dont 88.000 Italiens (59 %), 46.000 Français (31 %), 11.000 Maltais (7,6
%), et 3.000 divers. Pour toute la Régence les Italiens ont augmenté de
6.926 âmes entre 1906 et 1911. Sur ce total, l’accroissement a été de
3.631 personnes à Tunis, 2.183 dans le Haut-Tell, un millier seulement
dans le reste de la Tunisie. La capitale exceptée, le développement de
l’élément italien a donc été en raison directe de celui de
l’exploitation des mines.]
[Note 496 : Ceux de Sakiet-Sidi-Yousef, Mactar, la Kessera et Thala
datent de 1888. Celui de Dernaïa est antérieur d’une année.]
[Note 497 : L’Henchir-Gafour appelé aussi Kef-El-Azreg s’étendait d’Aïn-
Fourna du Roba-Ouled-Yahia jusqu’à la crête du Djebel-Ech-Chehid.
C’était jadis une propriété beylicale dont par une vente fictive du prix
de 150.000 piastres (90.000 fr.) Ahmed-Bey gratifia en août 1847 le
général Mustapha Khaznadar lequel après sa disgrâce sous Mohammed Es
Sadok (1873) restitua l’henchir à l’Etat « en compensation de dettes
établies à sa charge au profit de ce dernier ». En décembre 1880, le
terrain passe au favori Mustapha ben Ismaïl « contre cession à l’Etat de
divers immeubles lui appartenant ». A la chute de Ben Ismaïl en 1881, le
Bey voulut reprendre la propriété, mais les banques françaises
créancières du Ministre déchu intervinrent et formèrent la Société
Foncière de Tunisie à laquelle Mustapha ben Ismaïl apporta
définitivement l’Henchir-Gafour et d’autres immeubles pour 2.750.000
francs (actes d’octobre 1884 et décembre 1886). De son côté, le Krib qui
comprenait la plaine de ce nom jusqu’à Bordj-Messaoudi avait été vendu
en mars 1872 par le prince Mohammed El Amine-Bey aux généraux Hussein,
Baccouche et Rostem qui le cédèrent en juillet 1881 au général Hamida
ben Ayed lequel l’aliéna peu après au Crédit Algérien. En 1893,
l’henchir devint le bien de la Société civile du Krib.]
[Note 498 : Voir à ce sujet MINANGOIN : _Note sur l’exploitation de
Saint-Joseph-de-Thibar_ (_Bull. Direct. Agric. et Comm._, 1900, p.
85-90.)]
[Note 499 : Alloti en 1898 : 682 hectares en 12 lots.]
[Note 500 : Ancien immeuble beylical de 1.500 hectares, habousé en 1883
au profit du Collège Sadiki, il fut racheté par la Direction de
l’Agriculture en 1904 et alloti en 1905.]
[Note 501 : La statistique officielle pour le Kef et Téboursouk telle
qu’elle figure dans le _Bull. Direct. Agric. et Comm._ est absolument
erronée tant pour l’année 1900 (cf. _ibidem_ 1903, p. 156) que pour
l’année 1910 (cf. _ibidem_ 1911, p. 599) qui présente des évaluations
deux ou trois fois supérieures à la réalité : (64.500 hectares français,
alors qu’il n’y en a que 21.000, etc.).]
[Note 502 : Avant 1900, la Société Canino qui avait acheté trois grands
henchirs ayant en tout 5.400 hectares dans le Tell inférieur était
entrée en pourparlers avec la Société du Krib dans l’intention
d’entreprendre dans la plaine de ce nom une petite colonisation
italienne comme à Bordj-el-Amri. L’affaire n’eut pas de suite.]
[Note 503 : Parmi les nombreux ouvrages ou opuscules relatifs à cette
question, on lira l’étude d’AUGUSTIN BERNARD, parue dans les _Annales de
Géographie_, de 1911, où l’auteur a su montrer sans exagération
l’intérêt de ces procédés.]
[Note 504 : Vingt-cinq parcelles non encore levées peuvent porter ce
chiffre à 2.000 hectares.]
