Observons enfin que certains des caractères des kalaats se retrouvent

ailleurs. Si les deux tronçons du hameau d’El-Gueriat ne sont couverts

par rien dans la direction du Tell, vers la Steppe l’impression est bien

différente. De ce côté, le Satour culmine à pic sur 50 à 60m de hauteur

et un formidable rempart dissimule le village où l’on aboutit par un

sentier extrêmement raide accédant au quartier occidental par une fente

étroite et inattendue de la masse calcaire, comme il y en a des exemples

dans l’Aurès[493]. A proximité, un escalier creusé dans la chair du

Satour zigzague jusqu’à la cîme de celui-ci où dans les moments de

trouble devait fonctionner un poste de garde. De même, la Hamadat de la

Kessera nous apparaît comme une Kalaat-Senane plus spacieuse, mais dont

l’à-pic moindre a nécessité une forteresse. C’est cependant une

plateforme sur laquelle on ne peut monter pratiquement que par un nombre

de points limités, un vers Mansoura, un vers Bou-Abdellah, un vers le

Merqueb et l’Ousafa et un vers Kairouan. Ce dernier accès est occupé par

le village dont les maisons se succèdent du pied de la falaise jusque

sur le plateau où se carre le ksar byzantin. Ce donjon où sont logées

une dizaine de familles est relié aux quartiers inférieurs par des

marches taillées dans le roc et appelées Draj-el-Bordj. En 1759, lors de

la guerre avec les Ousseltia, les Kasseraouia détruisirent

provisoirement ces degrés. Renfermés avec leurs biens dans le château,

ils résistèrent avec succès aux attaques des ennemis qu’ils fusillaient

par les meurtrières[494] dues aux soldats de Solomon ou de Jean

Troglita.

Parmi les centres datant d’avant 1881, les villages des kalaats sont

morts. Quant aux villes ou décherats, ce que nous avons dit du Kef ou de

Téboursouk peut s’appliquer à la plupart des autres. Après un bref élan,

après s’être augmentées, le cas échéant, de bâtiments administratifs,

elles restent stationnaires. La Kessera, Zeriba, Jama, etc., ne comptent

guère de constructions récentes. Si ces décherats et leurs similaires ne

dépérissent pas, du moins elles végètent. Et elles le doivent à leur

position dont les désavantages économiques ont éclaté en pleine lumière

le jour où le rail a pénétré dans le Haut-Tell.

Leur stagnation est d’autant plus significative que la population a

doublé depuis 1881 et que le nombre des maisons s’est fortement accru.

Le gain a donc été quasi entièrement au profit des campagnes qui, une

fois la sécurité revenue, se sont repeuplées, parées d’habitations

fixes, et où, sous l’impulsion de besoins modernes, sont nées des

agglomérations nouvelles dont quelques-unes comme Ebba-Ksour sont

destinées à éclipser la plupart de leurs devancières.

* * * * *

[Note 437 : Le djebeli, débouché du Foum-Zelga, a assez récemment

renversé un grand portique à Henchir-Sidi-Amara, l’antique _Agger_.]

[Note 438 : Voir DIRECTION DES RENSEIGNEMENTS ET DES CONTROLES CIVILS :

_Statistique générale de la Tunisie_, 1881-1892, p. 38-42.]

[Note 439 : Cheikhats de Beni-Anine, Cherfine, Decherat, Sidi-Amor, El-

Mor, Bahra.]

[Note 440 : Caïdat de Téboursouk au Nord du Djebel Ech-Chehid.]

[Note 441 : Cheikhats de Bou Lediab, Rhorfa Sud et Nord, Lorbeus, Maïza,

El-Merja, Touaba, Ebba, Bou-Sléah, Seba-Biar, Ellès, Abida, Oued-Souani,

Termda, El-Haodh, Meskhia.]

[Note 442 : Cheikhats des Chabbia et des Ouled-Slema.]

[Note 443 : Cheikhats du Fahs Sud, des Droa, un peu de l’Ourazla et

partie Sud du Cheikhat de Bou-Arada Est.]

