Quelques exemples sont donnés à titre indicatif dans la FAQ (foire aux
questions) de la librairie numérique Numilog. Une nouvelle de 50 pages
représente un fichier de 150 Ko (kilo-octets). Le temps nécessaire à son
téléchargement est de 37 secondes avec un modem 56 Kbps (56 kilobits par
seconde) et de 3 à 6 secondes avec une connexion à haut débit (câble ou DSL –
digital subscriber line). Un roman de 300 pages représente un fichier de 1 Mo
(méga-octet). Son temps de téléchargement est de 4 minutes avec un modem 56 Kbps
et de 20 à 40 secondes avec une connexion à haut débit. Un guide pratique de 200
pages incluant des tableaux représente un fichier de 1,5 Mo. Son temps de
téléchargement est de 6 minutes avec un modem 56 Kbps et de 30 à 60 secondes
avec une connexion à haut débit. Un livre illustré avec des photos représente un
fichier de 10 Mo. Son temps de téléchargement est de 41 minutes avec un modem de
56 Kbps et de 3 à 6 minutes avec une connexion à haut débit.
Outre le fait qu’il faille une machine pour le lire – mais après tout c’est ce
qui le caractérise, en attendant le papier électronique de demain - l’obstacle
majeur à la diffusion du livre numérique reste le faible nombre de titres. "Le
volume de titres disponibles en format de lecture à l’écran est ridicule par
rapport aux quelque 600.000 titres existant en français", indique en février
2001 Denis Zwirn, PDG de Numilog. Nombre d’éditeurs sont maintenant en train de
numériser - ou faire numériser - leurs fonds, à la perspective d’un marché
naissant qui devrait connaître une forte expansion dans les prochaines années.
Editeurs en ligne et libraires numériques négocient patiemment les droits auprès
des éditeurs traditionnels, et ce non sans mal puisque, à tort ou à raison, la
profession est encore très inquiète des risques de piratage.
Selon Zina Tucsnak, ingénieure d’études en informatique à l’ATILF (Analyse et
traitement informatique de la langue française), interviewée en novembre 2000,
"l’ebook offre une combinaison d’opportunités: la digitalisation et l’internet.
Les éditeurs apportent leurs titres à tous les lecteurs du monde. C’est une
nouvelle ère de la publication." Mais le livre numérique est encore dans
l’enfance. Comme l’explique en janvier 2001 Bakayoko Bourahima, documentaliste à
l’ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée)
d’Abidjan, "il faut voir par la suite comment il se développera et quelles en
seront surtout les incidences sur la production, la diffusion et la consommation
du livre. A coup sûr cela va entraîner de profonds bouleversements dans
l’industrie du livre, dans les métiers liés au livre, dans l’écriture, dans la
lecture, etc."
Chez les adeptes du livre numérique, l’enthousiasme des années 2000 et 2001 fait
place à plus de mesure en 2002 et 2003. On ne parle plus du tout numérique pour
le proche avenir, mais plutôt de la publication simultanée d’un même titre en
deux versions, numérique et imprimée. Pour mettre en place ce nouveau mode de
distribution, la tâche est rude. Il faut constituer les collections, améliorer
les logiciels de lecture, rendre le prix des appareils de lecture abordable et,
plus difficile encore, habituer le grand public à lire un livre à l’écran. Alors
que, en octobre 2000, l’ebook est l’une des vedettes de la Foire internationale
du livre de Francfort, il se fait beaucoup plus modeste les années suivantes. La
même remarque vaut pour le Salon du livre de Paris qui, après avoir proposé un
Village eBook en mars 2000, puis le premier sommet européen de l’édition
numérique (eBook Europe 2001) en mars 2001, n’organise pas de grande
manifestation spécifique les deux années suivantes.
Cependant, malgré le pessimisme relatif ayant succédé aux déclarations
enthousiastes, le livre numérique poursuit patiemment son chemin. En 2001, le
grand éditeur Random House vend deux fois plus de livres numériques qu’en 2000.
Tous éditeurs confondus, les ventes de 2001 se chiffrent par milliers pour le
New World College Dictionary de Webster, les ouvrages de fiction de Stephen King
et Lisa Scottolini, les livres d’économie et les manuels pratiques. En mars
2002, Palm Digital Media, qui vend des titres pour Palm Pilot et Pocket PC,
annonce la vente de 180.000 livres numériques pour l’année 2001, soit une
augmentation de 40% par rapport à l’année précédente.