[Note 505 : Requise pour 9.450 hectares, l’immatriculation du habous
public du Khalled a été en 1908 prononcée sur 6.512 hectares au nom de
la fondation pieuse de Sidi Abdallah ben Aguil Ech Chehid Es Sahabi,
gérée par la Djemaïa des Habous. Les quelques 4.000 hectares restant
après le prélèvement opéré en 1912 ne sont pas les meilleurs. Ils ont
été laissés à la disposition des indigènes.]
[Note 506 : CARTON : _Découv. arch. et épigr._, p. 236.]
[Note 507 : TISSOT : _Géogr. Comp._, I, p. 255.]
[Note 508 : D’après BARRY (_Bull. Archéol._, 1908, p. CLXXX), les
Romains auraient fait à l’Ouenza plusieurs centaines de puits de mines
et auraient extrait environ 3 millions de tonnes pour tirer du minerai
de fer le cuivre qu’il renferme dans la proportion de 7 à 15 pour 1.000.
Les anciens ont également exploité le cuivre du Bou-Khadra
(SCHIFFMACHER, _Op. Cit._ p. 98).]
[Note 509 : GSELL : _Le Metallum Siguense_ (_Bull. Soc. Archéol.
Sousse_, 1903, p. 135-139), pense que ce _metallum_ (mine) dont il est
question dans une lettre de Saint Cyprien est identifiable au _Siguese_
que la Table de Peutinger marque sur la route de Sicca à Carthage, à 30
milles de _Sicca_ et à 7 de _Drusiliana_, à l’endroit dit Le Pont
Romain. Le _Metallum Siguense_ serait dans ce cas la mine du Kebouch.]
[Note 510 : _Op. cit._, p. 137.]
[Note 511 : _Op. cit._, p. 356-358. G. Dupont était Commissaire des
fontes de l’artillerie de marine à Rochefort.]
[Note 512 : PELLISSIER, _Op. cit._, p. 189.]
[Note 513 : _Op. cit._, p. 354.]
[Note 514 : _Op. cit._, p. 90-91.]
[Note 515 : Bien avant le décret beylical du 10 mai 1893, le
Gouvernement tunisien assimilait aux mines les sources salées et les
sels gemmes et les considérait par suite comme biens domaniaux.]
[Note 516 : On a quelque pétrole au Djebel-Bou-Debbouz au Nord-Est de
Téboursouk. Voir BERTHON : _Note sur quelques manifestations et
suintements de substances carburées en Tunisie_ (_Rev. Tun._, 1911, p.
208).]
[Note 517 : Ce sont celles dont parle PERVINQUIÈRE à la page 298 et leur
caractère particulier m’a été signalé par cet autour.]
[Note 518 : Voir une représentation de la _salsa_ de Nirano dans
STOPPANI : _Il Bel Paese_, Milan, 1883, 4e éd., p. 289. Le Dr CARTON a
donné une bonne description du Hammam-Biadha dans le _Bull. Archéol._ de
1891, p. 237.]
[Note 519 : La saline de Lorbeus fut mise en régie directe en 1891, dès
la constitution de l’Administration des Monopoles.]
[Note 520 : Voir PH. THOMAS : _Historique de la découverte des
phosphates sédimentaires dans le Nord de l’Afrique_ (_Rev. Tun._, 1910,
p. 181-184).]
[Note 521 : C’est à cette époque qu’une rectification de frontière
attribua presque tout le plateau du Kouif à l’Algérie : Voir décret
beylical du 25 octobre 1888 promulgué le 4 mars 1889 et homologuant le
procès-verbal de la Commission de délimitation en date du 29 avril 1888.
Le plateau considéré jusque-là comme tunisien ainsi qu’en témoigne la
carte au 1/200.000e levée entre 1882 et 1887, n’a plus eu depuis lors
dans la Régence que son extrémité Nord-Est. La mine dite du Kouif est
dans la partie algérienne.]