[Note 444 : Cheikhats des Soualem, Hababsa, Skarna. Ouled-Sidi-El-

Mouelha, Ouled-Mehelhel, Sayar, Msahla, Louata. Ces trois derniers sont

en partie en Friguia.]

[Note 445 : Cheikhats de Besseriana, Djerda et Sidi-Ahmed-ben-Salah.]

[Note 446 : La comparaison n’est pas possible partout à cause des

multiples remaniements subis par les circonscriptions administratives.

En outre, tels recensements comme ceux de 1890 ou de 1895 n’ont pas tenu

compte des gourbis.]

[Note 447 : Baisse amenée par l’abandon du village de Kalaat-Senane.]

[Note 448 : Dans la conversation, Nébeur au Nord du Kef et Lorbeus au

Sud sont plus d’une fois appelés simplement « _Ed Decherat_ » par une

comparaison muette avec Le Kef qui est la ville.]

[Note 449 : Dans les quelques décherats de plaine, les habitants

s’alimentent à des puits et tout se présente alors sans ordre fixe sur

un même plan horizontal.]

[Note 450 : « Porteurs de guerbas, porteurs d’eau. »]

[Note 451 : Au XIe siècle EL BEKRI, au XIVe siècle IBN KHALDOUN,

accueillent encore l’expression de _Sicca_ ou « _Chikka Benaria_ ». Mais

dans EDRISI (XIIe siècle) se rencontre déjà le terme berbère de « Kef »,

qui est un vocable géographique (EDRISI, _Op. cit._, note des trad. p.

291).]

[Note 452 : _Mechra el Melki_, p. 228-229 et 272. D’après une tradition

aujourd’hui oubliée, la source du Kef se serait jadis appelée Aïn-el-

Ajoul (la source aux veaux), BERBRUGGER, _Op. cit._, _Revue Africaine_,

avril 1857, p. 277.]

[Note 453 : Né le 28 mai 1845, J.-B.-B. Roy vint en Tunisie comme membre

de la mission télégraphique française, en mai 1867. Arrivé au Kef en

novembre 1871, il y fut nommé en 1884 Contrôleur civil et Vice-Consul de

France et ne quitta la ville qu’en 1889, date où il fut promu au poste

de Secrétaire général du Gouvernement tunisien qu’il occupe encore.]

[Note 454 : EL KAIROUANI, _Op. cit._, p. 394. Dans la _Mechra el Melki_

il est question de ces trois oudjaqs, p. 83, 297, etc. Un quatrième, le

plus important, était celui de Tunis.]

[Note 455 : EL KAIROUANI, _Op. cit._, p. 414, 417-420.]

[Note 456 : D’après l’inscription encastrée au-dessus de la voûte de la

porte d’entrée et dont RENAULT : _Install. hydraul. rom. de Sicca

Veneria_ in _Enq. sur les Installations hydrauliques romaines_, II, p.

98, a publié la traduction. Mohammed-Bey bâtit aussi des forts à Gafsa

et à Tozeur, si l’on en croit EL KAIROUANI, _Op. cit._, p. 432-433 et

437.]

[Note 457 : _Op. cit._, p. 447.]

[Note 458 : _Voyage du sieur_ Paul LUCAS, Paris, 1712, t. II, p. 360.]

[Note 459 : _Mechra el Melki_, p. 229-230. La chose fut glorifiée par

des inscriptions placées au-dessus des portes Beni-Anine et Haouarets.

« Grâce à ce rempart, dit l’inscription, le Kef est devenu un lieu de

sécurité pour les habitants et pour les visiteurs ; les Arabes ont cessé

de désirer le bien d’autrui..... »]

[Note 460 : _Op. cit._, p. 354-356.]

[Note 461 : Voir le plan du Kef et les planches K et L. La Mousalla (il

y en avait auprès de chaque ville) était un endroit où le peuple allait

prier dans les grandes circonstances.]

