universités et les grands établissements d’enseignement. Interviewé en mai 2001,
Christian Vandendorpe, professeur à l’Université d’Ottawa, salue "la décision du
MIT (Masachusetts Institute of Technology) de placer tout le contenu de ses
cours sur le web d’ici dix ans, en le mettant gratuitement à la disposition de
tous. Entre les tendances à la privatisation du savoir et celles du partage et
de l’ouverture à tous, je crois en fin de compte que c’est cette dernière qui va
l’emporter." Mise en ligne en septembre 2002, la version pilote du MIT
OpenCourseWare offre en accès libre le matériel d’enseignement de 32 cours
représentatifs des cinq départements du MIT. Les cours (textes, vidéos, travaux
pratiques en laboratoire, simulations, etc.) sont régulièrement actualisés. Le
lancement officiel du site a lieu en septembre 2003, avec accès à plusieurs
centaines de cours. La totalité des 2.000 cours dispensés par le MIT devrait
être disponible en septembre 2007. Le MIT espère que cette expérience de
publication électronique - la première du genre – permettra de définir un
standard et une méthode de publication, et qu’elle incitera d’autres universités
à créer des sites semblables pour la mise à disposition gratuite de leurs
propres cours.
7. DES LIVRES EN VERSION NUMERISEE
[7.1. Plusieurs logiciels de lecture / 7.2. Une diffusion par divers canaux /
7.3. Une progression régulière / 7.4. Livres numériques braille et audio]
L’internet couplé avec les technologies numériques permet d’abord de largement
diffuser les oeuvres du domaine public par voie électronique puis, dans un
deuxième temps, de commercialiser les premiers livres numériques. Si le livre
numérique naît dès mai 1998, il ne se développe vraiment qu’à compter du
deuxième semestre 2000. De plus en plus de titres sont disponibles à la fois en
version imprimée et en version numérique, sous plusieurs formats, y compris au
format numérique braille et au format audionumérique. Conçus à partir de 2001
pour contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright, des systèmes
de DRM (digital rights management) permettent la gestion des droits numériques
en fonction des consignes données par l’éditeur.
7.1. Plusieurs logiciels de lecture
Un logiciel de lecture permet de lire à l’écran un livre numérique tout en
bénéficiant des fonctionnalités suivantes: navigation hypertexte au sein du
livre ou vers le web, changement de la taille et de la police des caractères,
surlignage de certains passages, recherche de mots dans l’ensemble du texte,
ajout de signets ou de notes personnelles, choix de l’affichage en mode paysage
ou portrait, agrandissement des figures et graphiques, sommaire affiché en
permanence, et enfin formatage automatique du livre et de sa pagination en
fonction de la taille de l’écran (reflowing).
Téléchargeables gratuitement, les logiciels de lecture les plus utilisés en 2003
sont l’Acrobat Reader et l’Acrobat eBook Reader, le Microsoft Reader, le
Mobipocket Reader et le Palm Reader. A l’exception du format PDF (portable
document format), apparu dès 1993, les formats utilisés sont basés sur l’OeB
(open ebook), devenu en 1999 le format standard de production des livres
numériques.
= L’Acrobat Reader
Créé en juin 1993 par la société Adobe et diffusé gratuitement, le premier
logiciel de lecture est l’Acrobat Reader, qui permet de lire des documents au
format PDF (portable document format). Ce format conserve la présentation, les
polices, les couleurs et les images du document source, quelle que soit la
plate-forme utilisée pour le créer et pour le lire. Vendu parallèlement par
Adobe, le logiciel Adobe Acrobat (qui, en 2003, en est à sa version 6) permet de
convertir n’importe quel document au format PDF. Compacts, les fichiers PDF
peuvent être imprimés en conservant leur aspect d’origine. Au fil des ans, le
format PDF devient la norme internationale de diffusion des documents
électroniques. Des millions de documents PDF sont présents sur le web pour
lecture ou téléchargement, ou bien transitent par courriel. L’Acrobat Reader
pour ordinateur est disponible dans plusieurs langues et pour diverses
plates-formes (Windows, Mac, Linux, Unix). En 2001, Adobe lance également un
Acrobat Reader pour assistant personnel (PDA), utilisable sur le Palm Pilot (en
mai 2001) puis sur le Pocket PC (en décembre 2001).
