L’emploi de ce précieux système continua jusqu’au jour où un médecin

sagace, visitant un hôpital homéopathique de Londres, constata que la

mortalité des pneumoniques n’y dépassait guère 5 p. 100, au lieu de 30

p. 100 en France. Ce fut un trait de lumière. Puisque, se dit-il, les

médicaments homéopathiques sont trop dilués pour agir, le vrai

traitement, c’est de ne rien faire. Ce régime appliqué en France fit

aussitôt tomber la mortalité au même chiffre qu’en Angleterre. Les

médecins tuaient donc par la saignée 25 p. 100 de leurs malades.

Aujourd’hui, loin de les affaiblir par une pareille opération, on

soutient leurs forces avec de l’alcool.

De cette histoire pourrait être rapprochée celle de l’appendicite dont

le traitement fit périr tant de personnes sous le couteau des

chirurgiens, alors qu’un simple purgatif les eût guéries le plus

souvent, en les débarrassant des parasites intestinaux cause de leur

maladie, comme le prouva plus tard le professeur Guiart.

La multiplication de ces exemples n’ajouterait rien à ce que j’ai voulu

démontrer. Le lecteur est convaincu, je l’espère, que la plupart de nos

opinions scientifiques doivent être qualifiées, non de connaissances,

mais de croyances. Étant des croyances, elles se forment sous certaines

influences: prestige, affirmation, suggestion, contagion, etc., fort

étrangères à la raison, mais beaucoup plus puissantes qu’elle.

Nous retrouverons bientôt ces mêmes mobiles générateurs dans la

formation moderne des croyances occultistes chez quelques savants.

CHAPITRE II

LA FORMATION MODERNE D’UNE CROYANCE.

L’OCCULTISME.

§ 1.--Utilité d’étudier expérimentalement la formation d’une croyance.

Dès le début de cet ouvrage, nous avons montré que l’explication de la

formation et de la propagation des grandes croyances qui ont guidé

l’humanité pendant de longs siècles et la guident encore, est un

difficile problème.

Après avoir essayé de le résoudre théoriquement par des voies diverses,

nous allons tenter l’application des principes exposés à l’étude de

croyances nouvelles, en prenant comme exemple une religion moderne:

l’occultisme, aussi chargée de miracles que celles qui l’ont précédée.

Si nous constatons que des faits invraisemblables, reconnus plus tard

chimériques, furent admis d’abord sans difficultés par des savants

éminents, nous aurons expérimentalement prouvé que l’intelligence ne

joue aucun rôle dans la formation des croyances et qu’elles sont bien

placées sous l’influence des éléments affectifs et mystiques, décrits en

examinant les diverses formes de logiques.

Mon argumentation sera d’ailleurs indépendante de la valeur supposée des

croyances occultistes, puisque je m’attacherai surtout aux faits

reconnus plus tard illusoires par leurs adeptes mêmes et qui cependant

furent admis comme exacts par plusieurs savants. On verra ainsi qu’une

fois entré dans le cycle de la croyance, l’expérimentateur accepte

facilement les plus invraisemblables énormités et fait preuve d’une

crédulité aussi complète que celle du sauvage à l’égard des phénomènes.

Cette démonstration établie fournira des preuves sûres à l’appui des

principes exposés dans cet ouvrage et éclairera expérimentalement le

mécanisme de la naissance et de la propagation des croyances.

Aucune d’elles ne surgissant de toutes pièces, comme nous l’avons

montré, il est nécessaire de rechercher d’abord les croyances

antérieures d’où l’occultisme moderne dérive.

§ 2.--La magie dans l’Antiquité et au Moyen Age.

L’homme a toujours eu soif de connaître sa destinée et d’obtenir

l’assistance des puissances surnaturelles dont il se croyait entouré. De

ces besoins sont nées les formes diverses de la magie.

Cet art se pratiqua chez tous les peuples, à tous les âges de leur

histoire. La nécromancie, l’astrologie, la divination, qui en sont des

branches, furent d’un usage constant dans l’antiquité.

La divination, par moyens divers, et notamment par les oracles

qu’interprétaient des personnages très analogues aux médiums modernes,

représente la forme la plus générale de l’ancienne magie.

La confiance dans les indications ainsi obtenues était universelle. A

Rome, la magie constituait une religion d’État, dont les prêtres,

chargés de commenter les phénomènes surnaturels, se nommaient augures.

Leur rôle était considérable; les généraux les consultaient avant de

livrer bataille et leurs avis faisaient quelquefois annuler des lois.

Le collège des augures ne fut supprimé qu’au IVe siècle de notre ère par

l’empereur Théodose, devant l’influence croissante du christianisme.

La foi des Anciens dans les prédictions attribuées à des êtres

supérieurs, analogues aux esprits des spirites modernes, était générale.

Certains oracles, celui de Delphes par exemple, jouissaient d’une

autorité telle qu’on venait les consulter de tous les points du monde

antique.

Les oracles se turent, et la magie païenne disparut avec le triomphe du

christianisme. Elle devait renaître au Moyen Age sous le nom de

sorcellerie. On sait son rôle et sa puissance. Brûlés par milliers, les

sorciers reparaissaient toujours. Cette force rivale de l’Église fut

domptée par le temps bien plus que par les supplices.

