Comme la plaine voisine de Tajmout, Bermajna est une espèce de steppe.

On n’y jouit d’une bonne récolte que tous les trois ou quatre ans et

l’herbe qui y règne despotiquement, le harmel, est une de celles qu’on

est accoutumé de rencontrer dans les terres médiocres. Ni alfa, ni

sparte, ni qtaf, ce qui la distingue des hériats du moyen Mellègue. Le

harmel cesse avec les contreforts des monts environnants. Au Sud, il

s’arrête aux Djerdas et ne pénètre pas dans la plaine d’El-Menchia, du

Tell des Fréchich, où il est remplacé par le chiha et le tgoufet. La

queue de Bermajna vers le Sud-Est n’est pas loin de la Jeffara et du

Djouf-Rohia avec lesquels elle se raccorde aisément par le hiatus qui

baille entre l’arc des Ouartane au Nord et les monts des Majeur au Sud.

Dans la colonie sœur, la plaine de Tébessa quoique surtout vêtue

d’armoise blanche et de qtaf, est à d’autres points de vue absolument

comparable à Bermajna, ne fut-ce que par sa forme en L.

3o _Le massif de Kalaat-Senane._ — Au Sud-Ouest, Bermajna est bornée par

une suite de collines sénoniennes rocheuses à qui leur dénudation a valu

le nom de « _djerdas_ », c’est-à-dire de « pelées ». Deux d’entre elles,

à savoir, le Sif et la Kalaat-Djerda sont coiffées d’un méplat d’éocène

inférieur dont un autre lambeau, le Kef-Souitir, émerge de la plaine

comme un dos de gigantesque poisson blanc. Ces trois affleurements

recouvrent des gisements de phosphates appréciés grâce auxquels est né

le centre de Kalaat-Djerda. Leur ligne s’avance jusqu’aux abords du

massif de Kalaat-Senane.

Ce dernier est sur le flanc occidental de Bermajna une sorte de pendant

du plateau Ouartane et le changement d’altitude, de composition et de

valeur du sol s’y opère d’une façon presque identique. Mais ici le

sénonien constitue un socle énorme sur lequel sont juchés divers

fragments suessoniens dont l’un, la Kalaat-Senane, est le plus haut

point du pays (1.271m) et appartient au même ensemble que le Haodh et le

Dyr de Tébessa (1.474m) tenant le milieu entre eux comme situation

topographique et comme altitude. Ses phosphates lui donnent une

importance économique égale à celle de ce dernier. La fameuse Kalaat

forme synclinal avec un autre morceau d’éocène inférieur, gratifié du

titre de _Rebiba mtaa el Galaa_ (Bru de la Kalaat), et qui, à

l’expérience, s’est révélé comme ayant une utilité industrielle au moins

aussi grande qu’elle. Non moins remarquables sont les phosphates cachés

sous d’autres plaques nummulitiques vers Bir-el-Afou ou ailleurs.

La Kalaat-Senane et sa Rebiba ont un soubassement d’argiles marneuses

sénoniennes (plus de 850m d’alt.), sra où prospèrent herbes et céréales.

Au Nord et à l’Ouest, ce large bloc culmine d’une manière assez brusque

sur la plaine des Ouled-Bou-Rhanem au contact de laquelle Aïn-Fortnate

est encore à 727m près du bordj de la Douane. A l’Ouest et au Sud, il

est cerné par un demi-cercle calcaire blanc (Djebel-Bou-Hafna 1.050m,

Koudiat-el-Agab, 1.104m, Dra-el-Anek 926m) où s’est installée une

véritable forêt tellienne, belle et épaisse. L’Oued-Bou-Salah coule en

contrebas dans une gorge abrupte, mince virgule qui divise en deux le

massif et rejette au Nord-Est le Knakiche (1.050m), le Mzita (1.059m),

etc., dont les alentours immédiats sont assimilables au support herbeux

de la Kalaat-Senane. Quant au cordon calcaire et forestier du Djebel-

Bou-Hafna, il poursuit sa courbe régulière au Sud-Ouest par le Dra-el-

Hammadi (945m), étroit pédoncule qui attache toute cette région au

massif algérien du Djebel-Bou-Rebaia (1.145m) lequel fait corps au midi

avec les montagnes des Fréchich.

