moderne (SLAM), un syndicat professionnel regroupant 220 librairies françaises.
Le SLAM met en ligne un premier site web en 1997, puis le remplace en juillet
1999 par un deuxième site d’une conception plus dynamique. Alain Marchiset,
président du SLAM, explique en juillet 2000: "Ce site intègre une architecture
de type 'base de données', et donc un véritable moteur de recherche, qui permet
de faire des recherches spécifiques (auteur, titre, éditeur, et bientôt sujet)
dans les catalogues en ligne des différents libraires. Le site contient
l’annuaire des libraires avec leurs spécialités, des catalogues en ligne de
livres anciens avec illustrations, un petit guide du livre ancien avec des
conseils et les termes techniques employés par les professionnels, et aussi un
service de recherche de livres rares. De plus, l’association organise chaque
année en novembre une foire virtuelle du livre ancien sur le site, et en mai une
véritable foire internationale du livre ancien qui a lieu à Paris et dont le
catalogue officiel est visible aussi sur le site. (...)
Les libraires membres proposent sur le site du SLAM des livres anciens que l’on
peut commander directement par courrier électronique et régler par carte de
crédit. Les livres sont expédiés dans le monde entier. Les libraires de livres
anciens vendaient déjà par correspondance depuis très longtemps au moyen de
catalogues imprimés adressés régulièrement à leurs clients. Ce nouveau moyen de
vente n’a donc pas été pour nous vraiment révolutionnaire, étant donné que le
principe de la vente par correspondance était déjà maîtrisé par ces libraires.
C’est simplement une adaptation dans la forme de présentation des catalogues de
vente qui a été ainsi réalisée. Dans l’ensemble, la profession envisage assez
sereinement ce nouveau moyen de vente."
Résolument optimiste en 1999 et 2000, la profession revoit ensuite ses
espérances à la baisse. En juin 2001, Alain Marchiset écrit: "Après une
expérience de près de cinq années sur le net, je pense que la révolution
électronique annoncée est moins évidente que prévue, et sans doute plus
'virtuelle' que réelle pour le moment. Les nouvelles technologies n’ont pas
actuellement révolutionné le commerce du livre ancien. Nous assistons surtout à
une série de faillites, de rachats et de concentrations de sociétés de services
(principalement américaines) autour du commerce en ligne du livre, chacun
essayant d’avoir le monopole, ce qui bien entendu est dangereux à la fois pour
les libraires et pour les clients qui risquent à la longue de ne plus avoir de
choix concurrentiel possible. Les associations professionnelles de libraires des
29 pays fédérées autour de la Ligue internationale de la librairie ancienne
(LILA) ont décidé de réagir et de se regrouper autour d’un gigantesque moteur de
recherche mondial sous l’égide de la LILA. Cette fédération représente un
potentiel de 2.000 libraires indépendants dans le monde, mais offrant des
garanties de sécurité et de respect de règles commerciales strictes. Ce nouveau
moteur de recherche de la LILA (en anglais ILAB) en pleine expansion est déjà
référencé par AddALL et BookFinder.com."
4.2. Librairies en ligne
Apparues au milieu des années 1990, les librairies en ligne ont pour vitrine un
site web, et toutes leurs transactions s’effectuent sur le réseau. Le site web
permet de consulter le catalogue et de passer commande. Il permet aussi de lire
des résumés, des extraits et des critiques de livres. En 2003, les principales
librairies en ligne francophones ont pour nom Alapage, Chapitre.com et
Amazon.fr. Fondée en 1996 par Patrice Magnard, Alapage rejoint le groupe France
Télécom en septembre 1999 puis devient en juillet 2000 une filiale à part
entière de Wanadoo (le fournisseur d'accès internet de France Télécom).
Librairie indépendante créée en 1997 par Juan Pirlot de Corbion, Chapitre.com
comprend plusieurs secteurs: livres neufs, livres neufs à prix réduit, livres
anciens, revues anciennes ou épuisées, gravures et affiches. Amazon.fr est la
filiale que le grand libraire américain ouvre en août 2000 dans l’hexagone.
