continuent à être froides :
_Mactar_ :
Printemps à nuits froides Id. à nuits clémentes
_ 1906 _ _ 1904 _
/ \ / \
Moy. des min. Min. abs. Moy. des min. Min. abs.
Mars 2°8 − 2° 4°3 − 1°
Avril 5°2 − 3° le 2 6°6 + 2°
Mai 7°2 + 3° 11°6 + 4°
Ainsi, les minima nocturnes ne sont pas beaucoup plus chauds au
printemps qu’en hiver, tant sur les sraouate qu’en plaine. De février à
mai, la moyenne des minima n’augmente que de 6 points environ. La
moyenne des maxima, en revanche, s’enfle presque du double. Le printemps
se caractérise donc en regard de l’hiver par l’accroissement des
températures du jour. La moyenne des minima de mai est plus faible que
celle d’octobre, celle des maxima est, au contraire, un peu supérieure.
Dans le Haut-Tell algérien, à l’Ouest de Souk-Ahras, on éprouve
d’aventure en avril et même en mai des abaissements de température hors
de saison. En mai 1902 on déplora à Sétif douze fois − 7°. Les pailles
des céréales, grillées par le gel, cassaient comme du verre sur les
sraouate[159]. Moins élevé, doté de plaines qui fonctionnent comme
magasins de chaleur, et plus influencé par la mer orientale, le Haut-
Tell de Tunisie n’a pas à craindre de pareils désastres. Cependant, des
gelées s’y observent au printemps. A Mactar, le 15 mai 1904 sévit une
gelée très forte. Le 30 avril précédent, étant campé à Bir-Bou-Hofra
(plateau de Bou-Chebka), ma tente se couvrit pendant la nuit d’un givre
épais. Le 22 avril 1900, constatation analogue dans la plaine de Rohia,
etc. Le maigre développement qu’ont certaines années les tiges des
céréales est souvent en liaison non avec la sécheresse, mais avec les
rigueurs des températures nocturnes et avec des coups de djebeli.
Passons maintenant aux températures diurnes auxquelles est dû l’essor de
la végétation :
_Mactar_ :
1894 (printemps froid) 1902 (printemps chaud)
/ \ / \
Moy. des max. Max. abs. Moy. des max. Max. abs.
Mars 11°1 20° 15°5 27°
Avril 15°1 22° 22° 37°
Mai 21°4 31° 20°9 31°
Avril, remarquons-le, est parfois plus chaud que mai. Il faut voir là
d’ordinaire une répercussion du sirocco, lequel exerce son action
desséchante sur les céréales en vert. Dans les sraouate, l’orge et le
blé ont moins à en souffrir, parce que les vents de Sud-Ouest ou de Sud
n’y portent pas la température au même paroxysme que dans les régions
basses, et parce que la terre argileuse contient des trésors hydriques
qui remplacent immédiatement chez les jeunes plantes les particules
aqueuses aspirées par le chehili. Mais il en est autrement dans les
plaines au sol hamri ou sableux.
Quant aux pluies, celles d’automne ont permis de labourer et grâce aux
précipitations de l’hiver les grains ont germé. Aux chutes d’eau
printanières le soin de faire pousser les tiges et former les épis.
Quelques 100mm semblent nécessaires à cet office et ce total est presque
toujours atteint sur les sraouate du Nord du Haut-Tell. En dix années,
de 1900 à 1910, deux fois seulement on enregistra à Téboursouk un
chiffre inférieur. (A Mactar et à Thala, quatre fois.)
