9 Kalaat Senane-Haodh et Guessaa des Beni Rezg.

10 Goraa.

11 Ferchane.

12 Djeradou.

13 Plateau de Chetlou.

]

Si ces chaînons étaient continus, le Haut-Tell serait un immense

égouttoir à rainures parallèles privées d’intercommunications. Mais les

parois des sillons, loin d’être tectoniquement étanches, offrent des

abaissements ou des interruptions répétées qui coïncident à l’occasion

avec des failles ou des décrochements. Voici, par exemple, la chaîne de

Byzacène. Elle est séparée en deux moitiés par la faille de l’Oued-El-

Hathob qui scinde le Chambi du Semama ; quant à ce dernier, il s’enfonce

à l’Est sous des alluvions, et en admettant qu’il se raccorde

tectoniquement au Djebel-Djeldjel, comme le pense Pervinquière, il n’y

en a pas moins d’une montagne à l’autre un hiatus de 30 kilomètres de

plaine. Ce Djebel-Semama, qui se perd ainsi brusquement, est remplacé

dans la chaîne par le Djebel-Tiouacha qui vient le relayer tout en

restant un peu en retrait, comme dans un théâtre le décor d’arrière plan

se substitue au décor de devant en ménageant un intervalle pour l’entrée

et la sortie des acteurs. A son tour, le Djebel-Tiouacha finit sans

postérité sur la plaine de Sbiba, à 20 kilomètres encore du Djebel-

Djeldjel. La chaîne de Byzacène comporte donc deux ruptures sérieuses et

elle meurt sans s’être soudée ou rattachée effectivement à aucune autre

chaîne. Des accidents de cette espèce affectent sans exception tous les

ridements du Haut-Tell. Si donc le géologue arrive à suivre les

anticlinaux dans leurs avatars, le géographe hésite à qualifier de

chaînes ces ensembles à mailles plus ou moins desserrées et déjetées. En

définitive, plutôt qu’à de vraies chaînes on n’a affaire ici qu’à des

chapelets irréguliers de chaînons et seuls semblent mériter dans une

certaine mesure le nom de chaîne les alignements des chaînes de

Zeugitane et de Byzacène. Pareillement, les synclinaux ne s’évasent pas

sur des lieues de longueur. Eux aussi sont fractionnés en morceaux, soit

que leur fond se relève par endroits en bloc, soit que des masses

montueuses se campent en travers. Un des synclinaux les plus nets, celui

d’Ellès-Massouge, détache à l’Est, sur la rive droite de l’Oued-Siliana,

les cuvettes du Gafour et du Tajmout, mais ces vasques sont rendues en

quelque sorte autonomes par des boursouflures du sol intercalaires. Un

phénomène analogue s’observe à propos des autres synclinaux qui sont

ainsi moins des sillons complets que des séries d’auges indépendantes.

L’orientation vers Tunis, si elle est prédominante, n’est pas exclusive.

Pervinquière a expliqué comment les plis de direction Sud-Ouest-Nord-Est

sont croisés par des plis projetés Sud-Nord ou même Sud-Est-Nord-Ouest,

comme c’est le cas sur le rebord oriental du plateau Ouartane. Ainsi se

vérifient des alignements obliques aux précédents, tel celui qui est

piqueté par l’Harraba, le Slata, le Bel-Hannech et le noyau du Mrhila.

Cette énumération montre immédiatement que les rides du second système

n’ont pas plus de continuité que les plis du premier. Par leur

intrusion, elles contribuent à accentuer le fractionnement du relief. Ce

sont elles qui sectionnent le synclinal d’Ellès-Massouge et c’est grâce

à elles qu’entre les plis de la région de Thala et ceux du massif de

Mactar, il est presque impossible de retrouver le lien tectonique. D’un

autre côté, ce second système se manifeste souvent par des dislocations.