Amazon.com est le pionnier des librairies en ligne. Son histoire est donc
intéressante à ce titre. Fondé par Jeff Bezos, Amazon voit le jour en juillet
1995 à Seattle, sur la côte ouest des Etats-Unis. Quinze mois auparavant, au
printemps 1994, Jeff Bezos fait une étude de marché pour décider du meilleur
produit de consommation à vendre sur l’internet. Dans sa liste de vingt produits
marchands, qui comprennent entre autres les vêtements et les instruments de
jardinage, les cinq premiers du classement se trouvent être les livres, les CD,
les vidéos, les logiciels et le matériel informatique.
"J’ai utilisé tout un ensemble de critères pour évaluer le potentiel de chaque
produit, relate Jeff Bezos dans le kit de presse d’Amazon. Le premier critère a
été la taille des marchés existants. J’ai vu que la vente des livres
représentait un marché mondial de 82 milliards de dollars. Le deuxième critère a
été la question du prix. Je voulais un produit bon marché. Mon raisonnement
était le suivant: puisque c’était le premier achat que les gens allaient faire
en ligne, il fallait que la somme à payer soit modique. Le troisième critère a
été la variété dans le choix: il y avait trois millions de titres de livres
alors qu’il n’y avait que 300.000 titres pour les CD, par exemple."
La vente de livres en ligne débute en juillet 1995, avec dix salariés et trois
millions d’articles. Amazon devient vite une référence dans le commerce
électronique, et son évolution rapide est suivie de près par des analystes de
tous bords. En novembre 2000, la société compte 7.500 salariés, 28 millions
d’articles, 23 millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni, Allemagne,
France et Japon), auxquelles s’ajoute en juin 2002 une cinquième filiale au
Canada. La maison mère diversifie progressivement ses activités. Elle vend non
seulement des livres, des vidéos, des CD et des logiciels, mais aussi des
produits de santé, des jouets, des appareils électroniques, des ustensiles de
cuisine, des outils de jardinage, etc. En novembre 2001, la vente des livres,
disques et vidéos ne représente plus que 58% du chiffre d’affaires. Admiré par
certains, le modèle économique d'Amazon est violemment contesté par d’autres,
notamment en matière de gestion du personnel.
La présence européenne d’Amazon débute en 1998. Les deux premières filiales sont
implantées en Allemagne et au Royaume-Uni. En août 2000, avec 1,8 million de
clients en Grande-Bretagne, 1,2 million de clients en Allemagne et quelques
centaines de milliers de clients en France, la librairie réalise 23% de ses
ventes hors des Etats-Unis. A la même date, elle ouvre sa filiale française.
A son ouverture, Amazon.fr compte quatre rivaux de taille: Fnac.com, librairie
en ligne de la Fnac, Alapage, BOL.fr (fermé depuis), succursale de BOL.com, et
Chapitre.com, librairie en ligne indépendante. Un mois après son lancement,
Amazon.fr est à la seconde place des sites de biens culturels français, après
Fnac.com. La société de mesure d’audience Media Metrix Europe donne les chiffres
suivants pour septembre 2000: 401.000 requêtes individuelles pour Fnac.com,
217.000 requêtes pour Amazon.fr, 209.000 requêtes pour Alapage et 74.000
requêtes pour BOL.fr.
Contrairement à leurs homologues anglophones, les libraires en ligne français
sont soumis à la loi sur le prix unique du livre. Ils ne peuvent se permettre
les réductions substantielles proposées par leurs collègues situés aux
Etats-Unis ou au Royaume-Uni, pays dans lesquels le prix du livre est libre. En
revanche, les libraires en ligne français sont optimistes sur le développement
d’un marché francophone international. Le nombre de librairies en ligne s’avère
toutefois trop élevé par rapport au marché existant. En juillet 2001, BOL.com
(BOL: Bertelsmann on line) annonce la fermeture de BOL.fr, succursale créée deux
ans auparavant par les deux géants des médias Bertelsmann et Vivendi. A la même
date, les difficultés rencontrées par d’autres libraires en ligne montrent la
nécessité de revoir à la baisse des prévisions quelque peu optimistes, afin de
laisser à la clientèle le temps de s’habituer à ce nouveau mode d’achat.