[Note 522 : Ces chiffres sont ceux du tonnage embarqué sur chemin de fer
et non du tonnage extrait de la mine.]
[Note 523 : Le Zrissa fournit un peu plus des deux tiers : 260.000
tonnes en 1910, 326.000 en 1911, 388.000 en 1912.]
[Note 524 : Sur la position de chaque gîte, voir K. ROBERTY, _Op. cit._,
passim.]
[Note 525 : Dans le Sud, au contraire, les couches phosphatées sont
surmontées souvent par les marnes à lumachelles de l’éocène moyen.]
[Note 526 : Décret du 10 mai 1893. L’assimilation des phosphates aux
carrières n’est pas très heureuse : les carrières n’ont, en effet,
qu’une importance générale infime, tandis que les phosphates sont en
Tunisie une des principales richesses du pays.]
[Note 527 : Décret du 1er décembre 1898.]
[Note 528 : Le remède consisterait peut-être à étendre aux phosphates
situés en propriété privée non immatriculée les dispositions applicables
aux biens domaniaux ou habous. Les phosphates eux-mêmes sont d’ailleurs
des biens mobiliers non susceptibles d’immatriculation non plus que le
droit d’occupation du sol pour leur exploitation. On a pourtant pu
immatriculer le gisement de Kalaat-Djerda par suite du caractère
particulier de certaines clauses imposées par l’Etat.]
[Note 529 : Sur ce total, le Kouif fournit quelques 220.000 tonnes, ce
qui l’assimile comme importance à Kalaat-Djerda.]
[Note 530 : Les phosphates titrant 63 à 70 % sont dits de première
catégorie, ceux titrant de 58 à 63 % sont de deuxième. Ceux-ci valent de
1/7e à 1/10e de moins que les autres.]
[Note 531 : Dans la Somme, on enrichit de cette façon les phosphates à
gangue d’argile en les libérant de cette substance.]
[Note 532 : Ajoutons-y l’embranchement de Zrissa-Gare à Zrissa-Mine
(1.200m) et celui du Bou-Jaber à Kalaat-Senane (8 km.). Ce dernier qui
fonctionne depuis le printemps de 1911 est à un écartement réduit (0m
60) et appartient à la Cie du Bou-Jaber.]
[Note 533 : Le tracé de cette ligne a dans le Haut-Tell une trentaine de
kilomètres.]
[Note 534 : Le Bou-Khadra fut concédé la même année à la Cie du Mokta-
El-Hadid.]
[Note 535 : Pour plus de détails sur l’affaire de l’Ouenza, voir
l’exposé fait par PELLETIER et par le Résident Général ALAPETITE
(_Procès-verbaux de la Conférence Consultative_, session de nov. 1909,
p. 71-77) et au _Journal Officiel Français_ le rapport de G. PÉRIER
(_Annexe au procès-verbal de la 1re séance de la Chambre des Députés_ du
10 décembre 1909). Voir également BARRAL : _Etude sur la question de
l’Ouenza_, Paris, 1912 et SCHIFFMACHER, _Op. cit._, p. 98-107. L’Ouenza
est à 282 km. de Bizerte et seulement à 193 km. de Bône à vol d’oiseau.]
[Note 536 : Kalaat-Senane 253 km. et 261 avec le petit chemin de fer
minier du Bou-Jaber, Kalaat-Djerda 235 km. Quant au Kouif, il est à 262
km. de Bône.]
[Note 537 : SCHIFFMACHER, _Op. cit._, p. 55.]
[Note 538 : La zone pauvre (au-dessous de 58 %) est aujourd’hui reconnue
et n’est heureusement pas très développée.]
[Note 539 : Cet arrêt fut motivé par la baisse des prix, par l’approche
de la fin de la concession empêchant de renouveler un matériel qui
devait revenir ensuite à la commune, etc. SCHIFFMACHER, _Op. cit._, p.
141-142. Dès 1906, cette Compagnie tirait plus de tonnes de la Kalaat-
Senane que du Dyr.]
[Note 540 : Voir à cet égard les _Procès-verbaux de la Conférence
Consultative_, session de novembre 1908, p. 96-119.]