La faille de l’Oued-El-Hathob, entre le Semama et le Chambi, lui est

due, et ce seul événement dénonce quelle a été son action dans

l’émiettement orographique du pays. La valeur de cette intervention se

mesure entre autres par la création des trois grandes plaines parallèles

du Djouf-Rohia, de Bermajna et de Tébessa. Echelonnées à quelques lieues

les unes des autres, entre le massif de Mactar et la région algérienne

de la Miskiana, elles s’alignent Nord-Sud et vantent dans ce sens un

développement d’une quarantaine de kilomètres. Brèches réelles dans le

relief du Haut-Tell, elles ouvrent l’accès de Sbiba, de Thala et de

Tébessa aux personnes et aux marchandises du Nord. La première a une

importance particulière puisqu’elle se poursuit jusqu’à Sbeitla en se

glissant entre les chaînes de Zeugitane et de Byzacène qu’elle désunit

et elle apparaît très justement à Pervinquière comme un des traits les

plus remarquables de la Tunisie Centrale[95]. Dans leur portion

méridionale, la seconde et la troisième se joignent à des dépressions

orientées vers l’Est, ce qui leur imprime la forme d’une botte. Ce

mélange des deux directions est plus fréquent dans le Sud-Ouest du Haut-

Tell que dans la Friguia propre où les plis du second système sont en

minorité.

Là où les deux systèmes coïncident, on les voit tantôt accolés l’un à

l’autre comme le Skarna et le reste du massif de Mactar, tantôt se

touchant perpendiculairement en L (chaînon du Djebel-Oum-Delel par

rapport à l’alignement du Ras-Sidi-Ali-Ben-Oum-Ez-Zine) ou en T (Roba-

Siliana et anticlinal bordier du Roba-Ouled-Yahia) et tantôt se croisant

à angle presque droit, ce qui donne ces dômes sans direction propre si

répandus dans le Haut-Tell, surtout dans la région du moyen Mellègue.

Comme conséquence, des cuvettes quasi circulaires se sont dessinées dont

les plaines de Zouarine et du Sers sont le type. Dômes et cuvettes ont

été décrits par Haug en des termes qui nous dispensent de plus amples

explications : « Les dômes, dit cet auteur, sont des surélévations

anticlinales dans lesquelles les couches plongent d’un point central

vers la périphérie et qui font affleurer les couches les plus anciennes

de la région ; les cuvettes sont, par contre, des dépressions

synclinales dans lesquelles les couches plongent de toutes parts de la

périphérie vers un point central et qui contiennent des témoins épargnés

par l’érosion atmosphérique des couches les plus récentes de la

région[96]. »

Ainsi, parmi les anticlinaux et les synclinaux allongés du Sud-Ouest au

Nord-Est s’intercalent des plis et des vallées de fracture presque

exactement transverses, tandis que, çà et là, s’arrondissent des dômes

et des cuvettes qui résultent de la combinaison des deux ondes

tectoniques opposées et où cette action de forces contraires s’est

résolue en une absence d’orientation apparente. Si la majorité des

chenilles orographiques tend vers Tunis, beaucoup se précipitent donc en

travers des pas de leurs congénères, tandis que quelques-unes dorment

enroulées en boule sans se soucier de l’allure générale.

Ce sectionnement tectonique qui, dès à présent, nous frappe comme un

trait fondamental, a été plutôt accru que diminué par l’érosion. Si le

travail des eaux courantes a dans une certaine mesure atténué les

contrastes du relief en aplanissant les montagnes et en comblant les

dépressions, il a souvent aussi contribué au morcellement. La voûte du

Skarna a été excavée en une gigantesque combe où coule l’Oued-Massenna,

entre des crêtes calcaires. De simples abaissements de plis, des

incurvations synclinales à peine esquissées ont été accentuées entre le

Djebel-Lorbeus et le dôme de Zanfour, entre celui-ci et la Hamadat des

Ouled-Ayar, etc. C’est à l’érosion aussi qu’est due la division des

anciennes surfaces nummulitiques en tables isolées. Des plis ont été

entamés par des cluses : dans la portion méridionale de la chaîne de

Zeugitane, les cols qui permettent le passage sont l’œuvre des oueds

(Foum-Zelga entre le Djebel-Serdj et le massif de Mactar, col de la

Drija dans le Bargou).

Mélange de deux directions se coupant orthogonalement avec prédominance

de la direction Sud-Ouest-Nord-Est, présence de dômes et de cuvettes,

discontinuité, petitesse, absence d’épaisseur des chaînons et des vals,

voilà les caractères fondamentaux de l’architecture du Haut-Tell. Les

chaînons divergent ou convergent, s’écartent ou se réunissent et les

vals intermédiaires s’élargissent ou se resserrent en conséquence. La

contrée est en somme composée d’alvéoles de dimension moyenne et

sensiblement égale. Un damier dont les cases plutôt arrondies ou

oblongues que carrées s’étageraient côte à côte à des hauteurs variables

en donnerait une idée assez juste.

