printemps 2002, elles représentent le quart des oeuvres du domaine public
disponibles sur le web, recensées de manière pratiquement exhaustive par The
Internet Public Library (IPL). Un beau résultat pour trente ans de travail
acharné basé en grande partie sur le volontariat, avec plus d'un millier de
volontaires dans plusieurs pays. En octobre 2003, le catalogue comprend 10.000
titres dans plusieurs langues. Michael Hart espère franchir la barre du million
de titres d'ici 2015.
= The Online Book Page
En 1993, un deuxième projet pionnier se développe parallèlement au Projet
Gutenberg, à l’instigation de John Mark Ockerbloom, doctorant à l’Université
Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis). Il s’agit de The Online
Books Page, dont le but n’est pas de numériser des oeuvres mais, tout aussi
utile, de répertorier celles qui sont en accès libre sur le web, en offrant au
lecteur un point d’entrée commun.
John Mark Ockerbloom retrace les débuts de son répertoire lors d'un entretien
datant de septembre 1998: "J’étais webmestre ici pour la section informatique de
la CMU (Carnegie Mellon University), et j’ai débuté notre site local en 1993. Il
comprenait des pages avec des liens vers des ressources disponibles localement,
et à l’origine The Online Books Page était une de ces pages, avec des liens vers
des livres mis en ligne par des collègues de notre département (par exemple
Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains textes du Projet
Gutenberg). Ensuite les gens ont commencé à demander des liens vers des livres
disponibles sur d’autres sites. J’ai remarqué que de nombreux sites (et pas
seulement le Projet Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et
qu’il serait utile d’en avoir une liste complète qui permette de télécharger ou
de lire des livres où qu’ils soient sur l’internet. C’est ainsi que mon index a
débuté. J’ai quitté mes fonctions de webmestre en 1996, mais j’ai gardé la
gestion de The Online Books Page, parce qu’entre temps je m’étais passionné pour
l’énorme potentiel qu’a l’internet de rendre la littérature accessible au plus
grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que j’ai du mal à
rester à jour. Je pense pourtant poursuivre cette activité d’une manière ou
d’une autre. Je suis très intéressé par le développement de l’internet en tant
que médium de communication de masse dans les prochaines années. J’aimerais
aussi rester impliqué dans la mise à disposition gratuite pour tous de livres
sur l’internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité
professionnelle, ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps
libre."
Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En 1999, il
rejoint l’Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et
développement) de la bibliothèque numérique. A la même époque, il y transfère
The Online Books Page, tout en gardant la même présentation, très sobre, et il
poursuit son travail d’inventaire dans le même esprit. En 2003, ce répertoire
fête ses dix ans et recense plus de 20.000 textes électroniques.
= La Bibliothèque électronique de Lisieux
Le milieu des années 1990 marque les débuts du web francophone, d’abord au
Québec et ensuite en Europe. En juin 1996 apparaît la Bibliothèque électronique
de Lisieux, une des premières bibliothèques francophones du réseau, créée à
l’initiative d’Olivier Bogros, directeur de la médiathèque municipale de Lisieux
(Normandie). Dès ses débuts, cette réalisation suscite l’intérêt de la
communauté francophone parce qu’elle montre ce qui est faisable sur le réseau
avec beaucoup de détermination et des moyens limités.
Pendant deux ans, de 1996 à 1998, Olivier Bogros héberge le site web sur les
pages de son compte personnel CompuServe. En juin 1998, il enregistre un nom de
domaine (bmlisieux.com) et déménage l’ensemble sur un serveur offrant une
capacité de stockage de 30 Mo (méga-octets). En juillet 1999, 370 oeuvres sont
disponibles en ligne. Elles comprennent des oeuvres littéraires, des brochures
et opuscules documentaires, des manuscrits, livres et brochures sur la
Normandie, et enfin des conférences et exposés transcrits par des élèves du
lycée de Lisieux.
A la même date, Olivier Bogros explique: "Les oeuvres à diffuser sont choisies à
partir d’exemplaires conservés à la bibliothèque municipale de Lisieux ou dans
des collections particulières mises à disposition. Les textes sont saisis au
clavier et relus par du personnel de la bibliothèque, puis mis en ligne après
encodage. La mise à jour est mensuelle (3 à 6 textes nouveaux). Par goût, mais
aussi contraints par le mode de production, nous sélectionnons plutôt des textes
courts (nouvelles, brochures, tirés à part de revues, articles de journaux...).