4.3. Librairies numériques
Dernière-née sur le web, la librairie numérique apparaît courant 2000, lorsque
la vente de livres numériques commence à se généraliser. Comme son nom
l'indique, la librairie numérique est une librairie vendant uniquement des
livres numériques, le plus souvent par téléchargement, ou alors envoyés en pièce
jointe à un courrier électronique. Les livres numériques sont diffusés dans
plusieurs formats, les principaux formats étant le format PDF (lu par l’Acrobat
Reader et l’Acrobat eBook Reader), le format LIT (lu par le Microsoft Reader),
le format PRC (lu par le Mobipocket Reader) et le format PDB (lu par le Palm
Reader).
Les grandes librairies en ligne Amazon.com et Barnes & Noble.com ouvrent toutes
deux un secteur numérique à quelques mois d’intervalle. Barnes & Noble.com ouvre
son secteur eBooks en août 2000, suite à un accord passé avec Microsoft en
janvier 2000 pour la vente de livres lisibles sur le Microsoft Reader.
Amazon.com suit son concurrent de peu. Après avoir conclu une alliance avec
Microsoft en août 2000, Amazon ouvre son service eBooks en novembre 2000, avec
1.000 titres disponibles au départ. En septembre 2001, Yahoo! leur emboîte le
pas en créant son eBook Store, suite à des accords passés avec plusieurs
éditeurs (Penguin Putnam, Simon & Schuster, Random House et HarperCollins).
Mais les librairies numériques ne sont pas l’apanage des mastodontes du métier,
comme en témoigne l’activité de Numilog, librairie numérique française qui ouvre
ses portes en septembre 2000.
En février 2001, Denis Zwirn, PDG de Numilog, relate: "Dès 1995, j’avais imaginé
et dessiné des modèles de lecteurs électroniques permettant d’emporter sa
bibliothèque avec soi et pesant comme un livre de poche. Début 1999, j’ai repris
ce projet avec un ami spécialiste de la création de sites internet, en réalisant
la formidable synergie possible entre des appareils de lecture électronique
mobiles et le développement d’internet, qui permet d’acheminer les livres
dématérialisés en quelques minutes dans tous les coins du monde. (...) Nous
avons créé une base de livres accessible par un moteur de recherche. Chaque
livre fait l’objet d’une fiche avec un résumé et un extrait. En quelques clics,
il peut être acheté en ligne par carte bancaire, puis reçu par e-mail ou
téléchargement." Quelques semaines plus tard, le site offre "des fonctionnalités
nouvelles, comme l’intégration d’une 'authentique vente au chapitre' (les
chapitres vendus isolément sont traités comme des éléments inclus dans la
fiche-livre, et non comme d’autres livres) et la gestion très ergonomique des
formats de lecture multiples".
Fondée en avril 2000 par Denis Zwirn, Hervé Zwirn et Patrick Armand, la société
Numilog a une triple activité. Elle est à la fois une librairie en ligne, un
studio de fabrication et un diffuseur. "Numilog est d’abord une librairie en
ligne de livres numériques, explique Denis Zwirn. Notre site internet est dédié
à la vente en ligne de ces livres, qui sont envoyés par courrier électronique ou
téléchargés après paiement par carte bancaire. Il permet aussi de vendre des
livres par chapitres. Numilog est également un studio de fabrication de livres
numériques: aujourd’hui, les livres numériques n’existent pas chez les éditeurs,
il faut donc d’abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de
contrats négociés avec les éditeurs détenteurs des droits. Ce qui signifie les
convertir à des formats convenant aux différents 'readers' du marché. (...)
Enfin Numilog devient aussi progressivement un diffuseur. Car, sur internet, il
est important d’être présent en de très nombreux points du réseau pour faire
connaître son offre. Pour les livres en particulier, il faut les proposer aux
différents sites thématiques ou de communautés, dont les centres d’intérêt
correspondent à leur sujet (sites de fans d’histoire, de management, de
science-fiction...). Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples
'boutiques de livres numériques' thématiques."
