littérature et d’écriture qui, en septembre 1999, ouvre le site littéraire La
Grenouille Bleue. "L’objectif est de faire connaître de jeunes auteurs
francophones, pour la plupart amateurs, raconte-t-elle en décembre 2000. Chaque
semaine, une nouvelle complète est envoyée par e-mail aux abonnés de la lettre.
Les lecteurs ont ensuite la possibilité de donner leurs impressions sur un forum
dédié. Egalement, des jeux d’écriture ainsi qu’un atelier permettent aux auteurs
de 's’entraîner' ou découvrir l’écriture. Un annuaire recense les sites
littéraires. Un agenda permet de connaître les différentes manifestations
littéraires." En décembre 2000, elle doit malheureusement fermer le site pour un
problème de marque. Dès janvier 2001, elle ouvre un deuxième site, Gloupsy.com,
qui fonctionne selon le même principe, "mais avec plus de 'services' pour les
jeunes auteurs, le but étant de mettre en place une véritable plate-forme pour
'lancer' les auteurs" et fonder peut-être ensuite "une véritable maison
d’édition avec impression papier des auteurs découverts". Suite à une gestion du
site devenue trop lourde, Marie-Aude Bourson décide toutefois de cesser cette
belle aventure en mars 2003, date de la fin du contrat d’hébergement du site.
= Le Choucas
A l’aube du 21e siècle, Raymond Godefroy, écrivain-paysan normand, désespérait
de trouver un éditeur pour son recueil de fables, intitulé Fables pour l’an
2000. Ce jusqu’à sa rencontre virtuelle avec Nicolas Pewny, fondateur des
éditions du Choucas, basées en Haute-Savoie. Bien qu’étant d’abord un éditeur à
vocation commerciale, Nicolas Pewny tient aussi à avoir des activités non
commerciales, afin de faire connaître des auteurs pour lesquels il a un coup de
coeur. Il crée donc un beau design web pour ces Fables, qu’il publie en ligne en
décembre 1999.
"Internet représente pour moi un formidable outil de communication qui nous
affranchit des intermédiaires, des barrages doctrinaires et des intérêts des
médias en place, écrit Raymond Godefroy à la même date. Soumis aux mêmes lois
cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connaître, acquerront peu à peu cette
conscience du collectif, d’appartenir à un même monde fragile pour y vivre en
harmonie sans le détruire. Internet est absolument comme la langue d’Esope, la
meilleure et la pire des choses, selon l’usage qu’on en fait, et j’espère qu’il
me permettra de m’affranchir en partie de l’édition et de la distribution
traditionnelle qui, refermée sur elle-même, souffre d’une crise d’intolérance
pour entrer à reculons dans le prochain millénaire."
Très certainement autobiographique, la fable Le poète et l’éditeur (sixième
fable de la troisième partie) relate on ne peut mieux les affres du poète à la
recherche d’un éditeur. Raymond Godefroy restant très attaché au papier, il
auto-publie la version imprimée de ses fables en juin 2001, un an et demi après
la parution de la version web. Le titre, Fables pour les années 2000, est
légèrement différent, puisque le cap du 21e siècle est désormais franchi. Quant
aux éditions du Choucas, elles cessent malheureusement leur activité en mars
2001, une disparition de plus à déplorer chez les éditeurs indépendants. Devenu
consultant en édition électronique, Nicolas Pewny met désormais ses compétences
éditoriales et numériques au service d’autres organismes.
= Le Net des études françaises
L’édition non commerciale est fondamentale dans le domaine universitaire.
