caïdat du Kef, l’Henchir-El-Adissi a 1.200 hectares. Dans le caïdat de
Tajérouine, l’Henchir-Sedd-El-Yhoudi couvre 3.000 hectares, l’Henchir-
Zbida 2.000, etc. Mais, d’une part, les habous privés sont aux mains de
multiples dévolutaires et, d’autre part, les propriétés privées sont le
plus souvent dans l’indivision. Aussi, si l’on essaye de déterminer ce
que possède réellement une seule personne ou une seule famille à
l’exclusion des cousins, on n’a plus devant soi des superficies très
fortes. Dans le caïdat du Kef, en 1906, sur 23 cheikhats, 8 seulement
enregistrent des individus tenant directement et entièrement plus de 100
hectares et tous ces privilégiés en bloc ne sont pas plus de 13. L’un a
1.500 hectares, deux autres ont 500 hectares chacun, un en a 300, quatre
en ont 200, les cinq autres ont entre 100 et 200 hectares. Aux Ouled-
Aoun, sur 20 cheikhats, il n’y en a que cinq inscrivant des
propriétaires de plus de 100 hectares. Un Crésus se glorifie de 1.250
hectares, deux autres de 500, puis on tombe à 180 hectares, à 130
hectares, etc. Aux Ouled-Ayar, il n’y a que deux cheikhats sur 18 où
l’on recense des propriétaires pourvus de plus de 100 hectares. Le plus
riche de ceux-ci a 250 hectares, celui qui vient immédiatement après
150. Ici, le sol est beaucoup plus morcelé que dans les précédentes
circonscriptions. Aux Ouled-Aoun, la petite propriété comporte encore de
10 à 60 hectares ; chez les Ouled-Ayar-Guebala elle va de 5 à 40 ; chez
les Ouled-Ayar-Dahara de 5 à 30 ; à la Kessera de 2 à 20. Ce dernier
chiffre est celui que l’on note dans la banlieue du Kef. Chez les
Fréchich septentrionaux chaque individu ne déploie pas son action
particulière sur plus de 50 hectares et c’est à peine si quelques-uns
exploitent 100 hectares. Chez les Majeur du Nord les petites propriétés
effectives (moins de 50 hectares) moyennes (de 50 à 100 hectares)
grandes (plus de 100 hectares) sont respectivement dans la proportion de
5, 4 et 1. La prépondérance de la petite propriété chez les Ouled-Ayar-
Dahara et à la Kessera se marque bien par ce fait que la moitié des
cultivateurs travaillent le sol eux-mêmes sans khammès. Dans ces cantons
les limites des champs sont indiquées soit par une bande non labourée,
soit par une traînée de pierres. L’amour de la terre demeuré intact chez
les paysans berbères a gagné les fils des envahisseurs arabes. Quel que
soit encore le semi-nomadisme de maints éléments de la population, ceux-
ci sont attachés à la glèbe par leurs fibres les plus intimes surtout
dans les régions de petite et moyenne propriété qui sont aussi les
meilleures pour la culture.
Cette affection s’est consolidée au fur et à mesure que le sol prenait
plus de valeur par suite de l’accroissement de la population et de la
sécurité poussant à soumettre à la charrue des superficies plus vastes
ou jusque là négligées. En 1881, dans la région du Kef on estimait
l’hectare de 45 à 60 francs selon qu’il s’agissait de plaine ou de sra,
prix qui tombait à 10 ou 20 fr. chez les Majeur et à 5 ou 6 fr. chez les
Fréchich. Aujourd’hui, ces évaluations ont triplé, quadruplé ou même
sextuplé. Parallèlement, s’enflait le taux des locations. Vers 1881 il
était de 4 fr. l’hectare dans le Nord du Haut-Tell. Ailleurs, et
notamment chez les Fréchich et les Majeur, la terre ne se louait pas, le
propriétaire en cédait temporairement et gratis l’usage à qui obtenait
son agrément. Vers 1890, en Friguia, les locations passèrent à 10 fr.
l’hectare. Elles sont maintenant à 12, 15 et même 20 fr. l’hectare sur
les sraouate ou dans les endroits irrigables. Chez les Majeur du Tell, à
partir de 1900, on a commencé à répudier l’antique coutume et à exiger
un loyer d’environ 2 fr. Si la progression du prix des terrains a
augmenté le capital foncier, celle du montant des locations n’est pas
très heureuse, car, les agriculteurs n’ayant pas amélioré leurs
procédés, le rendement à l’hectare est le même qu’auparavant.