[Note 462 : Le fortin de l’angle Est est encore classé. C’est ce qu’on

appelle le bastion no IV. RENAULT (_Op. cit._, p. 97-98) avance que les

Espagnols se seraient, au XVIe siècle, introduits en ville par Bab-

Rhedar (voir plan précité). C’est là une erreur, car d’un côté à cette

époque le rempart n’existait pas et, d’autre part, les Espagnols ne se

sont jamais engagés dans l’intérieur de la Tunisie. Bab-Rhedar, bien

qu’on puisse traduire « Porte de l’Embûche », a tout simplement le sens

de « porte dérobée, poterne ». Il y avait une Bab-Rhedar à la Kasba de

Tunis, sous les Hafsides (IBN KHALDOUN, t. III, p. 82 ; ZERKECHI, _Op.

cit._, p. 169, et _Mechra el Melki_, p. 346) et à Touggourt (_Revue

Africaine_, 1879, p. 57).]

[Note 463 : _Mechra el Melki_, p. 355 et 359. La Balamita existe encore

en partie. Ce nom, qui est sans doute turc, n’a pas de sens connu.]

[Note 464 : En 1813, on éleva au Kef des fortifications et un château

(PLANTET : _Corresp._, t. III, p. 511). DE FILIPPINI, _Op. cit._, pass.,

indique que le nouveau fort (sans doute _d_ de notre plan) avait pour

but de tenir en bride la Kasba dans le cas où la garnison turque de

celle-ci prendrait le parti des Turcs d’Alger.]

[Note 465 : DE FILIPPINI, _Op. cit._, passim.]

[Note 466 : _Op. cit._, II, p. 274.]

[Note 467 : PELLISSIER, _Op. cit._, p. 182.]

[Note 468 : Kahia a le sens de « représentant ». Le kahia du Kef était

un vice-agha.]

[Note 469 : DAVIS : _Carthage and Her Remains_, p. 606 et 607.]

[Note 470 : _Op. cit._, I, p. 228.]

[Note 471 : _Op. cit._, II, p. 274.]

[Note 472 : _Carthage_..., _loc. cit._]

[Note 473 : En 1784 une épidémie de peste avait fait périr le tiers des

habitants du Kef (PLANTET : _Corresp._, t. III, p. 142).]

[Note 474 : Les portes des Beni-Anine et d’El-Haouarets ont été

supprimées en même temps.]

[Note 475 : Cette basilique était dédiée à saint Pierre. GAUCKLER :

_Archéologie_, p. 338. D’après l’_Atlas Archéologique_, la grande

mosquée du Kef est bâtie sur les restes d’une église chrétienne.]

[Note 476 : RENAULT, _Op. cit., loc. cit._, p. 83. Cet autour indique p.

84 et 90 que _Sicca Veneria_ comprenait au-dessus de la source, et par

suite à plus de 700 mètres, une ville haute (temples, palais, acropole)

alimentée par les petites sources du Dyr, recueillies dans les vastes

citernes (voir plan), et une ville basse, ville agricole mêlée de

jardins qui s’abreuvait à la grande source. Dans le Kef contemporain

étagé entre 650 et 750 mètres (Fort-National de Kabylie, 716m) la ville

haute reste la ville indigène ; la ville basse est constituée par la

ville européenne qui est en même temps la ville des affaires.]

[Note 477 : Ce quartier dit aussi de Bab-Béja regarde la montagne, ce

qui explique son nom.]

[Note 478 : Voir sur Téboursouk, BALUT : _Le pays de Dougga_, p. 22-27.]

[Note 479 : Sur cette ville, on consultera avec fruit FÉRAUD : _Notes

sur Tébessa_ (_Revue Afr._, 1874) et lieut. CASTEL : _Tébessa_, 2 vol.,

Paris, s. d. (1905).]

[Note 480 : En 1911, Souk-Ahras a 2.700 Français, 650 israélites

français, 1.150 étrangers, soit 4.500 Européens ou assimilés, contre

4.350 indigènes, dont presque 500 tunisiens.]

[Note 481 : Kalaat a parfois le sens de « forteresse, citadelle ». Dans

la _Mechra el Melki_, p. 228, 301, 344, 362, ce terme est appliqué à la

Kasba du Kef.]

[Note 482 : En voir la description dans MASQUERAY : _Le Djebel-Chechar_

(_Rev. Afric._, 1878, p. 138).]

[Note 483 : Ce nom vient de la racine _mnaa_ qui a le sens de

« défendre ». Il signifie « refuge, asile ».]

