enrayent le mouvement de fixation. La rébellion de 1864, la famine de
1867 aggravent le mal. En 1861, El Arbi Sehili aspirait à créer une
bourgade auprès de son bordj et dans cette intention il avait édifié
plusieurs maisonnettes et des magasins. Mais les procédés tyranniques du
caïd entraînent sa mort et la suppression de son repaire lors de la
révolte dirigée par Ali ben Rhadahem, un de ses administrés (1864). La
même insurrection arrête dans l’œuf un essai de rénovation d’Haïdra par
quelques personnalités des Fréchich[303], tentative que les beys
reprirent avant 1881 en mettant là ainsi qu’à El-Oubira un poste de
douane. En la même année 1864, des bandes détruisent à Djebba les
installations de la mine de plomb argentifère exploitée pour le compte
du beylik. La famine de 1867 vide presque Thala, Kalaat-Senane,
Zouarine, Ebba et diminue l’effectif de villes comme le Kef ou
Téboursouk. Zouarine, auquel Guérin accorde 250 à 300 âmes est abandonné
à la suite d’attaques de hordes fréchiches poussées par la faim, et ne
renaît qu’à la veille du Protectorat, sur l’initiative du gouverneur du
Kef, Si Rechid. A Ebba, la misère oblige la plupart des propriétaires à
vendre maisons et jardins à leur cheikh Khader qui les laisse tomber ou
envahir par les ronces.
A côté de ces villages la grande majorité de la population vit en zmalas
signalées par les voyageurs. Ce sont, par exemple, la zmala du caïd des
Zeghalma près du Zrissa, celle des Ouled-Ouezzez au pied Sud du Chambi,
celle des Ouled-Ali des Fréchich au bas du Semama, celle des Ouled-Naji
dans le Nord de la plaine de Foussana. Les zmalas des Majeur sont
rencontrées non loin de Thala à l’Henchir-El-Hammam, et auprès de Sbiba
et du Koudiat-Chaïr. En Friguia, Guérin couche à la zmala des Ouled-Aoun
dans la plaine de Siliana et dans le Sud du Sers la zmala des Ouled-Ali
lui offre l’hospitalité. Le caïd des Drid avait habituellement sa zmala
dans la même plaine[304]. Quand il escortait la mahalla, il appelait à
lui tous les Drid dispersés dans la Régence et réunissait ainsi jusqu’à
1.500 tentes. En temps ordinaire, vers le deuxième quart du XIXe siècle,
sa zmala que n’égalait aucune autre en Tunisie ne vantait pas moins de
300 tentes. Après 1881, Ali Seghir, devenu caïd de tous les Fréchich,
eut quelques temps une zmala aussi importante comme si, au moment de
fléchir à jamais, cette formation avait voulu un instant briller de tout
son éclat. Les zmalas ne gardaient pas leurs emplacements avec une
rigueur absolue. A l’époque des chaleurs, on les voyait auprès des
sraouate, en hiver elles préféraient la plaine. En général, leur
oscillation les ramenait toujours dans les mêmes cantons, mais l’endroit
précis variait selon la maturité des moissons, l’état des pâturages,
etc.
Observons que toutes les populations du Haut-Tell n’avaient pas de
zmalas. Celles-ci étaient de règle dans la partie non friguienne du
Haut-Tell, tandis que dans la partie friguienne elles étaient une
exception, les Drid étant contraints de vivre en zmala dans le Sers
moins par la nature du pays que par leurs obligations de tribu maghzen.
Mais les sédentaires des montagnes, Ouled-Ayar, gens de la Kessera, du
Bargou, Ouartane, etc., n’ont jamais eu de zmala. Le caïd des Ouled-Ayar
est établi en permanence dans le village de Maghraoua. Le caïd des
Ouartane habite un hameau non loin de Médeina[305]. Quand les
montagnards de la Friguia se mettaient en zmala, c’était dans le but
bien déterminé de faire la guerre. Dans le langage des Ouled-Ayar, le
verbe _zamala_ a l’acception de prendre les armes et de se révolter.