Certains printemps déversent un vrai déluge d’eau : au Kef 450mm en 1890
et en 1892 et 350 à Mactar. L’humidité de tel ou tel mois de printemps
est parfois assez prononcée pour créer des brouillards intenses. Mais,
comme pour l’hiver, c’est leur répartition qui donne toute leur valeur
aux pluies :
LE KEF 1899 MACTAR 1901
Mauvaise répartition Bonne répartition
mm mm
Mars 97,2 26,3
Avril 12,1 35,5
Mai 9,7 78,8
----- -----
TOTAUX 119,0 140,4
Quand la saison a été relativement sèche, le déclin d’avril et la moitié
initiale de mai revêtent une importance particulière et entraînent le
succès ou l’échec de la campagne agricole[160]. Ces pluies sont surtout
propices pour les céréales semées tard et pour celles dont l’évolution a
été entravée par le froid. Leur utilité est donc hors de pair sur les
sraouate et même en plaine pour le blé. Quant à l’orge, il est moissonné
en plaine dans la seconde quinzaine de mai et dans la première quinzaine
de juin sur les sraouate. C’est la fin du printemps.
2o _L’été saison chaude._ — Au point de vue agricole, l’été est le
couronnement de l’année : il s’ouvre avec la moisson et se clôt avec le
dépiquage. Au point de vue de la température, il est la période où le
thermomètre touche chaque jour 30° ou plus. Au point de vue des
précipitations, c’est la phase des moindres pluies et celle des orages.
Ces trois ordres de phénomènes, qui ont entre eux une relation assez
étroite, coïncident en gros pendant les quatre mois de juin à septembre,
avec cette réserve que l’été est à la fois plus précoce et dure
davantage en plaine que sur les sraouate.
Sur ceux-ci, avons-nous dit, l’été va du 15 juin au 15 septembre.
_Mactar_ :
_ 1889 (été chaud) _ _ 1890 (été frais) _
/ \ / \
Moy. des max. Max. abs. Moy. des max. Max. abs.
Juin 25°9 39°0 23°3 32°
Juillet 31°9 4 fois 40 26°0 35°
à 42°
Août 34°0 3 fois plus 31° 35°
de 40°, dont
1 fois 44°
Septembre. 24°4 35°0 22°3 25°
Même pendant les coups de sirocco, les nuits d’été ne sont jamais
étouffantes. Sur les sraouate, en temps ordinaire, elles sont plutôt
fraîches. Les moyennes des minima vont en effet de 12°,5 à 18°,4 (été de
1903) et de 13°,9 à 21°,8 (été de 1902). Sur les parties élevées et
ventilées, dès le coucher du soleil on ressent comme une impression de
froid véritable. Les températures de l’été sont donc, sur les sraouate,
parfaitement clémentes pour les Européens qui y rencontrent à peu près
les conditions de la Kroumirie. Certains endroits comme la Kessera ou le
Chambi pourvus d’eau, de boisements et de buts d’excursion, pourront un
jour devenir, tout comme Aïn-Draham, des stations estivales pour les
habitants des plaines ou de la Steppe voisines.
L’époque la plus chaude est constituée par les mois de juillet et
d’août, et en général août est plus fort que juillet. _L’aoussou_
(canicule) débute avec la dernière semaine de juillet et englobe août et
les commencements de septembre. La fin de l’aoussou annonce sur les
sraouate l’expiration de l’été lui-même. Car si septembre accuse encore
dans ses deux premières semaines des températures assez hautes (41° le
1er septembre 1892 à Mactar, 35° le 3 septembre 1901, 34° le 12
septembre 1903, etc.) une baisse notable se manifeste ensuite. En 1902,
le thermomètre tombe sous 30° à partir du 14 septembre qui, avec son
brouillard, est vraiment la tête d’une autre saison. Parfois, la chaleur
cesse plus tôt. Non seulement la moyenne des maxima de septembre
n’atteint jamais 30° à Mactar, mais encore à l’occasion le maximum
absolu du mois demeure au-dessous de cette ligne (29° en 1904). Cet
affaissement de l’été dépend d’orages survenus par vent de Nord-Ouest et
qui déterminent un refroidissement stable de l’air.
Notons que le Kef et surtout Téboursouk sont plus chauds que Mactar.