= L’Open eBook (OeB)
Les années 1998-2000 sont marquées par la prolifération des formats, dans le
cadre d’un marché naissant promis à une expansion rapide. Aux formats classiques
- texte, Word, HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup
language) et PDF (portable document format) - s’ajoutent des formats
propriétaires créés par plusieurs sociétés commerciales, pour lecture sur leurs
propres logiciels: Glassbook Reader, Rocket eBook Reader, Peanut Reader,
Franklin Reader, Microsoft Reader, logiciel de lecture Cytale, Gemstar eBook
Reader, Palm Reader, etc.
Inquiets pour l’avenir du livre numérique qui, à peine né, propose presque
autant de formats que de titres, certains insistent sur l’intérêt, sinon la
nécessité, d’un format unique. A l’instigation du National Institute of
Standards and Technology (NIST, Etats-Unis) naît en juin 1998 l’Open eBook
Initiative, qui constitue un groupe de travail de 25 personnes, l’Open eBook
Authoring Group. Ce groupe élabore l’OeB (open ebook), un format basé sur le
langage XML (extensible markup language) pour normaliser le contenu, la
structure et la présentation des livres numériques. Le format OeB est défini par
l’OeBPS (open ebook publication structure), dont la version 1.0 est disponible
en septembre 1999.
Créé en janvier 2000 à la suite de l’Open eBook Initiative, l’Open eBook Forum
(OeBF) est un consortium industriel international regroupant 85 participants
(constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du
numérique) pour développer et promouvoir le format OeB. Téléchargeable
gratuitement, l’OeB est un format ouvert appartenant au domaine public. Le
format original est toutefois utilisé uniquement par les professionnels de la
publication. Il doit être associé à une technologie normalisée de gestion des
droits numériques, et donc à un système de DRM (digital rights management), qui
permet de contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright. En 2003,
l'OeBPS en est à sa version 1.2 (datée d'août 2002).
= Le Microsoft Reader
En avril 2000, Microsoft lance le Pocket PC, un assistant personnel (PDA) qui,
entre autres fonctionnalités, permet de lire des livres numériques sur le
Microsoft Reader. Le format de fichier utilisé est le format LIT (abrégé du
terme anglais: literature), lui-même basé sur l’OeB (open ebook). En août 2000,
le Microsoft Reader est utilisable sur toute plate-forme Windows, et donc aussi
bien sur ordinateur que sur assistant personnel. Ses caractéristiques sont un
affichage utilisant la technologie ClearType, la possibilité de choisir la
taille des caractères, l’accès d’un clic au Merriam-Webster Dictionary, et la
mémorisation des mots-clés pour des recherches ultérieures.
Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et
distributeurs pour l’utilisation de sa technologie de gestion des droits
numériques, et touche une commission sur la vente de chaque titre. La gestion
des droits numériques s’effectue au moyen du Microsoft DAS Server (DAS: digital
asset server), qui permet de contrôler l’accès aux livres numériques soumis au
copyright. Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en
ligne - Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en août 2000 – pour
lancer la vente de livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes &
Noble.com ouvre son secteur numérique en août 2000, suivi par Amazon.com en
novembre 2000. En novembre 2002, le Microsoft Reader est disponible pour
tablette PC, dès la commercialisation de cette nouvelle machine par 14
fabricants.
= L’Acrobat eBook Reader
Face à la concurrence représentée par le Microsoft Reader, Adobe annonce en août
2000 l’acquisition de la société Glassbook, spécialisée dans les logiciels de
distribution de livres numériques à destination des éditeurs, des libraires, des
distributeurs et des bibliothèques. Adobe passe également un partenariat avec
Amazon.com et Barnes & Noble.com afin de proposer des titres lisibles sur
l’Acrobat Reader et le Glassbook Reader.