Parmi les indigènes du Haut-Tell, 55 % sont de petits cultivateurs à la
tête d’un lopin d’une dizaine d’hectares et d’un modeste bétail.
Prolétaires de tout ordre, khammès ou journaliers n’ayant à gouverner
qu’un âne et quelques chèvres, atteignent environ 40 %. Au-dessus de
cette masse, surnagent quelques personnes aisées (5 %) parmi lesquelles
peu sont réellement riches. Normalement, le tiers de la population
demande de novembre à mai le plus clair de sa subsistance au laitage et
à des herbes ou racines (mauves, jeunes pousses de qtaf, bulbes, etc.).
Lors des campagnes agricoles déficitaires comme celle de 1908, beaucoup
de petits propriétaires, démunis d’approvisionnements et de capitaux,
vendent ou engagent leurs biens et grossissent plus ou moins
temporairement l’armée des mangeurs de végétaux, tandis que leurs
dépendants, privés des avances et des payes accoutumées, tombent au rang
des miséreux. C’est dans la zone non friguienne que la proportion des
prolétaires est la plus élevée (de 45 jusqu’à 60 %). Au contraire, en
Friguia et surtout sur les sraouate, petits agriculteurs et khammès ont
une vie meilleure à cause des récoltes à la fois moins précaires et plus
rémunératrices. Mieux vaut être khammès au Massouge que maître d’une
méchia à Foussana ou Bermajna. C’est aussi dans les sraouate qu’il y a
le plus de gens dans l’aisance (20 % autour du Kef), c’est-à-dire
excipant d’une fortune de 9 à 10.000 francs. Sont considérés comme
riches ceux qui vantent au moins 20.000 francs de meubles ou immeubles
et de ces privilégiés il n’y en a pas toujours un par cheikhat. Dans la
portion friguienne du Haut-Tell quelques gens cossus peuvent
s’enorgueillir de 300 à 400.000 francs. Pour fixer les idées, voici
comment se présente, monnaie sonnante exceptée, l’avoir des six
indigènes les mieux pourvus des Ouled-Aoun :
Nature des biens 1 2 3 4 5 6
Hectares de terres 1.250 500 500 180 130 100
Bovins 75 60 25 40 25 30
Chevaux 30 25 15 10 4 3
Moutons 400 300 300 50 250 150
Chèvres » » 200 » » »
Chameaux 25 » » » » »
Maisons 2 2 1 2 1 1
Jardins 3 2 1 1 1 1
Dans la région du Ksour des Ouartane un gros agriculteur recense 1.500
hectares, 150 bovins, 65 chevaux, 130 moutons, 50 maisons dans le
village, 5 jardins. En dehors de la Friguia, nul n’approche de pareils
chiffres : sauf une ou deux notabilités aucun indigène n’a pour plus de
40 à 50.000 francs de bien. Dans tout le Haut-Tell l’argent est plutôt
rare. Sauf le caïdat du Kef, peut-être n’en est-il pas d’autre
renfermant dix personnes disposant de 10.000 francs liquides. Les gains
réalisés sont aussitôt convertis en terres, en antichrèses, en maisons,
moulins, boutiques, etc. Presque jamais on ne les emploie à des
améliorations foncières ou à une entreprise industrielle.