Professeur au département d’études françaises de l’Université de Toronto, Russon
Wooldridge est un ardent défenseur de la diffusion libre du savoir. Interviewé
en février 2001, il explique: "Je mets toutes les données de mes recherches des
vingt dernières années sur le web (réédition de livres, articles, textes
intégraux de dictionnaires anciens en bases de données interactives, de traités
du 16e siècle, etc.). Je publie des actes de colloques, j’édite un journal, je
collabore avec des collègues français, mettant en ligne à Toronto ce qu’ils ne
peuvent pas publier en ligne chez eux. (...) Il est crucial que ceux qui croient
à la libre diffusion des connaissances veillent à ce que le savoir ne soit pas
bouffé, pour être vendu, par les intérêts commerciaux. Ce qui se passe dans
l’édition du livre en France, où on n’offre guère plus en librairie que des
manuels scolaires ou pour concours (c’est ce qui s’est passé en linguistique,
par exemple), doit être évité sur le web. Ce n’est pas vers les Amazon.com qu’on
se tourne pour trouver la science désintéressée."
En mai 2000, Russon Wooldridge rassemble quelques collègues francophones à
Toronto lors d’un colloque intitulé "Colloque international sur les études
françaises favorisées par les nouvelles technologies d’information et de
communication". A la suite de ce colloque, il crée le Net des études françaises
(NEF), qui se veut d’une part "un filet trouvé qui ne capte que des morceaux
choisis du monde des études françaises, tout en tissant des liens entre eux",
d’autre part un réseau dont les "auteurs sont des personnes œuvrant dans le
champ des études françaises et partageant librement leur savoir et leurs
produits avec autrui".
Le NEF s’étend ensuite à l’Europe grâce au site miroir Translatio, créé dans le
même esprit en septembre 2001. Emilie Devriendt, sa responsable, explique en
février 2003: "Translatio est le site miroir de trois sites académiques dédiés à
la diffusion de ressources documentaires dans le domaine des études françaises,
et plus particulièrement de l'histoire de la langue française. Il s'agit du site
du professeur Russon Wooldridge, du site Net des études françaises (créé et
maintenu par ce dernier), et du site Langue du 19e siècle, du professeur
Jacques-Philippe Saint-Gérand, déjà miroirisé à Clermont-Ferrand. Plus qu'une
simple copie, Translatio est avant toute chose le fruit de collaborations
actives, en réseau, entre enseignants, chercheurs et documentalistes issus de
différentes institutions: à Toronto (University of Toronto), à Clermont-Ferrand
(Université Blaise Pascal), Lisieux (Bibliothèque électronique), Paris (École
normale supérieure). Fidèle à l'architecture initiale des trois sites originaux,
Translatio en conserve aussi les objectifs: diffuser de la connaissance (sources
primaires et secondaires) sous forme de bases linguistiques, philologiques,
culturelles - interactives ou non. Autrement dit, proposer gratuitement outils
de recherche et ressources en ligne offrant toutes les garanties d’une
nécessaire rigueur scientifique."
= Une activité essentielle
Avantage significatif de l’édition non commerciale, au lieu de vendre quelques
dizaines ou quelques centaines de livres et de toucher des droits d’auteur
souvent insignifiants, l’auteur a un vaste lectorat et touche… zéro euros de
droits d’auteur, tout en échappant aux contraintes souvent inacceptables des
éditeurs commerciaux. A chacun de choisir s’il veut céder les droits de ses
travaux, gagner quelques euros et n’être lu par (presque) personne, ou s’il
préfère garder le copyright de ses écrits, être largement diffusé et ne rien
gagner, sous-entendu ne pas gagner d’argent, parce qu’en fait il gagne le plus
important, à savoir le fait d’être lu et de partager un savoir.
Grâce au réseau, l’édition non commerciale a le vent en poupe, et il était grand
temps. Des éditeurs de fiction découvrent de nouveaux auteurs et les promeuvent
au mieux avec les maigres moyens dont ils disposent. Des organismes deviennent
éditeurs dans le vrai sens du terme. Des auteurs sont heureux à juste titre de
voir leurs textes publiés. Des lecteurs avides, enthousiastes et exigeants ne
choisissent pas leurs lectures en fonction de la dernière liste de best-sellers,
mais les choisissent dans une profusion de fictions, de documentaires, d’études
généralistes et d’articles scientifiques, avec en prime la diffusion libre du
savoir. Et, pour finir, de plus en plus d’auteurs ne se soucient même plus du
fait que leurs textes auraient pu être acceptés par un éditeur traditionnel,
dont ils jugent le modèle complètement dépassé.