Par là, le Haut-Tell se distingue à la fois de la Steppe et du Tell

Septentrional, car dans l’une l’espacement plus considérable des

chaînons provoque la naissance d’un réseau de plaines béantes les unes

sur les autres, tandis qu’au Nord de Souk-El-Arba et de Béja et à

l’Ouest de Mateur et de Bizerte, les chaînons plus pressés tendent à

supprimer les plaines intercalaires. Quant au Tell Inférieur, lui aussi

se disloque en compartiments nombreux : seulement ceux-ci ne diffèrent

guère d’altitude et communiquent entre eux d’autant plus facilement

qu’ils sont plus éloignés du Haut-Tell. Dans ce dernier, au contraire,

si le passage d’une alvéole à l’alvéole voisine peut toujours avoir

lieu, il n’est pas sans exiger souvent quelque peine.

Pas mal de cases correspondent l’une à des étendues sénoniennes, la

seconde à des terres d’éocène moyen, une troisième à des surfaces

gréseuses, etc. Ces petites régions homogènes que déterminent la

géologie et le relief contrastent entre elles et les aspects et les

capacités du sol changent fréquemment sur de faibles trajets, surtout

quand on prend en écharpe les ridements principaux.

Ces alvéoles, assez bien délimitées et de médiocre grandeur, filles de

la tectonique et de l’érosion, sont qui une plaine, qui un plateau, qui

une montagne, sans qu’aucune de ces trois formes orographiques l’emporte

manifestement sur les autres pour l’ensemble du Haut-Tell. Certains

dômes et certains anticlinaux naturellement très prononcés ou que des

failles énormes ont taillés, s’érigent en montagnes véritables (Djebel-

Slata, Djebel-Serdj, etc.). Les bombements moins accentués ou ceux qui

ont été abrasés par le travail des eaux se résolvent en plateaux (sommet

du Berbérou), ainsi que quelques synclinaux (plateau de Mactar). Enfin,

les plaines sont logées dans les cuvettes ou les vallées assez

inférieures pour avoir été remblayées par des alluvions. La montagne est

une masse haute et découpée, le plateau est presque aussi hardi, mais

son toit est plat, la plaine est unie et relativement basse. Les trois

éléments en question se partageant presque également le pays, les

surfaces élevées et les surfaces planes prédominent sans conteste sur

les surfaces basses ou les surfaces accidentées. Et cela explique sans

le justifier le terme erroné de Hauts Plateaux dans lequel se marient,

en une alliance équivoque, les deux idées essentielles suscitées par

l’analyse orographique de la région. Mais s’il est exact que les

étendues élevées et les étendues plates soient en majorité, la forme

plateau couvre en somme moins de kilomètres carrés que les deux autres.

Elle ne saurait donc prétendre à elle seule caractériser la contrée.

2o =Le relief du Haut Tell=

Ce qui distingue vraiment notre région, c’est d’être une portion de

Tell, et en outre une portion montueuse. Certes, il y a beaucoup

d’étendues planes, plaines ou plateaux, mais souvent elles sont étagées

à des paliers brusquement différents. L’altitude contrecarre donc

l’horizontalité, et c’est bien elle le facteur principal à envisager,

car c’est elle qui vaut à cette région son climat et ses productions.

Grâce à sa proximité de la Méditerranée Occidentale, dont le vent du

Nord-Ouest lui apporte directement l’humidité, le Tell Septentrional

peut ne pas être très haut. Au contraire, si notre région n’avait pas

l’altitude qu’elle possède, elle cesserait d’appartenir tout entière au

Tell et deviendrait partiellement de la Steppe, comme on peut s’en

convaincre par ce qui arrive à la zone déprimée de la non-Friguia.