7.4. Livres numériques braille et audio
La généralisation des livres numériques représente un tournant important pour
l’accès des personnes handicapées visuelles au livre. Le document numérique
permettant de dissocier contenu et présentation, le lecteur malvoyant peut
désormais influer sur cette dernière en changeant la taille et la police des
caractères, en inversant les contrastes, en supprimant la couleur ou en la
modifiant. Quant au contenu, on dispose maintenant des technologies permettant
de le convertir automatiquement dans un autre système de codage ou dans une
autre langue, y compris en braille et en synthèse vocale.
= Le livre numérique braille
Alphabet tactile inventé en 1829 par le français Louis Braille, le braille est
le seul système d’écriture accessible aux aveugles. Il s’agit d’un système de
six points composé de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six
points permet de former toutes les lettres de l’alphabet, les signes de
ponctuation et les symboles. Le braille est d’abord embossé sur papier au moyen
d’une tablette et d’un poinçon. A partir de la fin des années 1970, il est
produit à l’aide d’un afficheur braille piézo-électrique permettant un affichage
dynamique. A cet afficheur succède la machine Perkins avec son clavier de six
touches. Puis apparaît le matériel informatique, par exemple le bloc-notes
braille, qui sert à la fois de machine à écrire le braille et (quand il est
connecté à un ordinateur) d’écran tactile permettant de lire l’écran standard.
Le braille informatique peut s’afficher sur huit points, ce qui permet
d’augmenter par quatre le nombre de combinaisons possibles.
Dans de nombreux pays, malgré l’existence d’un matériel informatique adapté,
l’édition braille reste encore confidentielle sinon clandestine, le problème des
droits d’auteur sur les transcriptions n’étant pas résolu. L’édition braille
française serait de 400 titres par an, dont 200 livres scolaires. Les livres en
gros caractères ou sur cassettes sont eux aussi peu nombreux par rapport aux
milliers de titres paraissant chaque année, malgré tous les efforts dispensés
par des éditeurs spécialisés et des organismes bénévoles. Interviewé en janvier
2001, Patrice Cailleaud, directeur de la communication de Handicapzéro, explique
que, si le livre numérique est "une nouvelle solution complémentaire aux
problèmes des personnes aveugles et malvoyantes, (...) les droits et
autorisations d’auteurs demeurent des freins pour l’adaptation en braille ou
caractères agrandis d’ouvrage. Les démarches sont saupoudrées, longues et
n’aboutissent que trop rarement." D’où la nécessité impérieuse de lois
nationales et d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes
atteintes de déficience visuelle.
La transcription en braille peut pourtant être rapide quand existent à la fois
la motivation et les moyens. Aux Etats-Unis, Harry Potter and the Goblet of Fire
(en français Harry Potter et le gobelet de feu), best-seller de Joanne K.
Rowling, est publié par la National Braille Press (NBP) fin juillet 2000, vingt
jours seulement après sa sortie en librairie, avec un premier tirage de 500
exemplaires. Si les 734 pages du livre imprimé par Scholastic donnent 1.184
pages en braille, le prix du livre braille n’est pas plus élevé. Ce très court
délai est dû à deux facteurs. D’une part, Scholastic a fourni le fichier
électronique, une initiative dont feraient bien de s’inspirer d’autres éditeurs.
D’autre part, les 31 membres de l’équipe de la National Braille Press ont
travaillé sans relâche pendant quinze jours. Comme pour les autres titres de la
NBP, le livre est également disponible au format PortaBook, à savoir un fichier
en braille informatique abrégé stocké sur disquette et lisible au moyen d’un
lecteur braille portable ou d’un logiciel braille sur micro-ordinateur.
= Des collections numériques braille
Dans le monde francophone, fait qui reste encore trop rare, un éditeur et une
association se mobilisent dans ce domaine. En décembre 1999, lors du Salon du
livre de la jeunesse de Montreuil, les éditions 00h00 et l’association
BrailleNet lancent l’opération "2.000 livres jeunesse sur internet pour les
aveugles et malvoyants en l’an 2000". Cette opération correspond à la création
d’un service internet permettant de commander en ligne des livres pour enfants
en différents formats. Ces ouvrages sont soit des versions imprimées en gros
caractères ou en braille, soit des versions numériques consultables sur
micro-ordinateur, sur plage braille ou sur synthèse vocale.
Pour répondre au problème soulevé par le manque d’ouvrages adaptés, BrailleNet
crée aussi la base de données Hélène. En partenariat avec plusieurs organismes
(associations, éditeurs, établissements d’enseignement), Hélène propose en accès
restreint des livres numériques permettant des impressions en braille ou en gros
caractères. Ces livres sont des oeuvres littéraires récentes, des documentations
techniques, des ouvrages scientifiques, des manuels scolaires et des supports de
cours adaptés. La bibliothèque virtuelle est développée en partenariat avec
l’INRIA Rhône-Alpes (INRIA: Institut national de recherche en informatique et en
automatique).