Répartis en trois grandes catégories - savoir, guides pratiques et littérature -
les livres sont disponibles dans plusieurs formats: format PDF (portable
document format) avec lecture en pleine page sans défilement et sans zoom,
format PDF avec mise en page reproduisant celle du livre imprimé, format LIT
(abrégé du terme anglais: literature) pour le Microsoft Reader et format PRC
(Palm resource) pour le Mobipocket Reader. Seront ajoutés progressivement les
nouveaux formats utiles sur le marché.
En 2003, le catalogue comprend 3.500 ebooks (livres et périodiques) en français
et en anglais, grâce à un partenariat avec une quarantaine d’éditeurs. Le but à
long terme étant de "permettre à un public d’internautes de plus en plus large
d’avoir progressivement accès à des bases de livres numériques aussi importantes
que celles des livres papier, mais avec plus de modularité, de richesse
d’utilisation et à moindre prix".
5. LE RESEAU DES BIBIOTHEQUES NUMERIQUES
[5.1. Numérisation: mode texte et mode image / 5.2. Bibliothèques pionnières /
5.3. Du bibliothécaire au cyberthécaire / 5.4. De la conservation à la
communication]
Appelée aussi bibliothèque électronique ou bibliothèque virtuelle, la
bibliothèque numérique semble être le principal apport de l’internet au monde du
livre, et réciproquement. Au fil des ans sont mis en ligne des centaines puis
des milliers d’oeuvres du domaine public, documents littéraires et
scientifiques, articles, travaux universitaires et de recherche, images et
bandes sonores sont disponibles à l’écran. Nombre d'entre eux sont en accès
libre.
5.1. Numérisation: mode texte et mode image
Les bibliothèques numériques sont souvent constituées à partir de collections
imprimées. La première étape est donc la numérisation de ces dernières. Cette
numérisation peut être effectuée soit en mode texte, soit en mode image.
Comme son nom l’indique, la numérisation en mode texte implique la saisie d’un
texte. Elle consiste à scanner le livre, puis à contrôler le résultat à l’écran
en relisant intégralement le texte scanné et en le corrigeant si nécessaire.
Quand les documents originaux manquent de clarté, pour les livres anciens par
exemple, ils sont saisis ligne après ligne, de la première page à la dernière.
Suite au scannage ou à la saisie, le texte numérisé apparaît en continu à
l’écran, et la présentation de la page originale n’est pas conservée. A cause du
temps passé au traitement de chaque livre, ce mode de numérisation est assez
long, et donc nettement plus coûteux que la numérisation en mode image. Dans de
nombreux cas, il est toutefois très préférable, puisqu’il permet l’indexation,
la recherche et l’analyse textuelles, une étude comparative entre plusieurs
textes ou plusieurs versions du même texte, etc. C’est la méthode utilisée par
exemple par le Projet Gutenberg, fondé dès 1971, ou encore la Bibliothèque
électronique de Lisieux, créée en 1996.
La numérisation en mode image correspond à la photographie du livre. La version
informatique est le fac-similé numérique de la version imprimée. La présentation
originale étant conservée, on peut feuilleter le texte page après page à
l’écran. C’est la méthode employée pour les numérisations à grande échelle, par
exemple pour la constitution de Gallica, le secteur numérique de la Bibliothèque
nationale de France (BnF). Ne sont numérisés en mode texte que les tables des
matières, les sommaires et les légendes des corpus iconographiques, ce afin de
faciliter la recherche textuelle. Pourquoi ne pas tout numériser en mode texte?
La BnF répond sur le site de Gallica: "Le mode image conserve l’aspect initial
de l’original y compris ses éléments non textuels. Si le mode texte autorise des
recherches riches et précises dans un document et permet une réduction
significative du volume des fichiers manipulés, sa réalisation, soit par saisie
soit par OCR (optical character recognition), implique des coûts de traitement
environ dix fois supérieurs à la simple numérisation. Ces techniques,
parfaitement envisageables pour des volumes limités, ne pouvaient ici être
économiquement justifiables au vu des 50.000 documents (représentant presque 15
millions de pages) mis en ligne." En 2003, Gallica donne accès à tous les
documents libres de droit du fonds numérisé de la BnF, à savoir 70.000 ouvrages
et 80.000 images allant du Moyen-Age au début du 20e siècle.
