passent à 2 dollars. Mais le nombre de téléchargements et de paiements ne cesse
de décliner: 40.000 téléchargements seulement pour le cinquième chapitre, alors
que le premier chapitre avait été téléchargé 120.000 fois, et paiement pour 46%
des téléchargements seulement.
Fin novembre, Stephen King annonce l’interruption de la publication pendant une
période indéterminée, après la parution du sixième chapitre, téléchargeable
gratuitement à la mi-décembre. "The Plant va retourner en hibernation afin que
je puisse continuer à travailler, précise-t-il sur son site. Mes agents
insistent sur la nécessité d’observer une pause afin que la traduction et la
publication à l’étranger puissent rattraper la publication en anglais." Mais
cette décision semble d’abord liée à l’échec commercial de l’expérience.
Cet arrêt suscite de vives critiques. On oublie de reconnaître à l’auteur au
moins un mérite, celui d’avoir été le premier à se lancer dans l’aventure, avec
les risques qu’elle comporte. Entre juillet et décembre 2000, pendant les six
mois qu’elle aura duré, nombreux sont ceux qui suivent les tribulations de The
Plant, à commencer par les éditeurs, quelque peu inquiets face à un médium qui
pourrait un jour concurrencer le circuit traditionnel. Quand Stephen King décide
d’arrêter l’expérience, plusieurs journalistes et critiques littéraires
affirment qu’il se ridiculise aux yeux du monde entier. N’est-ce pas un peu
exagéré? L’auteur avait d’emblée annoncé la couleur puisqu’il avait lié la
poursuite de la publication à un pourcentage de paiements satisfaisant.
Qu’est-il advenu ensuite des expériences numériques de Stephen King? L’auteur
reste toujours très présent dans ce domaine, mais par le biais de son éditeur.
En mars 2001, son roman Dreamcatcher est le premier roman à être lancé
simultanément en version imprimée, par Simon & Schuster, et en version
numérique, par Palm Digital Media, pour lecture sur Palm Pilot ou Pocket PC. En
mars 2002, son recueil de nouvelles Everything’s Eventual est lui aussi publié
simultanément en deux versions: en version imprimée par Scribner, subdivision de
Simon & Schuster, et en version numérique par Palm Digital Media, qui en propose
un extrait en téléchargement libre.
= "Quintet", de Frederick Forsyth
En novembre 2000, deux Européens, l’anglais Frederick Forsyth et l’espagnol
Arturo Pérez-Reverte, décident eux aussi de tenter l'aventure numérique. Mais,
forts de l’expérience d’auto-publication de Stephen King peut-être, ni l’un ni
l’autre n’ont l’intention de se passer d’éditeur.
Frederick Forsyth, le maître britannique du thriller, aborde la publication
numérique avec l’appui de l’éditeur électronique londonien Online Originals. En
novembre 2000, Online Originals publie The Veteran, histoire d’un crime violent
commis à Londres et premier volet de Quintet, une série de cinq nouvelles
électroniques (The Veteran, The Miracle, The Citizen, The Art of the Matter et
Draco). Disponible en trois formats (PDF, Microsoft Reader et Glassbook Reader),
la nouvelle est vendue au prix de 3,99 pounds (6,60 euros) sur le site de
l’éditeur et dans plusieurs librairies en ligne au Royaume-Uni (Alphabetstreet,
BOL.com, WHSmith) et aux Etats-Unis (Barnes & Noble, Contentville, Glassbook).
"La publication en ligne sera essentielle à l’avenir, déclare Frederick Forsyth
sur le site d’Online Originals. Elle crée un lien simple et surtout rapide et
direct entre le producteur original (l’auteur) et le consommateur final (le
lecteur), avec très peu d’intermédiaires. Il est passionnant de participer à
cette expérience. Je ne suis absolument pas un spécialiste des nouvelles
technologies. Je n’ai jamais vu de livre numérique. Mais je n’ai jamais vu non
plus de moteur de Formule 1, ce qui ne m’empêche pas de constater combien ces
voitures de course sont rapides."
