Entre le Semama et le Chambi, la faille du Khanguet-Bou-Laaba, orientée

Nord-Ouest-Sud-Est, se continue au midi et coupe pareillement la chaîne

de Fériana à l’Est du Nouba-Selloum, entraînant avec elle jusque là

l’Oued-El-Hathob. Le Khanguet-Bou-Laaba est un des traits distinctifs de

la charpente de ce pays et son importance est comparable à celle du

Foum-Zelga. Au cœur du pays Fréchich, il ouvre une voie de communication

de premier ordre par où arrivent sur la Steppe les vents parfois humides

du Nord-Ouest ainsi que les marchandises du Tell occidental. Si

_Cillium_ s’explique par les sources et la zone d’irrigation de l’Oued-

Ed-Derb, sa position à l’issue méridionale du col dont il s’agit n’a pas

peu contribué à sa prospérité. Les zmalas des Fréchich se tenaient la

plupart du temps aux abords du Khanguet. A l’Est les Ouled-Ali, à

l’Ouest les Ouled-Ouezzez se rencontrent sur la route Tébessa-Kasserine,

au milieu du col, tandis que les Ouled-Naji s’avancent des plaines d’El-

Afrane et de Foussana jusqu’à la bouche Nord.

[Illustration : IX — LE TELL DES FRÉCHICH — LE PAYS AU NORD DE L’AÏN

MIDOUN. (Cliché Monchicourt.)

_Planche E_]

A Tébessa aboutit aussi une autre piste qui, de Fériana, s’élève sans

effort sur le plateau de Bou-Chebka, grâce au fléchissement que subit

vers Dernaia l’axe de la chaîne de Byzacène. Par la région d’Aïn-Taga,

cette voie se dirige sur Tébessa en franchissant l’anticlinal Bou-

Rommane-Zbissa, au col de Beccaria. Après 1881, on plaça à Bou-Chebka

une douane et un caravansérail. Plus à l’Ouest, et en dehors du Haut-

Tell tunisien, un troisième chemin venu de Gafsa réunit Fériana à

Tébessa par le couloir de Brisgane, le passage d’El-Ma-El-Abiod et le

col de Tenoukhla.

Telles sont à l’Ouest du couloir Ksour-Rohia-Sbiba les grandes artères

installées dans des brèches ou des défaillances de la chaîne de

Byzacène. Se glissant toutes plus ou moins du Nord-Ouest au Sud-Est,

elles forment une sorte d’éventail dont les branches divergent à partir

de Tébessa. D’un accès aisé par le Nord, cette ville est, à première

vue, séparée du midi et du levant par un arc montagneux depuis le

Djebel-Osmor jusqu’à l’Ajered. Mais ce quart de cercle se laisse entamer

par des cols échelonnés dont profitent les routes de Kasserine et de

Fériana-Gafsa. Si l’on se rappelle qu’une voie de communication

naturelle rejoint Tébessa à Haïdra, on comprendra pourquoi la ville

algérienne a, jusqu’à ces dernières années, joué à l’égard de tout cet

Ouest tunisien le rôle d’une métropole, étant donné d’ailleurs que

Thala, comme Mactar, est à l’écart des grandes routes du pays.

La description ci-dessus, en même temps qu’elle a précisé les éléments

de l’architecture de la région, nous a mis en contact avec les multiples

individualités qui la composent et nous a fait toucher du doigt les

contrastes entre Friguia et non Friguia, comme ceux entre djebel, sra,

forêt et plaine. En Friguia comme en non Friguia, l’éparpillement des

quatre genres d’alvéoles susdits fait du Haut-Tell un véritable damier,

non seulement en tant que relief et nature du sol, mais encore au point

de vue végétal et agricole (voir notre carte hors texte). Toutefois, les

quatre catégories précitées présentent des nuances selon qu’on les

examine dans l’un ou l’autre des deux grands compartiments du Haut-Tell.

En effet, les sraouate demandent en non Friguia une altitude plus

considérable. Les plaines y penchent vers la Steppe. La forêt y voit

croître du Nord au Sud l’influence de l’alfa au détriment du diss. Dans

les espaces découverts, le harmel et les deux armoises foisonnent, alors

qu’en Friguia leur rang est plus modeste, etc. Médiocrement favorable à

l’agriculture, la non Friguia est, en revanche, infiniment plus riche en

mines que la Friguia.