La sorcellerie se pratiquait toujours avec l’assistance du diable. Si

des témoignages innombrables, des affirmations obstinément répétées, au

prix même de la vie, suffisaient à établir l’existence d’un fait, rien

ne serait plus incontestablement prouvé que l’existence du sabbat.

Incalculable, en effet, est le nombre d’individus ayant confessé s’y

être rendus à travers les airs, à cheval sur un balai, et y avoir eu des

relations sexuelles avec les démons.

Les faits de sorcellerie dont le Moyen Age fut imprégné figurent

certainement parmi les phénomènes les plus curieux et jadis les moins

expliqués de la psychologie.

Le rôle de la suggestion et de la contagion mentale s’y manifeste sur

une grande échelle. Les témoignages recueillis au cours des procès de

sorcellerie dans divers pays sont concordants, les descriptions de Satan

identiques, la façon de se rendre au sabbat la même partout.

Aucun intérêt personnel ne semble avoir influencé l’âme de ces

hallucinés. Le diable leur donnait vraiment bien peu en échange de leur

salut éternel et convaincus de sorcellerie, ils se savaient voués aux

plus terribles supplices.

Rarement, d’ailleurs, on avait besoin de recourir aux tortures pour

obtenir l’aveu de leurs prétendus crimes. Les inculpés décrivaient avec

complaisance les scènes de sabbat. Le diable les y attendait sous des

formes variées: crapaud, chat, chien noir, bouc, etc. Il offrait à ses

fidèles des repas généralement composés de débris de cadavres et des

distractions assez peu nombreuses. En dehors de danses et de relations

sexuelles avec de vilains démons ou de vieilles sorcières, les plus

fréquentes occupations consistaient à fouetter vigoureusement de gros

crapauds pour leur faire sécréter une humeur verdâtre et gluante

destinée à fabriquer les onguents et poudres magiques.

La sorcellerie persista des siècles et durant cette longue période aucun

doute ne s’éleva dans l’esprit des magistrats sur l’existence des

cérémonies diaboliques qu’on leur racontait. Pas un ne se demanda, quel

motif entraînait tant de personnes à vendre leur âme au diable, pour des

plaisirs aussi médiocres que celui d’aller manger des cadavres la nuit

sur une lande déserte. Comment le doute eût-il pu d’ailleurs naître, les

coupables avouant leur crime? Aussi étaient-ils brûlés sans remords.

Dans le seul duché de Lorraine, 400 sorciers périrent par le feu en

vingt ans.

Il ne faudrait pas attribuer à toutes ces victimes de la sorcellerie, et

de croyances analogues, une mentalité très distante de celle des hommes

d’aujourd’hui. La crédulité moderne est aussi grande, elle a seulement

changé de nature. Sorciers du Moyen Age, sorciers politiques modernes,

prometteurs de chimères, évocateurs d’esprits matérialisés, tireuses de

cartes, somnambules lucides et devins de toutes sortes appartiennent à

la famille innombrable d’esprits confinés dans le cycle de la croyance

sans avoir jamais pu en sortir. Dans ce monde décevant l’impossible

n’existe pas, les hallucinations qui s’y engendrent ont la réalité

apparente des rêves fantastiques, dont nos nuits sont parfois hantées.

De ce domaine redoutable où elle fut enfermée si longtemps, l’humanité a

fini par se dégager un peu, mais cette libération est si récente et si

incomplète qu’un atavisme très lourd l’y rejette sans cesse.

Lorsqu’après de grands efforts on a réussi à s’évader du champ de la

croyance, il faut se souvenir qu’on ne s’en rapproche jamais sans subir

sa dangereuse attraction.

De nombreux savants en firent l’expérience. Armés de leurs instruments

et de leurs méthodes, ils crurent pouvoir échapper aux influences

capables d’halluciner simplement, d’après eux, des esprits bornés. Ils

furent, en réalité, aussi facilement trompés que les plus humbles

croyants. Toute leur instrumentation scientifique servit seulement à

donner à certaines illusions, dont les fidèles eux-mêmes n’étaient pas

toujours très sûrs, une apparence de certitude qu’elles n’auraient

jamais acquise autrement.

§ 3.--La magie dans les temps modernes et les phénomènes de

matérialisation.

Devant les progrès des idées scientifiques, la croyance dans la magie

semblait ruinée. Les sorciers, dépouillés de prestige, ne trouvaient

plus crédit qu’au fond de quelques obscurs villages.

Mais l’amour du mystère, les besoins religieux qu’une foi trop ancienne

alimentait mal, l’espoir de survivre au tombeau, sont des sentiments si

vivaces qu’ils ne sauraient mourir. La magie antique devait, une fois

encore, reparaître en changeant de nom sans se modifier beaucoup. Elle

s’appelle aujourd’hui occultisme et spiritisme, les augures se nomment

médiums, les dieux inspirateurs d’oracles s’intitulent esprits, les

évocations des morts sont devenues les matérialisations.