3.3. L’auto-édition
Si les éditeurs peuvent difficilement vivre sans les auteurs, les auteurs
peuvent enfin vivre sans les éditeurs. La création d’un site web leur permet de
faire connaître leurs oeuvres en évitant les intermédiaires. Jean-Paul, auteur
hypermédia, écrit dès juillet 1998: "L’internet va me permettre de me passer des
intermédiaires: éditeurs et distributeurs. Il va surtout me permettre de
formaliser ce que j’ai dans la tête et dont l’imprimé (la micro-édition, en
fait) ne me permettait de donner qu’une approximation. Puis les intermédiaires
prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l’herbe est
plus verte..."
L’auto-édition est la solution choisie par Anne-Bénédicte Joly, romancière, qui
décide de créer son propre site web pour diffuser ses oeuvres. En juin 2000,
deux mois après la mise en ligne de son site, elle raconte: "Après avoir
rencontré de nombreuses fins de non-recevoir auprès des maisons d’édition et ne
souhaitant pas opter pour des éditions à compte d’auteur, j’ai choisi, parce que
l’on écrit avant tout pour être lu (!), d’avoir recours à l’auto-édition. Je
suis donc un écrivain-éditeur et j’assume l’intégralité des étapes de la chaîne
littéraire, depuis l’écriture jusqu’à la commercialisation, en passant par la
saisie, la mise en page, l’impression, le dépôt légal et la diffusion de mes
livres. Mes livres sont en règle générale édités à 250 exemplaires et je
parviens systématiquement à couvrir mes frais fixes. Je pense qu’internet est
avant tout un média plus rapide et plus universel que d’autres, mais je suis
convaincue que le livre 'papier' a encore, pour des lecteurs amoureux de l’objet
livre, de beaux jours devant lui. Je pense que la problématique réside davantage
dans la qualité de certains éditeurs, pour ne pas dire la frilosité, devant les
coûts liés à la fabrication d’un livre, qui préfèrent éditer des livres
'vendeurs' plutôt que de décider de prendre le risque avec certains écrits ou
certains auteurs moins connus ou inconnus (...). Si l’internet et le livre
électronique ne remplaceront pas le support livre, je reste convaincue que
disposer d’un tel réseau de communication est un avantage pour des auteurs moins
(ou pas) connus."
Il est possible que l’auto-édition ait un bel avenir, comme l’explique en août
2000 Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, une chronique
hebdomadaire des actualités de l’internet: "J’ai une théorie des forces qui
animent et modifient la société, et qui se résume à classer les phénomènes en
tendances fortes, courants porteurs et signaux faibles. Le livre électronique
(appelé ici livre numérique, ndlr) ne répond pas encore aux critères de tendance
forte. On perçoit des signaux faibles qui pourraient annoncer un courant
porteur, mais on n’y est pas encore. Cependant, si et quand on y sera, ce sera
un atout important pour les personnes qui souhaiteront s’auto-éditer, et le
phénomène pourrait bouleverser le monde de l’édition traditionnelle."