Les indigènes du Haut-Tell comptent pour vivre à peu près exclusivement
sur l’agriculture ou sur l’élevage et nous allons examiner maintenant de
quelle façon ils se livrent à l’une et à l’autre. Observons néanmoins
tout de suite qu’en Friguia la personne aisée s’appuie sur la terre et
sur les bovins. Elle aura par exemple 30 hectares de culture, 12 bœufs,
3 chevaux ou mulets, 70 moutons et 8 chèvres. En non-Friguia elle
s’appuiera sur les ovins et les camelins. Elle aura par exemple 20
hectares, 4 bœufs, 3 chevaux ou mulets, 250 moutons, 10 chèvres et 30
chameaux. Les fortunes sont donc moins assises dans cette deuxième
région à cause des catastrophes soudaines auxquelles est exposé le
cheptel.
II
L’AGRICULTURE
* * * * *
1o =Les céréales=
Tell, hamri et aïtsa, voilà, avons-nous dit dans notre introduction, les
trois grandes catégories de sols agricoles du pays. Le _tell_, argileux,
prévaut en Friguia, la _aïtsa_, sableuse, est très répandue dans tout le
secteur méridional du Tell des Fréchich et des Majeur. Le premier est la
vraie terre à céréales et surtout à blé. Sa couleur noire ou jaune
dénote seulement l’état plus ou moins avancé de l’oxydation des sels de
fer, sans impliquer aucune différence de fertilité comme on le croit
généralement. Le troisième convient surtout à l’arboriculture. Quant au
_hamri_, il a des qualités intermédiaires.
Le tell conserve aux céréales davantage d’eau que la aïtsa. A pluie
égale, l’eau s’infiltrera, en effet, à un mètre par exemple dans
l’argile et à cinq dans le sable. Dans ce dernier, elle risque donc de
se perdre en partie dans les profondeurs. Elle descend en tout cas plus
loin et plus vite. Elle reste ainsi moins longtemps à la disposition des
plantes. Vienne un coup de sirocco, la céréale trouvera dans l’argile à
portée de ses racines une dose d’humidité suffisante pour lui permettre
de résister. Dans l’aïtsa, au contraire, l’eau est souvent trop enfoncée
pour que la plante puisse y recourir. Dans une moindre mesure, le hamri
se conduit comme la aïtsa. C’est pourquoi les indigènes sèment le blé
dans le tell et l’orge dans le hamri ou la aïtsa parce que l’orge se
récoltant un mois plus tôt que l’autre céréale est souvent mûr avant que
ne se manifestent les vagues de chehili. Notons à cet égard qu’il n’en
va pas de même dans la Steppe. Comme dans celle-ci il ne pleut pas assez
pour que le sol argileux se mue en tell, la aïtsa est meilleure, sinon
absolument, du moins relativement, car les moindres précipitations y
pénètrent. De plus, à l’extrême limite de la dessication, le sable cède
plus facilement à la plante une partie de son eau de constitution. La
valeur du tell, du hamri et de la aïtsa est donc en relation avec la
quantité d’eau qui tombe, et se modifie avec elle.
Le tell abonde en humus, en acide phosphorique, en potasse et en azote
comme en témoigne le tableau suivant[393] dressé d’après des
échantillons recueillis au sein des terres noires des sraouate du Kef et
de Téboursouk.
[Cal.: Calcaire; Mag.: Magnésie; A. phos.: Acide phosphorique]
100 de terre brute et 1000 de terre brute et sèche
_ sèche renferment : _ _ renferment : _
/ \ / \
Humus Silice Argile Cal. Azote Chaux Mag. A. Potasse
phos.
