francophone en ligne, qui répertorie 45.000 mots et 116.000 définitions en
présentant "sur un pied d’égalité, le français dit 'standard' et les mots et
expressions en français tel qu’on le parle sur les cinq continents". Issu de la
collaboration entre Hachette et l’AUPELF-UREF (devenu depuis l’AUF - Agence
universitaire de la francophonie), il correspond à la partie "noms communs" du
dictionnaire imprimé du même nom. L’équivalent pour la langue anglaise est le
site Merriam-Webster OnLine, qui donne librement accès au Collegiate Dictionary
et au Collegiate Thesaurus.
Fin 1999 apparaissent sur le web plusieurs encyclopédies de renom, parallèlement
à leurs versions papier et CD-Rom. En décembre 1999, la première encyclopédie
francophone en accès libre est WebEncyclo, publiée par les éditions Atlas. La
recherche est possible par mots-clés, thèmes, médias (cartes, liens internet,
photos, illustrations) et idées. Un appel à contribution incite les spécialistes
d’un sujet donné à envoyer des articles, qui sont regroupés dans la section
"WebEncyclo contributif". Après avoir été libre, l’accès est ensuite soumis à
une inscription gratuite au préalable.
Mis en ligne à la même date, Britannica.com propose en accès libre l’équivalent
numérique des 32 volumes de la 15e édition de l’Encyclopaedia Britannica,
parallèlement à la version imprimée et à la version sur CD-Rom, toutes deux
payantes. Le site web offre une sélection d’articles issus de 70 magazines, un
guide des meilleurs sites, un choix de livres, etc., le tout étant accessible à
partir d’un moteur de recherche unique. En septembre 2000, le site fait partie
des cent sites les plus visités au monde. En juillet 2001, la consultation
devient payante sur la base d’un abonnement mensuel ou annuel.
Décembre 1999 est aussi la date de mise en ligne de l’Encyclopaedia Universalis,
soit un ensemble de 28.000 articles signés par 4.000 auteurs. Si la consultation
est payante sur la base d’un abonnement annuel, de nombreux articles sont en
accès libre.
La mise en ligne d’encyclopédies de renom se poursuit en 2000 et 2001.
En mars 2000, les 20 volumes de l’Oxford English Dictionary sont mis en ligne
par l’Oxford University Press (OUP), grande maison d’édition universitaire avec
un siège à l’Université d’Oxford (Royaume-Uni) et un autre à New York. La
consultation du site est payante. Le dictionnaire bénéficie d’une mise à jour
trimestrielle d’environ 1.000 entrées nouvelles ou révisées. Deux ans après
cette première expérience, en mars 2002, l’OUP met en ligne l’Oxford Reference
Online, une vaste encyclopédie conçue directement pour le web et consultable
elle aussi sur abonnement payant. Elle représente l’équivalent d’une centaine
d’ouvrages de référence, soit 60.000 pages et un million d’entrées.
Toujours en 2000, le Quid, encyclopédie en un volume actualisée une fois par an
depuis 1963, décide de mettre une partie de son contenu en accès libre sur le
web.
En septembre 2000, après avoir été payante, la consultation de l’encyclopédie
Encarta de Microsoft devient libre.
= Dictionnaires de langues
Des dictionnaires de langues sont en accès libre dès les débuts du web. Ils sont
répertoriés dans Travlang, un site consacré aux voyages et aux langues créé en
1994 par Michael M. Martin. Mais ces dictionnaires sont le plus souvent
sommaires et de qualité inégale.
Fin 1997, la société de traduction Logos décide de mettre en ligne les outils
destinés à ses traducteurs. Tous sont en accès libre. Le Logos Dictionary est un
dictionnaire multilingue de 8 millions d’entrées. Constituée à partir de
milliers de traductions, notamment des romans et des documents techniques, la
Wordtheque est une base de données multilingue regroupant 710 millions de mots.
Linguistic Resources offre un point d’accès unique à plus de 1.000 glossaires.
L’Universal Conjugator propose des tableaux de conjugaison dans 36 langues
différentes.
De très bons dictionnaires bilingues et multilingues sont progressivement mis en
ligne par des organismes réputés, par exemple Eurodicautom par la Commission
européenne, ou encore Le Signet et le Grand dictionnaire terminologique (GDT)
par l’Office québécois de la langue française (OQLF).