IV
LA PÉRIODE CONTEMPORAINE
L’établissement du Protectorat par l’ère de sécurité qu’il ouvre à
partir de 1881 dissout les zmalas[306] et vide les décherats nids
d’aigle. La sédentarisation marche à pas de géant. Plusieurs des villes
léguées par la période précédente reçoivent une impulsion féconde en
même temps que naissent des villages nouveaux : camps militaires,
marchés, bourgades administratives, centres de colonisation, gares de
chemins de fer, cités minières.
Quant aux tribus, les caïdats et cheikhats de la période husséinite
offraient une base exclusivement ethnique et par suite de l’extrême
dispersion de leurs membres ils constituaient une mosaïque des plus
bariolées. Beaucoup de tribus ne possédaient pas de domaine propre. Le
caïd des Drid avait une foule de dépendants, mais pas un pouce de
territoire administratif spécial. Les Arab-Majour du Haut-Tell
obéissaient à un caïd résidant à Béja. Les villages de Kalaat-Senane et
d’Ellès relevaient du caïdat du Kef, mais en étaient séparés par
d’autres caïdats. Le caïdat de Kessera-Ouled-Yahia se déchirait en deux
tronçons distincts entre lesquels sur toute la longueur du Serdj
s’étendaient les Ouled-Aoun. Les Ouled-Mraboth situés chez les Ouled-
Ayar-Dahara ressortissaient des Ouled-Yahia, etc. Certains cheikhs se
glorifiaient de plus de contribuables que tel ou tel caïd. D’autres, en
revanche, n’en comptaient que quelques douzaines.
Le Gouvernement du Protectorat s’attacha à mettre de l’ordre dans ce
chaos. Au lendemain de l’occupation, le Haut-Tell et ses abords furent
divisés en Cercles militaires ayant leurs sièges à Téboursouk, au Kef,
sur la Hamadat des Ouled-Ayar, à Djilma et à Fériana[307]. Peu après on
organisa des Contrôles civils. L’agent consulaire de France au Kef
devint, en novembre 1884, Contrôleur civil faisant fonction de Vice-
Consul. En décembre 1886 est institué le Contrôle civil de Mactar. En
août 1895, le caïdat de Téboursouk est érigé en annexe du Contrôle du
Kef et le Bureau de Renseignements militaire qui de Fériana surveillait
les Fréchich s’efface devant un Contrôle civil dit de Kasserine, bien
que sont siège fût à Fériana. Cette circonscription s’augmente en
décembre des Majeur ôtés au Contrôle de Kairouan et transporte
provisoirement, en 1896, son chef-lieu à Thala qui devient capitale
officielle en 1897. En même temps, à partir de 1887, on remplaça de plus
en plus les circonscriptions ethniques indigènes par des
circonscriptions territoriales et on restreignit leur nombre. Les seize
groupes autonomes que renfermait en 1887 le Contrôle du Kef ne
comprenaient pas moins de 250 cheikhats. En 1901 cette quantité était
réduite à 3 caïdats et 65 cheikhats et ces derniers, dotés d’un
périmètre bien défini coïncidant souvent avec des limites naturelles,
eurent désormais non plus des noms de fractions mais des noms
géographiques.
Assez tôt terminée au Kef et à Téboursouk où les populations étaient
plus riches et moins hostiles entre elles, la tâche ne fut accomplie
chez les Majeur qu’en 1905 et elle n’est pas encore achevée chez les
Fréchich, les Ouled-Aoun et les Ouled-Ayar.
* * * * *
[Note 229 : La nomenclature géographique de l’antiquité mentionne
seulement deux rivières : l’_Ardalio_ identifiable à l’Oued-Haïdra et le
_Muthul_ qui est, suppose-t-on, le Mellègue. Pas une montagne, sauf le
_Burgaon_ de Procope, que l’on s’obstine à chercher vers l’Aurès alors
que peut-être c’était le Bargou. Des noms des djebels Chirich et Zress
nous rapprocherons celui de la ville de _Seressi_ (Oum-el-Abouab),
construite à proximité, et le Djouggar n’a certainement pas changé de
qualification puisqu’il avait à ses pieds une _Civitas Zuccharitana_.