[Note 541 : La production de phosphates dans le Haut-Tell est en voie
d’accroissement rapide.]
[Note 542 : Sans parler du danger éventuel que peuvent représenter les
phosphates découverts en d’autres régions.]
[Note 543 : Auparavant, le tonnage du Zrissa n’était évalué qu’à deux
millions de tonnes. (DIRECTION GÉNÉRALE DES TRAVAUX PUBLICS : _Les
Travaux publics du Protectorat français en Tunisie_, tome III, Tunis,
1900, p. 34.]
[Note 544 : K. ROBERTY, _Op. cit._, p. 53.]
[Note 545 : _Procès-verbaux de la Conf. Cons._, session de novembre
1910, p. 137.]
[Note 546 : _Procès-verbaux de la Conf. Cons._, session de décembre
1912, p. 307.]
[Note 547 : Voir, par exemple, le rapport ACQUAVIVA in _Procès-verbaux
de la Conf. Cons._, session de 1909, p. 430-432. La loi française du 28
mars 1912 et le décret beylical du 5 août suivant prévoient seulement la
construction de la ligne depuis Tunis jusqu’à Téboursouk.]
[Note 548 : Il eut suffi de prolonger dans ce sens la ligne de Pont-du-
Fahs jusqu’à El-Aroussa.]
[Note 549 : Les dates entre parenthèses sont les dates d’achèvement.]
[Note 550 : La Direction des Travaux publics publie chaque année une
carte routière de la Tunisie au 1/500.000e. La comparaison de ces
documents montre la progression du réseau et sa composition.]
[Note 551 : Voir, par exemple, _La razzia des Ouled-Ayar_ (_loc. cit._,
p. 276). Le général PHILEBERT qui opéra dans la région (_Op. cit._, p.
75), reconnut à Mactar « une importance stratégique considérable ; c’est
un des passages les plus importants de la zone qui sépare le Tell de la
Tunisie des plaines du Sud ».]
[Note 552 : D’abord hameau numide, Mactar fut promu colonie sous Trajan,
à qui la ville dédia un arc de triomphe en 116, au sommet d’un
renflement de terrain. Divers monuments décoraient _Mactari_, parmi
lesquels un aqueduc amenant l’eau de l’Aïn-Saboun, etc.]
[Note 553 : Il en est de même en France dans le bassin minier de
Meurthe-et-Moselle. Au 1er janvier 1912 l’arrondissement de Briey
comptait 100.000 hab., dont 57.000 étrangers, parmi lesquels 32.000
Italiens.]
[Note 554 : De même on a essayé d’appeler Todrosville le village du
Slata du nom d’un ingénieur italien.]
[Note 555 : Cependant, en 1912, les deux villages de colonisation créés
par l’Algérie, à deux pas du Kouif et de la frontière tunisienne, à Aïn-
el-Bey et Henchir-Somaa ont eu tous leurs lots achetés par des employés
de la mine du Kouif.]
[Note 556 : Au début de l’occupation, alors qu’il y avait au Kef une
garnison de 12 à 1.500 hommes, les fournisseurs étaient obligés d’aller
au marché du Sers pour compléter leurs approvisionnements.]
[Note 557 : En 1829, lors du voyage de DE FILIPPINI, il se tenait le
samedi et était fort couru.]
[Note 558 : VON MALTZAN, _Reise_, II, p. 264-265.]
[Note 559 : _Wanderungen_, p. 224.]
[Note 560 : _Op. cit._, II, p. 57.]
[Note 561 : _Géog. comp._, II, p. 376.]
[Note 562 : Cet Ahras était un simple cordonnier (_Rev. Afric._, août
1858, p. 454). La plupart du temps, c’est la notion du jour du marché
qui prévaut. Dans le Haut-Tell, nous remarquons le camp abandonné de
Souk-el-Djema (marché du vendredi). Le marché de Siliana est aussi
désigné sous le nom de Souk-el-Khemis (marché du jeudi). Le marché du
Roba-Ouled-Yahia n’est jamais appelé que Souk-el-Arba. D’où des
confusions et des quiproquos avec les autres souks du même nom situés
ailleurs en Tunisie.