Favorisé de récoltes presque constantes, le massif de Kalaat-Senane

fonctionne en outre entre les pays ouverts de Bermajna et des Ouled-Bou-

Rhanem comme un refuge naturel. Des groupements humains s’y sont fixés

comme les villages de la Kalaat-Senane, de Majouba et du Djebel-Mzita.

Les établissements permanents ont été facilités par la présence de

sources attestant un climat relativement humide. Depuis les Ouargha, le

massif de Kalaat-Senane est, en effet, le seul relief susceptible de

provoquer des précipitations abondantes de Nord-Ouest. Par contrecoup,

Bermajna, pour laquelle le massif fait écran ne reçoit qu’un minimum de

pluie.

Cette région du moyen Mellègue et de l’Oued-Sarrath, sauf le sra de la

Kalaat-Senane, est très loin de valoir la Friguia comme terroir

agricole. Elle se classe en revanche en matière minière (fer,

phosphates) parmi les zones les plus intéressantes de toute la Tunisie.

III

LE TELL DES FRÉCHICH ET DES MAJEUR

Avec sa hériat relativement basse et peu fertile, la région algéro-

tunisienne du moyen Mellègue amorce les landes constantiniennes du

plateau de Numidie. Elle serait, dans la direction du Sud, l’antichambre

de la Steppe si le relief fortement relevé au Sud de Bermajna et du

Tajmout n’amenait le plancher du territoire des Fréchich et des Majeur à

une altitude capable de contrebalancer une situation déjà bien

méridionale. Ainsi que plus à l’Ouest pour l’Aurès, le redressement du

sol, après un district déprimé mal doté, a pour conséquence de

meilleures possibilités pluviales, ce qui se traduit par une

prolongation de la région tellienne.

Ce Tell des Fréchich et des Majeur est un massif compact qui se carre

entre le couloir de Rohia-Sbiba et les plaines algériennes d’El-Ma-el-

Abiod et de Brisgane. Relié par une sorte d’isthme au socle de la

Kalaat-Senane, il a comme étai au Sud et au Sud-Est la chaîne de

Byzacène, tandis que juste en son milieu se creusent les plaines

conjuguées d’El-Afrane et de Foussana, pareilles à des vasques

profondes. L’altitude générale est très grande. La plaine de Foussana

qui offre le point le plus bas ne descend guère au-dessous de 700m, et

parmi les montagnes, plusieurs dépassent 1.300m. Il semble que la

moyenne du pays soit plutôt supérieure à la cote de Thala (973m). Ce

territoire s’affirme comme le canton le plus haut de toute la Tunisie.

Loin d’être une exception dans ces parages, le Djebel-Chambi, qui vante

la cîme maîtresse de la Régence (1.545m), est là dans un milieu

absolument harmonique.

Cette région, où le ridement du sol tunisien accuse son maximum de

puissance, comprend une majorité de terrains secondaires avec, par

endroits (Zelfane), des esplanades gréseuses. Au développement des

premiers correspondent de remarquables peuplements forestiers. On peut

même considérer que tout ce Tell est une zone montueuse boisée à peine

interrompue par des clairières plus ou moins vastes où les indigènes

introduisent les céréales au sein d’un tapis où dominent les armoises et

surtout l’armoise champêtre. Ces espaces cultivables, logés parfois dans

des cuvettes d’éocène moyen (Char, El-Oubajer), rentrent au Nord dans la

classe des sraouate. Au Sud, ce sont au contraire des terres sableuses

légères installées sur des grès. A cette différence au point de vue

agricole s’ajoute un changement dans la couverture végétale naturelle.