Concepteur de Mot@mot, un logiciel de remise en page de fac-similés numériques,
Pierre Schweitzer insiste sur l’utilité des deux modes de numérisation. "Le mode
image permet d’avancer vite et à très faible coût, explique-t-il en janvier
2001. C’est important car la tâche de numérisation du domaine public est
immense. Il faut tenir compte aussi des différentes éditions: la numérisation du
patrimoine a pour but de faciliter l’accès aux oeuvres, il serait paradoxal
qu’elle aboutisse à se focaliser sur une édition et à abandonner l’accès aux
autres. Chacun des deux modes de numérisation s’applique de préférence à un type
de document, ancien et fragile ou plus récent, libre de droit ou non (pour
l’auteur ou pour l’édition), abondamment illustré ou pas. Les deux modes ont
aussi des statuts assez différents: en mode texte ça peut être une nouvelle
édition d’une oeuvre, en mode image c’est une sorte d’'édition d’édition', grâce
à un de ses exemplaires (qui fonctionne alors comme une fonte d’imprimerie pour
du papier). En pratique, le choix dépend bien sûr de la nature du fonds à
numériser, des moyens et des buts à atteindre. Difficile de se passer d’une des
deux façons de faire."
Si une bibliothèque numérique est d’abord une bibliothèque d’oeuvres numérisées,
ce terme s’applique aussi par extension à une collection organisée de liens vers
des oeuvres numérisées disponibles sur le web. C’est le cas de The Online Books
Page, un répertoire d’œuvres anglophones en accès libre créé en 1993 par John
Mark Ockerbloom. C’est également le cas de The Internet Public Library (IPL),
qui se définit comme la première bibliothèque publique de l’internet sur
l’internet, à savoir une bibliothèque sélectionnant, organisant et cataloguant
les ressources disponibles sur le réseau, et n’existant elle-même que sur
celui-ci. Créée en mars 1995, cette bibliothèque publique d’un genre nouveau
devient vite une référence. D’autres bibliothèques numériques proposent à la
fois des textes numérisés par l’équipe en place et un ensemble de liens vers des
oeuvres disponibles ailleurs. C’est le cas d’Athena, bibliothèque numérique
fondée en 1994 par Pierre Perroud et hébergée sur le site de l’Université de
Genève.
5.2. Bibliothèques pionnières
Objectif poursuivi par des générations de bibliothécaires, la diffusion
d’oeuvres du domaine public devient enfin possible à très vaste échelle, d’une
part grâce à la numérisation des livres en mode texte, dans un format simple qui
puisse être lu sur toutes les machines et par tous les systèmes, d’autre part
grâce au fait que, via l’internet, ces fichiers puissent être téléchargés
librement par tout lecteur potentiel.
= Le Projet Gutenberg
Le Projet Gutenberg naît en juillet 1971 lorsque Michael Hart, alors étudiant à
l’Université de l’Illinois (Etats-Unis), décide de convertir des oeuvres du
domaine public au format électronique pour les mettre gratuitement à la
disposition de tous. Le Projet Gutenberg est le premier site d’information sur
un internet encore embryonnaire, qui débute véritablement en 1974 et prend son
essor en 1983. Vient ensuite le web (sous-ensemble de l’internet), opérationnel
en 1991, puis le premier navigateur, qui apparaît en novembre 1993. Lorsque
l’utilisation du web se généralise, le Projet Gutenberg trouve un second souffle
et un rayonnement international. Au fil des ans, des centaines d’oeuvres sont
patiemment numérisées en mode texte par des volontaires de nombreux pays.
D’abord essentiellement anglophones, les collections deviennent peu à peu
multilingues.
Qu’ils aient été numérisés il y a vingt ans ou qu’ils soient numérisés
maintenant, tous les textes électroniques sont au format ASCII (American
standard code for information interchange), avec des lettres capitales pour les
termes en italique, gras ou soulignés, afin que ces textes puissent être lus
sans problème quels que soient le système d’exploitation et le logiciel
utilisés. Libre à d’autres organismes de les convertir dans des formats
différents s’ils le souhaitent.