[Note 484 : Le nombre des réservoirs de la Kalaat a été rapporté d’une

façon erronée. LETOURNEUX (_Mission de 1884_, p. 83) n’en signale que

deux, tandis que PERVINQUIÈRE : _Etude géol._, p. 305, parle de

quarante. En réalité, il y en a une douzaine. Les plus considérables ont

en plan l’un 20m sur 4m et l’autre 10m sur 8m. L’_Enquête sur les

Installations Hydraul. Rom. en Tunisie_ n’en cite que cinq et avec des

dimensions inexactes. Ces citernes n’ont rien de nécessairement romain.]

[Note 485 : SALLUSTE indique Thala comme ultime abri du prince indigène.

Si l’on ne croit pas qu’il s’agit de la Thala actuelle, il faudrait tout

au moins chercher une localité groupée autour d’une source, puisque le

mot « Thala » a précisément cette signification en berbère.]

[Note 486 : Nous pensons avoir démontré ailleurs comment les autres et

très diverses significations mises en avant jusqu’ici pour expliquer le

nom de la célèbre Kalaat étaient fausses. Voir à ce sujet notre article

« _Kalaat-Senane. Note sur l’orthographe et le sens de ce dernier mot_.

(_Rev. Tun._, 1906, p. 213-216.) » Au pied de la Kalaat, une des sources

s’appelle l’Aïn-Senane.]

[Note 487 : Tome I, p. 163. C’est, ajoute-t-il, « le refuge des rebelles

et criminels des deux royaumes ».]

[Note 488 : Cette attaque de Salah-Bey sur la Kalaat-Senane doit être

celle dont parle FÉRAUD : _Les Harar_, p. 357. D’après cet auteur, p.

395, Brahim ben Bou Aziz se serait rendu et aurait été emmené à

Constantine où il serait mort en 1772. La tradition tunisienne, d’accord

avec l’inscription funéraire précitée, montre, au contraire, que Salah-

Bey échoua devant la Kalaat-Senane où Brahim mourut libre quelques

années après. La Kalaat était considérée par les beys de Constantine

comme rentrant dans leur domaine (_Mechra el Melki_, p. 232) ainsi

d’ailleurs que les Hanencha eux-mêmes (_Ibid._, p. 167).]

[Note 489 : Grâce aussi à la protection du gouverneur du Kef, dont la

Kalaat-Senane relevait au XIXe siècle.]

[Note 490 : Au Moyen-Age, après l’invasion hilalienne, la Kalaat des

Beni-Hammad devient pour les mêmes raisons un centre de commerce de

premier ordre (EL BEKRI, _Op. cit._, p. 120).]

[Note 491 : En 1910, la Compagnie des Phosphates a acheté pour une

trentaine de mille francs l’ensemble des terrains et des maisons de

l’ancienne décherat qui formait enclave dans sa concession, même en ce

qui concerne le sous-sol. Il faut souhaiter que l’exploitation du

phosphate dans ces parages puisse se faire sans toucher au village, ni

surtout à son escalier qui constitue une des curiosités de la Tunisie et

un but d’excursion pour les touristes.]

[Note 492 : _Le Djebel-Chechar_ (_Rev. Afric._, 1878, p. 137).]

[Note 493 : Voir DE LARTIGUE : _Monographie de l’Aurès_, pl. 2.]

[Note 494 : _Mechra el Melki_, p. 422.]

CHAPITRE TREIZIÈME

=Les Européens dans le Haut-Tell=

* * * * *

I

INDICATIONS DÉMOGRAPHIQUES GÉNÉRALES

En 1881, notre région ne contenait pour ainsi dire pas d’Européens et à

la fin de 1911 elle n’en a encore que 7.000 contre 235.000 indigènes,

soit une proportion d’à peine 3 %. Cette poignée d’hommes, concentrée de

préférence dans quelques bourgades administratives ou autour de quelques

mines est pourtant l’agent du progrès du Haut-Tell. Elle ne saurait

songer à produire autant de céréales que les indigènes ni à posséder un

cheptel égal. Mais c’est sur elle que repose l’introduction et la

vulgarisation des bonnes méthodes d’agriculture et d’élevage et c’est

elle qui assure quasi exclusivement le fonctionnement des entreprises

minières. Ce sont enfin ses éléments français qui représentent sur place

l’influence nationale.