Géré par le service de traduction de la Commission européenne, Eurodicautom est
un dictionnaire multilingue de termes économiques, scientifiques, techniques et
juridiques, avec une moyenne de 120.000 consultations quotidiennes. En accès
libre, il permet de combiner entre elles les onze langues officielles de l’Union
européenne (allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, français, grec,
hollandais, italien, portugais et suédois), ainsi que le latin. Fin 2003,
Eurodicautom devrait être intégré dans une base terminologique plus vaste
regroupant les bases de plusieurs institutions de l’Union européenne. Cette
nouvelle base traiterait non plus douze langues, mais une vingtaine, puisque
l’Union européenne passe de 15 à 25 Etats membres. Reste à savoir si l’accès à
la future base sera gratuit ou payant.
Géré par l’Office québécois de la langue française (OQLF), Le Signet propose
10.000 fiches bilingues français-anglais dans le secteur des technologies de
l’information. Le Signet est également intégré au Grand dictionnaire
terminologique (GDT), mis en ligne en septembre 2000. En accès libre, le GDT est
un gigantesque dictionnaire bilingue français-anglais de 3 millions de termes du
vocabulaire industriel, scientifique et commercial. Il représente l’équivalent
de 3.000 ouvrages de référence imprimés. Sa mise en ligne est le résultat d’un
partenariat entre l’Office québécois de la langue française (OQLF), auteur du
dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans les solutions logicielles
linguistiques. Evénement célébré par de très nombreux linguistes, cette mise en
ligne est un succès sans précédent. Dès le premier mois, ce dictionnaire est
consulté par 1,3 millions de personnes, avec des pointes de 60.000 requêtes
quotidiennes. La gestion de la base est ensuite assurée par Convera Canada. En
février 2003, les requêtes sont au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle
version du GDT est mise en ligne en mars 2003. Sa gestion est désormais assurée
par l’OQLF lui-même, et non plus par une société prestataire.
Par ailleurs, des moteurs spécifiques permettent la recherche simultanée dans
plusieurs centaines de dictionnaires. Pour ne prendre qu’un exemple, le site
OneLook, créé par Robert Ware, puise dans plus de 5 millions de mots émanant de
950 dictionnaires dans plusieurs langues, aussi bien généralistes que
spécialisés.
Des équipes de linguistes gèrent aussi des répertoires de dictionnaires, par
exemple Dictionnaires électroniques et yourDictionary.com.
Géré par la section française des services linguistiques centraux de
l’Administration fédérale suisse, Dictionnaires électroniques est un excellent
répertoire de dictionnaires monolingues (français, allemand, italien, anglais,
espagnol), bilingues et multilingues en accès libre sur le web. Ce répertoire
est complété par des listes d’abréviations et acronymes et des répertoires
géographiques, essentiellement des atlas. Responsable de la section française
des services linguistiques, Marcel Grangier précise en janvier 2000: "Les
Dictionnaires électroniques ne sont qu’une partie de l’ensemble, et d’autres
secteurs documentaires ont trait à l’administration, au droit, à la langue
française, etc., sans parler des informations générales. (...) Conçu d’abord
comme un service intranet, notre site web se veut en premier lieu au service des
traducteurs opérant en Suisse, qui souvent travaillent sur la même matière que
les traducteurs de l’Administration fédérale, mais également, par certaines
rubriques, au service de n’importe quel autre traducteur où qu’il se trouve.
(...) Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible. Au-delà de
tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique, consultation de
la presse électronique, activités de services au profit de la profession des
traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inépuisable
d’informations dans ce que j’appellerais le 'secteur non structuré' de la toile.
Pour illustrer le propos, lorsqu’aucun site comportant de l’information
organisée ne fournit de réponse à un problème de traduction, les moteurs de
recherche permettent dans la plupart des cas de retrouver le chaînon manquant
quelque part sur le réseau."
Réputé lui aussi pour sa qualité, yourDictionary.com est co-fondé par Robert
Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site, A Web of Online
Dictionaries, créé dès 1995. Ce portail de référence répertorie plus de 1.800
dictionnaires dans 250 langues différentes, ainsi que de nombreux outils
linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, méthodes de langues, etc.
Soucieux de servir toutes les langues sans exception, yourDictionary.com gère
aussi l’Endangered Language Repository, une section importante consacrée aux
langues menacées d’extinction.