Même observation pour l’Oued-Ousafa, sur la rive duquel a prospéré la
ville d’_Uzappa_ ou _Ausafa_ (Ksour Sidi-Abdelmelek) et pour la plaine
du Sers qui a vu fleurir sur ses bords _Assuras_. Parmi les autres
« pays », nous reconnaissons dans le nom du _Fundus Ver_..... (Henchir-
El-Hatba) le début probable du nom actuel de Bermajna. Le Zelfane était
le _Saltus Beguensis_, le sra de Téboursouk était le _Bure_, lambeau
détaché peut-être du grand _Saltus Burunitanus_ qui s’étendait au Nord
au delà de la Medjerda.]
[Note 230 : On lira sur les Musulamii une étude de TOUTAIN in _Mém. Soc.
Antiquaires de France_, t. LVII, p. 271-294 et quelques lignes de
CAGNAT : _Les Nugbenoi de Ptolémée_ (_C. R. Acad. Inscr._, 1909, p. 568
et suiv.).]
[Note 231 : Les Tébessiens. L’inscription (_Ann. Epigr._ 1907, voir 19
et 21) orthographie _Tisibennses_. La transposition paraît évidente bien
qu’on n’y ait pas songé jusqu’ici.]
[Note 232 : Voir MERLIN : _Inscriptions latines nouvellement découvertes
en Tunisie_. (_C. R. Acad. Inscrip._, 1909), p. 91 et suiv.]
[Note 233 : C. I. L. VIII 15.775 : Inscription du Ier siècle.]
[Note 234 : Voir à ce sujet CAGNAT : _Inscrip. inédite de Khamissa
(Thubursicum Numidarum)_, Paris, 1904. Extrait des _C. R. Acad. Inscrip.
et Belles-Lettres_, 1904, p. 478-484.]
[Note 235 : Voir TISSOT : _Géogr. Comp. de la prov. rom. d’Afrique_, t.
II, p. 457-458.]
[Note 236 : D’autres Numides, séparés des précédents par de grandes
distances, vivaient entre Sétif et Bordj-Bou-Aréridj.]
[Note 237 : Aradion, nom berbère d’homme que porta le chef d’une
insurrection du IIIe siècle.]
[Note 238 : Sicca Veneria avait trois églises : Ksar-Er-Rhoula hors de
la ville, Dar-El-Kous qui est l’église actuelle, et la Grande Mosquée
bâtie sur les restes d’une basilique.]
[Note 239 : Sur _Thugga_, lire Dr CARTON : De _Thubursicum Bure_ à
_Aunobari_ (_Rev. Tun._, 1904) et _Ruines de Dougga Thugga_, Tunis, s.
d. (1910).]
[Note 240 : DIEHL : _Afrique byz._, p. 220, indique les dimensions de
ces enceintes :
Théveste 320m × 280, c’est-à-dire presque 9 hectares ;
Laribus 220m × 203 = 4 hectares et demi ;
Ammaedara 200m × 110 = un peu plus de 2 hectares ;
Thibursicum 150m × 140 = un peu plus de 2 hectares.]
[Note 241 : Descendants modernes des Frexes, les Fréchich se font
remonter à un certain Chich, lieutenant du patrice qui, après la prise
de Sbeitla par Abdallah ben Bou Sarh, en 647, se serait enfui, pour être
finalement tué aux environs de Fériana. Une étymologie indigène
fantaisiste veut voir dans la locution « Ferr Chich » (Chich s’est
sauvé), l’origine du nom propre de la tribu en question.]
[Note 242 : La différence entre la forme antique et moderne du même nom
vient souvent de ce que les Romains avaient estropié un mot berbère
(Uzappa pour Ousafa, etc.), qui cependant a pu nous parvenir avec son
vêtement primitif.]
[Note 243 : Les Nememcha montrent à 600m au Nord-Ouest du bordj de Bir-
El-Ater les marques du sabot de la jument de Sidi Abdallah et d’une des
pattes d’une slouguia qui, disent-ils, l’accompagnait toujours. CASTEL :
_Tébessa_, t. II, p. 54, donne une reproduction de ces empreintes. Sur
le sommet du Djebel-Osmor au Sud de Tébessa, une roche porte un Afset-
El-Hassan (ROBERT : _Contrib. au folklore des indig. de l’Algérie_ in
_Actes du XIVe Congrès des Orientalistes_, Alger, 1905, IIIe partie,
Paris, 1908, p. 563).]
[Note 244 : Une des deux mosquées de la Kessera s’appelle Djama El
Mouedzenine.]