De même nous laissons à d’autres (bibliothèques ou éditeurs) le soin de mettre
en ligne les grands classiques de la littérature française, préférant consacrer
le peu de temps et de moyens dont nous disposons à mettre en ligne des textes
excentriques et improbables. (...) Nous réfléchissons aussi, dans le domaine
patrimonial, à un prolongement du site actuel vers les arts du livre -
illustration, typographie... - toujours à partir de notre fonds. Sinon, pour ce
qui est des textes, nous allons vers un élargissement de la part réservée au
fonds normand." En 2003, la bibliothèque électronique approche les 600 textes.
L’année 2000 marque le début du partenariat de la bibliothèque électronique avec
l’Université de Toronto. Lancé officiellement en août 2000, LexoTor est une base
de données fonctionnant avec le logiciel TACTweb et permettant l’interrogation
en ligne des œuvres de la bibliothèque, ainsi que des analyses et des
comparaisons textuelles. Le projet est issu de la rencontre d’Olivier Bogros
avec Russon Wooldridge, professeur au département d’études françaises de
l’Université de Toronto, lors du premier colloque international sur les études
françaises valorisées par les nouvelles technologies d’information et de
communication, organisé par ce dernier en mai 2000 à Toronto. Deux ans après, en
mai 2002, un deuxième colloque international sur le même sujet est organisé
cette fois par Olivier Bogros à Lisieux.
5.3. Du bibliothécaire au cyberthécaire
Piloter les usagers sur l'internet, filtrer et organiser l’information à leur
intention, créer et gérer un site web, rechercher des documents dans des bases
de données spécialisées, telles sont désormais les tâches de nombreux
bibliothécaires. Le bibliothécaire devient progressivement un cyberthécaire,
comme en témoignent diverses expériences relatées au fil des ans, par Peter
Raggett en 1998, par Bruno Didier en 1999, par Bakayoko Bourahima et Emmanuel
Barthe en 2000, et par Anissa Rachef en 2001.
= En 1998
En 1998, Peter Raggett est sous-directeur du centre de documentation et
d’information (CDI) de l’OCDE. Située à Paris, l’OCDE (Organisation de
coopération et de développement économiques) est une organisation internationale
regroupant trente pays membres. Au noyau d’origine, constitué des pays d’Europe
de l’Ouest et d’Amérique du Nord, sont venus s’ajouter le Japon, l’Australie, la
Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Mexique, la République tchèque, la Hongrie, la
Pologne et la Corée. Réservé aux fonctionnaires de l’organisation, le centre de
documentation permet la consultation de quelque 60.000 monographies et 2.500
périodiques imprimés. En ligne depuis 1996, les pages intranet du CDI sont
devenues une des principales sources d’information du personnel.
"Je dois filtrer l’information pour les usagers de la bibliothèque, ce qui
signifie que je dois bien connaître les sites et les liens qu’ils proposent,
explique Peter Raggett en juin 1998. J’ai sélectionné plusieurs centaines de
sites pour en favoriser l’accès à partir de l’intranet de l’OCDE. Cette
sélection fait partie du bureau de référence virtuel proposé par la bibliothèque
à l’ensemble du personnel. Outre de nombreux liens, ce bureau de référence
contient des pages recensant les articles, monographies et sites web
correspondant aux différents projets de recherche en cours à l’OCDE, l’accès en
réseau aux CD-Rom et une liste mensuelle des nouveaux titres."
Comment voit-il l’avenir de la profession? "L’internet offre aux chercheurs un
stock d’informations considérable. Le problème pour eux est de trouver ce qu’ils
cherchent. Jamais auparavant on n’avait senti une telle surcharge
d’informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un
renseignement sur un sujet précis en utilisant les moteurs de recherche
disponibles sur l’internet. A mon avis, les bibliothécaires auront un rôle
important à jouer pour améliorer la recherche et l’organisation de l’information
sur le réseau. Je prévois aussi une forte expansion de l’internet pour
l’enseignement et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des
bibliothèques numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par
une institution à l’autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de plus en
plus devenir un bibliothécaire virtuel. Je n’aurai pas l’occasion de rencontrer
les usagers, ils me contacteront plutôt par courriel, par téléphone ou par fax,
j’effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats par voie
électronique."
= En 1999
En 1999, Bruno Didier est bibliothécaire à l’Institut Pasteur (Paris), une
fondation privée dont le but est la prévention et le traitement des maladies
infectieuses par la recherche, l’enseignement et des actions de santé publique.