Le Haut-Tell, avons-nous dit précédemment, est à la fois la fraction la

plus élevée du Tell et de la Tunisie tout entière. Si, en effet, on

divise en deux la Régence par une ligne droite Bizerte-El-Hamma, on

laisse à l’Est des territoires qui n’ont pas en moyenne plus de 100

mètres d’altitude, tandis qu’à l’Ouest, vers l’Algérie, se pressent les

montagnes. Dans ce secteur, le Tell Septentrional n’a, au-dessus de

1.000 mètres, que quelques sommets (Djebel-Oum-Ed-Diss 1.153m ; Djebel-

Rhorra 1.202m ; Djebel-Bir 1.014m) et, dès qu’on quitte la Kroumirie

pour s’avancer vers Bizerte, le relief décroît vite à 700m pour n’avoir

plus que 500m dans la Mogodie. Tout au Sud, la Steppe de l’Ouest est

peut-être en moyenne presque aussi élevée que le Haut-Tell. Mais si elle

renferme des montagnes remarquables (Djebel-Serraguia 1.290m ; Djebel-

Selloum 1.373m ; Djebel-Mrhila 1.374m, etc.), si elle offre aussi des

plateaux étalés à 7 ou 800 mètres comme le pays des Ouled-Sidi-Tlil,

elle ne vante pas des massifs aussi considérables et des blocs aussi

élevés que le massif de Mactar, les monts de Thala ou le plateau d’Aïn-

Bou-Driès et de Bou-Chebka.

L’altitude moyenne du Haut-Tell a été, dans notre introduction, évaluée

à 700 mètres environ[97], ce qui est la hauteur moyenne que l’on

s’accorde à reconnaître à l’Algérie. Au point de vue hypsométrique, la

colonie voisine a donc vraiment sa prolongation dans l’Ouest de la

Régence. Cette altitude moyenne est également en Italie celle des

Abbruzzes, région qui par une curieuse coïncidence couvre à peu près

autant de kilomètres carrés que le Haut-Tell tunisien (12 à 13.000) et

dont la ville principale, Aquila, située à 720 mètres, dans une forte

position naturelle, a son équivalent ici dans la ville du Kef, le plus

gros centre du Haut-Tell, bâti à 700 mètres. Ce chiffre de 700 mètres

n’est guère atteint par les plaines alluvionnaires qui en majorité

oscillent entre 300 et 600 mètres, mais il est plus que dépassé par les

grandes zones montagneuses. Le Haut-Tell est donc bien, au premier chef,

un pays montueux comme il sied à une portion de la chaîne atlanto-

apennine, et ce caractère explique pourquoi on rencontre dans ce coin de

Berbérie un certain nombre de phénomènes habituels aux régions plissées

montagneuses de l’Europe.

Au Nord, le relief, élevé de 800 à 1.100 mètres dans l’angle Nord-Ouest

du massif Ouargha, tombe à une moyenne de 600 mètres avec les monts du

Kef, malgré le Dyr (1.084m) et de 550 mètres dans la région de

Téboursouk, malgré le Goraa (963m). Puis vient une zone centrale

déprimée où se dressent quelques pics comme le Slata (1.103m). Ici,

l’altitude moyenne est de 500 mètres à l’Ouest de l’Oued-Tessa pour

s’abaisser à l’Est jusqu’à 300 mètres vers Aïn-Tounga. Au midi de cette

zone, le sol se relève jusqu’à dépasser de beaucoup la bande du Nord. La

partie tellienne du pays des Fréchich et des Majeur se tient en moyenne

à 1.100 mètres et, plus à l’Est, le massif de Mactar, assez bien

représenté par le village de ce nom construit à la cote 924, ne lui est

pas inférieur de beaucoup. On a dans ces parages un ensemble égal au

sixième du Haut-Tell avec une altitude de 1.000 mètres ou davantage

(voir la carte hypsométrique ci-jointe).

Ainsi, d’une part, le relief va s’atténuant progressivement d’Ouest en

Est, ce qui est un caractère général en Tunisie et, d’autre part, en ce

qui concerne le Haut-Tell, il augmente du Nord au Sud avec, au centre,

une chute locale. Le ressaut méridional est heureusement plus prononcé

que l’autre, de sorte qu’en l’atteignant, le vent pluvieux de Nord-Ouest

y retrouve des conditions de condensation satisfaisantes. Ce n’est donc

pas par un pur hasard que la limite Sud et Sud-Est du Tell coïncide avec

la dorsale tunisienne qui est la ligne d’altitude maximum du pays. Au

delà, en effet, le relief fléchit et du même coup le Tell cède la place

à la Steppe. Pour posséder des étendues telliennes de Fériana à Sidi-

Aïch, il aurait fallu chez les Ouled-Ouezzez des altitudes atteignant au

moins 1.400m.