Au septentrion, la forêt de pins d’Alep, tout en contenant de l’alfa,

renferme aussi de notables quantités de diss. Au midi, en revanche,

cette plante tellienne a quasi complètement disparu. Il y a donc lieu de

reconnaître ici, comme dans le massif de Mactar, deux zones distinctes :

1o une bande Nord, calcaire ou argileuse, pourvue de sraouate et de

diss ; 2o une bande Sud, calcaire ou gréseuse, à capacités agricoles

moindres et d’où le diss est presque absent. Cette bande s’appuie sur la

chaîne de Byzacène qui a l’allure d’une véritable ligne de montagnes. La

séparation entre cantons de valeur inégale se produit ainsi dans le sens

des parallèles. Mais le partage du territoire entre Fréchich et Majeur

s’opère selon les méridiens. Chaque tribu a par suite dans son lot des

terrains de chacune des deux catégories.

1o _La zone septentrionale._ — La structure générale de celle-ci

comporte une série de rides dont l’orientation Sud-Ouest-Nord-Est est

brusquement arrêtée au-dessus de la plaine de Rohia par une

manifestation du plissement transverse (voir le schéma de la carte no

3). Les premières sont çà et là piquées de dômes aptiens comme le Bou-

Rommane (en Algérie) 1.545m, le Hamra ou l’Ajered, non loin duquel le

Bireno cénomanien et turonien a 1.419m. Le second constitue le massif

des Chaquetma où s’érigent les reliefs éocènes du Ras-Sidi-Ali-ben-Oum-

Zine (1.305m)., de la Guessaa-Kebira (1.150m), du Kef-el-Louz (1.142m)

et les sommets sénoniens de la Kalaat-Frarha (1.189m) et du Kef-Soltane

(1.309m) au delà desquels on choit dans la plaine de Rohia par une

dénivellation de 4 à 500 mètres. Pour la racheter, les oueds venus de

l’arrière pays ont excavé des entailles aiguës dont la plus

significative est le Garjouma, c’est-à-dire la « Gorge », véritable

cañon scié par l’Oued-Sbiba. Ces passages sont peu praticables, de sorte

que Sbiba reste ainsi sans relations commodes avec le district auquel

elle est adossée. Elle doit son importance à sa position sur la piste

Sbeitla-Ksour, juste en face de la trouée de l’Oued-El-Hathob qui mène

vers Hajeb-el-Aioun et vers Kairouan. Néanmoins, la ville de _Sufes_ ne

fut pas aussi indépendante qu’on pourrait le penser à l’égard de la

région montagneuse voisine. Car la vallée étroite de l’Oued-Sbiba montre

la trace d’une culture arbustive intense et l’oued pérenne permettait

comme aujourd’hui de créer des jardins et d’irriguer des céréales. Le

nom même de la ville prouve assez qu’elle fut avant tout une fille de

l’eau, _Sufes_ dérivant du radical berbère _souf_ qui a précisément le

sens de « rivière ».