3.4. Vers une nouvelle structure éditoriale
Parallèlement à la littérature imprimée se développe la littérature numérique,
sous diverses formes: site d’écriture hypermédia, roman multimédia, hyper-roman,
nouvelle hypertexte, feuilleton hypermédia, mail-roman, etc. Cette littérature
est le plus souvent auto-éditée, en attendant une ou plusieurs maisons d’édition
spécialisées. De l’avis de Lucie de Boutiny, romancière, interviewée en juin
2000, la littérature hypertextuelle, "qui passe par le savoir-faire
technologique, rapproche donc le techno-écrivain du scénariste, du dessinateur
BD, du plasticien, du réalisateur de cinéma. Quelles en sont les conséquences au
niveau éditorial? Faut-il prévoir un budget de production en amont? Qui est
l’auteur multimédia? Qu’en est-il des droits d’auteur? Va-t-on conserver le
copyright à la française? L’HTX (HyperText Literature) sera publiée par des
éditeurs papier ayant un département multimédia? De nouveaux éditeurs vont
émerger et ils feront un métier proche de la production? Est-ce que nous
n’allons pas assister à un nouveau type d’oeuvre collective? Bientôt le sampling
littéraire protégé par le copyleft?"
Pour les documentaires également, on commence à utiliser les nouvelles formes
d’écriture et de lecture devenues courantes dans le domaine de l’hyperfiction.
Le documentaire hypertexte exploite lui aussi les possibilités offertes par
l’hyperlien en permettant divers cheminements au lecteur. C’est la démarche
tentée dans la version web de ce livre, qui donne directement accès aux
entretiens cités et permet une lecture aussi bien linéaire que non linéaire. Le
livre d'enquête publié en 2001 permet une recherche textuelle et une lecture
séquentielle par sujets grâce à la base interactive créée par Russon Wooldridge.
Outre plusieurs possibilités de lecture, linéaire, non linéaire, par thèmes,
etc., le documentaire hypertexte offre de nombreux avantages par rapport au
documentaire imprimé. Il permet l’accès immédiat au texte intégral des documents
cités. Les erreurs peuvent aussitôt être corrigées. Le livre peut être
régulièrement actualisé, en y incluant par exemple les développements les plus
récents sur tel sujet et les derniers chiffres ou statistiques. Ces horripilants
index en fin d’ouvrage - mais combien pratiques, au moins quand ils existent -
sont désormais remplacés par un moteur de recherche ou une base interactive.
Tout comme pour l’hyperfiction, il reste à inventer un nouveau type de maison
d’édition proposant ce genre de documentaire, avec une infrastructure permettant
leur actualisation immédiate par FTP (file transfer protocol). Si ceci vaut pour
tous les sujets, cela paraît d’autant plus indispensable pour des sujets tels
que les nouvelles technologies, l’internet et le web. La place des livres
traitant du web n’est-elle pas sur le web? L’auteur pourrait choisir de mettre
son livre en consultation payante ou gratuite. La question du droit d’auteur
serait également entièrement à revoir. Copyright ou copyleft? Paiement à la
source ou paiement à la consultation? Et comment l’éditeur serait-il rémunéré?
A l’heure de l’internet, pour les documentaires comme pour la fiction, il semble
important de créer de toutes pièces une structure éditoriale entièrement
numérique se démarquant des schémas traditionnels. De nombreux auteurs seraient
certainement heureux d’expérimenter un nouveau système, au lieu de se plier à un
système traditionnel très contraignant, qui n’est peut-être plus de mise
maintenant qu’on dispose d’un moyen de diffusion à moindres frais échappant aux
frontières.
Cette nouvelle structure éviterait de reproduire les carences du système
traditionnel, caractérisé entre autres par de très longs délais de réponse suite
à l’envoi du manuscrit (quand réponse il y a...), par des critères de sélection
manquant de transparence, par une attente de plusieurs semaines sinon plusieurs
mois pour la publication, par des droits d’auteur au pourcentage ridicule (7 à
10%, y compris pour les versions numériques), et par la difficulté d’envisager
de nouvelles versions sous prétexte de rentabilité. A l’heure actuelle, les
expressions "politique éditoriale", "procédure éditoriale" et "suivi éditorial"
plongent souvent les auteurs dans des abîmes de perplexité. Quant à l’engagement
de l’éditeur de promouvoir et diffuser l’oeuvre par tous les moyens, une clause
qui apparaît systématiquement dans tout contrat d´édition, il est de notoriété
publique que cet engagement est rarement tenu lorsque l’auteur n’est pas connu.