Kef (jardin) » » » » 1,4 191 7,0 5,3 3,6
Dyr du Kef 0,42 27 38 21,6 1,2 120 1,2 1,2 2,4
Nemcha 0,34 21 19 47,6 3,2 264 2,8 1,5 2,0
Voici encore les résultats d’autres analyses pratiquées en plaine dans
les opulentes glèbes noires du Krib ou dans les terres d’alluvions de
Zouarine :
Propriété Golay Propriété Mouraud
_ (Krib) _ _ (Zouarine) _
/ \ / \
Pour 1000 1 2 1 2 3
Azote 1,65 1,58 1,5 1,4 1,4
Acide phosphorique 0,48 0,90 1,2 1,2 1,2
Carbonate de chaux 183,00 8,00 355,0 358,0 337,0
Mais, comme nous l’avons signalé, tandis que les sraouate étant tous
composés de terrain tell doivent à cette circonstance une certaine unité
de contexture, dans les plaines le sol change souvent à brève distance
et se montre par endroits très siliceux[394] :
100 de terre brute et sèche
renferment :
Humus Argile Silice Calcaire
Vallée de l’O. 0,5 3,4 71,6 18,4
Souani
Plaine de Khalled 0,4 4,8 77,0 11,5
[Suite]
1000 de terre brute et sèche renferment :
Azote Chaux Magnésie Acide Potasse Chlore
phosphorique
Vallée de l’O. 1,7 99,4 4,0 1,1 3,8 0,07
Souani
Plaine de Khalled 1,1 62,1 » 0,8 4,9 0,14
Si, avec de Gasparin, on qualifie de terres très riches celles qui
dépassent 1 pour 1.000 en acide phosphorique, en potasse et en azote,
chacun de ces éléments étant envisagé séparément, on concluera des
exemples ci-dessus que les sraouate et une bonne portion des plaines
friguiennes du Haut-Tell représentent un sol d’élection pour les
céréales. Ce sont bien là les _loca opulentissima_ que Metellus admire
quand il entre en Numidie[395]. Les régions de Béja et de Mateur si
renommées pour leur fertilité sont moins pourvues d’acide phosphorique
que le Haut-Tell et ne rachètent leur infériorité à cet égard que par
leur pluviosité plus accentuée.
Lorsque vers la mi-septembre le cultivateur voit s’ouvrir la nouvelle
campagne agricole, rarement il aura pensé à préparer son terrain. Seuls,
quelques indigènes de la région de Téboursouk, la plupart d’origine
algérienne, se sont, quelques mois plus tôt, livrés à un labour appelé
_rebai_ (printanier) ou encore _rebai ech chemsi_, parce qu’il aère la
terre et lui laisse absorber le soleil (_chems_). Faute de cette
précaution, on est obligé, pour ensemencer, d’attendre qu’il ait plu à
suffisance. La date initiale des labours varie donc. Le labour d’automne
(octobre et novembre _ajmi_) est dit _bedri_[396]. Le labour d’hiver
(décembre et janvier _ajmi_) est appelé _mazouzi_. Dans les cantons
argileux et notamment sur les sraouate, il est indispensable d’emblaver
de bonne heure afin que la plante soit déjà haute, vigoureuse, et que
son tallage soit avancé, sinon totalement fini, au moment des froids et
des pluies intenses, sans quoi, elle risquerait d’être entravée dans sa
croissance ou noyée. Même en dehors des sraouate, le bedri est
préférable :
_Elli ma bedder, ma nedder._ Qui ne sème pas bedri n’enmeule pas.
_Elli iezraa el bedri iechbaa Qui ensemence bedri gave sa gueule.
lel kchem._
Cette réputation du bedri est, neuf fois sur dix, vérifiée par
l’expérience, car, à cause de la faiblesse toujours à craindre des
précipitations printanières, il y a un intérêt capital à ce que la
céréale possède à cette époque le plus grand développement possible.
Néanmoins, lorsque l’ensemble des travaux agricoles a été retardé, les
indigènes poursuivent les semailles jusqu’au 13 février (fin du mois de
_iennar ajmi_).
