Quand les pluies sont copieuses, il y a des chances pour que le sol ait

au moment voulu l’humidité idoine. Mais la distribution de celle-ci a

une importance qui s’accroit d’autant plus que le quantum pluvial est

plus petit. La culture des céréales demande, d’octobre à février, une

certaine colonne d’eau, mais il faut aussi que cette dose soit répartie

d’une manière opportune ; d’abord des pluies pour rendre le sol

malléable, puis de beaux jours pour que le paysan procède à ses labours,

ensuite encore des pluies pour que sorte et végète l’orge ou le blé. Les

pluies trop abondantes ou trop répétées sont mauvaises comme facilitant

la montée de l’herbe dans les champs et ne consentant pas à la glèbe de

recevoir la charrue. Inversement, avec une trop longue série sans eau,

le sol n’a plus la teneur hydrique utile. En 1889, à Mactar, aucune

précipitation du 8 octobre au 22 novembre. A Gafour, les trois mois

d’octobre-décembre 1907 furent absolument secs. La saison pluvieuse est

donc parfois lente à se dessiner. De même, elle peut s’arrêter

prématurément et laisser entre elle et les pluies printanières un vide

accentué. A Sodga (entre Serdj et Bargou) on n’eut de pluie ni en

janvier ni en février 1910. A Thala, février 1905 et 1908 ne marquèrent

rien au pluviomètre et février 1903 et 1909 furent à peine plus

mouillés. Des phénomènes analogues se constatent dans les plaines,

surtout en non Friguia.

3o _La neige._ — Une partie des précipitations hivernales se matérialise

en neige (_tselj_). Si le Sahel et la Steppe basse en sont indemnes, on

enregistre sur les reliefs de la Steppe des chutes occasionnelles et

celles-ci sont de style sur le Tell Septentrional et sur le Haut-Tell où

leur fréquence et leur intensité sont en raison directe non seulement du

fléchissement de la température, mais encore de l’humidité de

l’atmosphère.

La grande quantité de neige est un des traits frappants de la

physionomie du Haut-Tell. Celui-ci n’est d’ailleurs pas uniformément

intéressé. En plaine et dans certaines vallées insolées, comme l’Oued-

Ousafa, les flocons fondent presque aussitôt après avoir touché le sol.

En montagne, que de gradations selon l’altitude ou l’exposition ! Le Dyr

du Kef a bien plus souvent et davantage de neige que la ville du même

nom et la même différence se reproduit entre Souk-el-Djema et Mactar,

entre le Goraa et Téboursouk ou Thibar. Il faut une hauteur de 7 à 800m

au moins pour que la neige ait un volume appréciable et quelque

persistance.

A Téboursouk, la neige est plutôt rare ; au Kef même, il ne neige pas

tous les ans. Au contraire, la neige est de règle à Mactar quoique avec

des variations : 22 jours en 1906-07, 18 en 1890-91 et en 93, un à peine

en 1892. Notons que celui-ci s’est placé à une époque plutôt imprévue,

au 20 avril. Cette neige est la plus tardive qui ait été vérifiée à

Mactar, mais elle n’est pas quelque chose d’extraordinaire. Quelque

neige est tombée en 1907 à Mactar le 6 avril. J’ai vu de la neige le 24

avril 1904 auprès de Souk-Ahras et le 27 avril sur le Char de Thala. A

Souk-el-Djema et au Kouif, on en a observé en 1902 vers le 24 mai et le

froid répandu sur les sraouate voisins fut si vif que nombre de gens à

Thala allumèrent du feu. Quant à la neige la plus précoce, elle s’est

montrée à Mactar le 26 octobre 1887. En 1891, on eut de la neige au Kef

le 1er et à Mactar le 3 novembre. On voit entre quelles limites extrêmes

peut se mouvoir la saison d’hiver dans la région montagneuse.

Après les chutes de neige initiales, le vent joue un grand rôle.