Des professionnels du livre – et pas des plus contestataires – ayant eux-mêmes
vécu les affres de l’auteur en quête d’éditeur parlent de chaîne éditoriale à
bout de souffle, quand ils n’emploient pas des qualificatifs nettement plus
péjoratifs.
Ces nouveaux éditeurs seraient différents des éditeurs en ligne, électroniques
et numériques apparus ces dernières années, qui sont souvent issus de l’édition
traditionnelle et la copient encore. Il s’agirait d’éditeurs qui, à l’heure des
technologies numériques et de l’internet, repenseraient la chaîne éditoriale de
fond en comble tout en faisant un véritable travail d’éditeur (découverte,
sélection, promotion et diffusion). Pour l’édition scientifique et technique, il
serait également plus qu’utile de ne plus uniquement limiter son accès aux
membres des canaux dirigistes que sont l’Université, le CNRS (Centre national de
la recherche scientifique) et quelques autres, et d’ouvrir largement les vannes
à d’autres spécialistes qui, s’ils n’ont pas les mêmes diplômes, ont des
connaissances tout aussi approfondies, des expériences tout aussi riches et des
qualités d’écrivain au moins équivalentes.
Ces nouveaux éditeurs pourraient utiliser à plein l’internet en adoptant des
méthodes originales spécifiques au réseau: envoi des manuscrits sous forme
électronique, délais de réponse courts, critères de sélection (ou non) transmis
par courrier électronique, publication rapide, droits d’auteur plus élevés avec
montant disponible en ligne, vente simultanée de la version imprimée (avec
impression à la demande) et de la version numérique en plusieurs formats,
véritable promotion et véritable diffusion de l’oeuvre selon des méthodes qui
restent à mettre au point, et pas seulement par le biais d’un extrait en
téléchargement libre et d’un descriptif des nouveautés adressé à une liste de
diffusion, versions revues et corrigées facilement envisageables sinon
encouragées dans le domaine des sciences et techniques, etc.
4. LA LIBRAIRIE SE DIVERSIFIE
[4.1. Librairies traditionnelles / 4.2. Librairies en ligne / 4.3. Librairies
numériques]
Trois sortes de librairies cohabitent sur le web: les librairies établies en
complément d’une librairie traditionnelle ou d’une chaîne de librairies, les
librairies en ligne créées directement sur le réseau et dont la totalité des
transactions s’effectue via l’internet, et enfin, apparues courant 2000, les
librairies numériques, qui vendent uniquement des livres en version numérisée,
le plus souvent par téléchargement.
4.1. Librairies traditionnelles
A la fin des années 1990, les chaînes de librairies ont toutes une librairie en
ligne à côté de leur réseau de librairies "en dur". C’est le cas notamment de la
Fnac, Virgin, France Loisirs, ou encore Le Furet du Nord (qui dessert le Nord de
la France) et Decitre (qui dessert la région Rhône-Alpes). Mais la vente à
distance n’est pas l’apanage des grandes librairies, comme le montrent les deux
exemples pris ici, les librairies de voyage et les librairies d’ancien.
= Librairies de voyage
Fondée en 1985 par Hélène Larroche, Itinéraires est une librairie de voyages
située au cœur de Paris, dans l’ancien quartier des Halles. Dès les débuts de la
librairie, le personnel crée une base de données informatique avec classement
des livres par pays et par sujets. Dix ans après, en 1995, la consultation du
catalogue est possible sur minitel. Trois ans plus tard, la librairie est
présente sur le web. En juin 1998, Hélène Larroche relate: "Nous effectuons près
de 10% de notre chiffre d’affaires avec la vente à distance. Passer du minitel à
internet nous semblait intéressant pour atteindre la clientèle de l’étranger,
les expatriés désireux de garder par les livres un contact avec la France et à
la recherche d’une librairie qui 'livre à domicile' et bien sûr les 'surfeurs
sur le net', non minitélistes. La vente à distance est encore trop peu utilisée
sur internet pour avoir modifié notre chiffre d’affaires de façon significative.