Les différences de capacité agricole entre les deux moitiés du Haut-Tell

nous ont incité à introduire des notions concernant le climat ou la

végétation. Le moment est venu de reprendre ces renseignements en y

joignant la description des phénomènes de même ordre.

* * * * *

[Note 131 : _Op. cit._, p. 5.]

[Note 132 : L’emplacement exact de _Zama-Regia_ et de la bataille de ce

nom sont encore inconnus. Pour élucider le problème, presque chaque

année, les textes ont à supporter des combats acharnés dans lesquels,

civils ou militaires, les auteurs éprouvent régulièrement le sort

d’Hannibal. Les deux dernières études parues sur ce sujet ont été

analysées par A. MERLIN : _Où s’est livrée la bataille de Zama ?_

(_Journal des Savants_, 1912, p. 504 et suiv.). Dans l’état actuel de

nos connaissances, toute dissertation est oiseuse. Il convient de se

persuader que, pour le moment, la question de Zama est du ressort des

terrassiers : seul peut la résoudre un coup de pioche heureux donné au

bon endroit, et par exemple à Seba-Biar, dans le Sers, à l’entrée du

Massouge. Quant au _Naraggara_ ou _Narcara_ de Tite-Live (_Margaron_ de

Polybe) où Scipion était campé avant la bataille, ne serait-ce pas là le

nom de _Mactari_ légèrement estropié ?]

[Note 133 : Le _Mems_ où Zoheir vainquit Koçeila en 688 paraît le même

que le _Mamma_ byzantin, forteresse que DIEHL : _L’Afrique Byzantine_,

p. 67 note 5, p. 235-236, et carte de la Tunisie centrale, place vers

Henchir-Kouki, dans la vallée de l’Oued-El-Hathob du Nord.]

[Note 134 : _Oudei-El-Ma_ signifie « le petit oued où il y a de

l’eau ».]

[Note 135 : Voir sur ces trois réservoirs lieutt HILAIRE : _Etude sur

l’installation hydraulique rom. d’Aïn-Zrissa_. (_Enquête sur les

installations hydrauliques rom. en Tunisie_, t. I, Tunis, 1897-1901, p.

73-80), et _Note sur deux installations hydrauliques rom. du Saltus

Massipianus_. (_Ibid._, p. 81-86.)]

[Note 136 : Au Moyen-Age, on écrit Mermajna (EDRISI, _Op. cit._, p. 137

et 139, etc.)]

[Note 137 : Certains noms de ces plaines-clairières indiquent une

position en contrebas. _Fahis_ est le diminutif de _fahs_. _Frina_ a le

sens de petite fosse. _Rmada_ (autour de Sidi-Bou-Tbina) rappelle la

couleur gris cendrée de la terre. Smaala et Mraouna sont des fractions

de tribu et Ben-Rhadahem nous remémore que le chef de l’insurrection de

1864 avait là sa résidence.]

[Note 138 : Non nommée sur la carte au 1/100.000e, elle s’étend autour

de Sidi-Bou-Beker jusqu’au Sud de Haïdra.]

[Note 139 : L’orthographe arabe est « Chânbi » et « Semmama ».]

[Note 140 : Voir notre étude sur _la Steppe tunisienne chez les Fréchich

et les Majeur_, p. 33 du tirage à part.]

CHAPITRE CINQUIÈME

=Variabilité du Climat=

* * * * *

I

INDICATIONS CLIMATIQUES GÉNÉRALES

La situation climatique de la Régence est en gros la suivante : alors

que l’Algérie touche la Méditerranée au Nord, mais est enveloppée par le

continent africain sur ses autres côtés, les deux ailes de la Berbérie,

Maroc et Tunisie, jouissent sur la mer d’une double exposition. La

Tunisie s’offre ainsi comme une terre relativement élevée dont la

pluviosité et la température résulteront non seulement, comme dans la

colonie voisine, de l’antagonisme existant entre la Méditerranée

occidentale, source d’humidité et de froid, et le Sahara, fournisseur de

sécheresse et de chaleur, mais dépendront en outre de l’action en somme

propice exercée par la Méditerranée orientale. Le climat tunisien est

fait des manifestations combinées de ces trois foyers.