= "El Oro del Rey", d’Arturo Pérez-Reverte
La première expérience numérique d'Arturo Pérez-Reverte est un peu différente.
La série best-seller du romancier espagnol relate les aventures du Capitan
Alatriste au 17e siècle. Le nouveau titre à paraître s’intitule El Oro del Rey.
En novembre 2000, en collaboration avec son éditeur Alfaguara, l'auteur décide
de diffuser El Oro del Rey en version numérique sur un site spécifique du
portail Inicia, en exclusivité pendant un mois, avant sa sortie en librairie. Le
roman est disponible au format PDF pour 2,90 euros, un prix très inférieur aux
15,10 euros annoncés pour le livre imprimé.
Résultat de l’expérience, le nombre de téléchargements est très satisfaisant,
mais pas celui des paiements. Un mois après la mise en ligne du roman, on compte
332.000 téléchargements, avec paiement par 12.000 lecteurs seulement. A la même
date, Marilo Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia, explique
dans un communiqué: "Pour tout acheteur du livre numérique, il y avait une clé
pour le télécharger en 48 heures sur le site internet et, surtout au début,
beaucoup d’internautes se sont échangés ce code d’accès dans les forums de
dialogue en direct (chats) et ont téléchargé leur exemplaire sans payer. On a
voulu tester et cela faisait partie du jeu. Arturo Pérez-Reverte voulait surtout
qu’on le lise."
= Des centaines de titres
Trois ans après ces premières tentatives, si les expériences purement numériques
sont provisoirement abandonnées, les livres numériques ont une place
significative à côté de leurs correspondants imprimés. En 2003, des centaines de
best-sellers sont vendus en version numérique sur Amazon.com, Barnes &
Noble.com, Yahoo! eBook Store ou sur des sites d’éditeurs (Random House,
PerfectBound, etc.), pour lecture sur ordinateur ou sur assistant personnel
(PDA). Mobipocket distribue 6.000 titres numériques dans plusieurs langues, soit
sur son site soit dans des librairies partenaires. Le catalogue de Palm Digital
Media approche les 10.000 titres, lisibles sur les gammes Palm et Pocket PC,
avec 15 à 20 nouveaux titres par jour et 1.000 nouveaux clients par semaine.
Signe des temps, en mars 2003, Paulo Coelho, écrivain brésilien devenu
mondialement célèbre avec L’Alchimiste, son titre phare, distribue plusieurs de
ses livres gratuitement au format PDF. Traduits en 56 langues, ses livres
imprimés atteignent 53 millions d'exemplaires vendus dans 155 pays, dont 6,5
millions d’exemplaires dans les pays francophones. L’écrivain décide de mettre
en ligne sur son site l’édition intégrale de plusieurs de ses romans, en
diverses langues, avec l’accord de ses éditeurs respectifs (dont Anne Carrière,
son éditrice en France). Trois de ses romans sont disponibles en français:
Manuel du guerrier de la lumière, La cinquième montagne et Veronika décide de
mourir. Pourquoi une telle décision? "Comme le français est présent, à plus ou
moins grande échelle, dans le monde entier, je recevais sans cesse des courriers
électroniques d'universités et de personnes habitant loin de la France, qui ne
trouvaient pas mes oeuvres", déclare Paulo Coelho par le biais de son éditrice.
A la question classique sur le préjudice que pourraient porter ces quelques
titres gratuits sur les ventes futures, il répond: "Seule une minorité de gens a
accès à l’internet, et le livre au format ebook ne remplacera jamais le livre
papier." Une remarque très juste, au moins pour le court terme.