Téboursouk posé, en effet, sur la lisière et en contrebas d’un sra est,
avec ses 465m d’altitude, au niveau de beaucoup de plaines du Haut-Tell
et participe du climat de la vallée du Khalled qui s’allonge à ses
pieds. A Téboursouk, il fait en moyenne en été trois ou quatre degrés de
plus qu’à Mactar. Le 10 septembre 1900 ou y a enregistré 47°. Pour
trouver dans cette région un véritable pendant à Mactar, il faut monter
vers le Goraa et aller, par exemple, à Nemcha. Si, au contraire, on
descend en plaine dans le Krib ou vers la Dakhlat de Souk-el-Arba, la
température s’aggrave. Voici ce qu’on remarque pour un été chaud à
Saint-Joseph-de-Thibar :
Moy. des max. Max. abs.
Mai 22°4 33°
Juin 32°8 41°
Juillet 41°8 46°
Août 37°4 45°
Septembre 34°5 40°
Octobre 25°5 38°
Quant aux moyennes des minima, elles oscillent entre 16°,7 et 20°,6 (été
de 1901) et 16°,4 et 23°,2 (été de 1902). Ces températures sont
infiniment supérieures à celles que Mactar offre pour les mêmes années,
et, du rapprochement des chiffres, il ressort que l’été le moins fort de
Saint-Joseph-de-Thibar équivaut à l’été le plus accentué de Mactar. La
durée de la période chaude est aussi plus grande à Thibar. Comme nous
l’avons signalé, l’été compte dans les zones basses quatre mois pleins
ayant à peu près constamment plus de 30° et si l’on veut retrouver les
équivalents thermiques des mois de juin et de septembre des sraouate, il
faut les chercher respectivement dans les mois de mai et d’octobre des
plaines. Les orages de septembre par vent de Nord-Ouest s’adressent, en
effet, quasi exclusivement aux sraouate et aux montagnes et leur rôle en
plaine est bien moindre.
3o _L’été saison sèche._ — Saison chaude, l’été est aussi en Tunisie la
saison sèche, et cette règle est très nette dans les plaines du Haut-
Tell qui n’ont durant les mois de juin, juillet et août que des pluies
insignifiantes. Sur les sraouate, autre régime. En harmonie avec la
fraîcheur relative de la température on a des pluies estivales
fréquentes, caractère assez commun à la vérité dans les pays de
montagne. Avec la Kroumirie et Bizerte-Mateur, la zone élevée du Haut-
Tell est le district de Tunisie qui reçoit en été le plus de
précipitations. Le mois le plus sec est juillet, qui est l’axe de la
période sèche. Mais août est coupé de pluies ; juin et surtout septembre
sont assez mouillés. A Mactar, les trois mois de juin à août ont
enregistré sept fois à leur actif le cinquième au moins des
précipitations annuelles. En général, sur les sraouate du Haut-Tell, il
tombe durant ces trois mois de 40 à 90mm d’eau (4 à 16 jours). En
juillet 1911, on a vu s’écraser sur Thala 274mm au cours de huit orages
durant lesquels quinze personnes furent tuées par la foudre.
Pourtant, si l’on procède à une décomposition du chiffre des pluies
estivales et si l’on fait abstraction des commencements de juin une
certaine saison sèche se révèle. C’est ainsi qu’à Mactar, du 18 juin au
31 août 1903, il n’y eut aucune espèce de pluie. Dans la même station,
en 1902, du 6 juin au 25 septembre, on ne constata que 20mm en 6 jours.
A Thala, les quatre mois juin-septembre n’inscrivirent rien en 1905 et
9mm à peine en 1902, phénomène qui dénonce le voisinage de la Steppe.
Septembre, pourtant toujours plus ou moins humide, est sur les sraouate
le prodrome de l’automne tant par l’abaissement de la température que
par l’augmentation de la pluviosité.