A Madagascar aussi de nombreux villages autour de Tananarive portent
simplement le nom du jour de la semaine où se tient le marché local.]
CONCLUSION
=Conclusion=
* * * * *
Dans le présent ouvrage, nous avons essayé de montrer que les méthodes
de la géographie moderne, employées avec succès à propos de « régions »
françaises, étaient susceptibles également de s’appliquer dans notre
Afrique du Nord, sous la réserve des différences résultant d’un milieu
entièrement autre ou de la pénurie de la documentation écrite. Au
lecteur de dire si nous avons su réaliser notre intention. Nous croyons
utile, en tout cas, de grouper en quelques pages terminales les traits
essentiels du pays que nous venons d’étudier.
Embrassant tout l’intérieur tunisien autour du Kef, de Téboursouk, de
Mactar et de Thala, le Haut-Tell est le prolongement véritable des
districts algériens auxquels il confine à l’Ouest. Il s’arrête au Nord à
la Medjerda et au couloir d’El-Aroussa-Bou-Arada-Fahs, tandis qu’au Sud
et à l’Est, il est pour ainsi dire contrebuté par une ride montagneuse à
laquelle son élévation relative et sa continuité également rares en
Tunisie ont valu le titre de « dorsale tunisienne ». Au tiers méridional
de celle-ci nous avons dès 1906 attribué le nom de Chaîne de Byzacène.
Les deux tiers septentrionaux composent la Chaîne de Zeugitane, dont le
tronçon Sud est seul en contact avec le Haut-Tell. Les deux alignements
se lient par le massif de Mactar.
La région délimitée de la sorte s’offre à nous avec trois caractères
principaux sur lesquels se greffent tous les autres. Située dans le Tell
au contact de la Steppe, elle est un territoire de transition entre ces
deux grandes zones géographiques. La considérons-nous en elle-même, nous
y reconnaissons une contrée montueuse, coupée en son milieu par une
bande déprimée. Nous constatons en même temps qu’elle est divisée en une
série d’alvéoles dont chacune est pourvue d’une personnalité réelle.
Enoncer que ce pays est tellien serait une affirmation quelque peu vague
si nous n’étions en mesure de préciser — pour la première fois depuis
quatre-vingts ans que la France est en Afrique — la signification intime
du mot Tell. Pour les indigènes, le _tell_ est un genre de terrain.
C’est « tout sol argileux recevant chaque année assez de pluie pour en
être pénétré au point d’accumuler en lui des réserves aqueuses assurant
constamment le complet développement normal des plantes annuelles,
céréales et herbages. » La zone tellienne est donc « celle où par suite
de la nature du sol et de la dose des précipitations, il y a majorité ou
abondance de terrain tell. »
Le Tell porte en Tunisie le nom de Friguia, lequel n’est autre que le
vieux vocable d’Africa. Et, comme celle-ci s’identifiait pour les
Romains avec le territoire qui environnait plus ou moins Carthage, il
est infiniment probable que dès l’antiquité l’Africa correspondait à une
région agricole. Si cette suggestion est adoptée, il serait plausible de
chercher une origine à ce terme dans le radical sémitique « _fariqa_ »
qui veut dire « être séparé ». L’Africa serait donc étymologiquement la
contrée placée entre la mer et la Steppe et séparée par elles de tout
autre pays cultivable. Vers la Méditerranée, la limite de la Friguia,
c’est-à-dire du Tell, est fixe. Vers la Steppe, elle varie selon que les
années sont plus ou moins sèches ou humides. Il faut donc concevoir la
démarcation entre les deux, non comme une ligne, mais comme une bande
variable où se mêlent des phénomènes telliens et des phénomènes
steppiques. Une partie au moins de notre région est dans ce cas.