[Illustration : CARTE HYPSOMÉTRIQUE DU HAUT TELL

_Carte 4_]

Voici quelle est, dans les trois bandes orographiques du Haut-Tell,

l’élévation des principales montagnes, plateaux ou plaines :

Montagnes Plateaux ou hautes Plaines

vallées cultivées alluviales

(sraouate)

--- --- ---

=Zone Septentrionale=

Ras-el-Djebel 1.102 |Dyr-du-Kef 1.084-|Oued-ben-Cherifa 450-

m. | 800 m.| 350 m.

| |

Djebel-Guiboub 1.099 |Goraa et 963- |Plaine de Nebeur 300

|sraouate de 400 |

|Téboursouk |

| |

Djebel-Dollïa 1.059 |Djeradou 900- |Biadha 250-

| 800 | 200

| |

Djebel-Mella 1.026 |Ferchane 750- |El-Mor 300

| 575 |

=Zone plus basse du Centre=

Djebel-Slata 1.103m.| |Zouarine 700-

| | 550 m.

| |

Djebel-Harraba 1.095 | |Sers 600-

| | 500

| |

Djebel-Lejbel 1.015 | |Plaine du Kef 550-

| | 480

| |

Kef-Berda 955 | |El-Ogla des 475

(Haodh) | |Charen

| Pas de sraouate |

Guern-el-Lefaia 951 | |Felta des 500-

| |Ouled-bou-Rhanem 425

| |

Djebel-Maïza 887 | |Krib 425

| |

Djebel-Mzarrigue 814 | |Rhorfa 375

| |

Djebel-Kebouch 811 | |Khalled et 320

| |Khalakh

=Zone Méridionale=

Djebel-Chambi 1.544 |Hamadat de 1.174-|El-Afrane 900-

m. |la Kessera 1.050 | 800 m.

| m. |

| |

Djebel-Bireno 1.419 |Char 1.100 |Foussana 800-

| | 700

| |

Djebel-Ajered 1.385 |Sri-d’Haïdra 1.050-|Djouf des Louata 800-

| 850 | 750

| |

Djebel-Tiouacha 1.363 |Plateau de 1.050-|Rohia 675-

|Mactar 800 | 600

| |

Djebel-Serdj 1.357 |Sra-Ouartane 1.000-|Bermajna 750-

| 800 | 550

| |

Djebel-Semama 1.356 |Djouas des 950 |Sidi-Naoui 600-

|Majeur | 525

| |

Djebel-el- 1.354 |Tebaga 900 |Siliana 500-

Aouinat | | 400

| |

Djebel-Sif 1.352 |Massouge 800- | »

| 500 |

Ce tableau met en lumière la concentration des hauts sommets dans la

bande méridionale, ainsi que la réunion des principales plaines dans la

zone centrale qui manque en revanche de plateaux ou de hautes vallées

cultivées. Si l’on considère que dans chaque zone ce sont les montagnes

dominantes qui ont été choisies et sous leur cote maximum, on verra que

maint plateau et aussi mainte plaine sont supérieurs à telle ou telle

montagne. La plaine de Zouarine, par exemple, est plus élevée dans son

ensemble que le Djebel-Bou-Kahil (520 à 738m), le Djebel-El-Bidi (567m)

ou le Djebel-El-Akhouate (606m) et que toutes les régions montagneuses

qui vont de Téboursouk à Testour ou du Roba-Ouled-Yahia à la basse

Siliana. L’altitude brute ne doit donc être envisagée que de concert

avec l’altitude relative. Pour les plaines en particulier, leur hauteur

propre au-dessus du niveau de la mer a moins de conséquence que leur

altitude par rapport aux reliefs environnants. La situation agricole

d’une plaine de 500 mètres, enclose par des reliefs de 700 mètres, peut

se trouver moins bonne que celle d’une plaine de 300 mètres entourée de

montagnes de 900 à 1.000 mètres, car la seconde recevra en définitive

d’une façon indirecte davantage d’eau que la première. La même réflexion

s’applique aux plateaux pour lesquels il y a lieu de songer en outre aux

différences de composition du sol. Si l’élévation absolue joue un rôle,

il faut aussi compter avec la latitude, avec la hauteur des régions

voisines, avec la nature de la terre, avec l’exposition. Le vocable haut

ou haute n’est donc pas toujours aussi expressif qu’on serait tenté de

le penser.