Publiée par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics),
l’encyclopédie Ethnologue: Languages of the World existe à la fois en version
web (gratuite), sur CD-Rom et sur papier (tous deux payants). Barbara Grimes, sa
directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e éditions), relate en
janvier 2000: "Il s’agit d’un catalogue des langues dans le monde, avec des
informations sur les endroits où elles sont parlées, une estimation du nombre de
personnes qui les parlent, la famille linguistique à laquelle elles
appartiennent, les autres termes utilisés pour ces langues, les noms de
dialectes, d’autres informations socio-linguistiques et démographiques, les
dates des Bibles publiées, un index des noms de langues, un index des familles
linguistiques et des cartes géographiques relatives aux langues." Cette
encyclopédie répertorie 6.800 langues selon plusieurs critères (pays, nom de la
langue, code de la langue attribué par le SIL, famille de langues), avec un
moteur de recherche unique.
6.2. Bases textuelles sur le web
= Bases textuelles payantes
Des programmes de recherche sur la langue française - principalement son
vocabulaire – sont développés par l’INaLF (Institut national de la langue
française), puis par l’ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue
française), qui lui succède en janvier 2001. Traitées par des systèmes
informatiques spécifiques, les données lexicales et textuelles portent sur
divers registres du français: langue littéraire du 14e au 20e siècle, langue
courante écrite et parlée, langue scientifique et technique (terminologies) et
régionalismes. L’ATILF gère plusieurs bases textuelles payantes, par exemple
Frantext, un corpus à dominante littéraire de textes français allant du 16e au
19e siècle, ou encore l’Encyclopédie de Diderot, réalisée en collaboration avec
le programme ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French
Language) de l’Université de Chicago. En accès libre, Dictionnaires est une
collection de dictionnaires informatisés comprenant les dictionnaires de Robert
Estienne (1552), Jean Nicot (1606) et Pierre Bayle (1740), plusieurs éditions
des dictionnaires de l’Académie française (1694, 1798, 1835, 1932-35, 1992) et
enfin le TLFi (Trésor de la langue française informatisé, 1971-1994).
Autre exemple, dû à une initiative individuelle, le site Rubriques à Bac. Créé
en 1998 par Gérard Fourestier, diplômé en science politique et professeur de
français à Nice, le site regroupe des bases de données à l'intention des lycéens
et des étudiants. ELLIT (Eléments de littérature) propose des centaines
d’articles sur la littérature française du 12e siècle à nos jours, ainsi qu’un
répertoire d’auteurs. RELINTER (Relations internationales) recense 2.000 liens
sur le monde contemporain depuis 1945. Ces deux bases de données sont
accessibles par souscription, avec version de démonstration en accès libre.
Lancé en juin 2001 dans le prolongement d’ELLIT, la base de données Bac-L
(baccalauréat section lettres) est en accès libre.
Interviewé en octobre 2000, Gérard Fourestier relate: "Rubriques à Bac a été
créé pour répondre au besoin de trouver sur le net, en un lieu unique,
l’essentiel, suffisamment détaillé et abordable par le grand public, dans le
but: a) de se forger avant tout une culture tout en préparant à des examens
probatoires à des études de lettres - c’est la raison d’ELLIT (Eléments de
littérature), base de données en littérature française; b) de comprendre le
monde dans lequel nous vivons en en connaissant les tenants et les aboutissants,
d’où RELINTER (Relations internationales). J’ai développé ces deux matières car
elles correspondent à des études que j’ai, entre autres, faites en leur temps,
et parce qu’il se trouve que, depuis une dizaine d’années, j’exerce des
fonctions de professeur dans l’enseignement public (18 établissements de la 6e
aux terminales de toutes sections et de tous types d’établissements). (...)
Mon activité liée à internet consiste tout d’abord à en sélectionner les outils,
puis à savoir les manier pour la mise en ligne de mes travaux et, comme tout a
un coût et doit avoir une certaine rentabilité, organiser le commercial ui
permette de dégager les recettes indispensables; sans parler du butinage
indispensable pour la recherche d’informations qui seront ensuite traitées.
(...)
Mon initiative à propos d’internet n’est pas directement liée à mes fonctions de
professeur. J’ai simplement voulu répondre à un besoin plus général et non pas
étroitement scolaire, voire universitaire. Débarrassé des contraintes du
programme, puisque j’agis en mon nom et pour mon compte et non 'es-qualité',
mais tout en donnant la matière grise qui me paraît indispensable pour mieux
faire une tête qu’à la bien remplir, je laisse à d’autres le soin de ne préparer
qu’à l’examen."