L’analyse de la façon dont s’y opère le passage du Tell à la Steppe nous
amène, en effet, à distinguer dans le Haut-Tell deux grands
compartiments de dimensions à peu près égales. L’un, celui du Nord,
touche vers la Medjerda au plus mouillé des cantons tunisiens et se
range sans contestation aucune en Friguia. L’autre, celui du Sud, accolé
à la Steppe, n’est pas considéré comme Friguia par ses propres
habitants.
Campé au sein de la Régence, presque à la même distance des deux bassins
de la Méditerranée, le Haut-Tell est sous la dépendance climatique des
effluves émanées de tous deux. La majorité des pluies lui vient
cependant du Nord-Ouest, surtout dans la portion friguienne qui reçoit
presque toujours 400mm d’eau, ce qui la rend très apte aux céréales. Ce
chiffre est moins fréquemment atteint dans le secteur méridional où le
vent de Nord-Ouest se mue plus d’une fois en vent de montagne, _djebeli_
anhydre et froid qui joue un grand rôle dans la dessication de la
surface du sol. Les plaines de ce secteur (Bermajna, Tajmout, Foussana),
et certains de ses plateaux comme le Zelfane, se conduisent assez
habituellement comme des morceaux de Steppe. La culture de l’orge et
surtout celle du blé y est plus aléatoire qu’au Nord et l’hectare y
tolère une moindre quantité de semence. L’alfa tend à en chasser le
diss, graminée franchement tellienne. Les deux armoises et le harmel y
foisonnent comme dans la Steppe. La population y est moins dense. Les
gens y préfèrent l’élevage à l’agriculture et y vivent en conséquence
sous des tentes plutôt que dans des maisons. Les villages indigènes sont
rares. En revanche, cette moitié non friguienne est par excellence la
région minière, surtout dans l’aire de drainage du moyen Mellègue et du
Sarrath.
Marche tellienne, le Haut-Tell est le premier pays que rencontrent les
Steppiens lorsque de mauvaises conditions climatiques les obligent en
été, eux et leur cheptel, à quitter momentanément leur patrie, en quête
de travail ou d’herbages. Limitrophe de la Steppe, le Haut-Tell déverse
sur celle-ci pas mal de ses animaux et de ses habitants lorsque le froid
ou la neige menacent la vie du bétail. Notre région est donc le théâtre
de phénomènes de transhumance alternative dont l’examen est des plus
instructifs et qui donnent la raison de bien des habitats actuels de
tribus ou de fractions de tribus.
Si, à beaucoup d’égards, s’impose la distinction entre zone friguienne
et zone non friguienne, à d’autres points de vue, le Haut-Tell jouit
d’une homogénéité indéniable qui explique pourquoi les Steppiens
l’inscrivent tout entier en Friguia. Son altitude générale est forte par
comparaison avec celle du reste de la Régence dont il est la portion la
plus élevée (700m en moyenne) et dont il possède le modeste géant avec
le Djebel-Chambi (1.544m). Rien d’étonnant donc à ce qu’en hiver
beaucoup de précipitations s’y résolvent en neige. L’été n’y est pas
aussi sec qu’ailleurs. Maints orages d’après-midi, fournisseurs
éventuels de grèle, y rafraîchissent l’atmosphère. A Mactar, bien des
saisons chaudes n’enregistrent pas plus de 35°. Si les plaines sont plus
insolées, le Français retrouve sur les sraouate des températures
d’Europe, qui ne mettent pas obstacle à son établissement.
La forêt est par endroits très belle, tant vers la chaîne de Byzacène
que plus au Nord. Son élément dominant est le pin d’Alep en qui nous
saluons l’arbre caractéristique du Haut-Tell. District le plus central
de la Tunisie, ce dernier en est aussi le principal nœud hydrographique.
Outre le Mellègue, la Tessa et la Siliana, affluents de droite de la
Medjerda, il voit s’élancer de son sein l’Oued-Miliane qui expire dans
la mer près de Tunis, les branches supérieures des oueds Zéroud et
Merguellil qui vont finir dans le lac Kelbia non loin de Kairouan et le
début de l’Oued-Baïech qui aboutit dans les Chotts après avoir défilé
devant Gafsa. Ni très riches en eaux courantes comme ceux du Tell
Septentrional, ni trop indigents comme ceux de Steppe, les oueds du
Haut-Tell offrent une série d’exemples typiques du régime à éclipses qui
est celui des rivières de notre Berbérie.