Séduit par les perspectives qu’offre le réseau pour la recherche documentaire,
Bruno Didier crée le site web de la bibliothèque en 1996 et devient son
webmestre. "Le site web de la bibliothèque a pour vocation principale de servir
la communauté pasteurienne, explique-t-il en août 1999. Il est le support
d’applications devenues indispensables à la fonction documentaire dans un
organisme de cette taille: bases de données bibliographiques, catalogue,
commande de documents et bien entendu accès à des périodiques en ligne. C’est
également une vitrine pour nos différents services, en interne mais aussi dans
toute la France et à l’étranger. Il tient notamment une place importante dans la
coopération documentaire avec les instituts du réseau Pasteur à travers le
monde. Enfin j’essaie d’en faire une passerelle adaptée à nos besoins pour la
découverte et l’utilisation d’internet. (...) Je développe et maintiens les
pages du serveur, ce qui s’accompagne d’une activité de veille régulière. Par
ailleurs je suis responsable de la formation des usagers, ce qui se ressent dans
mes pages. Le web est un excellent support pour la formation, et la plupart des
réflexions actuelles sur la formation des usagers intègrent cet outil."
Son activité professionnelle a changé de manière radicale, tout comme celle de
ses collègues. "C’est à la fois dans nos rapports avec l’information et avec les
usagers que les changements ont eu lieu. Nous devenons de plus en plus des
médiateurs, et peut-être un peu moins des conservateurs. Mon activité actuelle
est typique de cette nouvelle situation: d’une part dégager des chemins d’accès
rapides à l’information et mettre en place des moyens de communication
efficaces, d’autre part former les utilisateurs à ces nouveaux outils. Je crois
que l’avenir de notre métier passe par la coopération et l’exploitation des
ressources communes. C’est un vieux projet certainement, mais finalement c’est
la première fois qu’on dispose enfin des moyens de le mettre en place."
= En 2000
En 2000, Bakayoko Bourahima est responsable de la bibliothèque de l’ENSEA (Ecole
nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée) d’Abidjan, un
établissement qui assure la formation de statisticiens pour les pays africains
d’expression française. Le site web de l’ENSEA est mis en ligne en avril 1999,
dans le cadre du réseau REFER. Ce réseau est mis sur pied par l’Agence
universitaire de la francophonie (AUF) pour desservir la communauté scientifique
et technique en Europe de l’Est, en Asie et en Afrique (24 pays participants en
2002).
Bakayoko Bourahima s’occupe de la gestion de l’information scientifique et
technique et de la diffusion des travaux publiés par l’Ecole. En ce qui concerne
l’internet, "mon service a eu récemment des séances de travail avec l’équipe
informatique pour discuter de l’implication de la bibliothèque dans l’animation
du site, relate-t-il en juillet 2000. Le service de la bibliothèque travaille
aussi à deux projets d’intégration du web pour améliorer ses prestations. (...)
J’espère bientôt pouvoir mettre à la disposition de mes usagers un accès
internet pour l’interrogation de bases de données. Par ailleurs, j’ai en projet
de réaliser et de mettre sur l’intranet et sur le web un certain nombre de
services documentaires (base de données thématique, informations
bibliographiques, service de références bibliographiques, bulletin analytique
des meilleurs travaux d’étudiants...). Il s’agit donc pour la bibliothèque, si
j’obtiens les financements nécessaires pour ces projets, d’utiliser pleinement
l’internet pour donner à notre école un plus grand rayonnement et de renforcer
sa plate-forme de communication avec tous les partenaires possibles. En
intégrant cet outil au plan de développement de la bibliothèque, j’espère
améliorer la qualité et élargir la gamme de l’information scientifique et
technique mise à la disposition des étudiants, des enseignants et des
chercheurs, tout en étendant considérablement l’offre des services de la
bibliothèque."
Autre expérience, celle d’Emmanuel Barthe. En 2000, il est documentaliste
juridique et responsable informatique de Coutrelis & Associés, un cabinet
d’avocats parisien. "Les principaux domaines de travail du cabinet sont le droit
communautaire, le droit de l’alimentation, le droit de la concurrence et le
droit douanier, écrit-il en octobre 2000. Je fais de la saisie indexation, et je
conçois et gère les bases de données internes. Pour des recherches documentaires
difficiles, je les fais moi-même ou bien je conseille le juriste. Je suis aussi
responsable informatique et télécoms du cabinet: conseils pour les achats,
assistance et formation des utilisateurs. De plus, j’assure la veille, la
sélection et le catalogage de sites web juridiques: titre, auteur et bref
descriptif. Je suis également formateur internet juridique aussi bien à
l’intérieur de mon entreprise qu’à l’extérieur lors de stages de formation."