En janvier 2001, Adobe met sur le marché deux nouveaux logiciels. Le premier,
gratuit, est l’Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF
(portable document format) de livres numériques soumis au copyright, avec
gestion des droits par l’Adobe Content Server. Il permet aussi d’ajouter des
notes et des signets, de choisir l’orientation de lecture des livres (paysage ou
portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une bibliothèque
personnelle. Il bénéficie de la technique d’affichage CoolType et comporte un
dictionnaire intégré.
Le deuxième logiciel, payant, est l’Adobe Content Server, destiné aux éditeurs
et distributeurs. Il s’agit d’un logiciel serveur de contenu assurant le
conditionnement, la protection, la distribution et la vente sécurisée de livres
numériques au format PDF. Ce système de DRM (digital rights management) permet
de contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright, et donc de gérer
les droits d’un livre selon les consignes données par le gestionnaire des
droits, par exemple en autorisant ou non l’impression ou le prêt. En avril 2001,
Adobe conclut un partenariat avec Amazon.com, qui met en vente 2.000 livres
numériques lisibles sur l’Acrobat eBook Reader : titres de grands éditeurs,
guides de voyages, livres pour enfants, etc.
En mai 2003, l’Acrobat eBook Reader (qui en est à sa 2e version) fusionne avec
l’Acrobat Reader (qui en est à sa 5e version) pour devenir l’Adobe Reader
version 6.
= Le Mobipocket Reader
Face à Adobe et à Microsoft, un nouvel acteur s’impose rapidement sur le marché,
sur un créneau bien spécifique, la lecture sur assistant personnel (PDA). Créée
à Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la société Mobipocket
est financée en partie par Viventures, branche de la multinationale Vivendi. Le
logiciel de lecture Mobipocket Reader permet la lecture de fichiers au format
PRC (Palm resource). Gratuit et disponible dans plusieurs langues (français,
anglais, allemand, espagnol, italien), il est "universel", c’est-à-dire
utilisable sur tout assistant personnel. En octobre 2001, le Mobipocket Reader
est récompensé par l’eBook Technology Award de la Foire internationale de
Francfort. A la même date, Mobipocket passe un partenariat avec Franklin pour
l’installation du Mobipocket Reader sur l’eBookMan, l’assistant personnel (PDA)
multimédia de Franklin, au lieu du partenariat prévu à l’origine entre Franklin
et Microsoft pour l’installation du Microsoft Reader.
Si le Mobipocket Reader est gratuit, d’autres logiciels Mobipocket sont payants.
Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d’extraction automatique de contenu
auprès des sites de presse partenaires de la société. Le Mobipocket Publisher
permet aux particuliers (version privée gratuite ou version standard payante) et
aux éditeurs (version professionnelle payante) de créer des livres numériques
sécurisés utilisant la technologie Mobipocket DRM (digital rights management),
afin de contrôler l’accès aux livres numériques soumis au copyright. Dans un
souci d’ouverture aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet de créer
des livres numériques non seulement au format PRC (Palm resource), lu par le
Mobipocket Reader, mais aussi au format LIT (abrégé du terme anglais:
literature), lu par le Microsoft Reader.
Au printemps 2002, la société lance une version du Mobipocket Reader pour
ordinateur personnel. Au printemps 2003, le Mobipocket Reader équipe tous les
assistants personnels du marché, à savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC,
eBookMan et Psion, et les smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la même date,
le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre à 6.000 titres
dans plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol), distribués soit
sur le site de Mobipocket soit dans des librairies partenaires.
= Le Palm Reader
Lancé dès mars 1996 par la société Palm, le Palm Pilot est le premier assistant
personnel (PDA) du marché. Sept ans plus tard, malgré la concurrence de la gamme
Pocket PC de Microsoft (lancé en avril 2000) et des modèles de Hewlett-Packard,
Sony, Handspring, Toshiba et Casio, il reste l’assistant personnel le plus
utilisé au monde, avec 23 millions de machines vendues entre 1996 et 2002.