Les recettes générées par Rubriques à Bac sont consacrées à la réalisation de
projets éducatifs en Afrique. Par la suite, Gérard Fourestier aimerait
développer des bases de données dans d’autres domaines, par exemple l’analyse
sociétale, l’analyse sémantique ou l’écologie.
= Bases textuelles gratuites
Emilie Devriendt, élève professeure à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Paris,
écrit en juin 2001: "L’avenir me semble prometteur en matière de publications de
ressources en ligne, même si, en France tout au moins, bon nombre de
résistances, inhérentes aux systèmes universitaire et éditorial, ne risquent pas
de céder du jour au lendemain (dans dix, vingt ans, peut-être?). Ce qui me donne
confiance, malgré tout, c’est la conviction de la nécessité pratique d’internet.
J’ai du mal à croire qu’à terme, un chercheur puisse se passer de cette
gigantesque bibliothèque, de ce formidable outil. Ce qui ne veut pas dire que
les nouvelles pratiques de recherche liées à internet ne doivent pas être
réfléchies, mesurées à l’aune de méthodologies plus traditionnelles, bien au
contraire. Il y a une histoire de l’'outillage', du travail intellectuel, où
internet devrait avoir sa place."
Bases de données payantes à destination des organismes et des particuliers qui
en ont les moyens, ou bases de données gratuites à la disposition de tous? Les
outils dont on dispose maintenant pour créer et gérer des bases textuelles à
moindres frais permettent de pencher vers la deuxième solution, tout au moins
quand il existe une véritable volonté dans ce sens.
Professeur au département d’études françaises de l’Université de Toronto, Russon
Wooldridge est le créateur de ressources littéraires librement accessibles en
ligne. En 2001, sa tâche se trouve grandement facilitée par TACTweb, un logiciel
gratuit pouvant être paramétré pour gérer une base de données sur le web. En mai
2001, il explique: "La dernière version de TACTweb permet dorénavant de
construire des bases interactives importantes comme les dictionnaires de la
Renaissance (Estienne et Nicot ; base RenDico), les deux principales éditions du
Dictionnaire de l’Académie française (1694 et 1835), les collections de la
Bibliothèque électronique de Lisieux (base LexoTor), les oeuvres complètes de
Maupassant, ou encore les théâtres complets de Corneille, Molière, Racine,
Marivaux et Beaumarchais (base théâtre 17e-18e). À la différence de grosses
bases comme Frantext ou ARTFL (American and French Research on the Treasury of
the French Language) nécessitant l’intervention d’informaticiens professionnels,
d’équipes de gestion et de logiciels coûteux, TACTweb, qui est un gratuiciel que
l’on peut décharger en ligne et installer soi-même, peut être géré par le
chercheur individuel créateur de ressources textuelles en ligne."
Autre exemple, pris cette fois dans les sciences humaines, le projet
HyperNietzsche est lancé en 2000 sous la direction de Paolo d’Iorio, chargé de
recherches à l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM) du CNRS (Centre
national de la recherche scientifique). Ce projet expérimental "vise à créer une
infrastructure de travail collectif en réseau, lit-on sur le site web. Cette
infrastructure sera d’abord appliquée et testée sur l’oeuvre de Nietzsche, pour
être ensuite généralisable à d’autres auteurs, à l’étude d’une période
historique ou d’un fonds d’archive, ou à l’analyse d’un problème philosophique.
Il ne s’agit donc pas seulement d’un projet de numérisation et de mise en réseau
d’un ensemble de textes et d’études sur Nietzsche, ni d’une édition électronique
conçue comme un produit confectionné et offert à la consultation, mais plutôt
d’un instrument de travail permettant à une communauté savante délocalisée de
travailler de façon coopérative et cumulative et de publier les résultats de son
travail en réseau, à l’échelle de la planète. Il ne s’agit pas seulement d’une
bibliothèque de textes électroniques en ligne, plus ou moins bien indexée,
accompagnée d’un moteur de recherche par mots-clés ou en texte intégral. C’est
un véritable système hypertextuel qui permet tout d’abord de disposer les textes
et les manuscrits de Nietzsche selon des ordonnancements chronologiques,
génétiques ou thématiques, et surtout d’activer un ensemble de liens
hypertextuels qui relient les sources primaires aux essais critiques produits
par les chercheurs." Chose peu courante chez les éditeurs français, le texte
intégral du: Que sais-je? consacré à la présentation du projet est disponible
pendant deux ans en accès libre sur le site des PUF (Presses universitaires de
France). Son équivalent imprimé est publié en octobre 2000 dans la série:
Ecritures électroniques.