Plusieurs jours durant, il reprend pour les transporter ailleurs les

particules déjà déposées sur le sol. Il débarrasse ainsi de leur placage

les bosses du terrain pour accumuler la neige dans les couloirs et

contre les obstacles. La contrée offre alors un aspect féérique. Les

rainures du relief s’aperçoivent de loin avec une netteté particulière.

La présence de masses neigeuses entretient l’abaissement de la

température : à leur contact le vent devient glacial et sévit

cruellement sur les voyageurs qui vont répétant :

_El Djebeli iharreg el guelb._ Le Djebeli glace le cœur.

_Ou er rharbi Kelb ben el Kelb._ Et le vent d’ouest est un chien

fils de chien.

On dit encore avec une variante :

_Ma iji men er Rharb._ Il ne vient de l’Ouest (Algérie).

_Ma iefrah el guelb._ Rien qui réjouisse le cœur.

_Kan riha iharreg el guelb._ Si c’est du vent, il glace le

cœur.

_Kan ben Adem, Kelb ben el Kelb._ Si c’est un fils d’Adam, c’est un

chien fils de chien.

Jusqu’à une forte distance du Haut-Tell, le vent garde le même caractère

et lorsque certaine bise d’Ouest gelée et pénétrante souffle à Tunis ou

à Kairouan, on ne se trompe pas en pariant qu’il a neigé vers le Kef et

Mactar. Par là, le climat du Haut-Tell se fait sentir jusque sur les

bords maritimes du Tell Inférieur, et jusque dans la Steppe.

La neige n’est pas sans quelques avantages. Elle nourrit un peu le débit

des sources et elle imbibe d’eau à souhait les sols argileux des

sraouate. Mentionnerons-nous à côté de cela la possibilité de la mettre

en réserve pour l’été ? Sir Grenville Temple indique que le Bey en avait

des dépôts au Kef, au Goraa et à Zaghouan[152], et l’on n’a pas oublié

au Kef, près de Bab-Ben-Anine, le Bir-Ets-Tselj où l’on enfermait la

neige pour la cour beylicale.

En compensation, l’homme peut reprocher à la neige des méfaits

multiples, ici comme dans le Haut-Tell d’Algérie : ils se caractérisent

surtout par des pertes d’animaux sur le Djebel ou le Sra. Les indigènes

redoutent principalement le 1er février ajmi[153] (14 février) qu’ils

appellent _Guirret el Anz_ (le mauvais temps des chèvres). Presque

chaque année, le Haut-Tell déplore une guirret el anz infligeant parfois

au cheptel des diminutions effrayantes comme en 1892-93, 1897-98,

1899-1900, 1905-06, etc. En outre, la circulation et les transactions

sont entravées ou arrêtées. Toute la vie économique et administrative de

la contrée est suspendue parfois pendant deux ou trois semaines. Ces

inconvénients dont nous avons été témoin à Mactar en janvier 1900[154]

sont plus particuliers aux endroits élevés et aux hivers très froids et

très humides, comme il y en a deux ou trois en dix ans et dont le type

est l’hiver 1905-1906.

Le tableau météorologique ci-joint nous présente l’hiver 1905-06 comme

un hiver moyen où la température demeure assez basse du 20 janvier à la

fin février, mais sans extrêmes bien excessifs. Seulement, les jours de

neige ou de pluie de février forment un ensemble d’une intensité et

d’une durée vraiment singulières. C’est ainsi qu’à Mactar, pendant trois

jours, et à Thala, pendant cinq jours consécutifs, il est tombé assez de

neige pour équivaloir à une colonne d’eau de 36mm dans la première de

ces stations et de 49mm dans la seconde. Pendant ce temps (du 6 au 14

février), au Kef et à Téboursouk, il ne cessait presque de neiger ou de

pleuvoir. Une chape candide d’une épaisseur qu’on n’avait plus revue

depuis 1891 ou 1893 s’appesantit sur les régions de montagne ou de sra.

Le 6 février, au Kef et à Téboursouk, elle mesurait 25 à 30 centimètres.