Dans les sraouate, les labours doivent être profonds de façon à aider
l’infiltration de l’eau. Si l’année est peu pluvieuse, le sol ameubli
s’imbibe facilement du minimum qui lui est nécessaire. Si elle l’est
extrêmement, ce système diminue en hiver les chances de pourriture et
augmente en été la dose d’humidité disponible pour l’entretien de la
végétation. De toute manière, il faut sur les sraouate des attelages
puissants. Aux Ouled-Aoun et chez les Ouartane, pays de terres grasses
et de pâturages, les labours sont exécutés surtout avec des bœufs. Aux
Ouled-Ayar, où la glèbe est moins compacte, la majorité des charrues
sont traînées par des chevaux ou des mulets. On n’agit pas autrement
dans la région de Tajérouine. Dans les sols légers on se sert de
charrues tirées par une seule bête ; ce genre d’attelage est dénommé
_châba_. Dans le caïdat de Téboursouk on laboure sur les sraouate avec
des bovins et en plaine avec des équidés ou bien encore on procède au
labour initial avec des bœufs et au labour de recroisement avec des
chevaux. Le labour au chameau n’est guère usité dans le Haut-Tell, cet
animal y étant relativement rare, surtout en hiver où on l’expédie dans
la Steppe pour lui éviter les frimas. La résistance plus grande offerte
au soc par les sols argileux est cause qu’un attelage y retourne une
superficie moins considérable que dans le hamri ou la aïtsa. La méchia
de terrain est en conséquence plus petite sur les sraouate qu’en
plaine[397].
Les indigènes ne connaissent guère comme céréales que l’orge et le blé,
l’avoine n’ayant pour ainsi dire pas encore immigré dans le Haut-Tell et
le maïs y étant lié avec l’irrigation, sauf en certains endroits très
mouillés des sraouate. Le plus souvent, l’ensemencement de l’orge est
conduit de front avec les derniers labours préparatoires pour le
blé[398]. Le blé tendre (_farina_ des arabes), amené dans le Haut-Tell
par les colons, n’a pas encore pris place dans les cultures indigènes.
Relativement délicat, il redoute, semble-t-il, de s’élever au dessus de
500m d’altitude à cause du gel. D’autre part, il n’aime pas les sols
trop épais. C’est donc une céréale de plaine. Le blé dur plus rustique
est la vraie céréale des sraouate. Il y en a une douzaine de variétés
ayant chacune des qualités et des besoins spéciaux :
_El ardh el hamri teslah lel La terre hamri convient au blé
guemha el hamiri._ _hamiri_.
_El ardh es souda teslah lel La terre noire convient au blé
guemha el ajini._ _ajini_.
_Ou el ardh el bidha teslah lel Et la terre blanche convient au
guemha es souri._ blé _souri_.
Le _sbouai_ préfère des terres demi-fortes. Le _biskri_ réussit dans les
zones d’épandage des rivières, car il est peu sensible à la rouille,
comme d’ailleurs le _mahmoudi_ qui est le blé des dépressions à terre et
atmosphère humides.
Dans le secteur friguien du Haut-Tell on jette par hectare d’orge 160 et
par hectare de blé 130 litres de semence[399]. Dans les plaines on se
contente parfois de 120 litres de blé. Ces doses sont celles que l’on
emploie également dans le Tell Septentrional[400]. La Friguia, qu’elle
soit au Nord ou au Sud de la Medjerda, témoigne ainsi à cet égard d’une
réelle unité. Dès qu’on a franchi le Fedj-Et-Tamer, le climat étant plus
sec, l’hectare ne peut plus supporter des quantités aussi fortes : à
moindre pluie, moindre semence. Dans la région du moyen Mellègue on
n’enfouit plus que 120 litres de blé par hectare et 130 d’orge, chiffres
qui baissent respectivement à 100 et 120 chez les Ouled-Ali et Naji des
Fréchich et dans le Tell des Majeur pour tomber dans la Steppe
limitrophe du Haut-Tell à 60 et 80. En même temps se modifie le quantum
des terrains consacrés au blé et à l’orge. Le blé végétant plus tard a
davantage besoin d’eau. C’est une céréale de Friguia et de sraouate.
L’orge, dont la révolution est plus rapide, a moins à craindre la
sécheresse. Elle convient donc à la Steppe et à la bande intermédiaire
entre la Steppe et la Friguia. Dans le caïdat de Téboursouk et chez les
Ouled-Ayar du Nord on cultive un peu plus de blé que d’orge. Dans le
reste de la Friguia les deux céréales s’équivalent à peu près, mais avec
une légère supériorité pour l’orge. Dans la zone non friguienne, l’orge
toujours plus répandue représente en général les deux tiers des
ensemencements de céréales. C’est ce que démontre le tableau de la page
338[401].
