Le mot qu'il dit le plus souvent, c'est:--«A quoi bon?»

Et, la trentième année venue, ces deux êtres pareillement frappés pour

des causes différentes se sont rencontrés au hasard de la grande route,

à l'heure où ils allaient vers la vieillesse comme au-devant d'un

vainqueur inévitable dont on espère des conditions meilleures...

Est-ce qu'après les mariages d'amour, d'affaires, de raison, de

convenances, le mariage de résignation, d'assurance mutuelle contre

les abandons futurs, ne serait pas destiné à réparer--autant qu'il se

peut--l'abîme creusé par les désillusions d'antan?

Est-ce qu'Irène et Pierre,--ayant fait l'une le tour des calvaires,

l'autre le tour du monde,--ne sont pas mieux armés, contre l'ennui et le

fardeau de la vie à deux, que les petites pensionnaires et les jeunes

sous-préfets mariés dans la bousculade des unions bâclées?

Est-ce qu'il ne serait plus temps pour eux de se créer une bonne

existence bien égoïste, bien étroite? Le temps aurait préparé les

fiançailles, la pitié annoncerait les tendresses; et l'on se marierait

pour se consoler réciproquement,--ou même pour pleurer ensemble.

Avoir quelqu'un avec qui l'on pleure, ce n'est déjà plus vivre seul!

Les fantômes, étude cruelle · 第 33 / 37 题