Le tableau ci-joint nous montre que c’est le caïdat de Tajérouine qui

enregistre le plus d’européens. Les Français ont l’avantage dans les

régions de Téboursouk et de Mactar. Toutefois, dans l’ensemble du Haut-

Tell, les Italiens sont la majorité : ils atteignent le 65,6 % des

Européens et les Français le 30,8 % seulement contre les 3,4 % de

divers, surtout Maltais. Comparativement au reste de la Tunisie, cet

état de choses est des plus favorables aux Italiens[495]. Au Kef, ces

étrangers forment un bloc assez fort. Epaulés par les contingents des

mines des alentours, pourvus de chefs en la personne de quelques

individualités assez riches ou exerçant des professions libérales, ils

profitent de toute occasion pour se serrer les coudes et pour étaler un

ardent amour de la terre natale. Le journal nationaliste de Tunis,

_l’Unione_, y a un correspondant et le Consul général d’Italie y exerce

une certaine autorité par l’entremise d’un agent officieux. La « Società

Patriottica di Mutuo Soccorso », qui date de juin 1900, est, comme

l’indique son titre, autant une association patriotique qu’une société

de secours mutuels et de bienfaisance et la même observation s’applique

à la société analogue née au début de 1911 parmi les 230 mineurs de

Sakiet-Sidi-Yousef. La même année, la France ayant consenti à

l’installation d’écoles italiennes privées en Tunisie, il s’en est

ouvert une au Kef dès le mois de mai ; elle a actuellement une trentaine

d’élèves et des cours d’adultes faits par l’instituteur italien

réunissent une quinzaine d’auditeurs.

STATISTIQUE DES EUROPÉENS DU HAUT-TELL

+------------+---------------------+---------------------+------------+

| | POPULATION |POPULATION ETRANGÈRE | POPULATION |

| NOMS DES | FRANÇAISE | Italienne | Non | TOTALE |

| RÉGIONS | | |Italienne| |

| |1891|1901|1906 |1911 |1906 |1911 |1906|1911| 1906 |1911 |

+------------+----+----+-----+-----+-----+-----+----+----+------+-----+

|Ville du Kef| 210| 291| *418| 341| *931| 778| 57| 47|*1.406|1.166|

| | | | | | | | | | | |

|Reste du | 13| 70| 152| 284| 401| 734| 9| 33| 562|1.051|

|Caïdat | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Caïdat de | 5| 25| 211| 593| 637|2.301| 27| 89| 875|2.983|

|Tajerouine | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Ville de | 15| 70| 149| 131| 165| 136| 20| 22| 334| 289|

|Téboursouk | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Reste du | 2| 90| 282| 514| 254| 309| 33| 44| 569| 867|

|Caïdat | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Caïdat des | 3| *80| 12| 38| 12| 71| 2| 12| 26| 99|

|Ouled-Aoun | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Village de | 14| 28| 40| 33| 4| 22| 1| 6| 45| 55|

|Mactar | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Reste du | 18| 3| 23| 50| »| 34| 2| »| 25| 88|

|Caïdat des | | | | | | | | | | |

|Ouled-Ayar | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Village de | »| 6| 51| 91| 25| 47| »| 1| 76| 139|

|Thala | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Reste du | 7| 38| 28| 66| 36| 172| »| 2| 64| 240|

|Tell des | | | | | | | | | | |

|Fréchich | | | | | | | | | | |

| | | | | | | | | | | |

|Tell des | »| 7| 5| 19| »| 44| »| 1| 5| 64|

|Majeur | | | | | | | | | | |

| +----+----+-----+-----+-----+-----+----+----+------+-----+

| ENSEMBLE | 287| 708|1.371|2.160|2.465|4.648| 151| 256| 3.987|7.041|

+------------+----+----+-----+-----+-----+-----+----+----+------+-----+

[Note : * Augmentation temporaire due à des travaux publics.]