3. L’EDITION DEVIENT ELECTRONIQUE
[3.1. Editeurs commerciaux / 3.2. Editeurs non commerciaux / 3.3. L’auto-édition
/ 3.4. Vers une nouvelle structure éditoriale]
Au début des années 2000, l’édition électronique creuse son sillon à côté de
l’édition traditionnelle, du fait des avantages qu’elle procure: stockage plus
simple, accès plus rapide, diffusion plus facile, coût moins élevé, etc. Elle
amène aussi un souffle nouveau dans le monde de l’édition, et même une certaine
zizanie. On voit des éditeurs vendre directement leurs titres en ligne, des
éditeurs électroniques commercialiser les versions numérisées de livres publiés
par des éditeurs traditionnels, des librairies numériques vendre les versions
numérisées de livres publiés par des éditeurs partenaires, des auteurs
s’auto-éditer ou promouvoir eux-mêmes leurs oeuvres publiées, des sites
littéraires se charger de faire connaître de nouveaux auteurs pour pallier les
carences de l’édition traditionnelle, etc. Le numérique pourra-il à terme
ébranler ou même faire imploser la structure éditoriale en place, considérée par
de nombreux écrivains comme passablement sclérosée?
3.1. Editeurs commerciaux
Dans le monde francophone, le premier éditeur électronique commercial est
CyLibris, fondé en août 1996. CyLibris est suivi en mai 1998 par 00h00, premier
éditeur en ligne à commercialiser des livres numériques. Des éditeurs
traditionnels mettent eux aussi en place un secteur spécifique, par exemple
l’éditeur Luc Pire, qui crée Luc Pire électronique en février 2001.
= CyLibris
Fondées en août 1996 à Paris par Olivier Gainon, les éditions CyLibris (de Cy,
cyber et Libris, livre) décident d’utiliser l’internet et le numérique pour
publier des oeuvres littéraires dans divers genres (littérature générale,
policier, science-fiction, théâtre et poésie). Vendus uniquement sur le web,
avec des extraits en téléchargement libre au format texte, les livres sont
imprimés à la commande et envoyés directement au client, ce qui permet d’éviter
le stock et les intermédiaires. En 2001, certains titres sont également vendus
en version imprimée par un réseau de librairies partenaires, notamment la Fnac,
et en version numérique par Mobipocket et Numilog, pour lecture sur ordinateur
et sur assistant personnel (PDA). En 2003, le catalogue de CyLibris comprend une
cinquantaine de titres.
"CyLibris a été créé d’abord comme une maison d’édition spécialisée sur un
créneau particulier de l’édition et mal couvert à notre sens par les autres
éditeurs: la publication de premières oeuvres, donc d’auteurs débutants,
explique Olivier Gainon en décembre 2000. Nous nous intéressons finalement à la
littérature qui ne peut trouver sa place dans le circuit traditionnel: non
seulement les premières oeuvres, mais les textes atypiques, inclassables ou en
décalage avec la mouvance et les modes littéraires dominantes. Ce qui est
rassurant, c’est que nous avons déjà eu quelques succès éditoriaux: le grand
prix de la SGDL (Société des gens de lettres) en 1999 pour La Toile de
Jean-Pierre Balpe, le prix de la litote pour Willer ou la trahison de Jérôme
Olinon en 2000, etc. Ce positionnement de 'défricheur' est en soi original dans
le monde de l’édition, mais c’est surtout son mode de fonctionnement qui fait de
CyLibris un éditeur atypique.
Créé dès 1996 autour de l’internet, CyLibris a voulu contourner les contraintes
de l’édition traditionnelle grâce à deux innovations: la vente directe par
l’intermédiaire d’un site de commerce sur internet, et le couplage de cette
vente avec une impression numérique en 'flux tendu'. Cela permettait de
contourner les deux barrières traditionnelles dans l’édition: les coûts
d’impression (et de stockage), et les contraintes de distribution. Notre système
gérait donc des flux physiques: commande reçue par internet, impression du livre
commandé, envoi par la poste. Je précise que nous sous-traitons l’impression à
des imprimeurs numériques, ce qui nous permet de vendre des livres de qualité
équivalente à celle de l’offset, et à un prix comparable. Notre système n’est ni
plus cher, ni de moindre qualité, il obéit à une économie différente, qui, à
notre sens, devrait se généraliser à terme."