[Note 245 : Voir EL BEKRI (XIe s.) et, à propos de la lutte entreprise
par les Chiites en 907-909 contre Ziadetallah l’aghlabite, IBN EL ATHIR,
_Op. cit._, p. 294-295 et IBN KHALDOUN, _Op. cit._, I, p. 279 et II, p.
518-519.]
[Note 246 : Les manuscrits d’IBN EL ATHIR fournissent ces deux
orthographes qui semblent avoir un prodrome dans la leçon _Metridera_
donnée par PAUL OROSE et rapportée avec d’autres par TISSOT (_Géog.
Comp._, II, p. 460. Le traducteur d’Ibn el Athir n’a pas songé à cette
identification qui nous paraît certaine. Ces orthographes elles-mêmes
semblent résulter d’une confusion des deux derniers termes du nom
officiel qui était _Colonia Flavia Augusta Emerita Ammaedara_.]
[Note 247 : Fondé par les descendants de Jaber ben Abdallah El Ansari,
compagnon de Mahomet, aux environs de la montagne qui devint le Bou-
Jaber.]
[Note 248 : IBN HAUCAL, _Op. cit._, p. 51 et 52.]
[Note 249 : _Op. cit._, p. 106.]
[Note 250 : _Op. cit._, p. 295.]
[Note 251 : EL BEKRI, _Op. cit._, p. 130.]
[Note 252 : Idem, p. 120-121.]
[Note 253 : Idem, p. 132.]
[Note 254 : IBN EL ATHIR, _Op. cit._, p. 297. On tua 3.000 habitants
dans la mosquée. EL BEKRI, _Op. cit._, p. 112, dit 30.000, non sans
exagération.]
[Note 255 : Idem, _Ibidem_, p. 326.]
[Note 256 : IBN KHALDOUN, _Op. cit._, II, p. 98.]
[Note 257 : P. 88.]
[Note 258 : _Op. cit._, p. 137.]
[Note 259 : Les Arabes, observe MARMOL, _Op. cit._, II, p. 444-445,
n’ont pas voulu laisser rebâtir les villes qu’ils avaient détruites et
ce afin d’errer librement avec leurs troupeaux et de jouir en paix des
richesses de la campagne.]
[Note 260 : IBN KHALDOUN, II, p. 42-43 et 193.]
[Note 261 : Idem, II, p. 412-413.]
[Note 262 : LÉON l’Africain, _Op. cit._, III, p. 115 et MARMOL, _Op.
cit._, II, p. 443. Dans IBN KHALDOUN, II, p. 220, il est question de
Tébessa au XIIIe siècle.]
[Note 263 : MARMOL, _Op. cit._, II, p. 530.]
[Note 264 : _Op. cit._, p. 132 et 79. Les Merniça, dit IBN KHALDOUN (I,
p. 230), vivent dispersés parmi les tribus arabes. Les Merniça sont des
Oulhaça de la branche des Nefzaoua des Louata.]
[Note 265 : IBN KHALDOUN, _Op. cit._, I, p. 273-282 et II, p. 302-303.
CARETTE : _Recherches sur l’origine et les migr._ est tombé dans une
grosse erreur en disant, p. 141, que les Haouara et les Zenata
occupaient très peu de place dans la Régence de Tunis.]
[Note 266 : La Kalaat-Senane est une forteresse haouaride. IBN KHALDOUN,
_Op. cit._, II, p. 394.]
[Note 267 : IBN KHALDOUN, II, p. 451, parle d’une bataille en 1318 à
Messouh dans le pays des Haouara. Il faut sans doute lire Massouge en
restituant un point diacritique.]
[Note 268 : LÉON l’Africain, t. III, p. 110-113.]
[Note 269 : IBN KHALDOUN, II, p. 303. Ailleurs, I, p. 272, IBN KHALDOUN
indique qu’il y avait encore des Haouara en Tripolitaine : Tarhouna,
Mesrata, Ourfella, Ghariane dans le Maghreb Central et entre Béja et la
mer.]
[Note 270 : IBN KHALDOUN, I, p. 278.]
[Note 271 : Idem, I, p. 34.]
[Note 272 : Voir sur les Riah, IBN KHALDOUN, _Op. cit._, I, p. 70-86 et
sur les Soléim, idem, I, p. 134-166.]