Les peuplements de pins du massif Chaquetma et de la frontière

algérienne sont très beaux et autour de l’Ajered et du Bireno se

développe une magnifique forêt. On pourrait donc se croire au plein cœur

du Tell si sur plus d’un point la nature du sous-bois ne révélait le

voisinage de la Steppe. Dans le massif Chaquetma et autour de Thala le

pin d’Alep voisine avec les mêmes espèces qu’en Friguia (diss, genêt

d’Espagne, etc.). Genévriers et alfa y sont rares. Mais au flanc

méridional de la Kalaat-Frarha s’accroche déjà une très notable quantité

d’alfa. On a alors un type de forêt se rapprochant des forêts de Gafour

ou de la Kessera. La limite du diss est assez bien piquetée par Sbiba,

le Ras-El-Gada, le Koudiat-Sidi-Mabrouk, le Dyr-el-Kelb et le Sif-

Khaled. Au Sud de cette ligne le diss est une exception et au Nord, en

revanche, on ne voit guère l’alfa que sur quelques plateaux pierreux ou

sur des pentes exposées au midi. A l’Ouest de Thala et du Sif-Khaled on

ne saurait établir entre le diss et l’alfa une démarcation aussi

précise, car les deux herbes coexistent. Du Sif-el-Hamba à la mine de

l’Ajered, le diss s’associe au chêne-vert. Plus au Sud, il diminue

devant la graminée rivale ; au Djebel-Hamra et au Sif, il bat en

retraite. Toutefois, au delà de cette montagne, il y en a des bouquets

non négligeables, comme non loin d’Aïn-Benfalia, aux environs de Bir-

Tmar ou Zit, et même auprès de l’Aïn-Midoun (voir planche E).

Si la majorité des reliefs dessine un réseau boisé qui domine en les

enserrant les étendues marneuses cultivables (voir même planche),

certains plateaux offrent cependant à la charrue des terres de valeur.

Le Char, par exemple, et le Kouif ont, comme le Dyr du Kef ou la

Guessaat des Beni-Rezg, nombre de petits champs au sein de leurs

dallages pierreux. A leur pied, diverses sources expliquent le village

de Thala ou facilitent, en bas des gisements de phosphate du Kouif, la

vie de l’agglomération de la mine. Le soc trouve davantage à mordre dans

certains cantons plus ou moins concaves. Golfe marneux d’éocène moyen

entre des mamelons calcaires sénoniens, El-Oubajer est consacré aux

céréales jusqu’à Bermajna vers laquelle il s’incline. C’est un sra comme

le Kouif ou le Char. Au Sud d’El-Oubajer, l’anticlinal du Dyr-el-Kelb a

sur ses deux flancs une série de petites plaines monoclinales. Ce sont,

sur le côté septentrional, les conques d’El-Fahis et de Rmada enclavées

dans la forêt, puis l’enfilade des Djouas (Djoua-Rmada, Djoua-ben-

Rhadahem, Djoua-es-Smaala, Djoua-el-Mraouna). Cette mince bande

ininterrompue qui rejoint les Hamad, varie entre 900 et 1.050m. Due à la

décomposition des marnes sénoniennes, elle se prête aux céréales et elle

ouvre dans ce pâté montagneux une piste muletière assez aisée de Thala à

la Kalaat-Frarha d’où l’on descend sur Sbiba. Sur la face méridionale,

la petite plaine de Frina est un dernier fragment de sra placé là en

sentinelle au devant du Zelfane, rôle que jouent plus à l’Ouest de

modestes clairières autour du Kef-el-Moti[137]. Quelques maisons

surgissent au milieu de ces bonnes terres.

Sur la frontière s’observent aussi des sraouate. C’est au Nord-Ouest

dans la forêt d’Aïn-Safsaf un réseau de vallées-clairières frangées de

chêne-vert et de diss. Plus large, le Sri d’Haïdra fait la richesse des

Haouafedh. Il est au midi accompagné de la plaine de Tebaga[138]

encerclée de collines boisées. Ce genre de pays avec sraouate et forêts

englobe plus à l’Ouest le Kouif et le Dyr des Ouled-Yahia.

Au midi de cette région, les deux vastes plaines de Tébessa, en Algérie,

et d’El-Afrane, en Tunisie, vêtues d’armoise ou de qtaf, tiennent un peu

le milieu entre les bons pays comme le Tebaga ou le Sri dont elles ont

la constitution argileuse et une plaine sableuse comme la Foussana.

Elles sont traversées dans toute leur longueur par la route de Tébessa à

Kasserine qui laisse l’Algérie au défilé du Mouahed et débouche dans la

plaine de Foussana par le Khanguet-Slougui, entre des mamelons où le

diss pointe encore auprès du sparte et de l’armoise.