Cinquante heures environ sont nécessaires pour scanner un livre, le corriger et
le mettre en page. Un ouvrage de taille moyenne - par exemple un roman de
Stendhal ou de Jules Verne - est en général composé de deux fichiers ASCII. Si
certains livres anciens sont parfois saisis ligne après ligne, à cause du manque
de clarté du texte original, les livres sont en général scannés en utilisant un
logiciel OCR (optical character recognition), qui permet de convertir en fichier
texte un fichier d’abord numérisé en mode image, afin de pouvoir corriger son
contenu si nécessaire. Les livres numérisés sont ensuite relus et corrigés à
deux reprises, parfois par deux personnes différentes.
"Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable
relation avec le papier, explique Michael Hart en août 1998. Le seul point
commun est que nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le
papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont
habitués, particulièrement dans les établissements d’enseignement. (...) Mon
projet est de mettre 10.000 textes électroniques sur l’internet. Si je pouvais
avoir des subventions importantes, j’aimerais aller jusqu’à un million et
étendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x% à 10% de la population
mondiale, ce qui représenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes
électroniques au lieu d’un milliard seulement. (...) J’introduis une nouvelle
langue par mois maintenant, et je vais poursuivre cette politique aussi
longtemps que possible." Michael Hart se définit lui-même comme un fou de
travail dédiant toute sa vie à son projet, qu’il voit comme étant à l’origine
d’une révolution néo-industrielle.
Comment cette vaste entreprise a-t-elle débuté? Michael Hart numérise son
premier texte le 4 juillet 1971. Le 4 juillet étant le jour de la fête
nationale, il saisit le texte de la Déclaration de l’Indépendance des Etats-Unis
(signée le 4 juillet 1776) sur le clavier de son ordinateur, et il envoie le
fichier électronique correspondant à quelques collègues et amis.
Entre 1971 et 1979, il scanne un volume par an d’une série qu'il intitule
History of Western Democracy. Entre 1980 et 1990, il poursuit ce travail avec
quelques volontaires. Son équipe et lui scannent la Bible dans son entier et
plusieurs oeuvres de Shakespeare. En 1990, dix textes sont prêts. Le dixième
texte est The King James Bible. La moyenne mensuelle des textes scannés
progresse ensuite régulièrement: un texte par mois en 1991, deux textes par mois
en 1992, quatre textes par mois en 1993 et huit textes par mois en 1994. Fin
1994, les collections comprennent 100 textes. Le centième texte est l’oeuvre
complète de Shakespeare, désormais scannée dans son entier.
Lorsque l’utilisation du web se généralise, il devient beaucoup plus facile de
faire circuler les oeuvres et de recruter de nouveaux volontaires. La production
augmente donc en proportion, avec 16 textes par mois en 1995, puis 32 textes par
mois en 1996 et 1997. Fin 1997, les collections comprennent 1.000 textes. Le
millième texte est La Divine Comédie de Dante, en italien. La production passe à
36 textes par mois en 1998 et 1999. Fin 1999, les collections se chiffrent à
2.000 textes. Le 2.000e texte est Don Quichotte de Cervantes, en espagnol.
Le nombre de textes scannés est toujours de 36 textes par mois en 2000. Il passe
à 40 textes par mois pendant le premier semestre 2001, puis 50 textes par mois
pendant le deuxième semestre. Le 3.000e texte, disponible courant 2000, est le
troisième volume de A l’ombre des jeunes filles en fleurs, de Proust, en
français. Le 4.000e texte, disponible courant 2001, est The French Immortals,
version anglaise de la série publiée en 1905 par la Maison Mazarin pour
rassembler des fictions d’écrivains couronnés par l’Académie française (Emile
Souvestre, Pierre Loti, Hector Malot, Charles de Bernard, Alphonse Daudet,
etc.). Le 5.000e texte, disponible en avril 2002, est la version anglaise des
Carnets de Léonard de Vinci.