Malgré ces efforts, il reste beaucoup à faire pour proposer dans les pays
francophones un véritable service public du type de celui offert depuis août
1999 aux Etats-Unis par un département de la Library of Congress, le NLS/BPH
(National Library Service for the Blind and Physically Handicapped). Un serveur
permet aux personnes handicapées visuelles de télécharger des livres, soit au
format braille pour une lecture sur plage braille, soit au format NISO/DAISY
(National Information Standards Organization / Digital Audio Information System)
pour une écoute sur synthèse vocale. A l’ouverture du service, 3.000 livres en
braille abrégé sont disponibles par téléchargement ou consultables en ligne. Les
sources sont codées pour une impression sur imprimante braille ou pour une
lecture en ligne effectuée en braille abrégé (à l’aide d’une plage braille ou de
toute autre interface d’accès braille). Ce service fournit aussi un synthétiseur
de parole, qui est un logiciel permettant de désagréger le texte pour lecture
sur synthèse vocale.
= Bookshare.org
Une autre réalisation particulièrement intéressante est celle de Benetech, une
société de la Silicon Valley qui se donne pour objectif de mettre la technologie
au service de tous les êtres humains, et pas seulement de quelques-uns. Benetech
décide de créer et financer Bookshare.org, une grande bibliothèque numérique à
l’intention des aveugles et malvoyants résidant aux Etats-Unis. Bookshare.org
est mis en ligne en février 2002. Après avoir soumis la preuve écrite de leur
handicap et s’être acquittés de la somme de 25 dollars pour l’inscription, les
adhérents ont accès à la bibliothèque moyennant un abonnement annuel de 50
dollars. Scannés par une centaine de volontaires, les 7.620 titres de départ
sont disponibles en deux formats, le format BRF et le format DAISY. Le format
BRF (braille format) est destiné à une lecture sur plage braille ou une
impression sur imprimante braille. Le format DAISY (digital audio information
system) permet l’écoute du texte sur synthèse vocale.
Bookshare.org n’aurait pu voir le jour sans le travail d’une centaine de
volontaires scannant les livres imprimés, et sans la volonté bien ancrée de
l’équipe de faire appliquer un amendement de la loi de 1997 sur le copyright
(United States Code, titre 17, section 121). Cet amendement autorise la
distribution d’oeuvres littéraires dans des formats adaptés, et ce auprès des
personnes handicapées visuelles, des personnes souffrant d’un handicap de
lecture (par exemple la dyslexie) et des personnes à la motricité réduite (par
exemple celles qui ne peuvent tenir un livre dans les mains ou bien tourner les
pages). Toute version numérique doit obligatoirement inclure la mention du
copyright, avec le nom de l’éditeur détenteur des droits et la date originale de
publication.
L’initiative de Bookshare.org constitue une avancée considérable. L’objectif de
l’association est assez différent de celui du département spécialisé de la
Library of Congress. Ce dernier offre un nombre de titres très inférieur et les
textes sont numérisés avec le plus grand soin. Dans le cas de Bookshare.org, il
s’agit au contraire de proposer le plus grand nombre possible de livres
numérisés à moindre coût. Si, jusque-là, moins de 5% des titres publiés aux
Etats-Unis sont disponibles en version braille ou en version audio, la seule
limite devient désormais celle du nombre de volontaires scannant les livres. Sur
son site, l’association fait appel aux bonnes volontés pour grossir les rangs de
l’équipe actuelle, afin de proposer à terme plusieurs dizaines de milliers de
livres, y compris toutes les nouveautés. Le nombre de livres et de volontaires
augmente rapidement. En un an, de février 2002 à février 2003, le catalogue
passe de 7.620 titres à 12.000 titres, et le nombre de volontaires de 100 à 200
personnes. En août 2003, le catalogue approche les 14.000 titres.
Bookshare.org propose aussi des oeuvres du domaine public en téléchargement
libre. Accessibles à tous, abonnés ou non, ces oeuvres sont disponibles dans
quatre formats différents: HTML (hypertext markup language), TXT (text), BRF
(digital braille) et DAISY (digital audio information system). Toujours en tête
de file lorsqu’il s’agit de lecture pour tous, le Projet Gutenberg met à la
disposition de l’association l’ensemble de ses collections, soit, en 2003, les
textes électroniques de 8.000 oeuvres du domaine public.
= Le livre audionumérique
Dans le service spécialisé de la Library of Congress comme dans Bookshare.org,
les titres sont disponibles non seulement en version numérique braille mais
aussi en version audionumérique. Quelle est l’origine du livre audionumérique?