En quoi consiste l’activité d’un éditeur électronique? "Je décrirais mon
activité comme double, explique Olivier Gainon. D’une part celle d’un éditeur
traditionnel dans la sélection des manuscrits et leur retravail (je m’occupe
irectement de la collection science-fiction), mais également le choix des
maquettes, les relations avec les prestataires, etc. D’autre part, une activité
internet très forte qui vise à optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre
une stratégie de partenariat permettant à CyLibris d’obtenir la visibilité qui
lui fait parfois défaut. Enfin, je représente CyLibris au sein du SNE (le
Syndicat national de l’édition, dont CyLibris fait partie depuis le printemps
2000, ndlr). CyLibris est aujourd’hui une petite structure. Elle a trouvé sa
place dans l’édition, mais est encore d’une économie fragile sur internet. Notre
objectif est de la rendre pérenne et rentable et nous nous y employons."
Le site web procure des informations pratiques aux auteurs en herbe: comment
envoyer un manuscrit à un éditeur, ce que doit comporter un contrat d’édition,
comment protéger ses manuscrits, etc. Par ailleurs, l’équipe de CyLibris lance
en mai 1999 CyLibris Infos, une lettre d’information électronique gratuite dont
l’objectif n’est pas tant de promouvoir les livres de l’éditeur que de présenter
l’actualité de l’édition francophone. Volontairement décalée et souvent
humoristique sinon décapante, la lettre, d’abord mensuelle, paraît deux fois par
mois à compter de février 2000. Elle change de nom en février 2001 pour devenir
Edition Actu. Elle compte 1.500 abonnés et environ 5.000 lecteurs en 2003.
= 00h00
Un peu moins de deux ans après la création de CyLibris a lieu la mise en ligne
de 00h00 (qui se prononce: zéro heure), éditeur pionnier lui aussi, mais dans un
domaine différent: il est le premier éditeur à se lancer dans la
commercialisation de livres numériques. Fondées à Paris par Jean-Pierre Arbon,
ancien directeur de Flammarion, et Bruno de Sa Moreira, ancien directeur de
Flammarion Multimédia, les éditions 00h00 débutent leur activité en mai 1998.
"La création de 00h00 marque la véritable naissance de l’édition en ligne,
lit-on sur le site web. C’est en effet la première fois au monde que la
publication sur internet de textes au format numérique est envisagée dans le
contexte d’un site commercial, et qu’une entreprise propose aux acteurs
traditionnels de l’édition (auteurs et éditeurs) d’ouvrir avec elle sur le
réseau une nouvelle fenêtre d’exploitation des droits. Les textes offerts par
00h00 sont soit des inédits, soit des textes du domaine public, soit des textes
sous copyright dont les droits en ligne ont fait l’objet d’un accord avec leurs
ayants droit. (...) Le succès de l’édition en ligne ne dépendra pas seulement
des choix éditoriaux: il dépendra aussi de la capacité à structurer des
approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que sur les textes, sur les
lectures autant que sur l’écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu’une
aventure nouvelle a commencé."
En 2000, le catalogue comprend 600 titres, une centaine d’oeuvres originales et
des rééditions électroniques d’ouvrages publiés par d’autres éditeurs. Les
versions numériques représentent 85% des ventes, les 15% restants étant des
versions imprimées à la demande du client. Les œuvres originales sont réparties
en plusieurs collections: nouvelles écritures interactives et hypertextuelles,
premiers romans, documents d’actualité, études sur les NTIC (nouvelles
technologies de l’information et de la communication), co-éditions avec des
éditeurs traditionnels ou de grandes institutions. Pas de stock, pas de
contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et
entre les lecteurs. Sur le site, ceux-ci peuvent créer leur espace personnel
afin d’y rédiger leurs commentaires, recommander des liens vers d’autres sites,
participer à des forums, etc.