1o _Les vents._ — En hiver, le vent de Nord-Ouest domine dans le Tell et

sur la partie septentrionale de la Steppe, tandis qu’il partage

l’hégémonie avec le vent de Nord-Est dans la Steppe méridionale. Au

printemps, le Nord-Est l’emporte décidément dans cette zone et commence

à menacer à l’orée du Tell la prépondérance du vent de Nord-Ouest qui

est mise en péril en été dans le Tell même par les vents orientaux. En

automne, le Nord-Ouest conquiert à nouveau le Tell pendant que les trois

directions Est (Nord-Est, Est et Sud-Est) continuent à régner sur la

Steppe. Indications générales qui peuvent se trouver en défaut, mais qui

affirment néanmoins d’une manière opportune la victoire de l’influence

des deux nappes d’eau méditerranéennes[141] sur les effluves du Sahara.

Mais ces derniers savent s’exprimer à l’occasion avec une intensité

particulière.

En Tunisie, le grand vent de la pluie est, nous l’avons dit, celui du

Nord-Ouest. Ce vent jette en automne ou en hiver des précipitations sur

toute la Régence. Et lui seul est capable d’un pareil exploit. Mais le

plus souvent l’humidité dont il est imbu n’est pas assez considérable

pour dépasser soit le Haut-Tell, soit simplement la Friguia. Alors,

après une première zone (Kroumirie), aspergée tout entière, on a une

deuxième zone (Haut-Tell ou bien seulement Nord du Haut-Tell) où ne

reçoivent de pluie que les pays élevés ; enfin, dans une troisième zone

(Steppe ou bien encore Haut-Tell méridional et Steppe), le Nord-Ouest

n’est plus qu’un djebeli ou vent sec. Quant aux vents d’Est, ils

n’aboutissent jamais à arroser uniformément toute la Tunisie, voire

toute la Steppe et le Haut-Tell. Le chergui (vent de Nord-Est) pénètre

pourtant jusqu’à la frontière algérienne par les couloirs Sud-Ouest-

Nord-Est orientés suivant l’axe des plissements principaux du Haut-

Tell[142]. Les autres vents, au contraire, frappent d’aplomb contre les

lignes de montagnes, ce qui les oblige à grimper. La température

s’abaisse du fait de l’ascension et de l’entrée dans une atmosphère plus

fraîche et quand le refroidissment des vapeurs est à point la pluie

tombe. Mais voici que le vent ayant franchi l’obstacle glisse sur les

pentes opposées. Le phénomène inverse se produit. Un réchauffement du

courant aérien a lieu soit par l’action de la descente, soit par le

contact de l’air sous-jacent et les précipitations s’atténuent ou

cessent, et ainsi de suite.

Donc, à moins d’une ondée globale de Nord-Ouest, chose non commune, il

pleuvra sur la section de montagne que le vent humide affrontera

d’abord. Observons que l’effet utile commence un peu avant la chaîne ou

le massif en jeu. De la sorte, n’est pas négligée la partie de plaine

qui précède immédiatement le relief montagneux attaqué. Par exemple, une

nuée de Nord-Ouest éclatant sur le massif Ouargha respectera presque le

Kef ou la zone des plaines centrales. Elle baignera, en revanche, le

Sud-Est du Sers, la Hamadat des Ouled-Ayar et le plateau de Mactar,

alors que la Kessera demeurera quasi indemne. Pareillement, le guebli se

déchargera sur la plaine du Marouf et sur la Hamadat de la Kessera et se

montrera avare pour le reste du massif de Mactar, tandis que le Kef sera

plus favorisé. En novembre 1900, alors qu’un orage d’Est n’était

représenté au pluviomètre de Mactar que par 6mm ½, à la Kessera la

garaat était remplie, la cascade fusait du plateau et le flux

bouillonnant de l’Aïn-Soultane inondait absolument le village.