Dans quelques creux, la neige amassée par le vent offrait des hauteurs

presque fantastiques, puisque des ravins de 25 à 30 mètres de profondeur

étaient remplis par elle. Aussi, à la fin de mars, existait-il encore,

çà et là (Djebel-Skarna, défilé de Seddine), quelques plaques blanches,

épaves de la grande neigée.

HIVER 1905-1906

+--------+--------------------------+---------------------------------+

| | TEMPÉRATURES | PRÉCIPITATIONS |

| | | | | | | |

| MOIS |Moyenne|Minimum| Nombre | Nombre de |Nombre| Total des |

| | des |absolu | de jours | jours de | de |précipitations|

| |minima | | à 0° ou | neige |jours | |

| | | |au-dessous| | de | |

| | | | | |pluie | |

+--------+-------+-------+----------+-----------+------+--------------+

| =Station de Téboursouk= |

| |

|Décembre| 6°5 | 3° | | | 11 | 118mm |

|1905 | | | | | | |

| | | | | | | |

|Janvier | 6,1 | 0,5 | | 2 jours | 10 | 127 |

|1906 | | | | | | |

| | | | | | | |

|Février | 3,7 | 0 |deux jours| 3 » (les | 14 | 162 |

|1906 | | | | 6, 7, 10) | | |

| | | | +-----------+------+--------------+

| | | | | 5 jours | 35 | 407mm |

| |

| =Station du Kef= |

| |

|Décembre| 4°9 | 2° | | | 19 | 177mm |

|1905 | | | | | | |

| | | | | | | |

|Janvier | 4,6 | 0 |sept jours| 2 jours | 14 | 79 |

|1906 | | | | | | |

| | | | | | | |

|Février | 1,2 | − 2 | quatorze | 5 » (les | 12 | 54 |

|1906 | | | jours | 6, 8, 10, | | |

| | | | | 12, 14) | | |

| | | | +-----------+------+--------------+

| | | | | 7 jours | 45 | 310mm |

| |

| =Station de Mactar= |

| |

|Décembre| 3°2 | 1° | | | 10 | 119mm |

|1905 | | | | | | |

| | | | | | | |

|Janvier | 2,2 | − 3 | cinq à | 1 jour | 9 | 55 |

|1906 | | | neuf* | | | |

| | | | jours | | | |

| | | | | | | |

|Février | − 1,0 | − 4 |dix-huit* | 4 » (les | 7 | 44 |

|1906 | | | à | 6, 7, 8, | | |

| | | |vingt-deux| 12) | | |

| | | | jours | | | |

| | | | +-----------+------+--------------+

| | | | | 5 jours | 26 | 220mm |

| |

| =Station de Thala= |

| |

|Décembre| 4°3 | 2° | | 1 jour | 10 | 80mm |

|1905 | | | | | | |

| | | | | | | |

|Janvier | 3,1 | − 2 |huit jours| 1 » | 7 | 48 |

|1906 | | | | | | |

| | | | | | | |

|Février | 1,8 | − 6 |dix jours | 5 » (du 6 | 6 | 52 |

|1906 | | | | au 10) | | |

| | | | +-----------+------+--------------+

| | | | | 7 jours | 23 | 180mm |

+--------+-------+-------+----------+-----------+------+--------------+

[Note : * — Observations incomplètes.]

Dans quelques localités, les habitants furent comme emmurés. A Mactar, à

Thala, à la Kessera, au Bargou, la neige amoncelée par les tempêtes

autour des maisons érigeait de véritables contreforts de 2m 50 de

hauteur. Du 6 au 18, les chemins obstrués restèrent dans le massif de

Mactar absolument impraticables aux véhicules. Dans les transports par

voie ferrée quelle précarité : un train de Kalaat-Senane à Tunis

s’immobilisa dans la neige pendant vingt-six heures, entre l’Oued-

Sarrath et Aïn-Meskhia. Au Kef, on confia les lettres de et pour Souk-

el-Arba pendant toute une semaine à des cavaliers[155] ; à Tajérouine,

aucun courrier n’arriva et ne partit pendant trois jours. A Thala et à

Mactar, l’échange des correspondances fut complètement interrompu du 6

au 10. Le 25 février seulement le service y était rétabli entièrement.