A la même époque, Emmanuel Barthe est aussi le modérateur de Juriconnexion, une
liste de discussion créée par l’association du même nom. "L’association
Juriconnexion a pour but la promotion de l’électronique juridique, c’est-à-dire
la documentation juridique sur support électronique et la diffusion des données
publiques juridiques. Elle organise des rencontres entre les utilisateurs et les
éditeurs juridiques (et de bases de données), ainsi qu’une journée annuelle sur
un thème. Vis-à-vis des autorités publiques, Juriconnexion a un rôle de
médiateur et de lobbying à la fois. L’association, notamment, est favorable à la
diffusion gratuite sur internet des données juridiques produites par le Journal
officiel et les tribunaux. Les bibliothécaires-documentalistes juridiques
représentent la majorité des membres de l’association, suivis par certains
représentants des éditeurs et des juristes."
= En 2001
En 2001, Anissa Rachef est bibliothécaire et professeure à l’Institut français
de Londres. Présents dans de nombreux pays, les instituts français sont des
organismes officiels proposant des cours et des manifestations culturelles. A
Londres, 5.000 étudiants environ s’inscrivent chaque année aux cours. Inaugurée
en mai 1996, la médiathèque utilise l’internet dès sa création.
"L’objectif de la médiathèque est double, explique Anissa Rachef en avril 2001.
Servir un public s’intéressant à la culture et la langue françaises et
'recruter' un public allophone en mettant à disposition des produits d’appel
tels que vidéos documentaires, livres audio, CD-Rom. La mise en place récente
d’un espace multimédia sert aussi à fidéliser les usagers. L’installation d’un
service d’information rapide a pour fonction de répondre dans un temps minimum à
toutes sortes de questions posées via le courrier électronique, ou par fax. Ce
service exploite les nouvelles technologies pour des recherches très
spécialisées. Nous élaborons également des dossiers de presse destinés aux
étudiants et professeurs préparant des examens de niveau secondaire. Je m’occupe
essentiellement de catalogage, d’indexation et de cotation. (...)
J’utilise internet pour des besoins de base. Recherches bibliographiques,
commande de livres, courrier professionnel, prêt inter-bibliothèques. C’est
grâce à internet que la consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC
(Système universitaire de documentation) et OCLC (OCLC Online Union Catalog), a
été possible. C’est ainsi que j’ai pu mettre en place un service de fourniture
de documents extérieurs à la médiathèque. Des ouvrages peuvent désormais être
acheminés vers la médiathèque pour des usagers ou bien à destination des
bibliothèques anglaises."
5.4. De la conservation à la communication
Face à un web encyclopédique et des bibliothèques numériques de plus en plus
nombreuses, les jours des bibliothèques traditionnelles sont-ils comptés? La
bibliothèque numérique rend enfin compatibles deux objectifs qui ne l’étaient
guère, à savoir la conservation des documents et leur communication. Dorénavant
le document ne quitte son rayonnage qu’une seule fois pour être scanné, et le
grand public y a facilement accès.
En 2003, toute bibliothèque traditionnelle quelque peu dynamique a ses
collections numériques, soit à usage interne, soit en accès libre sur le web, ce
qui rend obsolètes les problèmes du passé: consultation freinée sinon empêchée
par le souci de conservation, heures d’ouverture réduites, nombreux formulaires
à remplir, longs délais de communication, pénurie de personnel. Autant de
barrières à franchir qui demandaient souvent au lecteur une patience et une
détermination hors du commun pour arriver jusqu’au document. A présent, si on
tient absolument à consulter l’original, on le fait en connaissance de cause,
après avoir feuilleté son fac-similé sur le web.
Voici un exemple parmi d’autres. En décembre 2000, le site web de la
Bibliothèque municipale de Lyon donne accès à la plus importante collection
française d’enluminures médiévales, soit 12.000 images scannées à partir des
ouvrages précieux de la bibliothèque. Les 457 ouvrages sélectionnés sont des
manuscrits s’échelonnant entre le 5e et le 16e siècles, des incunables et des
livres de la Renaissance. Certains sont à dominante religieuse: bibles, missels,
bréviaires, pontificaux, livres d’heures, droit canon. D’autres, à dominante
profane, traitent de philosophie, d’histoire, de littérature, de sciences, etc.