[Note 273 : IBN KHALDOUN, II, p. 396.]
[Note 274 : Sur les icta et les populations berbères sujettes, voir par
exemple IBN KHALDOUN, III, p. 92, 106, 114, 226 et IV, p. 262.]
[Note 275 : Idem, I, p. 150.]
[Note 276 : _Op. cit._, p. 179.]
[Note 277 : CARETTE : _Rech. sur l’orig. et les migr._, traite des
Chaouïa aux pages 147-153 ; 190, 297-303, 314-315. Sur le sens du mot
Chaouïa, voir DOUTTÉ : _Marrakech_, 1er fasc., Paris, 1905, p. 3-6.
Nombreuses références montrant que ce terme se trouve déjà dans Ibn
Khaldoun.]
[Note 278 : Il ne faut pas l’oublier quand on lit les auteurs
postérieurs comme EL KAIROUANI ou MOHAMMED SEGHIR BEN YOUSEF.]
[Note 279 : Cf. TISSOT : _Géogr. Comp._, I, p. 414-415.]
[Note 280 : _Les Harar_, _loc. cit._, p. 139-141.]
[Note 281 : ZERKECHI, _Op. cit._, p. 253, parle des Chenenfa dès 1463.]
[Note 282 : _Op. cit._, p. 191 et 223.]
[Note 283 : Sur cet Hannech ben Bara ben Ounifen qui légua son nom au
Djebel-Bel-Hannech, voir IBN KHALDOUN, II, p. 102 et ZERKECHI, _Op.
cit._, p. 26. A vrai dire, cette famille faisant fi de cet ancêtre trop
berbère se réclamait d’un certain Hannech ben Abdallah, compagnon de
Mahomet, qui aurait assisté en 667-668 à la conquête de Djerba. (IBN
KHALDOUN, III, p. 64, note 2, et FÉRAUD : _Les Harar_, _loc. cit._, p.
128-130.) D’après cette version, les Harar seraient venus de
Tripolitaine dans la région de Tébessa avec les tribus soléimites. Mais
l’invasion de celles-ci en Ifriqia n’eut lieu qu’après 1234, alors que
cent ans avant un chef Harar dirige déjà les Beni-Ounifen. L’argument
donné par Féraud concernant le nom de la Kalaat-Senane est sans valeur
comme nous l’avons démontré dans _la Revue Tunisienne_ de 1906.]
[Note 284 : FÉRAUD : _Les Harar_, pass., étend la confédération plus que
ne le consentent les traditions tunisiennes.]
[Note 285 : Nous avons dressé ce tableau en nous appuyant sur les
traditions locales corroborées plus d’une fois par d’anciens titres de
propriété.]
[Note 286 : Les Mahammid sont cités en Tripolitaine au XIIIe siècle par
IBN KHALDOUN, _Op. cit._, II, p. 401.]
[Note 287 : ZERKECHI, _Op. cit._, p. 177. Ces Mahammid comportaient un
élément berbère sujet dont devaient faire partie les Kouka.]
[Note 288 : PAULI JOVII : ..... _historiarum sui temporis tomus
secundus_. Lutetiae, MDLIIII, fo 142, vo.]
[Note 289 : D’après le document espagnol cité par FÉRAUD : _Les Harar_,
_loc. cit._, p. 139.]
[Note 290 : SHAW, _Op. cit._, I, p. 164, indique expressément qu’il y a
une garnison turque à Tébessa. Celle-ci aurait été installée vers 1650
sur la demande des habitants. (FÉRAUD : _Notes sur Tébessa_, _loc.
cit._, p. 441.)]
[Note 291 : CAGNAT et SALADIN : _Voyage_....., p. 160-161, disent
quelques mots de la question. Les traditions indigènes sont vagues.]
[Note 292 : Cette clause est indiquée par ROUSSEAU : « _Annales
Tunisiennes_ », p. 44-45, d’après l’historien tunisien El Hadj Hammouda
ben Abdelaziz.]
[Note 293 : EL KAIROUANI, _Op. cit._, p. 349-350.]
[Note 294 : Idem, p. 386 et suiv.]