En mars 2001, Palm aborde le marché du livre numérique en faisant l’acquisition
de Peanutpress.com, éditeur et distributeur de livres numériques pour assistant
personnel, qui appartenait jusque-là à la société netLibrary. Le Peanut Reader
devient le Palm Reader, et le format correspondant le format PDB (Palm
database). Le Palm Reader est utilisable aussi bien sur le Palm Pilot que sur le
Pocket PC, puis, dans un deuxième temps, en juillet 2002, sur ordinateur
personnel.
Lors du rachat de Peanutpress.com par Palm en mars 2001, les 2.000 titres
numériques de Peanutpress.com – des best-sellers et des titres de grands
éditeurs - sont transférés dans la librairie numérique Palm Digital Media. A la
même date, le roman Dreamcatcher de Stephen King, dont on connaît l’intérêt pour
le numérique, sort simultanément en version imprimée chez Simon & Schuster et en
version numérique chez Palm Digital Media. Sont disponibles aussi en version
numérique chez Palm les best-sellers de Michael Connelly, Michael Crichton, Anne
Rice et Scott Turow, ainsi que le Wall Street Journal et plusieurs magazines. En
mars 2002, le nouveau recueil de nouvelles de Stephen King, Everything’s
Eventual, est lancé simultanément par Scribner, une subdivision de Simon &
Schuster, et Palm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement
libre. En juillet 2002, les collections de Palm Digital Media se chiffrent à
5.500 titres dans plusieurs langues. En 2003, le catalogue approche les 10.000
titres.
= Des logiciels de lecture polyvalents
Conséquence d’un marché en pleine expansion, après avoir été conçus pour une
machine spécifique (soit un ordinateur, soit un assistant personnel), les
principaux logiciels de lecture deviennent polyvalents. Si l’Acrobat Reader est
uniquement disponible sur ordinateur jusqu’en 2001, Adobe lance un Acrobat
Reader pour Palm Pilot en mai 2001, puis pour Pocket PC en décembre 2001. Si, à
l’origine, le Mobipocket Reader est destiné à la lecture sur assistant
personnel, Mobipocket lance également une version pour ordinateur en avril 2002.
La même remarque vaut pour le Palm Reader qui, après avoir équipé le Palm Pilot
et le Pocket PC, s’étend aux ordinateurs en juillet 2002.
Chose peu courante chez les concepteurs de logiciels, Mobipocket propose
d’emblée un logiciel de lecture "universel", utilisable sur tout assistant
personnel, et manifeste très tôt un réel souci d’ouverture aux autres formats.
Le Mobipocket Publisher permet de créer des livres numériques non seulement au
format PRC (lisible sur le Mobipocket Reader) mais aussi au format LIT (lisible
sur le Microsoft Reader).
Après avoir fait cavalier seul en promouvant leur propre logiciel de lecture,
les constructeurs y mettent aussi du leur. Le Palm Pilot permet de lire des
livres numériques aussi bien sur le Palm Reader que sur le Mobipocket Reader.
Son principal concurrent, le Pocket PC de Microsoft, permet de lire des livres
sur le Microsoft Reader, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.
Vétéran des logiciels de lecture avec dix ans d’existence en juin 2003,
l’Acrobat Reader s’adapte régulièrement aux besoins du marché. Pour ne prendre
qu’un exemple, les utilisateurs d’autres logiciels disent apprécier
particulièrement le reflowing, une technique leur permettant de reformater
automatiquement un livre et sa pagination en fonction de la taille de l’écran.
Le reflowing est autorisé par les formats basés sur l’OeB (open ebook). Alors
que ceci n’était pas possible avec les versions précédentes de l’Acrobat Reader,
le format PDF n’étant pas basé sur l’OeB, les versions 5 et suivantes d’ Adobe
Acrobat permettent de créer des documents PDF autorisant le reflowing, même si
la numérotation des pages du document initial reste figée.
