de textes, simple, léger, autonome, que le lecteur remplit selon
ses désirs à partir du web, pour aller lire n’importe où. Il peut aussi y
imprimer des documents personnels ou professionnels provenant d’un CD-Rom. Les
textes sont mémorisés en faisant: "imprimer", mais c’est beaucoup plus rapide
qu’une imprimante, ça ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont
maintenus au niveau d’une reliure tactile. (...)
Le projet est né à l’atelier Design de l’Ecole d’architecture de Strasbourg où
j’étais étudiant. Il est développé à l’Ecole nationale supérieure des arts et
industries de Strasbourg avec le soutien de l’Anvar-Alsace. Aujourd’hui, je
participe avec d’autres à sa formalisation, les prototypes, design, logiciels,
industrialisation, environnement technique et culturel, etc., pour transformer
ce concept en un objet grand public pertinent." La commercialisation d’@folio
devrait débuter en 2004.
8.2. Les assistants personnels (PDA)
Le principal concurrent du livre électronique se trouve être l’assistant
numérique personnel, appelé plus généralement assistant personnel ou encore PDA
(personal digital assistant). Lorsque le livre numérique (livre en version
numérisée) commence à se généraliser en 2000, les fabricants de PDA décident
d’intégrer un logiciel de lecture dans leur machine, en plus des fonctionnalités
habituelles (agenda, dictaphone, lecteur de MP3, etc.). Parallèlement, à partir
de la production imprimée existante, ils négocient les droits de diffusion
numérique de centaines de titres. Si certains professionnels du livre
s’inquiètent de la petitesse de l’écran, les adeptes de la lecture sur PDA
assurent que la taille de l’écran n’est pas un problème.
= Les modèles de Psion
Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse à l’Ecole pratique des hautes études
(EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne), utilise un Psion depuis
plusieurs années pour lire et étudier dans le train lors de ses fréquents
déplacements entre Argentan, sa ville de résidence, et Paris. Elle achète son
premier Psion en 1997, un Série 3, remplacé ensuite par un Série 5, remplacé
lui-même par un Psion 5mx en juin 2001. En février 2002, elle raconte: "J’ai
chargé tout un tas de trucs littéraires – dont mes propres travaux et dont la
Bible entière – sur mon Psion 5mx (16 + 16 Mo), que je consulte surtout dans le
train ou pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une bibliothèque.
J’ai mis les éléments de programme qui permettent de lire page par page comme
sur un véritable ebook. Ce qui est pratique, c’est de pouvoir charger une énorme
masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce n’est pas le même usage
qu’un livre, surtout un livre de poche qu’on peut feuilleter, tordre, sentir...,
et qui s’ouvre automatiquement à la page qu’on a aimée. C’est beaucoup moins
agréable à utiliser, d’autant que sur PDA, la page est petite: on n’a pas de vue
d’ensemble. Mais une qualité appréciable: on peut travailler sur le texte
enregistré, en rechercher le vocabulaire, réutiliser des citations, faire tout
ce que permet le traitement informatique du document, et cela m’a pas mal servi
pour mon travail, ou pour mes activités associatives. Je fais par exemple partie
d’une petite société poétique locale, et nous faisons prochainement un récital
poétique. J’ai voulu rechercher des textes de Victor Hugo, que j’ai maintenant
pu lire et même charger à partir du site de la Bibliothèque nationale de France:
c’est vraiment extra."
Psion, société britannique, lance dès 1984 le Psion Organiser, qui se trouve
donc être le vétéran des agendas électroniques. Au fil des ans, la gamme des
appareils s’étend et la société se développe à l’international. En 2000, les
différents modèles (série 7, série 5mx, Revo, Revo Plus) sont fortement
concurrencés par le Palm Pilot et le Pocket PC. Suite à une baisse des ventes,
la société décide de diversifier ses activités. Fondé en septembre 2000 suite au
rachat de Teklogix, Psion Teklogix développe des systèmes informatiques mobiles
sans fil à destination des entreprises. Créé en 2001, Psion Software développe
les logiciels de la prochaine génération d’appareils mobiles utilisant la
plate-forme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210, modèle
précurseur commercialisé la même année.