Depuis vingt ans sinon plus, les personnes handicapées visuelles écoutent des
livres sur bande magnétique ou sur cassettes, enregistrés au fil des ans par des
centaines de bénévoles. Depuis une dizaine d’années, elles peuvent aussi se
procurer en librairie des livres audio sur cassettes et sur CD-Rom. Fait récent,
les technologies numériques permettent désormais de convertir automatiquement un
document numérique en "voix" grâce à la synthèse vocale. Un logiciel de synthèse
vocale devrait d’ailleurs être intégré aux outils informatiques standard de
demain, tout comme un logiciel de traduction automatique.
Si les techniques de synthèse vocale s’améliorent, de l’avis de certains, rien
ne remplace une vraie voix, c’est-à-dire une voix humaine, moins parfaite
peut-être, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc.
Or de nombreux organismes disposent d’enregistrements réalisés en analogique
(sur bande magnétique et sur cassette) par des bénévoles. La numérisation de
tous ces enregistrements permettrait de les utiliser non seulement dans la
communauté desservie mais partout ailleurs. D’une part chaque organisme pourrait
accroître ses collections de manière exponentielle, d’autre part de nouvelles
bibliothèques audio pourraient être créées à moindre coût, notamment dans les
pays en développement.
De nombreux spécialistes décident d’unir leurs forces pour oeuvrer en commun.
Ils fondent en mai 1996 le DAISY Consortium (DAISY: Digital Audio Information
System), un consortium international chargé d’assurer la transition entre le
livre audio analogique et le livre audionumérique. Sa tâche est immense: définir
une norme internationale, déterminer les conditions de production, d’échange et
d’utilisation du livre audionumérique, organiser la numérisation du matériel
audio à l’échelle mondiale. Les activités du consortium comprennent entre autres
la définition de normes de spécification de fichiers à partir de celles du World
Wide Web Consortium (W3C), la conception de logiciels de conversion des bandes
son analogiques en bandes son numériques, la gestion d’ensemble de la
production, l’échange de livres audionumériques entre bibliothèques, la
définition d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes
atteintes de déficience visuelle, la protection des documents soumis au droit
d’auteur, et enfin la promotion de la norme DAISY à l’échelle mondiale.
La norme DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet
l’indexation du livre audio et l’ajout de signets pour une navigation facile au
niveau du paragraphe, de la page ou du chapitre. Une fois téléchargé dans
l’ordinateur de l’usager, le texte électronique stocké dans le fichier DAISY
peut être lu sur synthèse vocale. Au printemps 2003, il existe près de 41.000
livres audionumériques répondant à cette norme.
= L’écoute et la lecture
Même si les documents audio ont une importance qu’il ne faut pas négliger, une
enquête menée en 2000 et 2001 sur l’accessibilité du web aux aveugles et
malvoyants montre la nécessité d’une véritable sensibilisation des voyants au
fait que les personnes handicapées visuelles ont elles aussi droit à deux modes
de connaissance - la lecture et l’écoute - tout comme les voyants (pour lire
l’ensemble des réponses, lancer la requête "aveugles" dans la base interactive
des Entretiens). Si les professionnels du livre interrogés suggèrent presque
tous la généralisation des documents audio, beaucoup ne savent pas qu’il est
désormais possible de convertir un texte électronique en braille numérique.
Pourquoi les aveugles devraient-ils se limiter à l’écoute, alors que le
développement du numérique leur ouvre enfin largement accès à la lecture?
Ce dernier point est souligné par Richard Chotin, professeur à l’Ecole
supérieure des affaires (ESA) de Lille, qui se réjouit des progrès réalisés dans
ce domaine. "Ma fille vient d’obtenir la deuxième place à l’agrégation de
lettres modernes, écrit-il en mai 2001. Un de ses amis a obtenu la maîtrise de
conférence en droit et un autre a soutenu sa thèse de doctorat en droit
également. Outre l’aspect performance, cela prouve au moins que, si les aveugles
étaient réellement aidés (tous les aveugles n’ont évidemment pas la chance
d’avoir un père qui peut passer du temps et consacrer de l’argent) par des
méthodes plus actives dans la lecture des documents (obligation d’obtenir en
braille ce qui existe en "voyant" notamment), le handicap pourrait presque
disparaître."
Datée de mai 2001, la directive 2001/29/CE de la Commission européenne sur
"l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins
dans la société de l’information" insiste dans son article 43 sur la nécessité
pour les Etats membres d’adopter "toutes les mesures qui conviennent pour
favoriser l’accès aux oeuvres pour les personnes souffrant d’un handicap qui les
empêche d’utiliser les oeuvres elles-mêmes, en tenant plus particulièrement
compte des formats accessibles" Il reste à appliquer cet article à large
échelle.