[Note 295 : Il y a une qoubba de Sidi Ben Chennouf au Kef, dans le
quartier Cherfine. Les Beni-Chennouf sont aujourd’hui une des plus
grandes familles de l’Aurés.]
[Note 296 : On raconte que Rihana et Nemcha furent confisqués à la suite
de meurtres, le Goraa et El-Hariche pour punir les Ouled-Mimoun d’avoir
brûlé sept personnes dans un gourbi.]
[Note 297 : _Op. cit._, I, p. 278. Des actes notariés prouvent que
jusqu’au milieu du XVIIIe siècle il y eut des Ouled-Yagoub autour de la
Foussana et à Bermajna. Actuellement une fraction des Ouled-Msahel est
formée d’Ouled-Yagoub.]
[Note 298 : EL KAIROUANI, _Op. cit._, p. 393, cite le caïd Hassen El
Montaceb identifiable au caïd Hassen des Touaba et Gouazine qui ramena
les Drid en Tunisie et fut leur premier chef moderne.]
[Note 299 : Bou Aziz était le chef de la branche aînée des Harar ; la
branche cadette est désignée, dans la _Mechra el Melki_, sous le nom
d’Ouled-Amar. Voir dans FÉRAUD : _Les Harar_, _loc. cit._, p. 394-396,
le tableau des deux branches. C’est en 1735 que les chefs des Ouled-Amar
sont tués par trahison, par Ali-Pacha, quatre ans avant Bou Aziz. A ce
moment, les Hanencha étaient plutôt comptés comme tribu algérienne,
d’après la _Mechra el Melki_, p. 167. Ils le deviennent complètement
après la dissolution de la confédération et ne conservent que la région
au midi de Souk-Ahras où, en 1727, SHAW nous les montre déjà plus
spécialement installés. _Op. cit._, I, p. 162-164.]
[Note 300 : _Op. cit._, I, p. 278. Le même auteur cite les Ouled-Omrane
des Majeur là où ils sont actuellement.]
[Note 301 : _Siba_ signifie « renoncement, abandon ». Le _Bled-Siba_ est
le pays des tribus indépendantes. La moindre liberté des tribus
tunisiennes se marque par un mot moins expressif.]
[Note 302 : Issu des Beni-Rezg, on l’appelait Riahi parce qu’il était né
sur le territoire des Riah.]
[Note 303 : Elles étaient poussées par le Bey désireux d’affirmer ses
droits en face de Tébessa, française depuis 1842. Le bordj de la douane
d’Haïdra est un peu postérieur à 1881.]
[Note 304 : PELLISSIER, _Op. cit._, p. 185.]
[Note 305 : PELLISSIER, _Op. cit._, p. 178.]
[Note 306 : La dernière du Haut-Tell, celle du caïd des Majeur, Mustapha
ben Gaddoum, ne survécut pas à 1890.]
[Note 307 : A Fériana il y avait une annexe du Cercle de Gafsa.]
CHAPITRE NEUVIÈME
=Les Groupements ethniques et religieux=
* * * * *
Le Bled-Et-Trouk du XVIIIe siècle avait pour noyau le Kef et les petites
tribus des Arouch-Es-Sendjaq auxquels s’agrègent, sur la frontière, les
Ounifa et, dans la zone des plaines centrales, la tribu maghzen des
Drid. Au delà de celle-ci, la région de Téboursouk est habitée par des
petites fractions, forcément soumises au beylik, et, plus au levant, les
Ouled-Yahia, les Ouled-Aoun, le Bargou et la Kessera amènent le Bled-Et-
Trouk jusqu’à la chaîne de Zeugitane. En revanche, tout le midi du Haut-
Tell se range dans le Bled-El-Arab, qui inscrit d’Est en Ouest les
Ouled-Ayar, les Ouartane, les Majeur et les Fréchich.
La région que nous étudions est donc, durant les XVIIIe et XIXe siècles,
nettement divisée en deux blocs de tendance politique opposée, pourvus
d’une base géographique distincte. Les éléments du premier, quand ils
sont très éloignés du Kef (Ouled-Bou-Rhanem, Ouled-Aoun) font d’aventure
preuve d’indépendance surtout fiscale, mais, en gros, ils suivent les
inspirations du beylik. Inversement, le bloc méridional, fier de ses
membres plus homogènes et plus compacts, adopte une ligne de conduite
plutôt hostile. En 1864, c’est lui qui fomente l’insurrection de Ben-
Rhadahem. En 1881, il allume un des grands foyers du mouvement contre
notre intervention, et c’est à une de ses tribus, les Fréchich, qu’on
doit, en 1906, l’équipée du marabout Amor ben Othmane, seul incident qui
ait, pour quelques heures, interrompu la paix profonde dont jouit le
pays sous le Protectorat.