De ce qui précède, il résulte que la zone septentrionale du Tell des

Fréchich et des Majeur comporte deux parties. Suivant que l’on prend

comme critérium la prédominance du diss sur l’alfa ou la division en

sraouate et non sraouate la limite varie légèrement. En combinant les

deux éléments de différenciation on peut cependant formuler ceci :

tandis que le massif Chaquetma et ce qui est au Nord du Bireno, de

l’Ajered et de la plaine d’El-Afrane est en somme franchement tellien,

ce caractère est déjà plus atténué dans le carré qui s’inscrit entre les

deux branches aboutissant à l’Ajered.

2o _La zone gréseuse méridionale._ — Par delà le Djebel-Sif, le Sif-

Khaled, le Koudiat-Sidi-Mabrouk et le Djebel-Sidi-Abd-El-Kader, le

changement s’accentue. Seul, au Ras-el-Gada, quelque éocène moyen

rappelle le Char. Mais sur le reste de la lisière ce sont des terrains

gréseux qui apparaissent dans une vaste ondulation synclinale peu

accusée qui ne s’arrête qu’à la chaîne de Byzacène. Cette longue bande

de terres légères se découpe naturellement en trois parties : à l’Est le

Zelfane, au centre la plaine de Foussana, à l’Ouest le plateau de Bou-

Driès et de Bou-Chebka. Les deux premières sont dans une certaine mesure

comparables au Sersou d’Algérie.

Le Zelfane est une région de grès miocènes ou pliocènes dont la chair

vive perce dans les oueds ou dresse çà et là des témoins d’érosion

(Skhira-Souda, Skhira-Beïda, Kef-Hajar-et-Tir). Dans l’ensemble, le

Zelfane est un plateau comme les Hamad et le tgoufet y détermine des

pelouses ; seulement, sur les mamelons ce n’est plus le romarin, mais

l’alfa qui règne. Quant au diss, il est décidément écarté ; la présence

du grès assure la victoire de l’alfa, plante de préférence silicicole.

La même formation gréseuse entraînant un aspect général identique se

retrouve au delà de Kasserine. Le pin était maître au Nord du Sif-

Khaled. Mais au Zelfane, l’araar l’emporte avec un sous-bois d’alfa

(voir planche G) ou de tgoufet, alors que le snouber se réfugie dans les

oueds. Au cœur du Zelfane les araars isolés au-dessus de peuplements

d’armoise champêtre donnent l’illusion d’un jardin anglais. Ailleurs,

sur de grands espaces, il n’y a pas d’araars et l’alfa occupe la

première place dans le tapis végétal. Au sein des vallonnements à

tgoufet des pièces de céréales se glissent, menues et timides, comme

c’est la règle passé la chaîne de Byzacène. Avec ses sables, ses araars,

son alfa, le Zelfane a nettement la physionomie d’une Steppe. Le cactus

commence (voir carte no 12) à s’y montrer en masses profondes. Dans

l’Oued-d’Aïn-Khamouda abondent le rtem et le sboth. Les serpents sont

fréquents. Dans la toponymie on rencontre des mots évocateurs de la

Steppe ; Henchir-el-Majen, Hassiane-Zoubia, etc. ; les peuplements

d’alfa libre sont déjà désignés par le nom de _zemla_ comme dans la

Steppe voisine.

Entre le Zelfane, haut de 800 à 1.000 mètres, et le plateau de Bou-Driès

et de Bou-Chebka variant entre 900 et 1.150m, la Foussana oscille entre

700 et 800m. C’est une cuvette tectonique que des témoins de grès

révèlent avoir été jadis remplie par le pliocène. Plutôt sableuse sur la

circonférence, la Foussana s’orne à sa périphérie de nombreux cactus

auprès desquels existent quelques campements permanents d’indigènes.