D’autre part, la neige avait cassé les fils télégraphiques entre Mactar

et le Kef, entre Thala et le Kef et autour de Téboursouk. Cette dernière

localité et Thala se virent huit jours isolées du corps de la Tunisie.

Dans les centres, la population n’eut pas trop à se plaindre de la

pénurie d’approvisionnements, bien qu’à Kalaat-Djerda et à Mactar le

pain ait fait défaut. Dans les douars, au contraire, de nombreux

indigènes vivant au jour le jour faillirent mourir de faim. La tenue des

marchés fut d’ailleurs impossible durant une bonne partie du mois : à

Souk-el-Djema, pas de souk du 1er au 28 février et à Mactar du 3 au 24.

De même à Thala. Dans la circonscription du Kef, aucun marché n’eut lieu

du 6 au 22. De nombreuses maisons indigènes s’effondrèrent (36 au Kef).

A Téboursouk, plus de 200 oliviers furent abattus. Onze personnes

périrent dans la région de Mactar de froid et de privations. Aux

Fréchich, un malheureux s’ensevelit dans un ravin comblé de neige.

=HAUT TELL=

TABLEAU RÉCAPITULATIF DES PERTES D’ANIMAUX PAR SUITE DU MAUVAIS TEMPS. —

FÉVRIER 1906

+---------------+----------------------------------------------------+-

| | TABLEAU NUMÉRIQUE ET % DES PERTES D’ANIMAUX |

| NOMS DES | PAR CATÉGORIES |

| CAIDATS +-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

| |Chevaux|Mulets|Anes |Chameaux|Bovins|Moutons|Chèvres|

| | | | | | | | |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

| | Têtes |Têtes |Têtes| Têtes |Têtes | Têtes | Têtes |

| | | | | | | | |

|Caïdat de | 110 | 55 | 240 | 43 |1.520 | 2.160 | 2.250 |

|Teboursouk | | | | | | | |

| | | | | | | | |

| | 10* | 6.49 |17.14| 13.43 |15.20 | 18.00 | 16.07 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

|Caïdat du Kef | 342 | 96 | 487 | 136 |2.313 | 7.020 | 4.819 |

| | | | | | | | |

| | 19.29 |10.31 |19.31| 19.85 |23.44 | 24.80 | 24.01 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

|Caïdat de | 130 | 27 | 343 | 144 | 541 | 6.240 | 1.419 |

|Tajerouine | | | | | | | |

| | | | | | | | |

| | 5.21 | 3.64 |14.44| 14.67 |10.26 | 24.66 | 19.72 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

|Caïdat des | 204 | 23 | 712 | 313 |2.298 | 9.498 | 3.531 |

|Ouled-Ayar | | | | | | | |

| | | | | | | | |

| | 33.17 |12.16 |51.03| 31.11 |59.35 | 75.68 | 62.76 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

|Caïdat des | 230 | 55 | 453 | 34 |1.423 | 4261 | 2.263 |

|Ouled-Aoun | | | | | | | |

| | | | | | | | |

| | 27.61 |22.82 |50.44| 24.28 |67.27 | 44.99 | 47.14 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

|Djebel-Djouggar| 6 | » | 16 | 6 | 36 | 132 | 280 |

|et glacis | | | | | | | |

|Nord-Est du | | | | | | | |

|Haut Tell. | | | | | | | |

| | | | | | | | |

| | 2.00 | |3.00 | 3.50 | 3.00 | 3.00 | 4.50 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

|Fréchich du | 115 | 65 | 130 | 280 | 330 | 9.000 | 9.000 |

|Nord | | | | | | | |

| | | | | | | | |

| | 10.64 |34.94 |5.61 | 15.82 |24.40 | 16.43 | 26.65 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

|Majeur du Nord | 20 | 8 | 86 | 80 | 130 | 5.500 | 3.600 |

| | | | | | | | |

| | 2.83 | 4.96 |5.73 | 13.40 |12.87 | 31.25 | 45.00 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

| TOTAUX | 1.157 | 329 |2.467| 1.036 |8.591 |43.811 |27.172 |

+---------------+-------+------+-----+--------+------+-------+-------+-

|* Les chiffres indiqués à la seconde ligne et en caractères plus

| petits donnent le % des pertes d’animaux par rapport à l’effectif

| existant au 1er janvier 1906.