Les indigènes ajoutent que le Nord-Ouest s’adresse plus spécialement aux

montagnes, alors que le guebli prodiguant ses pluies aussi bien aux

plaines qu’aux reliefs élevés serait le vrai fournisseur d’eau de

beaucoup de régions basses du Haut-Tell. La chose n’a d’ailleurs rien

que de naturel. Venu de régions froides, le Nord-Ouest trouve souvent

dans les plaines des couches d’air à une température supérieure à la

sienne, ce qui ne permet pas sa condensation. Le guebli, au contraire,

fils de districts plus voisins du Sahara et qui s’avance vers des

régions de plus en plus fraîches, a davantage de chances de rencontrer

en plaine une atmosphère moins chaude que lui et apte, par conséquent, à

provoquer les précipitations. Les indigènes professent en outre que les

averses tièdes du guebli sont meilleures pour la végétation que les

froides chutes d’eau du Nord-Ouest. On dit au Kef :

_Ech chergui selhane_ : le Nord est utile ;

_El guebli metslou_ : le Sud-Est idem ;

_Er rharbi tahane_ : l’Ouest est un cornard ;

_Ed dahari kifou_ : le Nord idem.

Rharbi ou dahari (Ouest, Nord-Ouest ou Nord), guebli (Sud-Est, Est),

chergui (Nord-Est), voilà en somme, par ordre d’importance décroissante,

les trois directions pluvieuses du Haut-Tell. A ne considérer que la

quantité d’eau déversée, le Nord-Ouest est probablement supérieur. Il

est, par excellence, le vent pluvieux de la Friguia. A l’orée de la

Steppe, au Sud de Thala et vers la Kessera, le guebli domine. Vents du

Nord et vents d’Est ont leurs cantons préférés et selon que tel ou tel

règnera dans telle ou telle saison, ce sera telle ou telle partie du

territoire qui sera le plus arrosée. Mais sur l’aire de prédilection de

l’un des deux groupes de vents, c’est grâce au concours du groupe

adverse, si faible soit-il, qu’est atteint un nombre de millimètres

suffisant pour les récoltes. Avec uniquement le Nord-Ouest ou uniquement

le guebli, seuls quelques sraouate pourraient se tirer d’affaire. Les

deux faisceaux de courants aériens se complètent donc. Situé presque à

égale distance des deux bassins de la Méditerranée, le Haut-Tell voit

ainsi se mêler en lui d’une façon plus intime peut-être que partout

ailleurs en Tunisie les influences marines de l’un et de l’autre.

2o _Répartition générale des pluies._ — Le vent de Nord-Ouest étant le

principal dispensateur d’humidité, c’est le Nord-Ouest de la Tunisie qui

jouit du maximum de précipitations. De la Kroumirie, la dose diminue de

l’Ouest à l’Est et du Nord au Sud par une série de bandes quasi

concentriques[143] :

Kroumirie : 12 à 1.600mm (plus de 120 jours de pluie).

Est du Tell Septentrional : 500 à 750mm (une centaine de jours).

Haut-Tell (Friguia) : 400 à 700mm (80 jours de pluie).

Haut-Tell (non Friguia) : 300 à 450mm (60 jours de pluie).

Tell Inférieur : 350 à 450mm (60 jours de pluie).

Steppe et Sahel du Nord : 250 à 400mm (50 jours de pluie).

Steppe et Sahel du Sud : 100 à 250mm (40 jours de pluie).

Désert : 50 à 100mm (20 à 30 jours de pluie).

Le Haut-Tell a dans cet ensemble un rôle très honorable. Conformément à

la loi énoncée tout à l’heure, la zone la plus proche de la Kroumirie

est la mieux pourvue : Le Kef et Thibar accusent une proportion

théorique de 550mm contre 500 à Téboursouk, 450 à Mactar et 375 à Thala.