L’argile s’affirme, au contraire, dans les parages de l’Oued-El-Hathob,

non sans intrusion de sel sur quelques points. La réussite des céréales

y est douteuse et les jachères durent plusieurs années. Centre de la

fraction des Ouled-Naji, dont la fortune consiste principalement en

chameaux, la Foussana est propre surtout à l’élevage, comme le Zelfane

lui même.

A l’Ouest de la Foussana, le sol se relève en une vaste terrasse à

strates quasi horizontales qui fournirait une copie du Zelfane si la

couverture gréseuse plus mince ne laissait percer sur de notables

espaces l’ossature sénonienne. Il en résulte un vrai manteau d’arlequin

composé de deux espèces de morceaux disparates.

Ce qui est dû aux grès est quasi plat et uniforme avec des armoises, de

l’alfa sur les ressauts et pas d’arbres. Les marnes et calcaires

crétacés créent, en revanche, une topographie confuse que décore le pin

d’Alep. Au contact des deux étages sont des points d’eau, Aïn-ben-Falia,

Aïn-bou-Driès, Aïn-Midoun (voir planche E). L’enchevêtrement des deux

formations produit une marqueterie de clairières unies et sableuses et

de peuplements forestiers à plancher plus ou moins tourmenté qui se

poursuit en Algérie. C’est l’aspect de la région d’Aïn-Safsaf avec cette

différence qu’ici la forêt ne comprend à peu près exclusivement que des

pins d’Alep sur de l’alfa et du romarin. Aussi, la vue pénètre-t-elle au

loin sous les frondaisons hautes. Comme au Zelfane, l’alfa n’est ni très

élevé, ni très touffu. Quant aux pins, ils offrent de magnifiques

exemplaires (voir planche H).

Vers le Djebel-Es-Sif, les clairières ont un sol grisâtre argileux. Les

marnes sous-jacentes s’y sont mêlées au sable ou l’ont remplacé. On y

remarque des chardons et les céréales y viennent assez bien dans toute

la zone du diss, au Nord de Bir-Tmar ou Zit (1.163m) et vers Aïn-

Benfalia (1.129m). Mais, la plupart du temps, les espaces libres

rappellent plutôt le Zelfane. Aux environs de Bou-Chebka, l’un d’eux

porte le nom significatif de Rmila. La plus large clairière est celle de

Bou-Driès. D’autres sont de modestes allées étroites (2 à 300m au plus)

débouchant par moments sur des esplanades. De Bou-Chebka à Bir-El-Hofra,

le pays a des allures de parc. Au milieu des boisements, ces avenues ont

l’air d’avoir été aménagées pour le plaisir des yeux et l’émerveillement

est à son comble lorsque au bout d’une de ces trouées se dresse la masse

du Chambi. C’est là certainement un des coins les plus grandioses de

toute la Tunisie. Mais l’homme en est absent : la maison forestière de

Dernaia, le caravansérail et la douane de Bou-Chebka sont presque les

seules habitations.

La forêt de pins d’Alep, belle et dense, affirme encore le Tell, mais le

nombre infime des jeunes arbres et la végétation des clairières

indiquent que la Steppe est à deux pas. De la périphérie au centre, la

cuvette de Bou-Driès présente d’abord pins d’Alep sur alfa et romarin,

puis alfa seule, puis armoise avec quelques rectangles cultivés. C’est

ce que l’on vérifie avec plus d’ampleur au delà de la chaîne de

Byzacène. Si le Zelfane et les plateaux de Bou-Driès et de Bou-Chebka

participent aux inconvénients de la Steppe par leur sécheresse relative,

ils ne sont pas pour cela exempts de gelées. Plus d’une fois, les cactus

du Zelfane ont péri au cours d’hivers particulièrement rigoureux. Comme

le Sud du massif de Mactar et comme l’Aurès, cette lisière ne convient,

en somme, qu’à l’élevage et à condition que les bêtes n’y séjournent pas

durant la saison hivernale.