|

| Prix employés dans les estimations : cheval, 150 fr. ; mulet, 175

| fr. ; âne, 17 fr .; chameau, 125 fr. ; bovin, 100 fr. ; mouton, 10

| fr. ; chèvre, 7 fr.

|

| =Total global des pertes en argent : 1.890.000 fr.=

+----------------------------------------------------------------------

[Suite]

+-----+----------------------------------------------------------------+

| |TABLEAU INDIQUANT PAR CATÉGORIES D’ANIMAUX LES PERTES EN ARGENT |

| +-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|NOMS |Chevaux|Mulets| Anes |Chameaux|Bovins |Moutons|Chèvres| TOTAL |

|CAID.| | | | | | | | DES |

| | | | | | | | | PERTES |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

| | Fr. | Fr. | Fr. | Fr. | Fr. | Fr. | Fr. | Fr. |

| | | | | | | | | |

|C. |16.500 |9.625 |4.080 |5.375 » |152.000|21.600 |15.750 |224.930 »|

|Teb. | » | » | » | | » | » | » | |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|C. |51.300 |16.800|8.279 |17.000 »|231.300|70.200 |33.733 |428.612 »|

|Kef | » | » | » | | » | » | » | |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|C. |19.500 |4.725 |5.831 |18.000 »|54.100 |62.400 |9.933 »|174.489 »|

|Taj. | » | » | » | | » | » | | |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|C. |30.600 |4.025 |12.104|39.125 »|229.800|94.980 |24.717 |435.351 »|

|O. | » | » | » | | » | » | » | |

|Ayar | | | | | | | | |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|C. |34.500 |9.625 |7.701 |4.250 » |142.300|42.610 |15.841 |256.827 »|

|O. | » | » | » | | » | » | » | |

|Aoun | | | | | | | | |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|Dj. | 900 » | » » |272 » | 750 » |3.600 »|1.320 »|2.030 »| 8.872 » |

|Djou.| | | | | | | | |

|etc. | | | | | | | | |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|Fré. |17.250 |11.375|2.210 |35.000 »|33.000 |90.000 |63.000 |251.835 »|

| | » | » | » | | » | » | » | |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|Maj. |3.000 »|1.400 |1.462 |10.000 »|13.000 |55.000 |25.200 |109.062 »|

| | | » | » | | » | » | » | |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

|TOT. |173.550|57.575|41.939|129.500 |859.100|438.110|190.204|1.889.978|

| | » | » | » | » | » | » | » | » |

+-----+-------+------+------+--------+-------+-------+-------+---------+

Quant aux animaux domestiques qui déjà n’étaient pas en très bon état au

début de l’hiver, des milliers succombèrent aux intempéries et au manque

de nourriture, les pâturages étant cachés. Jusque dans les villages des

montagnes où les bêtes logent dans les maisons avec leurs maîtres, la

pneumonie fit d’innombrables victimes parce que la violence du vent

jetait la neige dans les chambres mal closes. Que dire alors du bétail

laissé au dehors ? Particulièrement typique fut l’aventure de ce

troupeau surpris par une rafale sur la Hamadat de la Kessera. Les

bergers s’enfuirent vers le village où ils parvinrent à moitié glacés.

Quant aux animaux, cernés et submergés, ils essayèrent de se protéger

les uns les autres, les plus robustes se hissant sur les plus faibles.

Mais quand la tempête se fut calmée, on ne retrouva plus qu’une pyramide

de cadavres avec au sommet encore quelques moutons en vie. Le tableau

ci-joint permettra d’apprécier l’intensité du désastre qui toucha

surtout les gens des montagnes et des sraouate et anéantit une valeur de

presque 1.900.000 francs. Total vraiment impressionnant, eu égard à la

pauvreté intrinsèque de la population et que n’atteignirent pas les

dégâts causés au même moment sur la basse Medjerda par des inondations

extraordinaires.