Les précipitations estivales s’abattent sous forme d’orages[161]
éclatant presque invariablement dans la deuxième moitié de la journée et
se répétant d’ordinaire plusieurs jours de suite. Elles s’étendent à
l’occasion assez loin au Nord-Est, le long de la chaîne de Zeugitane et,
quand l’été est pluvieux, jusqu’à Tunis même. Exceptionnellement, elles
arrivent jusqu’à Kairouan, comme en juillet 1911.
Secourables grâce à leur influence sur la température, les pluies d’été
ont encore cette conséquence heureuse d’entretenir ou de renouveler les
pâturages. Plus d’une fois, elles rappellent les troupeaux qui ont
émigré vers les régions septentrionales plus riches en herbe. Néanmoins,
les habitants du Haut-Tell ne voient pas ces averses avec plaisir. Car,
sauf au début de juin, elles n’ont pas d’avantages agricoles. Elles
gênent la moisson, détériorent les meules, nuisent aux battages et leur
ensemble diminue d’autant le quantum des précipitations annuelles
réellement utiles. La pénurie hydrique de l’année 1901-02 à Mactar
(238mm) fut encore accentuée au point de vue productif par ce fait que
54mm tombèrent en été ne laissant que 183mm assimilables par les
céréales. De deux années inégalement pluvieuses, la meilleure n’est donc
pas toujours celle qui offre le total brut le plus élevé :
_Saint-Joseph-de-Thibar_ :
Total brut Pluies Quantité utile
des pluies estivales pour les céréales
1899-1900 465mm 112mm 353mm
1901-1902 414 0 414
Les plaines ayant une saison sèche d’été beaucoup plus franche que les
sraouate, il en résulte que la différence pluviale entre les unes et les
autres se trouve atténuée dans la pratique. Tout en recevant moins de
pluie qu’un sra voisin, une plaine peut disposer d’une même tranche pour
les céréales.
Les orages des après-midi d’été criblent en outre plus d’une fois les
plaines et surtout les sraouate de grelons destructeurs. Dans le Haut-
Tell, on compte de deux à huit chutes de grèle, du printemps à
l’automne, et ce parfois dès le mois de mars (2 mars 1903 à Mactar).
Juin est le mois le plus dangereux. S’il serait oiseux d’énumérer les
grands orages de grèle dont a souffert le Haut-Tell depuis 1881, il
n’est pas sans intérêt de nous arrêter sur ceux de 1906 qui reproduisent
avec une intensité particulière les constatations faites jusqu’à présent
au sujet des routes les plus habituellement suivies dans le Haut-Tell
par ce genre de phénomènes (voir carte ci-jointe).
Le 12 mai 1906, la grèle accourue de Tébessa et du Kouif, s’épancha sur
le Tell des Fréchich. D’une part, elle causa des dégâts sur le Sri
d’Haïdra, le Char et la région du Bel-Hannech ; d’autre part, elle
visita la plaine d’El-Afrane, les Hamad et le Zelfane. Elle s’épanouit
en guise d’éventail sans beaucoup de mal jusqu’au sraouate des Majeur.
Ces orages de grèle, nés vers Tébessa, marchent souvent plus loin vers
l’Est et, dépassant le Djebel-Chaquetma, vont mourir sur le Skarna, par
dessus le Nord de la plaine de Rohia dont la zone méridionale est
ordinairement indemne. Le 12 juin, la grèle se forma encore sur la
frontière algérienne, mais plus au Nord vers Kalaat-Senane. Elle prit
d’abord par une bande de terrain assez étroite comprenant le Nord des
plaines de Zouarine et du Sers, mais sur cet espace, tout ce qu’elle
traversa (environ 3.000 hectares de champs cultivés) subit un déchet
pécuniaire de 550.000 francs. Puis, par l’Oued-Tessa, l’orage inclina
vers le septentrion et se déchargea sur la Rhorfa, le Djebel-Bou-Kahil
et le front Sud-Ouest des sraouate de Téboursouk affectant, mais d’une
manière incomplète, un millier d’hectares de céréales. En même temps, le
massif de Mactar était aspergé de grelons jusque vers la Kessera et
Mansoura sans qu’il en découlât grand dommage, sauf sur El-Bèz. Mais
d’El-Bèz et d’Ellès, une nuée destructrice filait le long du massif
comme aspirée par la vallée du Massouge, et anéantissant sur son passage
pour 380.000 francs de céréales sur 2.000 hectares, butait à Sidi-Djaber
contre le Roba-Siliana pour accompagner la lisière de ce dernier
jusqu’au milieu du Roba-Ould-Yahia. Un troisième orage de grèle
constitué le 7 juillet à Sakiet-Sidi-Yousef, s’avança d’Ouest en Est et
éclata à Sidi-Amor-Ben-Zeghid, à quelques kilomètres du Kef dont la
petite et grande banlieue furent radicalement dévastées sur environ
1.700 hectares (perte en argent : 300.000 francs).