Avant 1881, les emblavements n’atteignaient qu’un total modeste,
contrariés qu’ils étaient par les troubles permanents et le nomadisme.
Depuis le Protectorat, la tranquillité publique instaurée, les voies de
communication améliorées et la population accrue ont déterminé une
extension énorme des emblavements comme l’atteste le tableau ci-après
relatif au Contrôle civil du Kef :
EMBLAVEMENTS MOYENS EN HECTARES DE CÉRÉALES PAR PÉRIODES
+-----+-------------------------------+--------------------------------+
| | CAIDAT DU KEF | CAIDAT DE TAJEROUINE |
| | | |
| | | El | Sers | | | | | |
| | | Mor |Rhorfa | | | | | |
| |Ouargha|Nebeur| O.- |Zouarine|Ouartane|Charen|O.-Bou-|Zerhalma|
| | |Bahra |Souani | Abida | | |Rhanem | |
| | | pl. |Lorbeus| | | | | |
| | |du Kef| | | | | | |
| +-------+------+-------+--------+--------+------+-------+--------+
|1881 | 4.000 | 7.000| 5.000 | 4.000 | 7.000 |2.000 | 1.400 | 600 |
| | | | | | | | | |
|1882-| | 8.000| 6.000 | 5.000 | 8.000 |3.000 | 2.500 | 1.000 |
|1886.| | | | | | | | |
| | 7.000 | | | | | | | |
|1887-| | 8.500| 7.500 | 6.000 | 8.500 } | 3.500 | 1.500 |
|1891.| | | | | } | | |
| | | | | | } | | |
|1892-| |10.000| 8.500 | 7.000 | 10.000 }4.000 | 4.000 | 1.800 |
|1896.| | | | | } | | |
| | 7.500 | | | | } | | |
|1897-| |12.000| 9.500 | 8.000 | 12.000 } | 4.400 | 2.000 |
|1901.| | | | | | | | |
| | | | | | | | | |
|1902-| 9.000 |14.000|10.500 | 10.000 | 14.750 |4.800 | 5.140 | 2.500 |
|1906.| |\______ _________/| | | | |
| | | 34.500 | | | | |
|1907-| 7.600 | | 10.000 |8.800 | 8.750 | 4.200 |
|1910.| | 43.000 | | | | |
+-----+-------+-----------------------+--------+------+-------+--------+
HAUT-TELL. — EMBLAVEMENTS DE CÉRÉALES PAR RÉGIONS
[Hec. d. c.: Hectares des deux céréales; n. ré.: non réussis]
+----------+--------------------+-------------------+--------------------+
| | 1907-1908 | 1908-1909 | 1909-1910 |
| | Hectares de | Hec. | Hectares de |Hec. | Hectares de | Hec. |
| | Blé | Orge | d. c.| Blé | Orge |d. c.| Blé | Orge | d. c.|
| | réussis | n.ré.| réussis |n.ré.| réussis | n.ré.|
| +------+------+------+------+------+-----+------+------+------+
|Massif | 1.180| 1.350| 7.060| 1.580| 2.140| 140| 2.710| 2.420| 3.280|
|Ouargha | | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
|Massif du | 3.300| 3.900| 4.870| 3.950| 4.930| 250| 6.590| 5.440| 870|
|Kef[402] | | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
|Caïdat de |11.420| 8.600| 6.760| 8.780| 8.680|2.530|10.020| 9.070| 1.220|
|Téboursouk| | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
|Plaines | 5.520| 7.060|17.510|12.010|17.030| 700|19.570|18.840| 5.540|
|centrales | | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
|Ouled-Aoun| 7.250| 8.510|16.170|10.930|10.520| 80| 7.720|11.280| 7.000|
| | | | | | | | | | |
|Ouled-Ayar| 2.610| 2.060| 4.320| 3.050| 2.660| 950| 4.670| 4.250| 1.050|
|du Nord | | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
|Ouartane | 4.330| 5.290| 2.850| 4.120| 4.900| 290| 6.620| 6.830| 1.350|
| | | | | | | | | | |
|Bordure | 650| 790| 2.170| 1.860| 2.010| 190| 2.640| 2.920| 2.140|
|Nord-Est | | | | | | | | | |