4o _La température hivernale._ — Affermissons dans les esprits l’idée

que le Haut-Tell dans son ensemble est un pays froid. Les indigènes

professent que la phase la plus intense à cet égard est le mois de

iennar ajmi (13 janvier-13 février). En plaine, les rigueurs de l’hiver

ne durent guère davantage. Sur les sraouate, cette saison a plus

d’extension (du 1er décembre au 15 mars), comme le prouvent les chiffres

suivants pour l’hiver le plus froid de Mactar :

1893-94 Moyenne des Nombre de jours à 0° et Moyenne des

minima au-dessous maxima

--- --- --- ---

Décembre − 1° 24 dont quatre fois − 4° + 7°0

Janvier − 2° 20 dont une fois − 5° et + 4,0

une fois − 6°

Février − 1° 11 dont une fois − 6° + 11,0

Mars + 5° 9 dont une fois − 5° + 11,1

Janvier 1891 fut analogue à janvier 1894. Pendant 22 jours de suite la

température tomba la nuit à 0° ou au-dessous et valut à Mactar les

quatre minima les plus bas qui y aient été subis, c’est-à-dire deux fois

− 10°, une fois − 9°, deux fois − 8°[156]. C’est là quelque chose

d’exceptionnel. Toutefois, à Bou-Chebka (1.141m d’alt.), ce même mois

amena un minimum de − 10°,3, le plus faible qui ait jamais été constaté

en Tunisie. Si cette station n’avait pas eu un fonctionnement aussi

éphémère, peut-être nous aurait-elle fourni d’autres chiffres de ce

genre. En effet, en 1892, c’est encore Bou-Chebka qui offre le minimum

absolu de l’année. Ces extrêmes de − 10°, notés à Mactar et à Bou-

Chebka, rappellent les − 9° et les − 11° enregistrés dans le Haut-Tell

d’Algérie, à Tiaret, à Teniet-el-Had et à Sétif[157]. Mais les minima

soufferts par ces localités sont dépassés dans la Steppe (Géryville −

13°, El-Aricha − 14°). En Tunisie, au contraire, c’est le Haut-Tell, et,

pour préciser, la bande méridionale du Haut-Tell, qui constitue en hiver

la zone la plus froide. Au moment même où Mactar et Bou-Chebka se

signalaient par les minima précités, Thala avait − 6°, Souk-el-Djema −

6°,9, la Kessera − 7°, tandis que le Kef au Nord et Fériana au Sud

n’accusaient respectivement que − 5°. En général, pourtant, Mactar n’a

pas d’abaissement au-dessous de − 6°. Le mois le plus froid est janvier,

mais ce peut être également décembre ou février.

Les nuits où il gèle sont très nombreuses. Vu la différence de plusieurs

degrés entre la température de la surface du sol et celle à 1m 50 ou 1m

75 de hauteur, il y a lieu de considérer qu’il y a gelée toutes les fois

où le thermomètre officiel marque moins de + 4° ou + 3°. Effectivement,

il gèle sur les sraouate chaque nuit pendant la majeure partie de

l’hiver, mais moins longtemps au Kef qu’à Mactar. Ce phénomène se

traduit par la présence d’une légère feuille de glace sur les eaux

dormantes et même sur les ruisseaux. Les quelques cactus égarés sur les

sraouate y gèlent s’ils ne sont pas protégés par une exposition

appropriée. A Mactar, le même sort échoit de temps en temps aux

eucalyptus quand le thermomètre est à − 5° ou − 6°. Le casuarina, le

ricin, le faux poivrier, l’acacia eburnea, l’acacia d’Australie sont à

peu près dans le même cas.

Cependant, sur les sraouate du Haut-Tell il n’y a pas que des hivers

rigoureux. Ceux de 1889-90 ou de 1898-99 furent, par exemple, assez

cléments. La douceur relative du second est due à la fréquence des vents

du Sud. En février, les effluves méridionales assurèrent, du 8 au 14,

pendant toute une semaine, 7° à 8° la nuit, 19° à 21° à deux heures de

l’après-midi.