= L’eBookMan de Franklin
Basée dans le New Jersey (Etats-Unis), la société Franklin commercialise dès
1986 le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. Quinze ans
après, Franklin distribue 200 ouvrages de référence sur des machines de poche:
dictionnaires unilingues et bilingues, encyclopédies, bibles, manuels
d’enseignement, ouvrages médicaux et livres de loisirs. En octobre 2000,
Franklin lance l’eBookMan, un assistant personnel multimédia qui, entre autres
fonctionnalités (agenda, dictaphone, etc.), permet la lecture de livres
numériques sur le logiciel de lecture Franklin Reader. A la même date,
l’eBookMan est récompensé par l’eBook Technology Award de la Foire
internationale du livre de Francfort. Trois modèles (EBM-900, EBM-901 et
EBM-911) sont disponibles début 2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et
230 dollars. Le prix est fonction de la taille de la mémoire vive (8 ou 16
méga-octets) et de la qualité de l’écran à cristaux liquides, rétro-éclairé ou
non selon les modèles. Nettement plus grand que celui de ses concurrents,
l’écran n’existe toutefois qu’en noir et blanc, contrairement à la gamme Pocket
PC ou à certains modèles Palm avec écran couleur. L’eBookMan permet aussi
l’écoute de livres audio et de fichiers musicaux au format MP3.
En octobre 2001, Franklin décide de ne pas intégrer le Microsoft Reader à
l’eBookMan, mais de lui préférer le Mobipocket Reader, logiciel de lecture jugé
plus performant (et primé à la même date par l’eBook Technology Award de la
Foire de Francfort). Parallèlement, le logiciel de lecture Franklin Reader
devient progressivement disponible pour les gammes Psion, Palm, Pocket PC et
Nokia. Franklin développe aussi une librairie numérique sur son site en passant
des partenariats avec plusieurs éditeurs, notamment avec Audible.com, ce qui lui
permet d’accéder à une collection de 4.500 livres audionumériques.
= Le Palm Pilot et le Pocket PC
Les usagers intéressés par la lecture de livres numériques se tournent bientôt
vers deux autres gammes de PDA, les Palm Pilot et les Pocket PC.
La société Palm lance le premier Palm Pilot en mars 1996 et vend 23 millions de
machines entre 1996 et 2002. Le Palm Pilot utilise un système d’exploitation
éponyme, le Palm OS, et le logiciel de lecture Palm Reader. En mars 2001, les
modèles Palm permettent aussi la lecture de livres numériques sur le Mobipocket
Reader.
Commercialisé par Microsoft en avril 2000 pour concurrencer le Palm Pilot, le
Pocket PC utilise un système d’exploitation spécifique, Windows CE. Il intègre
le logiciel de lecture Microsoft Reader, lancé à la même date dans ce but. En
octobre 2001, le Pocket PC troque Windows CE pour le système d’exploitation
Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres numériques sous
copyright. Ces livres sont protégés par un système de gestion des droits
numériques intitulé Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). En 2002,
le Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien
sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.
8.3. L'avenir des machines de lecture
= L’avis des professionnels du livre
A l’exception de quelques spécialistes enthousiastes, les professionnels du
livre restent assez sceptiques sur le confort de lecture procuré par une
machine. Tous attendent une amélioration des appareils de lecture. "Je pense
qu’on est loin des formats et des techniques définitifs, déclare en novembre
2000 Nicolas Pewny, fondateur des éditions du Choucas. Beaucoup de recherches
sont en cours, et un format et un support idéal verront certainement le jour
sous peu."
Anne-Bénédicte Joly, écrivain qui auto-édite ses livres, écrit à la même date:
"Le livre électronique est avant tout un moyen pratique d’atteindre différemment
une certaine catégorie de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers
des techniques modernes et pour partie de victimes du mode résolument
technologique. (...) Je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l’on peut
retirer d’une lecture sur un écran d’un roman de Proust. Découvrir la vie des
personnages à coups de souris à molette ou de descente d’ascenseur ne me tente
guère. Ce support, s’il possède à l’évidence comme avantage la disponibilité de
toute oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop
importants. Ceci étant, sans nous cantonner à une position durablement ancrée
dans un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir
ses lettres de noblesse."
Cet avis est partagé par Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion
d’inédits artistiques et littéraires. Interviewé en octobre 2000, il explique:
"L’ebook est sans aucun doute un support extraordinaire. Il aura son rôle à
jouer dans la diffusion des oeuvres ou des journaux électroniques, mais il ne
remplacera jamais le véritable bouquin papier de papa. Il le complétera. (...)