En septembre 2000, les éditions 00h00 sont rachetées par Gemstar-TV Guide
International, grosse société américaine spécialisée dans les produits et
services numériques pour les médias. Quelques mois auparavant, en janvier 2000,
Gemstar rachète les deux sociétés californiennes à l’origine des premiers
modèles de livres électroniques (appareils de lecture), NuvoMedia, créatrice du
Rocket eBook, et Softbook Press, créatrice du Softbook Reader. En rachetant
00h00, Gemstar accède au marché européen. Selon un communiqué de Henry Yuen,
président de Gemstar, "les compétences éditoriales dont dispose 00h00 et les
capacités d’innovation et de créativité dont elle a fait preuve sont les atouts
nécessaires pour faire de Gemstar un acteur majeur du nouvel âge de l’édition
numérique qui s’ouvre en Europe." La communauté francophone ne voit pas ce
rachat d’un très bon oeil, la mondialisation de l’édition semblant justement peu
compatible avec l’innovation et la créativité. Moins de trois ans plus tard, en
juin 2003, 00h00 décide de cesser ses activités, tout comme la branche eBook de
Gemstar, le livre numérique au format propriétaire étant désormais condamné au
profit du livre numérique diffusé dans des formats "universels".
= Luc Pire électronique
En Belgique, le premier éditeur à s’intéresser au numérique est Luc Pire, maison
d’édition créée en automne 1994, avec un siège à Bruxelles et un autre à Liège.
Lancé en février 2001, Luc Pire électronique propose d’une part des versions
numériques de titres déjà publiés chez Luc Pire, d’autre part de nouveaux
titres, soit en version numérique seulement, soit en deux versions, numérique et
imprimée. Nicolas Ancion, responsable éditorial de Luc Pire électronique,
explique en avril 2001: "Ma fonction est d’une double nature: d’une part,
imaginer des contenus pour l’édition numérique de demain et, d’autre part,
trouver des sources de financement pour les développer. (...) Je supervise le
contenu du site de la maison d’édition et je conçois les prochaines générations
de textes publiés numériquement (mais pas exclusivement sur internet)."
Comment voit-il l’avenir? "L’édition électronique n’en est encore qu’à ses
balbutiements. Nous sommes en pleine phase de recherche. Mais l’essentiel est
déjà acquis: de nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette
apparition entraîne une redéfinition du métier d’éditeur. Auparavant, un éditeur
pouvait se contenter d’imprimer des livres et de les distribuer. Même s’il s’en
défendait parfois, il fabriquait avant tout des objets matériels (des livres).
Désormais, le rôle de l’éditeur consiste à imaginer et mettre en forme des
contenus, en collaboration avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets
matériels, mais des contenus dématérialisés. Ces contenus sont ensuite
'matérialisés' sous différentes formes: livres papier, livres numériques, sites
web, bases de données, brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le département de
'production' d’un éditeur deviendrait plutôt un département d’'exploitation' des
ressources. Le métier d’éditeur se révèle ainsi beaucoup plus riche et plus
large. Il peut amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de
nouveaux publics. C’est un véritable défi qui demande avant tout de
l’imagination et de la souplesse."
3.2. Editeurs non commerciaux
De par la nature même du web, moyen de diffusion sans précédent, une place
importante est désormais occupée par les éditeurs en ligne non commerciaux. Le
pionnier Editel, qui voit le jour en avril 1995, est suivi de Diamedit en 1997,
puis de La Grenouille Bleue en septembre 1999 (remplacé par Gloupsy.com en
janvier 2001), et de quelques autres depuis. A ceux qui se demandent s’ils sont
de véritables éditeurs, on rétorquera qu’ils le sont tout autant, sinon
davantage, que nombre d’éditeurs commerciaux. Le but premier d’un éditeur
n’est-il pas de découvrir et diffuser des auteurs? C’est ce qu’ils font. Fait
qui mérite d’être signalé, de petits éditeurs commerciaux comme Le Choucas ont
aussi des coups de coeur non commerciaux visant à faire connaître une œuvre sans
souci de rentabilité commerciale. L’édition non commerciale est également très
active dans le domaine universitaire, comme en témoigne le Net des études
françaises.