[Illustration : _Carte 6._ — CARTE DE LA DIRECTION DES ORAGES DE GRÊLE]
Ces trois orages qui ravirent aux cultivateurs une somme globale de
1.300.000 francs indiquent à merveille les itinéraires de la grèle dans
les quatre cinquièmes du Haut-Tell. Quant à la région de Téboursouk, la
grèle y entre soit par le Sud-Ouest (brèche de la Rhorfa-Krib), soit par
l’Ouest (Bordj-Messaoudi, route Kef-Téboursouk), prolongeant ainsi les
orages venus de Kalaat-Senane ou de Sakiet. On a constaté enfin des
orages de grèle débouchant du Nord-Ouest par Hammam-Biadha et l’Oued-
Tessa et gagnant Aïn-Fourna par le Fedj-El-Adhoum, le Gafour et le
versant Nord du Roba-Siliana. Cette ligne Hammam-Biadha-Aïn-Fourna
paraît à partir du Krib assez indépendante du relief qui est d’ailleurs
modeste. Elle concorde avec la direction du vent pluvieux. Mais dans le
reste du Haut-Tell, les orages de grèle cheminent Ouest-Est ou Sud-
Ouest-Nord-Est et coïncident ainsi avec l’allure des principaux
plissements du pays plutôt qu’avec l’orientation familière des nuages
fournisseurs d’eau.
La grèle montre quel avantage il y a à hâter la moisson qui, pour le
blé, débute en plaine vers le 15 juin, et vers le 5 ou le 10 juillet en
montagne. L’orge est généralement coupé à la fin de juin, le blé à la
fin de juillet ou à la mi-août et l’on dépique jusqu’en plein septembre.
En même temps que mûrissent les céréales, montent en graine aussi et se
dessèchent les autres végétaux annuels. A la moitié de juin, dans les
jachères ou parmi les blés, on aperçoit encore quelques fleurs, carottes
sauvages à ombelles blanches, liserons roses ou coquelicots pourpres,
chicorées qui jouent en quelque sorte nos bleuets, thapsias couleur d’or
(_driès_ ou _bou nefa_), fumeterres, etc. Mais avec juillet, la dernière
verdure disparaît. Dans l’Afrique du Nord, la végétation est suspendue
en été comme en France en hiver. Les céréales une fois enlevées,
jusqu’aux pluies d’automne il n’y a plus que du _guich_, c’est-à-dire
des chaumes et des herbes sèches, natte monotone de l’été ayant remplacé
le tapis somptueux et bariolé qu’avait déployé le printemps.
Dans l’ensemble, le climat du Haut-Tell se présente comme propice à la
vie humaine par suite de ses températures modérées, analogues à celles
de bien des cantons d’Italie. L’hiver est froid et pourvu de neige.
L’été est tempéré en montagne. Au point de vue économique, ce climat
offre de bonnes possibilités agricoles dans les plaines de la Friguia et
sur les sraouate grâce à des pluies suffisantes. Celles-ci entretiennent
une végétation spontanée non négligeable et permettent aux arbres
l’assemblage en forêts. Elles nourrissent également nombre de belles
sources et des rivières qui comptent parmi les principales de Tunisie.