Tout en étant très montueuse, notre région ne manque pas de plaines dont
les plus fertiles (Khalled, Krib, Rhorfa, Sers, plaines du Kef et de
Lorbeus, Abida, Zouarine), sont ramassées au milieu même du Haut-Tell
selon une diagonale Sud-Ouest-Nord-Est. Ce large corridor a une très
grande importance. C’est par là que se sont enfoncées dans l’intérieur,
de Carthage vers Tébessa et de Tunis vers les Kalaats, les voies
romaines et les chemins de fer. C’est là qu’aboutit le commerce de toute
la région, là que sont les gros marchés. Les bourgades les plus notoires
de la contrée, à savoir le Kef et Téboursouk, se sont bâties sur sa
lisière. Politiquement, cette zone, siège de tribus arabes et ouverte
vers la capitale, fut toujours gouvernementale depuis le XVIIe siècle.
Elle forma avec la bande montagneuse, mais pas trop difficile, du Nord
du Haut-Tell, un pays makhzen, le Bled-Et-Trouk, tandis que la bande
montagneuse très compliquée du midi était un pays berbère et
indiscipliné, le Bled-El-Arab.
A Ebba-Ksour, dans la plaine de Zouarine, s’amorce un couloir
perpendiculaire qui s’avance au Sud vers Sbiba et Sbeïtla par Rohia en
scindant la chaîne de Byzacène du massif de Mactar, créant ainsi un
hiatus de premier ordre dans la dorsale tunisienne. Par cette brêche,
marchandises et gens de la Steppe ont de tout temps afflué pour se
diriger de Zouarine vers Tunis. D’autres cols, Khanguet-Bou-Laaba, Foum-
Zelga, Drija, etc., percent la dorsale où, à l’extrémité du Haut-Tell,
entre le Djouggar et le massif du Zaghouan, baille le Foum-El-Kharrouba
qui ne le cède en rien comme valeur au couloir de Rohia, car il relie
Kairouan à la capitale.
Non seulement cette bande centrale, mais encore les deux bandes
montagneuses qui l’encadrent, sont orientées du Sud-Ouest au Nord-Est,
et il en est de même de la majorité des éléments de toutes trois. C’est
d’ailleurs l’allure la plus ordinaire chez les plissements de la
Régence. Néanmoins, quelques fronces se campent en travers et coupent
orthogonalement leurs rivales. Il en résulte un amalgame de dômes et de
cuvettes. Parmi les uns, les dômes aptiens s’érigent en blocs plus ou
moins isolés veinés de fer, tandis que l’éocène inférieur se carre en
tables calcaires (Kalaats) surmontant des couches phosphatées. Dômes et
cuvettes déterminent une structure en damier où des cases disparates,
placées côte à côte à des étages inégaux, se rangent en quatre
catégories fondamentales : le djebel, la forêt, le sra et la plaine.
Le sra n’est autre chose qu’une vaste surface de terrain tell, juchée à
une certaine altitude. C’est là qu’il y a le plus d’herbe, le plus de
bovins et que la population est le plus dense, là aussi que réussiront
le mieux les colons. Cette notion du sra est essentielle. Les hauts
plateaux et les hautes vallées où les céréales procurent presque
toujours des récoltes satisfaisantes sont des sraouate. Il échet donc de
ne pas les confondre avec les hauts plateaux et hautes vallées où est
aléatoire la culture de l’orge et du blé et dont la manière d’être
trahit l’emprise de la Steppe. En conséquence, le terme de Hauts
Plateaux est à écarter d’une manière absolue de la nomenclature
puisqu’il englobe des districts qui n’ont de commun que la disposition
orographique, ce qui, en l’espèce, est secondaire.