Il faut signaler aussi dans ce domaine le travail inlassable de l’association
Handicapzéro, dont le but est d’améliorer l’autonomie des personnes handicapées
visuelles, à savoir plus de 10% de la population francophone. En France par
exemple, une personne sur mille est aveugle, une personne sur cent est
malvoyante, et une personne sur deux a des problèmes de vue. Mis en ligne en
septembre 2000, le site web de l’association devient rapidement le site adapté
le plus visité de France, avec 10.000 requêtes mensuelles.
En février 2003, l'association lance un portail offrant en accès libre
l’information nationale et internationale en temps réel (en partenariat avec
l’Agence France-Presse), l’actualité sportive (avec L’Equipe), les programmes de
télévision (avec Télérama), la météo (avec Météo France) et un moteur de
recherche (avec Google). Le portail propose aussi toute une gamme de services
dans les domaines de la santé, de l’emploi, de la consommation, des loisirs, des
sports et de la téléphonie.
Les aveugles peuvent accéder au site au moyen d’une plage braille ou d’une
synthèse vocale. Les malvoyants peuvent paramétrer sur la page d’accueil la
taille et la police des caractères ainsi que la couleur du fond d’écran pour une
navigation confortable, en créant puis modifiant leur profil selon leur
potentiel visuel. Ce profil est utilisable aussi pour la lecture de n’importe
quel texte situé sur le web, en faisant un copier-coller dans la fenêtre prévue
à cet effet. Les voyants peuvent correspondre en braille avec des aveugles par
le biais du site, Handicapzéro assurant gratuitement la transcription et
l’impression braille des courriers ainsi que leur expédition par voie postale.
L’association entend ainsi démontrer "que, sous réserve du respect de certaines
règles élémentaires, l’internet peut devenir enfin un espace de liberté pour
tous".
8. DES APPAREILS DE LECTURE
[8.1. Les livres électroniques / 8.2. Les assistants personnels (PDA) / 8.3.
L'avenir des machines de lecture / 8.4. Le papier électronique]
Les livres numériques sont d’abord lisibles sur l’écran de notre ordinateur:
ordinateur du domicile ou du bureau, ordinateur portable et ordinateur
ultra-portable. Pour plus de mobilité, certains constructeurs conçoivent aussi
des appareils de lecture appelés livres électroniques, alors que d’autres
intègrent des logiciels de lecture dans leurs assistants personnels (PDA). Plus
tard viendra le papier électronique, qui devrait permettre de concilier les
avantages du numérique et le confort d’un matériau souple proche du papier.
8.1. Les livres électroniques
Pour le distinguer du livre numérique, qui est un livre en version numérisée,
l’appareil exclusivement dédié à la lecture de livres numériques est appelé ici
livre électronique, en attendant peut-être une terminologie plus adaptée.
Le livre électronique étant monotâche, les premiers modèles des années 1999-2001
résistent mal à la concurrence des assistants personnels (PDA), qui permettent
eux aussi de lire des livres numériques tout en offrant d’autres fonctionnalités
(agenda, dictaphone, lecteur de MP3, etc.). Les ventes des appareils pionniers
que sont le Rocket eBook, le Softbook Reader, le Cybook et les modèles de
Gemstar eBook sont très inférieures aux pronostics. La vente du Cybook cesse en
juillet 2002, et celle des Gemstar eBook en juin 2003. Si le concept de livre
électronique reste intéressant pour les gros lecteurs, il doit être entièrement
repensé à la lumière de ces premières expériences.
= Les premiers modèles
Mis sur le marché en 1999, les premiers livres électroniques sont conçus et
développés en 1998 dans la Silicon Valley, en Californie. Le modèle le plus
connu, le Rocket eBook, est créé par la société NuvoMedia, en partenariat avec
la chaîne de librairies Barnes & Noble et le géant des médias Bertelsmann. Un
deuxième modèle, le Softbook Reader, est développé par la société Softbook
Press, en partenariat avec les deux grandes maisons d'édition Random House et
Simon & Schuster. Plusieurs autres modèles ont une durée de vie assez courte,
par exemple l’Everybook, appareil à double écran créé par la société du même
nom, ou encore le Millennium eBook, créé par Librius.com. A cette époque, qui
n’est pas si lointaine, toutes ces tablettes électroniques pèsent entre 700 g et
2 kg et peuvent stocker une dizaine de livres.
= Les modèles de Gemstar eBook