Internet a cependant eu une incidence sur le catalogue de notre librairie, avec
la création d’une rubrique sur le web, spécialement destinée aux expatriés, dans
laquelle nous mettons des livres, tous sujets confondus, qui font partie des
meilleures ventes du moment ou/et pour lesquels la critique s’emballe. Nous
avons toutefois décidé de limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en
compte 13.000. Un changement non négligeable, c’est le temps qu’il faut dégager
ne serait-ce que pour répondre au courrier que génèrent les consultations du
site. Outre le bénéfice pour l’image de la librairie qu’internet peut apporter
(et dont nous ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une
nouvelle clientèle dans notre spécialité (la connaissance des pays étrangers),
atteindre et intéresser les expatriés et augmenter nos ventes à l’étranger."
Un an et demi après, en janvier 2000, Hélène Larroche ajoute: "Un net regain de
personnes viennent à notre librairie après nous avoir découvert sur le web.
C’est plutôt une clientèle parisienne ou une clientèle venue de province pour
pouvoir feuilleter sur place ce que l’on a découvert sur le web. Mais
l’expérience est très intéressante et nous conduit à poursuivre."
D’autres librairies se débrouillent au mieux avec des moyens limités, comme la
librairie Ulysse, sise à Paris dans l’île Saint-Louis. Fondée en 1971 par
Catherine Domain, Ulysse est à l’époque la première librairie au monde
uniquement consacrée au voyage. Ses 20.000 livres, cartes et revues neufs et
d’occasion recèlent des documents souvent introuvables ailleurs. A la fois
libraire et grande voyageuse, Catherine Domain est membre du SLAM (Syndicat
national de la librairie ancienne et moderne), du Club des explorateurs et du
Club international des grands voyageurs. En 1999, elle décide de se lancer dans
un voyage virtuel autrement plus ingrat, à savoir la réalisation d’un site web
en autodidacte. "Mon site est embryonnaire et en construction, raconte-t-elle en
novembre 2000. Il se veut à l’image de ma librairie, un lieu de rencontre avant
d’être un lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir! Internet me
prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien, mais cela ne
m’ennuie pas..." Elle est toutefois assez pessimiste sur l’avenir des librairies
comme la sienne. "Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d’être
dévorée, je l’utilise comme un moyen d’attirer les clients chez moi, et aussi de
trouver des livres pour ceux qui n’ont pas encore internet chez eux! Mais j’ai
peu d’espoir..."
= Librairies d’ancien
Les librairies d’ancien sont parmi les premières à utiliser l’internet pour
étendre leur champ d’activité. Dans un domaine où la vente par correspondance à
partir d’un catalogue a toujours été primordiale, l’internet vient à point nommé
pour faciliter les transactions. Courrier électronique, listes de diffusion,
bases de données sur le web et commerce électronique prennent le relais des
méthodes traditionnelles.
Dès novembre 1995, Pascal Chartier, gérant de la librairie du Bât d’Argent
(Lyon), crée Livre-rare-book, un site professionnel de livres d’occasion,
anciens et modernes. En juin 1998, il définit l’internet comme "peut-être la
pire et la meilleure des choses. La pire parce qu’il peut générer un travail
constant sans limite et la dépendance totale. La meilleure parce qu’il peut
s’élargir encore et permettre surtout un travail intelligent!" En août 2003,
Livre-rare-book propose un catalogue de plus d’un million de livres émanant de
quelque 320 librairies, et un annuaire électronique international recensant près
de 4.000 librairies.