= L’ION Systems eMonocle
Fait qui mérite d’être signalé, la société ION Systems lance en août 2001 l’ION
eMonocle Reader, un logiciel de lecture qui, tout en étant un logiciel standard,
s’attache à résoudre les problèmes de lecture des malvoyants. Ce logiciel permet
un ajustement de la taille du texte et des images, avec un affichage allant de 4
à 144 points. Il peut paramétrer une impression en gros caractères. Il permet
l’ouverture de n’importe quel livre numérique basé sur le format OeB (open
ebook). Les graphiques et figures peuvent être élargis et présentés dans un sens
différent de l’original – par exemple une rotation à 90 degrés - en utilisant la
totalité de l’écran, et en zoomant ensuite sur une partie du document.
7.2. Une diffusion par divers canaux
Contrairement au livre imprimé, vendu dans les librairies, le livre numérique
est d’abord vendu par les éditeurs avant d’être vendu par les libraires, pour la
raison bien simple qu’il faut laisser le temps à ces derniers de créer une
structure qui n’existe pas. En 2003, cette structure existe, si bien que
l’éditeur peut soit vendre directement sur son propre site ses titres
numériques, soit passer un partenariat avec une librairie numérique, soit
adopter simultanément les deux formules.
Publiés en mai 1998 par les éditions 00h00, les premiers livres numériques
commerciaux sont des classiques de la littérature française - Le Tour du monde
en 80 jours, de Jules Verne, Colomba, de Prosper Mérimée, Poil de carotte, de
Jules Renard, etc. - ainsi que deux inédits: Sur le bout de la langue, de Rouja
Lazarova, et La Coupe est pleine, de Pierre Marmiesse. 00h00 passe aussi des
accords avec d’autres éditeurs pour publier en version numérique certains de
leurs titres imprimés.
Autre événement d’importance, en mars 2000, Stephen King, maître du suspense,
décide de distribuer sa nouvelle Riding The Bullet uniquement par voie
électronique, avec vente dans des librairies en ligne. Suite à cette expérience
qui s’avère un succès à la fois médiatique et financier, l’auteur décide de se
passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. En juillet 2000,
il crée un site web spécifique pour débuter la publication en épisodes d’un
roman épistolaire, The Plant. Cette deuxième expérience s’avère beaucoup moins
concluante que la première, le nombre de téléchargements et de paiements
baissant régulièrement au fil des chapitres. En décembre 2000, après la parution
du sixième chapitre, gratuit, l’auteur décide de mettre The Plant en hibernation
pendant une période indéterminée. Le suivi médiatique de cette expérience
pendant les six mois qu’elle aura duré contribue largement à faire connaître le
livre numérique, aussi bien chez les professionnels du livre que dans le grand
public. D’autres auteurs de best-sellers prennent ensuite le relais, comme
Frederick Forsyth au Royaume-Uni et Arturo Pérez-Reverte en Espagne, mais cette
fois en partenariat avec leurs éditeurs.
Durant l’été 2000, Simon & Schuster, l’éditeur habituel de Stephen King, profite
de la vague médiatique entourant l’auto-publication d’un de ses auteurs-phare
pour se lancer dans l’aventure en créant SimonSays.com. Il décide aussi de
publier en version numérique seulement, sans correspondant imprimé, certains
titres de Star Trek, la série de science-fiction la plus vendue au monde avec
six titres vendus par minute et quarante nouveaux titres publiés par an (en
incluant les histoires et récits basés sur les séries télévisées et les films).
Le premier titre numérique, The Belly of the Beast, de Dean Wesley Smith, est
disponible en août 2000 pour 5 dollars.
D’autres éditeurs emboîtent le pas à Simon & Schuster et commencent à vendre
certains de leurs titres en version numérique, par exemple le géant Random House
et, quelques mois plus tard, St. Martin’s Press, puis HarperCollins par le biais
de son service électronique PerfectBound.