Assurément, comparé à la métropole, le Haut-Tell est plutôt pauvre en
eaux, ainsi qu’il est aisé de le déduire du chiffre des précipitations.
Mais si on le met en regard des autres compartiments tunisiens, il se
classe comme nous allons le voir à un rang des plus honorables puisqu’il
ne le cède à ce sujet qu’au Tell Septentrional.
* * * * *
[Note 141 : Les observations météorologiques officielles mentionnent le
plus souvent le courant aérien qui règne au moment du relevé journalier,
alors que la pluie a pu tomber quelques heures plus tôt par un vent
totalement différent. Les témoignages indigènes éclairent le rôle
hydrique des vents orientaux.]
[Note 142 : C’est à peu près à ces conclusions qu’arrive le Chef du
Service météorologique de la Tunisie GINESTOUS. Nous avons seulement
accentué l’influence des vents de la direction Est.]
[Note 143 : GINESTOUS : _Etude sur le climat_, p. 118, a fourni une
carte de la répartition annuelle des pluies qui met en lumière ce
phénomène. Toutefois, les chiffres paraissent un peu forts et les lignes
de 400 et de 500mm semblent devoir être reportées plus au Nord.]
[Note 144 : GINESTOUS, _Op. cit._, p. 94.]
[Note 145 : Aux chiffres cités par GINESTOUS, _Op. cit._, p. 31, nous en
avons ajouté quelques-uns relatifs au Haut-Tell.]
[Note 146 : BONNET : _Géog. botan. de la Tunisie_, p. 8, indique qu’à la
mi-juin 1883, le thermomètre fronde donnait, vers Sidi-el-Hani, 33°,
alors qu’il marquait 59° sur le sol, parmi les plantes en végétation.]
[Note 147 : CH. RIVIÈRE : _Refroidissements nocturnes de l’air et du
sol_, indique fort bien la différence qui court entre la météorologie
officielle et la météorologie agricole qui recherche les conditions
réelles de la vie des végétaux. Il y a en hiver au moins quatre ou cinq
degrés de différence entre la température à 1m 50 du sol et celle auprès
de la terre elle-même. Le maximum de froid se vérifie à une dizaine de
centimètres de terre. Dans les couches supérieures, le froid va
s’atténuant progressivement.]
[Note 148 : Voir notre étude sur _le Massif de Mactar_.]
[Note 149 : Voir à ce sujet de judicieuses réflexions dans PH.
GAUCKLER : _La pluie à Alger_ (_Ann. de Géog._, 1903), p. 335-338.]
[Note 150 : POLYBE : _Histoire générale_, livre XIV, chap. I.]
[Note 151 : Voir à ce sujet TRABUT : _Les régions botaniques et
agricoles de l’Algérie_ (_Rev. Scientif._, 1881), p. 461.]
[Note 152 : _Op. cit._, II, p. 275.]
[Note 153 : Les indigènes emploient encore pour les travaux des champs
le calendrier julien qu’ils nomment l’année étrangère (_am el ajmi_).]
[Note 154 : Autour d’un bonhomme de neige, un combat à coups de boules
de neige s’engagea tout comme en France.]
[Note 155 : En 1899, la diligence de Souk-el-Arba au Kef fut en panne au
Dyr quatre jours.]
[Note 156 : _Archives du Contrôle civil de Mactar_, III, 9.]
[Note 157 : RIVIÈRE, _Op. cit._, p. 35, indique pour Constantine, en
janvier 1900, deux minima de − 10° et pour Sétif un minimum de − 13°.
Autour de Sétif, Ryf aurait relevé jusqu’à − 15° (RIVIÈRE, _ibid._, p.
55).]
[Note 158 : Ces djeraïd vont du dessous du genou au cou de pied et ils
sont assujettis au moyen d’une cordelette servant de jarretière.