Le Kef et Téboursouk nous apprennent autour de quels chiffres oscillent

les pluies sur la bande montagneuse du Nord du Haut-Tell. Mactar

représente à peu près la partie friguienne de la bande du Sud (Ouartane,

Massouge, Hamadat des Ouled-Aoun, les deux Robas, etc.). Thala, dont les

données sont malheureusement trop fragmentaires, nous documente sur les

sraouate de la non Friguia (Kessera, Haut-Berbérou, massif Chaquetma,

Kalaat-Senane, région d’Haïdra, etc.). Mais nous manquons d’indications

précises pour le ruban méridional du Tell des Fréchich et des Majeur

(Zelfane, etc.). Quant aux plaines, si l’on en juge par les

renseignements assez récents fournis par Lorbeus et Ebba-Ksour, les

plaines de la Friguia accueillent en général 400mm ou davantage, chiffre

qui tombe à 300 pour les plaines de la non Friguia. Sauf exception, la

partie friguienne du Haut-Tell et les sraouate de l’autre zone

enregistrent donc à peu près toujours le chiffre annuel de 400mm que

l’expérience a reconnu comme quasi nécessaire pour les céréales (voir

carte no 5 qui condense en un tout les résultats des observations

météorologiques, les dires des indigènes et nos propres constatations en

matière de végétation et de récoltes). En revanche, une notable portion

du Haut-Tell n’atteint pas 400mm. Ce n’est plus de la Friguia, mais

c’est encore du Tell pourtant, car le chiffre précité ne saurait être

regardé comme absolument déterminatif. L’existence des grands boisements

de la Kessera ou de Bou-Chebka est un phénomène nettement tellien qu’il

est indispensable d’envisager au moins autant que le total brut des

pluies.

[Illustration : _Carte 5._ — ESSAI DE CARTE DE LA DISTRIBUTION DES

PLUIES DANS LE HAUT-TELL]

D’ailleurs, ce total n’est pas tout et sa distribution dans l’année est

au moins aussi importante. Les pluies de Mactar, de 1898 à 1912,

attestent une grande variété à ce sujet. (Voir tableau ci-joint.)

TABLEAU DES PLUIES TOMBÉES A MACTAR

(1898-1912)

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

| MOIS |1898-|1899-|1900-|1901-|1902-|1903-|1904-|

| |1899 |1900 |1901 |1902 |1903 |1904 |1905 |

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

| | mm | mm | mm | mm | mm | mm | mm |

| | | | | | | | |

|Octobre | 39 | 19 | 19 | 15 | 21 | 9 | 21 |

| | | | | | | | |

|Novembre | 5 | 96 | 61 | 23 | 39 | 47 | 13 |

| | | | | | | | |

|Décembre | 53 | 16 | 16 | 10 | 70 | 100 | 61 |

| | | | | | | | |

|Janvier | 28 | 91 | 116 |=21= | 60 |=118=| 31 |

| | | | | | | | |

|Février | 55 | =4= | 24 | 36 | 17 | 20 | 25 |

| | | | | | | | |

|Mars | 63 | 23 | 26 | 21 | 36 | 49 | 11 |

| | | | | | | | |

|Avril |=13= | 47 | 35 | 26 | 18 | 15 | 41 |

| | | | | | | | |

|Mai | 51 | 42 |=79= | 15 | 4 | 32 | 68 |

| | | | | | | | |

|Juin | 19 | 55 | =0= | 38 | 77 | 64 | 17 |

| | | | | | | | |

|Juillet | 10 | 21 | 13 | 12 | =0= | 4 | 33 |

| | | | | | | | |

|Août |=55= | 14 | 27 | 4 | =0= | 10 | 43 |

| | | | | | | | |

|Septembre | 27 | 30 | 27 | 18 | 39 | 39 |=14= |

| +-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

| TOTAL | 418 | 458 | 443 |=239=| 381 | 507 | 378 |

| +-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

|Jours de pluie| 71 | 75 | 59 |=46= | 59 | 66 | 59 |

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

| Autres Stations, par années, en millimètres |

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

|Thibar | 441 | 465 | 438 | 414 | 431 | 577 | 376 |

| | | | | | | | |

|Le Kef | | 644 |=804=|=496=| 533 | 616 | 545 |

| | | | | | | | |

|Teboursouk | | | 575 |=350=| 483 | 500 | 414 |

| | | | | | | | |

|Gafour | | | | | | | |

| | | | | | | | |

|Djebel-Mansour| | | | | | | |

| | | | | | | | |

|Djouggar | | | | | | |=323=|

| | | | | | | | |

|Sodga | | | | | | | |

| | | | | | | | |

| | | | | | | | |

| | | | | | | | |

|Thala | | 376 | 431 | 272 | 356 | 511 | 209 |

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

[Suite]