| +------+------+------+------+------+-----+------+------+------+
| |36.260|37.560|61.710|46.280|52.870|5.130|60.540|68.050|22.450|
| |\_ _/|\_ _/|\_ _/|
|ZONE | 135.530 | 104.280 | 151.040 |
|FRIGUIENNE| | | |
| | | | |
|Ouled-Ayar| 2.950| 3.600| 6.400| 3.360| 4.410| 520| 2.020| 1.860| 6.590|
|du Sud | | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
|Charen | 2.490| 4.200| 3.320| 2.900| 3.890| 140| 2.160| 3.180| 4.910|
| | | | | | | | | | |
|Ouled-Bou-| 540| 1.430| 8.380| 2.670| 3.380| | 2.930| 4.090| 3.820|
|Rhanem | | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
|Zerhalma | 130| 630| 4.210| 1.240| 1.800| 310| 1.080| 1.960| 1.900|
| | | | | | | | | | |
|Majeur du | 1.540| 3.950|17.150| 4.150| 5.630|5.080| 3.850| 6.200| 7.950|
|Nord | | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
|Fréchich | 2.030| 2.420|12.680| 4.050| 6.040|3.590| 4.830| 7.210| 4.980|
|du Nord | | | | | | | | | |
| +------+------+------+------+------+-----+------+------+------+
| | 9.680|16.230|52.140|18.370|25.150|9.640|16.870|24.500|30.250|
| |\_ _/|\_ _/|\_ _/|
|ZONE NON | 78.050 | 53.160 | 71.620 |
|FRIGUIENNE| | | |
+----------+--------------------+-------------------+--------------------+
En Friguia, les ensemencements ont doublé ou presque triplé en surface
depuis trente ans. En non-Friguia, les progrès ont été encore plus
accentués : la superficie livrée aux céréales a triplé chez les Majeur
du Tell, quadruplé chez les Charen, sextuplé chez les Ouled-Bou-Rhanem
et les Zeghalma. Au fond, les bons pays ont moins gagné que les autres,
car, malgré l’état social ingrat, la richesse du sol y excitait à la
culture dès avant 1881, tandis qu’en dehors de la Friguia les
possibilités agricoles étant inférieures pesaient de tout leur poids sur
les habitants, de concert avec l’insécurité, pour les maintenir dans
l’état pastoral. De ce qui précède, et de ce que nous avons indiqué à
propos de la démographie, il résulte que dans le Haut-Tell les cultures
se sont, dans les six derniers lustres, plus développées que le chiffre
de la population. Celle-ci a donc vu ses conditions de vie devenir plus
favorables et en non-Friguia elle a demandé de plus en plus sa
subsistance à l’agriculture de préférence à l’élevage. Toutefois, une
différence sensible se révèle toujours entre la partie friguienne et la
zone non friguienne du Haut-Tell, puisque dans ces dernières années les
ensemencements ont envahi dans l’une de 100 à 150.000 hectares et
seulement de 50 à 75.000 dans l’autre. Malgré que les deux régions aient
une étendue quasi égale, la Friguia a donc deux fois plus d’hectares de
céréales que la non-Friguia. C’est là un commentaire éclatant de ce que
nous avons dit de la moindre pluviosité de celle-ci. Il n’est pas moins
digne d’attention de savoir quelle proportion du sol est cultivée dans
l’un et l’autre territoires :
_ 1909-1910 _
/ \
Surface Boisements Hectares Hectares non
totale en en hectares cultivés cultivés et
hectares non boisés
Friguia 794.000 279.000 151.000 364.000
(35,1 %) (19,1 %) (45,8 %)
Non Friguia 631.000 246.000 71.000 314.000
(38,9 %) (11,2 %) (50 %)