Parfois, ils comportent un sous pied également en laine.]
[Note 159 : RIVIÈRE, _Op. cit._, p. 57-58 et 63.]
[Note 160 : Dans la Steppe où la végétation est en avance, c’est le mois
de mars _ajmi_ (13 mars-13 avril) qui est la période décisive.]
[Note 161 : SALLUSTE : _De bello Jug._, 75, parle d’un orage d’été qui
assaillit l’armée romaine durant sa marche du Mellègue sur Thala.]
CHAPITRE SIXIÈME
=Le Régime des Eaux=
* * * * *
I
LES EAUX SOUTERRAINES
* * * * *
1o =Le réseau intérieur=
L’eau tombée du ciel s’enfonce en partie dans les terrains perméables
sous lesquels on la retrouve grâce à des excavations verticales ou
horizontales. _Rhar_ désigne toute espèce de caverne. C’est le nom d’un
des villages du Bargou. _Djorf_ est une falaise ou un simple abri sous
roche. Ce dernier s’appelle aussi _rhorf_. La grotte horizontale porte
le nom de _damous_ qui vient du latin _domus_. C’est le souterrain où, à
la rigueur, on pourrait habiter. _Chgueg_ est une fente dans un rocher
ou les fissures des terres argileuses. Il en est d’énormes, comme celle
qu’on voit au Kef-Dougga, en arrière de la falaise orientale. _Hofra_ et
_zoubia_ sont des trous verticaux. Le premier a un sens général qui va
parfois jusqu’à correspondre simplement à « dépression », le second est
l’équivalent du terme français _aven_ (comparer avec le sicilien
_zubbi_). Tous deux étaient appliqués jadis aux fosses à capturer les
fauves.
Comme en Europe, des légendes s’attachent à certaines cavernes avec
intervention de saints, existence de trésors cachés, etc. En haut du
Djebel-Bellota, un damous percerait la montagne de part en part et Si
Abd el Melek aurait passé par là d’un versant à l’autre.
Perpendiculairement au Foum-Zelga, le Serdj est coupé de deux ravins
dont l’un prend naissance à l’Aïn-ed-Deheb (la Source de l’Or) qui
s’échappe d’une anfractuosité où des richesses de pacha seraient
dissimulées[162]. Près de la source sont deux galeries où brille de la
calamine rose. On raconte qu’au bout d’une d’entre elles un escalier
plonge sous terre. Un pâtre s’y serait aventuré sur une soixantaine de
marches, puis, effaré de voir que les degrés ne s’arrêtaient pas, il
aurait eu peur et aurait rebroussé chemin. L’endroit précis où commence
cet escalier est aujourd’hui inconnu. De même, on ignore où se cache
exactement le fameux Damous-es-Siouf (Caverne des Sabres) du Slata.
Mais, ce que l’on sait bien, c’est que les sabres demeurent invisibles
et qu’on peut se promener librement dans le damous et en ressortir
indemne, à condition de s’abstenir de profaner le trésor. Qui ose
ramasser la moindre monnaie est, en revanche, irrémédiablement condamné
à périr au moment de reparaître à l’air. Pour triompher de la vigilance
des inflexibles gardiens d’acier, quelqu’un s’avisa d’un stratagème.
Suivi d’un chien préalablement dressé, il s’introduisit dans la grotte
avec une charge de pains. Ayant bourré ceux-ci de dinars, il les déposa
sur le sol, puis il quitta la caverne. Une fois dehors, il siffla
l’animal qui saisit une des galettes et s’élança. Mais à l’instant, les
lames mystérieuses s’abattirent sur le quadrupède et lui tranchèrent la
tête. A propos de la source du Kef, le Kitab-el-Istibçar[163] narre que
sous la montagne il y a un souterrain où seraient renfermées de grandes
richesses et où peut passer un cavalier armé de lance sans toucher la
voûte.