Le terme de Haut-Tell se justifie, puisque, si ce pays n’était pas haut,

il ne serait pas du Tell. Mais, au sein même du Haut-Tell, le

qualificatif de « haut » perd de sa valeur. Ce n’est pas le plus ou

moins d’élévation qui différencie une plaine, comme celle du Krib, d’une

plaine comme celle de Bermajna, et entre deux plaines, la plus basse

n’est pas toujours la moins favorisée. Il n’en est pas autrement pour

les plateaux. Nous ne parlerons donc pas de _haute plaine_, pas plus

d’ailleurs que de _haut plateau_. Car il existe, à des altitudes

pareilles, des plateaux rocheux et broussailleux couverts de forêts, des

plateaux où les céréales réussissent et d’autres où elles sont d’un

rendement précaire. Plutôt qu’une abstraite notion hypsométrique, c’est

tout cela qui mérite vraiment d’être noté au point de vue des rapports

de l’homme avec le sol. La division purement orographique en montagnes,

plateaux et plaines ne saurait donc pas être maintenue telle quelle

comme base d’une explication de la nature du pays. La plaine seule

correspond à quelque chose de bien défini. Quant aux montagnes ou aux

plateaux, il convient de les fusionner en un bloc où nous distinguerons

le _djebel_, qui est plus proprement la montagne inculte et plus ou

moins couverte de boisements, et le _sra_, c’est-à-dire la vallée ou le

plateau propices aux céréales.

Djebel, sra et plaine ont été déjà pour nous l’occasion de quelques

développements, mais il est maintenant opportun d’accentuer les

linéaments esquissés. (Voir carte hors texte.)

III

LES TYPES DE RÉGIONS NATURELLES

* * * * *

1o =Le Djebel et la Forêt=

Si nous groupons ses caractères généraux, le djebel nous apparaît

essentiellement comme une masse rocheuse, génératrice de sources et

refuge préféré des plantes spontanées et des bêtes sauvages. Les espèces

cultivées, les animaux domestiques et les hommes ne s’y rencontrent que

localement et temporairement. Le djebel est par excellence le domaine de

la forêt, de la brousse et de la broussaille, formations que les

indigènes confondent sous le vocable de _rhaba_. La forêt est à peu près

localisée en montagne, si bien qu’en quelques cantons le nom de la

montagne est un nom de forêt. Rhaba-mta-El-Kessera (forêt de la

Kessera), telle est l’appellation de toutes les croupes ou plateaux

boisés qui vont de l’Oued-Ousafa à la chaîne d’El-Gueriat. Le mot

_djebel_ s’emploie lorsque les habitants veulent exprimer le caractère

rocheux ou élevé de la montagne ; quand leur pensée s’arrête plutôt sur

les formations végétales ligneuses qui la vêtissent, c’est au terme de

_rhaba_ qu’ils ont recours. Les espaces forestiers sont donc peu

répandus dans la zone centrale, en majorité occupée par des plaines,

tandis qu’ils sont fort développés sur les deux bandes montagneuses du

Nord et du Sud.

Pourtant, sur les montagnes élevées, la forêt n’arrive pas d’habitude

jusqu’à la cîme. La forêt de la Kessera ne submerge pas la Hamadat du

même nom, les pins d’Alep des Ouled-Ayar-Dahara respectent les kalaats,

et il en est de même en bien d’autres endroits, par exemple à la Kalaat-

Frarha des Majeur (voir planche G), au Serdj, etc. Sur les crêtes

flagellées par le vent ou trop dévastées par l’incendie, on ne trouve

que des genévriers ou des chênes-verts buissonnants réfugiés dans les

anfractuosités des falaises terminales. Dans la zone lisse sous-jacente

que gazonne une herbe courte et savoureuse, les arbres ne peuvent guère

non plus se maintenir. Ce n’est qu’au-dessous de ces petites alpes en

miniature, sur un sol plus tourmenté, moins battu du vent et où la

régénération par semis naturel est plus aisée que commence la forêt,

d’abord composée de chênes-verts et de pins d’Alep associés, puis de

pins d’Alep presque seuls à mesure que les pentes s’abaissent.

La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala) · 第 7 / 45 段