Les images qui ont été numérisées sont les peintures en pleine page et les
miniatures, ainsi que les initiales ornées et les décors des marges.
La bibliothèque poursuit ensuite la numérisation de ses collections. Début 2003,
plusieurs fonds spécialisés sont en accès libre sur le web: manuscrits, livres
imprimés anciens, manuscrits autographes, collections locales (Lyon) et
régionales (Rhône-Alpes), ésotérisme et franc-maçonnerie, fonds de la première
guerre mondiale (1914-1918), estampes, affiches, livres d’artistes,
photographies, fonds Lacassagne (père de l’école lyonnaise d’anthropologie
criminelle), fonds chinois, arts du spectacle, et enfin collection jésuite des
Fontaines.
Un deuxième exemple particulièrement significatif est la mise en ligne en
novembre 2000 de la version numérique de la Bible de Gutenberg, premier ouvrage
à avoir jamais été imprimé. Datant de 1454-1455, cette Bible aurait été imprimée
par Gutenberg en 180 exemplaires dans son atelier de Mayence (Allemagne). 48
exemplaires, dont certains incomplets, existeraient toujours. La British Library
en possède deux versions complètes, et une partielle. En mars 2000, dix
chercheurs et experts techniques de l’Université Keio de Tokyo et de NTT (Nippon
Telegraph and Telephone Communications) viennent travailler sur place pendant
deux semaines pour numériser ces deux Bibles, légèrement différentes, à l’aide
de matériels hautement sophistiqués.
La bibliothèque numérique menace-t-elle l’existence de la bibliothèque
traditionnelle? En 1997 et 1998, sur leur site web, plusieurs grandes
bibliothèques expliquent que, à côté d’un secteur numérique en pleine expansion,
la communication physique des documents reste essentielle. Ces commentaires ont
depuis disparu.
La raison d’être des bibliothèques nationales et autres grandes bibliothèques de
conservation est de préserver un patrimoine accumulé au fil des siècles:
manuscrits, incunables, livres imprimés, journaux, périodiques, gravures,
partitions musicales, photos, films, etc. Ceci n’est pas près de changer. Si le
fait de disposer de supports numériques favorise la communication, il faut bien
un endroit pour stocker les documents physiques originaux, à commencer par les
Bibles de Gutenberg. Les bibliothèques nationales archivent d'ailleurs aussi les
documents électroniques et les pages web. A la Bibliothèque nationale de France
(BnF) par exemple, il a été décidé d’archiver entre autres les sites dont le nom
de domaine se termine en ".fr", ou encore les sites de la campagne électorale
pour les présidentielles de 2002.
Les bibliothèques publiques ne semblent pas près de disparaître non plus. A
l’heure actuelle, malgré la curiosité suscitée par le livre numérique, les
lecteurs assurent qu’ils ne sont pas prêts à lire Zola ou Proust à l’écran. Mais
ceci risque de changer dans quelques années, quand les enfants ayant appris à
lire directement à l’écran seront arrivés à l’âge adulte.
Si les bibliothèques nationales et les bibliothèques publiques sont toujours
utiles en 2003, la situation est différente pour les bibliothèques spécialisées.
Dans nombre de domaines où l’information la plus récente est primordiale, on
s’interroge maintenant sur la nécessité d’aligner des documents imprimés sur des
rayonnages, alors qu’il est tellement plus pratique de rassembler, stocker,
archiver, organiser, cataloguer et diffuser des documents électroniques, et de
les imprimer seulement à la demande.
6. UNE VASTE ENCYCLOPEDIE
[6.1. Dictionnaires en ligne / 6.2. Bases textuelles sur le web]
Moyen de connaissance et de diffusion sans précédent, le web propose de nombreux
outils de référence en ligne, en accès libre ou bien sur abonnement gratuit ou
payant: dictionnaires et encyclopédies de renom, dictionnaires de langues, bases
terminologiques, bases textuelles, archives d’articles scientifiques et
médicaux, etc. Si certains organismes facturent l’utilisation de leurs bases de
données, d’autres tiennent à ce que les leurs soient en accès libre, l’internet
rendant enfin possible à très large échelle la diffusion libre du savoir.
6.1. Dictionnaires en ligne
= Ouvrages de référence