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

| MOIS |1905-|1906-|1907-|1908-|1909-|1910-|1911-|

| |1906 |1907 |1908 |1909 |1910 |1911 |1912 |

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

| | mm | mm | mm | mm | mm | mm | mm |

| | | | | | | | |

|Octobre | 31 | 40 | 24 | 31 |=44= | =0= | 41 |

| | | | | | | | |

|Novembre | =3= | 12 | 29 | 58 | 25 | 16 |=116=|

| | | | | | | | |

|Décembre | 119 | 62 | =2= |=202=| 6 | 185 | 37 |

| | | | | | | | |

|Janvier | 55 | 63 | 44 | 63 | 44 | 82 | 28 |

| | | | | | | | |

|Février | 46 |=70= | 20 | 36 | 56 | 43 | =4= |

| | | | | | | | |

|Mars | 14 | 19 |=176=| 88 | 63 | 73 |=10= |

| | | | | | | | |

|Avril | 86 | 70 | 39 | 90 | 38 |=116=| 21 |

| | | | | | | | |

|Mai | 40 | 10 | =1= | 24 | 14 | 29 | 14 |

| | | | | | | | |

|Juin |=100=| 11 | 17 | 39 | 10 | 16 | 25 |

| | | | | | | | |

|Juillet | 28 | 6 | 1 | =0= | 2 |=49= | 0 |

| | | | | | | | |

|Août | 42 | =0= | 4 | =0= | 24 | 6 | 14 |

| | | | | | | | |

|Septembre | 35 | 50 | 30 | 30 | 18 | 53 |=138=|

| +-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

| TOTAL | 599 | 403 | 387 | 661 | 344 |=668=| 448 |

| +-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

|Jours de pluie| 76 | 59 | 69 |=80= | 48 | 79 | 63 |

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

| Autres Stations, par années, en millimètres |

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

|Thibar | 652 |=795=| 592 | 775 | 579 | 681 | 592 |

| | | | | | | | |

|Le Kef | 593 | Observations | | 592 | 510 |

| | |très incomplètes | | | |

| | | | | | | | |

|Teboursouk |=719=| 497 | 354 | 609 | 606 | 597 | 503 |

| | | | | | | | |

|Gafour | | Observations | | 500 | |

| | |très incomplètes | | | |

| | | | | | | | |

|Djebel-Mansour| | 520 | 491 | | 430 | 725 | 634 |

| | | | | | | | |

|Djouggar | | 387 | 382 | 493 | 395 |=759=| 598 |

| | | | | | | | |

|Sodga | | 529 |=408=| 660 | 342 |=736=| 553 |

| | | | |(onze|(onze| | |

| | | | |mois)|mois)| | |

| | | | | | | | |

|Thala | 396 | | | 383 | 324 |=896=| 492 |

| | | | | |(onze| | |

| | | | | |mois)| | |

+--------------+-----+-----+-----+-----+-----+-----+-----+

Souvent on divise au point de vue du climat la zone méditerranéenne en

deux. Au Nord du 40° de latitude, on admet des saisons de pluie aux

équinoxes avec un hiver et un été secs, la saison d’automne étant plus

mouillée que l’autre. On ajoute que parfois ces deux saisons pluvieuses

se confondent en une seule. Au Sud du 40°, on proclame simplement une

saison humide en hiver et une saison sèche en été. Classification trop

rigoureuse et à laquelle ne se plie pas entièrement le climat de la

Tunisie, contrée située entre le 33° et le 37°. Dans la Régence, il

pleut évidemment surtout d’octobre à mai, tandis que de juin à

septembre, la terre ne reçoit guère d’eau du ciel ; mais d’une part la

saison pluvieuse englobe aussi le printemps et compte deux fois plus de

mois que la saison sèche, et, en second lieu, la saison pluvieuse ainsi

définie n’est pas une et se laisse le plus souvent entamer vers le

milieu de son cours par une petite saison sèche. Aussi, peut-on écrire

justement qu’en Tunisie il y a une première saison pluvieuse en automne-

hiver autorisant les semailles, puis, après une interruption qui se

balance autour du mois de février, une seconde saison pluvieuse au

printemps assure les récoltes. Elle est moins abondante que l’autre.

Enfin, l’été constitue l’époque sèche. Ces propositions expriment assez

bien la règle théorique qui préside à la répartition des pluies dans

l’année sur le sol de la Tunisie. Mais cette loi même est plus d’une

fois en défaut.