= Editel
Dès avril 1995, Pierre François Gagnon, poète et essayiste québécois, décide
d’utiliser le numérique pour la réception des textes, leur stockage et leur
diffusion. Il crée Editel, site pionnier de l’édition littéraire francophone et
premier site web d’auto-édition collective de langue française. Interviewé en
juillet 2000, il raconte: "En fait, tout le monde et son père savent ou
devraient savoir que le premier site d’édition en ligne commercial fut CyLibris
(créé en août 1996 par Olivier Gainon, ndlr), précédé de loin lui-même, au
printemps de 1995, par nul autre qu’Editel, le pionnier d’entre les pionniers du
domaine, bien que nous fûmes confinés à l’action symbolique collective, faute
d’avoir les moyens de déboucher jusqu’ici sur une formule de commerce en ligne
vraiment viable et abordable (...). Nous sommes actuellement trois mousquetaires
(Pierre François Gagnon, Jacques Massacrier et Mostafa Benhamza, ndlr) à
développer le contenu original et inédit du webzine littéraire qui continuera de
servir de façade d’animation gratuite, offerte personnellement par les auteurs
maison à leur lectorat, à d’éventuelles activités d’édition en ligne payantes,
dès que possible au point de vue technico-financier. Est-il encore réaliste de
rêver à la démocratie économique?"
= Diamedit
En 1997, deux ans après la mise en ligne d'Editel, Jacky Minier crée Diamedit,
site français de promotion d’inédits artistiques et littéraires. "J’ai imaginé
ce site d’édition virtuelle il y a maintenant plusieurs années, à l’aube de
l’ère internautique francophone, relate-t-il en octobre 2000. A l’époque, il n’y
avait aucun site de ce genre sur la toile à l’exception du site québécois Editel
de Pierre François Gagnon. J’avais alors écrit un roman et quelques nouvelles
que j’aurais aimé publier mais, le système français d’édition classique papier
étant ce qu’il est, frileux et à la remorque de l’Audimat, il est devenu de plus
en plus difficile de faire connaître son travail lorsqu’on n’est pas déjà connu
médiatiquement. J’ai donc imaginé d’utiliser le web pour faire la promotion
d’auteurs inconnus qui, comme moi, avaient envie d’être lus. Diamedit est fait
pour les inédits. Rien que des inédits. Pour encourager avant tout la création.
Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et
multiforme. A la fois informaticien, écrivain, auteur de contenus, webmestre,
graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et
commercial, tout à la fois. Mon activité est donc un mélange de ces diverses
facettes."
Comment Jacky Minier voit-il l’avenir de l’édition en ligne non commerciale?
"Souriant. Je le vois très souriant. Je crois que le plus dur est fait et que le
savoir-faire cumulé depuis les années de débroussaillage verra bientôt la
valorisation de ces efforts. Le nombre des branchés francophones augmente très
vite maintenant et, même si, en France, on a encore beaucoup de retard sur les
Amériques, on a aussi quelques atouts spécifiques. En matière de créativité
notamment. C’est pile poil le créneau de Diamedit. De plus, je me sens moins
seul maintenant qu’en 1998. Des confrères sérieux ont fait leur apparition dans
le domaine de la publication d’inédits. Tant mieux! Plus on sera et plus
l’expression artistique et créatrice prendra son envol. En la matière, la
concurrence n’est à craindre que si on ne maintient pas le niveau d’excellence.
Il ne faut pas publier n’importe quoi si on veut que les visiteurs comme les
auteurs s’y retrouvent."
= Gloupsy.com