Cette paix elle-même et les remaniements administratifs opérés depuis
1881 ont éteint bien des vieilles haines. Les noms d’Hassinïa et Bachïa
ont perdu leur sens concret et le ressentiment contre les tribus maghzen
est tombé. Pas mal de gens ne savent plus dans quel sof combattaient
leurs ancêtres. Néanmoins, les antagonismes antérieurs revivent en
certaines occasions. Sous l’uniformité territoriale des caïdats et des
cheikhats contemporains, il n’est donc pas inutile de faire percer la
diversité ethnique fondamentale. L’affaire de 1906 montre d’ailleurs
qu’on aurait tort d’oublier entièrement le passé d’indiscipline du Bled-
El-Arab et, comme les deux ex-sofs ont un périmètre défini, il n’y a que
des avantages à les prendre pour base d’une description des tribus du
Haut-Tell. Nous consacrerons ensuite quelques pages à certains
groupements particuliers comme les israélites, les Algériens, les
fractions maraboutiques et les confréries religieuses.
I
LES TRIBUS DE L’ANCIEN BLED-ET-TROUK
* * * * *
1o =Les petites tribus=
En dehors des grandes peuplades, une véritable poussière ethnique
s’était déposée au hasard, débris d’anciennes tribus, ou _tiach_
(expatriés) entraînés hors de chez eux par la guerre ou le nomadisme.
Ces corpuscules occupaient surtout le Nord-Ouest du Haut-Tell, c’est-à-
dire le pays évacué par les Beni-Chennouf, les Ouled-Mimoun et les
Ouled-Yahia et que les Drid n’avaient pas rempli. Aux alentours du Kef,
ils furent, au XVIIIe siècle, unis sous le nom d’Arouch-Es-Sendjaq
(tribus du drapeau), dont les membres étaient qualifiés de _raïat es
sendjaq_ (sujets de l’étendard)[308]. D’autres se virent, au XIXe
siècle, amalgamés en Arouch-Er-Rgag (petites tribus). D’autres, enfin,
ceux de la banlieue de Téboursouk, furent mis très tard sous la
dépendance du caïd de cette bourgade.
A l’organisation des Arouch-Es-Sendjaq avait présidé l’idée d’assurer un
appui à la garnison du Kef par la création d’une sorte de Cercle où les
beys levaient des goums. Le rôle des Arouch-Es-Sendjaq se borna plus
tard à recevoir et à entretenir des soldats réguliers jusqu’au règne
d’Ahmed-Bey. Leurs villages et Le Kef furent alors assujettis à la
conscription avec Téboursouk et les décherats hassinites de la forêt de
la Kessera et du Bargou[309]. Les Arouch-Es-Sendjaq constituaient le
territoire propre du gouverneur du Kef. Y figuraient notamment les
habitants de la ville et de sa banlieue (Ouled-Thaleb fraction des
Ouled-Soula, Klaa qui furent parmi les plus chauds fauteurs des Beni-
Chennouf et à qui est due la zaouïa du Dyr du Kef, Mellita, Ouled-Ali du
Sers, le village d’Ellès et les Ouled-Abdallah des Ouled-Ayar). Sous
l’autorité du gouverneur du Kef étaient aussi plus à l’Ouest les
villages de Zouarine et de Kalaat-Senane et les Gheraba (c’est-à-dire
des Algériens d’origine). Les Arouch-Es-Sendjaq ne s’offrent donc pas
comme une unité territoriale. Mais, vu qu’entre leurs divers membres
s’étendaient les tribus maghzen des Ouled-Yagoub, Drid et Beni-Rezg, le
commandement du Kef s’exerçait en définitive sur un secteur d’un seul
tenant. La Kalaat-Senane, enclavée chez les Ouled-Bou-Rhanem, faisait
seule exception.