Voyez la monnaie électronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses
cigarettes avec sa carte de crédit et on a toujours besoin d’un peu de monnaie
dans sa poche, en plus de sa carte Visa. L’achat d’un livre n’est pas un acte
purement intellectuel, c’est aussi un acte de sensualité que ne comblera jamais
un ebook. Naturellement, l’édition classique devra en tenir compte sur le plan
marketing pour se différencier davantage, mais je crois que l’utilisation des
deux types de supports sera bien distincte. Le téléphone n’a pas tué le
courrier, la radio n’a pas tué la presse, la télévision n’a pas tué la radio ni
le cinéma... Il y a de la place pour tout, simplement, ça oblige à chaque fois à
une adaptation et à un regain de créativité. Et c’est tant mieux!"
Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de l’Université Paris 8,
écrit pour sa part en janvier 2001: "J’attends de voir concrètement comment ils
fonctionnent et si les éditeurs sont capables de proposer des produits
spécifiques à ce support car, si c’est pour reproduire uniquement des livres
imprimés, je suis assez sceptique. L’histoire des techniques montre qu’une
technique n’est adoptée que si - et seulement si... - elle apporte des avantages
concrets et conséquents par rapport aux techniques auxquelles elle prétend se
substituer."
Ce scepticisme est partagé par Olivier Bogros, directeur de la médiathèque
municipale de Lisieux (Normandie), qui s’exclame en août 2000: "De quoi
parle-t-on? Des machines monotâches encombrantes et coûteuses, avec format
propriétaire et offre éditoriale limitée? Les Palm, Psion et autres hand et
pocket computers permettent déjà de lire ou de créer des livres électroniques
(appelés ici livres numériques, ndlr), et en plus servent à autre chose. Ceci
dit, la notion de livre électronique m’intéresse en tant que bibliothécaire et
lecteur. Va-t-il permettre de s’affranchir d’un modèle économique à bout de
souffle (la chaîne éditoriale n’est pas le must en la matière)? Les machines à
lire n’ont de mon point de vue de chance d’être viables que si leur utilisateur
peut créer ses propres livres électroniques avec (cf. cassettes vidéo)."
Patrick Rebollar, professeur de français et d’informatique dans des universités
japonaises, écrit en décembre 2000: "Je trouve enthousiasmant le principe de
stockage et d’affichage mais j’ai des craintes quant à la commercialisation des
textes sous des formats payants. Les chercheurs pourront-ils y mettre leurs
propres corpus et les retravailler? L’outil sera-t-il vraiment souple et léger,
ou faut-il attendre le développement de l’encre électronique? Je crois également
que l’on prépare un cartable électronique pour les élèves des écoles, ce qui
pourrait être bon pour leur dos..."
Olivier Gainon, fondateur de CyLibris, maison d’édition littéraire en ligne,
manifeste lui aussi un certain scepticisme à l’égard des modèles actuels. Il
explique à la même date: "Je ne crois pas trop à un objet qui a des
inconvénients clairs par rapport à un livre papier (prix / fragilité / aspect /
confort visuel / etc.), et des avantages qui me semblent minimes (taille des
caractères évolutifs / plusieurs livres dans un même appareil / rétro-éclairage
de l’écran / etc.). De même, je vois mal le positionnement d’un appareil
exclusivement dédié à la lecture, alors que nous avons les ordinateurs portables
d’un côté, les téléphones mobiles de l’autre et les assistants personnels (dont
les Pocket PC) sur le troisième front. Bref, autant je crois qu’à terme la
lecture sur écran sera généralisée, autant je ne suis pas certain que cela se
fera par l’intermédiaire de ces objets."
Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique,
partage le même sentiment. "Ces appareils ne me paraissent pas porteurs d’avenir
dans le grand public tant qu’ils restent monotâches (ou presque), écrit-il en
avril 2001. Un médecin ou un avocat pourront adopter ces plates-formes pour
remplacer une bibliothèque entière, je suis prêt à le croire. Mais pour
convaincre le grand public de lire sur un écran, il faut que cet écran soit
celui du téléphone mobile, du PDA ou de la télévision. D’autre part, je crois
qu’en cherchant à limiter les fournisseurs de contenus pour leurs appareils
(plusieurs types d’ebooks ne lisent que les fichiers fournis par la bibliothèque
du fabricant), les constructeurs tuent leur machine. L’avenir de ces appareils,
comme de tous les autres appareils technologiques, c’est leur ouverture et leur
souplesse. S’ils n’ont qu’une fonction et qu’un seul fournisseur, ils
n’intéresseront personne. Par contre, si, à l’achat de son téléphone portable,
on reçoit une bibliothèque de vingt bouquins gratuits à lire sur le téléphone et
la possibilité d’en charger d’autres, alors on risque de convaincre beaucoup de
monde."
= Les atouts de l’assistant personnel