3o _La chaîne de Byzacène et ses cols._ — Au midi de tout ce territoire,

la chaîne de Byzacène offre, grâce au Chambi, le sommet le plus hardi de

Tunisie (1.544m). D’autre part, leur épaisseur et leur surface font du

Tiouacha, du Semama et du Chambi, des blocs difficiles d’accès qui ne le

cèdent en rien comme volume à ceux de la chaîne de Zeugitane. Fréchich

et Majeur y trouvaient un refuge contre les colonnes beylicales.

« _Iharz anni ech chamakh el metqias ech Chambi oulla Djebel-Semama_. »

« Je suis gardé par le haut et sourcilleux Chambi ou par le Djebel-

Semama », dit un proverbe local[139]. Malgré cela, les divers tronçons

de la chaîne de Byzacène manquent d’une physionomie frappante pour

l’œil. Le Tiouacha et le Semama ont une allure écrasée. Supérieur au

Serdj de 200m, le Chambi ne le dépasse pas en altitude relative. Plus à

l’Ouest, les Djebel-Dernaia, Tamesmida, Bou-Gafer, ne constituent qu’un

cordon de médiocre envergure et assez mince. Le Dernaia n’a que 50m de

plus que le plateau de Bou-Chebka. En Algérie, le Bou-Djellel, malgré

ses 1.464m, ne domine que de 300m les plaines sous-jacentes. La chaîne

n’est majestueuse que lorsqu’on la considère de la Steppe.

Elle se distingue cependant des plateaux gréseux du Nord. Son pli

contraste avec leurs strates quasi horizontales ; aux grès et aux sables

de celles-ci elle oppose ses marnes et ses calcaires sénoniens. Dans la

zone haute, ces derniers sont coiffés du type de forêt voisin (pins

d’Alep sur alfa). Sur les pentes, les arbres disparaissent (Semama,

Chambi) ou se clairsèment (Dernaia) et laissent la place à la zemla.

Comme cultures, l’on note à peine une ou deux tellas au Chambi et, sur

le Semama, une belle pièce de terrain qui évoque le petit sra du

Berbérou. Les sources sont peu fréquentes et faibles, ce qui met la

chaîne de Byzacène bien en dessous de la chaîne de Zeugitane. Le climat

moins pluvieux est la cause de cette différence. Il en résulte l’absence

de villages. Cependant, Kasserine, l’ancienne _Cillium_, quoique située

à 8 ou 10 kilomètres du Chambi, en dépend en réalité au point de vue

hydrologique. Ce sont les précipitations reçues par cette montagne qui

filtrent au jour dans la coupure de l’Oued-Ed-Derb[140].

La chaîne de Byzacène n’a pas ses chaînons franchement soudés l’un à

l’autre. Il y a même en réalité deux alignements 1o celui qui comprend,

en Algérie, les Djebel-Dremine et Bou-Gafer et, en Tunisie, les Djebel-

Tamesmida, Dernaia, Chambi et Semama ; 2o au Nord-Est, le Djebel-

Tiouacha-Douleb et, au Nord-Ouest, le Djebel-Bou-Djellel parallèles à la

série précédente, mais la débordant aux deux extrémités. Entre le

Tiouacha-Douleb et le Semama, la vallée synclinale de l’Oued-Sfisifa est

semblable au Zelfane par ses grès, sa végétation et par la présence d’un

hassi. Ce boyau, qui revêt en amont le nom de Djoua-Debaba, mène du

couloir Sbiba-Sbeitla au Zelfane par un chemin plus aisé que les

sentiers qui grimpent à travers le massif Chaquetma. Sont, au contraire,

perpendiculaires à la direction des alignements et résultent soit de

failles, soit d’abaissements de l’axe de la chaîne, le Khanguet-Bou-

Laaba, le col de Dernaia et la plaine de Brisgane.

La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala) · 第 13 / 45 段