Les observations que nous possédons pour Mactar nous permettent de

dégager quatre types d’années :

[Illustration : _Figure 2._ — PLUIE — DIVERS TYPES D’ANNÉES A MACTAR.

Type A]

TYPE A. — Avec une seule période humide et une seule période sèche, ce

type rentre dans la classification adoptée par les météorologues

européens. Il ne se vérifie que dans les années extrêmement pluvieuses

et encore pas dans toutes.

[Illustration : _Figure 2._ — Type B]

TYPE B. — C’est le type qui répond à la loi formulée tout à l’heure pour

la Tunisie. Il n’est pas plus fréquent que le précédent.

[Illustration : _Figure 2._ — Type C]

TYPE C. — Dans ce troisième type, il y a de net que la phase pluvieuse

de l’automne-hiver avec le déclanchement ultérieur. La phase humide du

printemps est restreinte et à peine supérieure aux précipitations du

début de l’été. C’est le régime le plus ordinaire dans le Haut-Tell.

[Illustration : _Figure 2._ — Type D]

Enfin, dans un quatrième type D, assez commun, il n’y a plus aucune

règle, mais une succession désordonnée de mois humides et de mois secs.

A Mactar, les types C et D ont à leur actif les trois quarts des années.

En construisant sur ces données un type d’année théorique nous aurions

ceci :

MACTAR LE KEF

mm mm

Automne { 100 } { 130 }

{ } { }

250 { } 330 { }

{ } 380 { } 500

Hiver { 150 } { 200 }

} }

Printemps 130 } 170 }

Eté 70 50

--- ---

450mm 550mm

Non seulement il pleut davantage au Kef, mais la répartition y est

meilleure qu’à Mactar, à cause de la disproportion plus forte entre le

printemps et l’été. Le type B y aura donc plus d’adeptes.

3o _La température._ — Si les pluies vont diminuant en Tunisie du Nord

au Sud et d’Ouest en Est, la température suit une marche quasi inverse,

mais avec moins de régularité dans la dégression. Après la limite du

désert la zone la plus chaude est la Basse-Steppe pour laquelle les

calculs effectués jusqu’ici[144] établissent théoriquement une

température moyenne maximum annuelle de 27° à 28°. Puis s’offre avec une

somme de chaleur à peine un peu plus faible la Haute-Steppe méridionale

avec Gafsa. De là on saute aux plaines de la Medjerda (25° à 26°) sur le

rang desquelles il échet sans doute de mettre les plaines du Haut-Tell.

Se présentent ensuite les localités maritimes, Gabès, Djerba, Sousse et

Tunis avec 24°, Sfax, Bizerte et Tabarca avec 22° ou 23°, Kelibia avec

21°. L’influence de la mer éclate donc ici d’une manière frappante. Dans

le Haut-Tell enfin, le Kef assez insolé est avec 22° sur le même pied

que Bizerte, tandis que les 19°,7 de Mactar placent ce village à côté

d’Aïn-Draham (19°,2). Si l’on examine, au contraire, les températures

moyennes minima annuelles, Mactar n’accuse que 8°,6, alors qu’Aïn-Draham

a 9°,5.

En dehors de ces chiffres, ce qui distingue le Haut-Tell, c’est, d’une

part, l’intensité et la durée des froids de l’hiver, et, de l’autre, la

clémence relative de l’été et le peu de nocivité du sirocco. Traits par

lesquels Mactar ou Thala évoquent, en effet, Aïn-Draham qui est

également une station montagneuse. Des quatre principales stations du

Haut-Tell, le couple Téboursouk-Kef jouit de températures plus fortes

que le couple Mactar-Thala, à cause de son altitude plus basse et de son

exposition au Sud. Pour bien apprécier la distribution de la

température, il convient donc de faire une sorte de chassé croisé. Les

températures de Mactar-Thala qui sont aussi celles du Bargou, de Bou-

Chebka, de la Kalaat-Senane, se retrouvent dans l’autre bande

montagneuse, au Goraa, au Dyr et sur le Sra-Ouargha. Celles de

Téboursouk et du Kef se vérifient plus ou moins à Zeriba, Djama,

Medeina, Kalaat-Djerda. L’expérience montre qu’à altitude et orientation

égales, la zone Sud du Haut-Tell est plus chaude que l’autre.

La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala) · 第 14 / 45 段