= L’accès libre au savoir
Problème crucial qui suscite de nombreux débats, l’accès au savoir doit-il être
gratuit ou payant? Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l’USC/ISI
(University of Southern California / Information Sciences Institute), donne son
sentiment à ce sujet en septembre 2000: "En tant qu’universitaire, je suis bien
sûr un des parasites de notre société (remarque à prendre au deuxième degré,
ndlr), et donc tout à fait en faveur de l’accès libre à la totalité de
l’information. En tant que co-propriétaire d’une petite start-up, je suis
conscient du coût représenté par la collecte et le traitement de l’information,
et de la nécessité de faire payer ce service d’une manière ou d’une autre. Pour
équilibrer ces deux tendances, je pense que l’information à l’état brut et
certaines ressources à l’état brut (langages de programmation ou moyens d’accès
à l’information de base comme les navigateurs web) doivent être disponibles
gratuitement. Ceci crée un marché et permet aux gens de les utiliser. Par contre
l’information traitée doit être payante, tout comme les systèmes permettant
d’obtenir et de structurer très exactement ce dont on a besoin. Cela permet de
financer ceux qui développent ces nouvelles technologies."
En ce qui concerne l’édition spécialisée, à l’heure de l’internet, il paraît
assez scandaleux que le résultat des travaux de recherche – travaux originaux et
demandant de longues années d’efforts – soit détourné au profit d’éditeurs
s’appropriant ce travail et monnayant la diffusion de l’information, sans même
une compensation financière pour les auteurs qu’ils publient, ou alors avec une
compensation financière ridicule (entre 1 et 3% de droits d’auteur dans certains
domaines en France). L'activité des chercheurs est souvent financée par les
deniers publics, et de manière substantielle en Amérique du Nord. Il semblerait
donc normal que la communauté scientifique et le grand public puissent
bénéficier librement du résultat de ces recherches.
C’est ce que pense la Public Library of Science (PLoS), fondée en septembre 2000
par un groupe de chercheurs des universités de Stanford et de Berkeley
(Californie) pour contrer les pratiques de l’édition spécialisée. L’association
propose de regrouper tous les articles scientifiques et médicaux au sein
d’archives en ligne en accès libre. Au lieu d’une information disséminée dans
des millions de rapports et des milliers de périodiques en ligne ayant chacun
des conditions d’accès différentes, un point d’accès unique permettrait de lire
le contenu intégral de ces articles avec moteur de recherche multicritères et
système d’hyperliens entre les articles.
Dès sa création, la Public Library of Science fait circuler une lettre ouverte
demandant que les articles publiés par les éditeurs spécialisés soient
distribués librement dans des services d’archives en ligne, et incitant les
signataires de cette lettre à promouvoir les éditeurs prêts à soutenir ce
projet. La réponse de la communauté scientifique internationale est remarquable.
Au cours des deux années suivantes, la lettre ouverte est signée par plus de
30.000 chercheurs de 180 pays différents. Bien que la réponse des éditeurs soit
nettement moins enthousiaste, plusieurs éditeurs donnent également leur accord
pour une distribution immédiate des articles publiés par leurs soins, ou alors
une distribution dans un délai de six mois.
Un des objectifs de la Public Library of Science est de devenir elle-même
éditeur. L’association fonde une maison d’édition scientifique non commerciale
qui reçoit en décembre 2002 une subvention de 9 millions de dollars de la part
de la Gordon and Betty Moore Foundation. Une équipe éditoriale de haut niveau
est constituée début 2003 pour lancer des périodiques de qualité selon un
nouveau modèle d’édition en ligne basé sur la diffusion libre du savoir. Les
deux premiers titres, PLoS Biology (lancement en octobre 2003) et PLoS Medicine
(lancement en 2004) seront suivis d’autres titres couvrant la chimie,
l’informatique, la génétique et l’oncologie. Ces périodiques seront également
disponibles en version imprimée, cette dernière étant vendue par abonnement au
prix coûtant (couvrant les frais de fabrication et de distribution).