En octobre 2000, les Presses universitaires de France (PUF) annoncent la
parution de quatre titres simultanément en version numérique et en version
imprimée. Ces quatre titres ont trait à l’internet: La presse sur internet, de
Charles de Laubier, La science et son information à l’heure d’internet, de
Gilbert Varet, Internet et nos fondamentaux, par un collectif d’auteurs, et
enfin HyperNietzsche, publié sous la direction de Paolo d’Iorio. Chose peu
courante chez les éditeurs français, pendant deux ans, le texte intégral
d’HyperNietzsche est en accès libre sur le site des PUF.
En novembre 2000, pour convertir les auteurs qu’il publie à ce nouveau format,
Random House annonce que ceux-ci recevront 50% des bénéfices nets réalisés sur
la vente de leurs livres numériques, au lieu des 15% habituels. Si ce fort
pourcentage était déjà proposé par certains éditeurs électroniques comme le
londonien Online Originals, c’est la première fois qu’une maison d’édition
traditionnelle de réputation internationale fait un tel effort.
En janvier 2001, Barnes & Noble, autre géant du livre, se lance dans l’aventure
en créant Barnes & Noble Digital. Barnes & Noble est non seulement une chaîne de
librairies traditionnelles doublée d’une librairie en ligne, en partenariat avec
Bertelsmann pour cette dernière, mais aussi un éditeur de livres classiques et
illustrés. Pour attirer les auteurs, l’éditeur leur propose de leur verser 35%
du prix de vente des livres numériques vendus sur le site et les sites affiliés.
Un pourcentage moindre que celui offert par Random House, mais nettement
supérieur à celui versé par les autres éditeurs en ligne: ces droits, après
avoir été de 15% à l’origine, seraient début 2001 de 25% en moyenne. L’opération
vise bien sûr à convaincre les auteurs de best-sellers de l’intérêt d’une
version numérique à côté de la version imprimée. Parallèlement, Barnes & Noble
Digital débute la publication numérique de titres tombés dans le domaine public.
7.3. Une progression régulière
Comme on vient de le voir, si elle existe dès mai 1998 avec la commercialisation
des premiers titres numériques par les éditions 00h00, la vente de livres
numériques ne commence vraiment à se généraliser qu’à l’automne 2000. Elle est
effectuée soit directement par les éditeurs, soit par le biais des libraires,
avec impression à la demande grâce aux nouvelles technologies d’impression
numérique développées notamment par les sociétés Xerox, Océ et IBM.
On voit apparaître aussi les premières librairies numériques, à savoir des
librairies vendant exclusivement des livres numériques, le plus souvent par
téléchargement, et dans plusieurs formats. L’étape suivante sera la vente de
livres "en pièces détachées", à savoir un chapitre seul, ou une partie de livre,
ou un article à l’unité, ou encore une carte ou un tableau statistique. En 2002,
ce type de vente est déjà chose possible à titre expérimental, par exemple dans
la librairie numérique Numilog, ou encore dans la librairie en ligne de l’OCDE
(Organisation de coopération et de développement économiques).
Le prix du livre numérique est en général inférieur de 30% à celui du livre
imprimé. Sa commande et sa livraison sont quasi immédiates via l’internet. Quant
à sa taille et son poids, ils sont nuls, bien qu’en pareil cas il faille bien
sûr prendre en compte la taille et le poids de la machine nécessaire pour le
lire. Un assistant personnel (PDA) de type Pocket PC ou Palm Pilot pesant
environ 200 g permet d’emporter avec soi une quinzaine de romans de 200 pages,
en plus des autres fonctionnalités présentes dans la machine. Un ordinateur
ultra-portable disposant d’un disque dur de 6 Go (giga-octets), pesant moins de
1,5 kg et équipé des logiciels de bureautique standard permet de stocker environ
5.000 livres.