_ 1889-1890 _ _ 1898-1899 _

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MACTAR Moyenne Nombre de Moyenne Minimum

des minima jours à 0° des minima absolu

ou au-dessous

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Décembre + 3°5 2 à zéro + 1°0 − 3°

Janvier + 5,5 pas + 3,7 + 2°

Février + 4,0 pas + 4,7 − 1°

Mars » pas + 4,5 + 1°

En plaine, sous le souffle glacial du djebeli accouru des montagnes

couvertes de neige, la température s’incline de temps en temps vers 0°

et un peu plus bas, mais sans atteindre jamais les minima des sraouate.

Le minimum de − 3° semble être ici un extrême. Et même, à proprement

parler, il n’y a là d’hiver, au sens européen du mot, que comme reflet

et contrecoup de l’hiver des territoires montagneux encaissants. Les

jours de gelée mis à part, on peut dire que de novembre à avril il règne

sur les zones déprimées du Haut-Tell à peu près la même température

relativement agréable. On y glisse insensiblement de l’automne au

printemps.

Pour supporter les frimas des sraouate, les montagnards, et notamment

les Chaquetma, revêtent des _gourg_ (chaussons de laine mêlée de poils

de chèvre) et ils s’entourent les jambes de guêtres de laine tricotée

(_djeraïd_). _Gourg_ et _djeraïd_[158] leur servent d’ailleurs lors de

la moisson contre les épis barbelés de l’orge ou du blé. En dehors de

cela, les indigènes subissent les excès du climat plutôt qu’ils ne s’en

défendent. Les Européens, plus habitués cependant au froid, éprouvent le

besoin de se garantir de ses atteintes. Si à Tunis les cheminées sont un

peu des objets d’ornement, dans le Haut-Tell on ne saurait s’en passer.

A Mactar, à Thala, au Kef on fait du feu presque comme à Paris, depuis

la Toussaint jusqu’à Pâques. Ces températures de l’hiver sont

excellentes pour la santé. Elles retrempent et régénèrent le sang, et le

Français retrouve sur les sraouate du Haut-Tell le climat de son pays,

comme en Kroumirie.

Si nous avons examiné séparément les pluies et la température, il

convient de ne pas oublier que la physionomie de l’hiver résulte du

mélange intime de ces deux phénomènes. Les hivers froids et humides sont

les plus fréquents. Leurs neigées ont pour le bétail des conséquences

fâcheuses. Les hivers froids et secs sont les pires, car céréales et

bestiaux souffrent également soit de la neige, soit de l’absence de

pluie. Ce fut le cas de l’année de la famine 1866-67, de l’année 1887-88

et de l’année 1904-05 (voir chapitre XI). La sécheresse n’empêche

d’ailleurs pas le froid, car la pureté de l’atmosphère et le manque de

vapeur d’eau facilitent le rayonnement. Au Kef, durant l’hiver 1892-93,

le peu de précipitations tombées (137 millimètres) se manifestèrent, par

suite du froid, surtout sous forme de neige laquelle détermina une

grosse mortalité dans le bétail. En même temps, à la fin mars, on

jugeait la récolte de l’orge compromise. Les hivers doux et secs comme

celui de 1895-96 ne sont pas non plus très favorables. Cependant, la

tiédeur de l’air fait produire au peu de pluie tout son effet sur la

végétation et si le bétail n’a pas une nourriture abondante, du moins il

ne périt pas de froid. Les hivers doux et humides, comme celui de

1888-89 sont à juste titre considérés comme les meilleurs.

Dans la combinaison des deux éléments climatiques, pluie et température,

c’est le premier des deux qui importe d’abord à l’homme. La clémence

relative du second n’arrive qu’en deuxième ligne dans ses désirs et dans

ses espérances.

2o =Le Printemps et l’Été=

La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala) · 第 16 / 45 段