Les Français emploient surtout leur activité dans les fonctions

publiques et ensuite soit dans l’industrie (le Kef), les transports

(Téboursouk) ou l’agriculture (Téboursouk, Mactar, Thala). Les Italiens,

fournissant principalement des ouvriers, embauchent dans les mines les

trois quarts de leur effectif. C’est le développement de celles-ci dans

le dernier lustre qui a mis au premier rang le caïdat de Tajérouine en

ce qui concerne la population européenne. C’est aux mines qu’est dû le

grand accroissement des étrangers dans le Haut-Tell de 1906 à 1911. La

quantité des Italiens vivant d’elles a sauté, en effet, dans le seul

Contrôle du Kef, de 1.464 à 2.645. Pour les Français, c’est la création

du village de Gafour motivée par les besoins du chemin de fer, qui a

consacré leur hégémonie démographique dans le caïdat de Téboursouk. La

prévalence des Italiens comme mineurs a pour conséquence chez eux une

plus grande quote-part du sexe masculin. Dans le Contrôle du Kef, par

exemple, en 1911, on recensa 726 Français et 492 Françaises, tandis que

pour 2.610 Italiens, il n’y avait que 1.203 Italiennes. Si l’on

considère le nombre des ménages, l’infériorité numérique de nos

nationaux est donc un peu atténuée. Elle est palliée socialement ou

compensée par d’autres facteurs. Non seulement nos compatriotes occupent

les places administratives, mais encore ils sont nantis, comme nous le

verrons, de plus d’hectares que les Italiens et de meilleures terres. Au

Kef même, ils prédominent sur eux par l’importance de leurs immeubles

urbains :

COMMUNE DU KEF — VALEUR LOCATIVE DES IMMEUBLES

Années Français Italiens Autres Indigènes Total

étrangers

--- --- --- --- --- ---

1891 13.800f » 3.500f » » » 63.400f » 80.800f »

1901 36.800 » 15.000 » 2.700 » 83.250 » 137.800 »

1911 52.800 » 31.900 » 8.000 » 119.700 » 212.500 »

\________ ________/

92.700f »

II

LA MISE EN VALEUR DU PAYS

* * * * *

1o =La colonisation agricole=

Après 1881, le Gouvernement, procédant à l’organisation rationnelle du

pays, dissémina çà et là des agents soit au siège des Contrôles civils,

soit vers l’Algérie (postes de douane) ou au sein des boisements (gardes

forestiers)[496] ou le long des routes (cantonniers). Mais la

colonisation proprement dite ne savait comment mordre sur notre contrée.

Contrairement à ce qui s’est récemment vérifié du côté de la Moulouya où

les Européens de l’Oranie ont spontanément filtré à travers la

frontière, le Haut-Tell d’Algérie dont les confins étaient eux-mêmes peu

colonisés, ne lança aucun pionnier sur le Haut-Tell de Tunisie qui dut

tout attendre de Tunis. La pénétration eut donc une base très éloignée

et qui visait d’ailleurs à conserver autour d’elle les nouveaux

débarqués plutôt qu’elle ne les engageait à conquérir ce Far West démuni

de toutes les commodités modernes. Aussi, durant une quinzaine d’années,

sauf une propriété de 80 hectares près du Kef (1878) et une autre d’un

millier d’hectares dans la plaine de Zouarine (1885), seules des

sociétés se hasardèrent dans le Haut-Tell. Encore n’y dépassèrent-elles

pas vers l’Ouest la région de Téboursouk où elles mirent la main sur les

domaines de Gafour (environ 48.000 hectares) du Krib (13.006

hectares)[497] et de Hammamet-Thibar (plus de 2.500 hectares).

Mais les achats effectués sur ces vastes surfaces, constituaient surtout

des placements de fonds. Ce n’est qu’à partir de 1894-95 que des colons

commencent à s’installer dans le Haut-Tell. En mai 1894 est donnée la

concession de la mine de Fedj-El-Adhoum, tandis que la même année des

fonctionnaires de Mactar demandent à l’Etat de leur louer par lots avec

promesse de vente l’Henchir-Rohia. En 1895, sont élevées les premières

constructions des Pères Blancs à Saint-Joseph-de-Thibar et débute le

morcellement du Krib, etc. Une certaine colonisation se dessine donc qui

va continuer lentement. Ce mouvement se range naturellement sous les

trois rubriques : colonisation par les sociétés, colonisation par

l’Etat, colonisation individuelle française et étrangère.

L’Henchir-Gafour sur ses 48.000 hectares en comptait environ 15.000 de

cultivables. Mais le transport de 100 kilos de céréales du Gafour à

Tunis coûtait 3 fr. 25. Si l’on songe qu’avant la loi douanière de 1890

les céréales tunisiennes payaient 5 francs par quintal de droits

d’entrée en France et que, d’autre part, le prix du quintal à Tunis

n’atteignait que 14 à 16 fr. pour le blé et 5 à 7 francs pour l’orge, on

est obligé d’avouer que toute exploitation sérieuse était impossible au

Gafour dans la décade qui suivit l’occupation. La Société se résolut

donc à débiter l’henchir au détail et, pour les raisons susénoncées,

elle s’adressa aux indigènes auxquels en 1900 elle offrait encore à

bureau ouvert les terres de choix à 120 francs l’hectare, payables en

trois ans. Plus de trois cents familles de fellahs se fixèrent ainsi

définitivement au sol. Quand la Société Foncière fut réduite à la

portion septentrionale du Gafour, c’est-à-dire à peu près exclusivement

à des mamelonnements tuffeux et accidentés, règne de broussailles et du

pin d’Alep, elle les aliéna à des Européens dont certains revendirent à

des indigènes. En conclusion, sur les 48.000 hectares primitifs, seuls

4.412 appartiennent aujourd’hui à des Français (4 lots). Quant aux

Italiens, 13.618 hectares ont été acquis par eux en trois lots, dont

11.256 hectares par la Società Fondiaria e Immobiliare Italiana qui les

détient encore. Les autres 30.000 hectares ont été transférés à des

indigènes.

Au Krib, où les frais d’évacuation sur Tunis se montaient à 3 fr. les

100 kilos, la Société allotit également ses 13.000 hectares. Les terres

étant meilleures qu’au Gafour, plus accessibles et plus près d’un

centre, il s’y créa dix propriétés européennes sur 8.968 hectares, dont

la moitié environ alla à nos compatriotes et le reste à des étrangers

non Italiens. Il y a là un groupe prospère qui, près de Bordj-Ouiba, au

pied du Djebel-Bou-Kahil, a bâti une église où disent la messe à

l’occasion les Pères Blancs de Thibar. Les autres 4.038 hectares, c’est-

à-dire le tiers de l’henchir furent absorbés par des indigènes parmi

lesquels figuraient beaucoup d’Algériens.

Quant à Saint-Joseph-de-Thibar, les Pères Blancs, locataires de la

Société civile propriétaire, ont réalisé en cet endroit une œuvre d’une

allure un peu spéciale, mais très intéressante[498]. Pères Blancs,

Frères mineurs ou converts, employés civils et apprentis indigènes, la

plupart d’origine Kabyle et dont beaucoup ont embrassé le christianisme,

sont logés dans un véritable village où quelques maisons abritent les

familles d’arabes ralliés à notre religion, anciens pupilles des Pères

Blancs demeurés à leur service. Sur le domaine et ses annexes on

remarquait dès 1896 dix Français. En 1911, le recensement en a trouvé 30

contre 13 Italiens et 22 autres Européens. Les arabes catholiques sont

une dizaine de feux. Il y a là, en même temps qu’une ferme modèle, un

essai de village arabe chrétien où, comme dans les similaires d’Algérie

(Saint-Cyprien des Attafs, etc.), les néophytes, une fois adultes,

continuent à vivre sous la direction matérielle et morale de leurs

anciens maîtres.

En somme, si l’on excepte Thibar, les sociétés du Haut-Tell pas plus que

leurs devancières d’Oranie ou de Constantine, n’ont cherché à faire

œuvre française. Uniquement soucieuses de gagner de l’argent, elles ont

complètement négligé d’attirer l’élément national et ont surtout attaché

à la glèbe des indigènes : 34.000 hectares dont 20.000 de bonnes terres

ont été ainsi perdus pour nos compatriotes.

La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala) · 第 38 / 45 段