Longtemps, la nouvelle croyance demeura dédaignée des savants; mais,

depuis une vingtaine d’années, nous assistons à ce phénomène très

imprévu: des professeurs éminents devenant défenseurs convaincus de

toutes les formes de la magie. C’est ainsi qu’on entend des

anthropologistes réputés, comme Lombroso, assurer qu’ils ont évoqué les

ombres des morts et causé avec elles, d’illustres chimistes tels que

Crookes, affirmer avoir vécu des mois avec un esprit se matérialisant et

se dématérialisant chaque jour, des professeurs de physiologie célèbres

comme Richet prétendre avoir aperçu un guerrier casqué naître

spontanément du corps d’une jeune fille, des physiciens distingués comme

d’Arsonval raconter qu’un médium a pu faire varier considérablement à

volonté le poids d’un objet. Nous voyons enfin d’illustres philosophes

comme M. Boutroux disserter dans de brillantes conférences sur les

esprits, les communications surnaturelles et assurer que «la porte

subliminale est l’ouverture par où le divin peut entrer dans l’âme

humaine».

Il est vrai que d’autres savants, tout aussi illustres, rejettent ces

observations, dues suivant eux à des hallucinations et s’indignent

contre ce qu’ils appellent un retour aux formes les plus basses de la

sorcellerie et de la superstition.

Devant d’aussi contradictoires affirmations, le public instruit reste

perplexe, se demandant s’il est vraiment possible que des observateurs

habiles puissent se tromper aussi lourdement, et pourquoi des faits

prétendus certains par divers observateurs n’ont jamais été vus par

d’autres opérant avec les mêmes sujets et dans des conditions

d’apparence identiques.

On ne saurait le comprendre, en effet, qu’après avoir approfondi le

mécanisme de la formation des croyances ainsi que le rôle de la

suggestion collective et de la contagion. Il faut enfin savoir que

l’illusion devient, dans certaines circonstances déterminées, assez

intense pour se confondre avec la réalité.

Afin de montrer la crédulité sans bornes de certains savants éminents,

dès qu’ils pénètrent dans le champ de la croyance, je vais choisir le

phénomène occultiste le plus étudié par eux, celui dit des

matérialisations. Nous verrons des physiologistes réputés admettre sans

hésiter qu’un être vivant peut se constituer instantanément avec ses os,

ses vaisseaux, ses nerfs, en un mot tous ses organes.

Définissons tout d’abord, d’après les spirites, en quoi consiste une

matérialisation:

«Le mot matérialisation, écrit le Dr Maxwell, signifie qu’un esprit,

celui d’un mort ou même celui d’une personne vivante, peut soustraire

à l’organisme du médium du «fluide», c’est-à-dire une substance

impondérable susceptible cependant de se condenser et de devenir

matière. Cette substance s’agrège en matière et s’ordonne en formes

variées suivant la volonté de l’intelligence qui la manipule.

Ordinairement, c’est un corps analogue à un corps vivant que cette

intelligence se fabrique; il rappelle la forme qu’avait de son vivant

le défunt s’il s’agit d’un mort. De tels corps sont dits

matérialisés.»

Pour les occultistes, tous les organes sont entourés d’une sorte

d’enveloppe formée de cette substance subtile. En dehors de notre corps

matériel, nous posséderions, en double, un «corps astral» parfois

séparable du premier après la mort. Il pourrait se matérialiser en

empruntant des éléments matériels à un corps vivant, par exemple celui

du médium.

Naturellement, les explications des spirites sur un tel sujet restent

assez confuses et varient avec l’imagination de chaque auteur. Il faut

uniquement en retenir que du corps d’un être vivant pourrait

instantanément surgir un autre être, possédant les mêmes organes et non

leur simple aspect.

La fameuse Katy King de Williams Crookes avait en effet un cœur très

régulier, et les poumons du fantôme casqué, matérialisé devant le

professeur Richet, sécrétaient de l’acide carbonique comme ceux d’un

être ordinaire, ainsi qu’on put le constater en lui faisant insuffler de

l’air au moyen d’un tube dans de l’eau de baryte. Si ces illustres

savants, et ceux dont nous parlerons plus loin, n’ont pas été victimes

de fraudes--en vérité énormes--ils peuvent se vanter d’avoir assisté à

des miracles analogues à celui du Dieu de la Genèse faisant sortir Ève

du corps d’Adam.

Après la démonstration de pareils prodiges, on serait mal fondé à nier

ceux de la Bible. Malheureusement, chaque fois qu’ils ont pu être

examinés d’un peu près, ces fantômes révélèrent la présence de fraudes

tellement grossières que nous aurions certainement passé ce sujet sous

silence, si de très éminents esprits n’en avaient été dupes.

Les illusions des savants cités plus haut ou de ceux qui, comme

Lombroso, assurent avoir évoqué des morts et causé avec eux, trouvent

invariablement leur source dans la suggestion et les fraudes.

On peut juger de l’influence de ces dernières--toujours accomplies dans

l’obscurité--par le cas récent du célèbre Miller, qui faisait apparaître

successivement plusieurs fantômes causant avec les assistants et se

laissant toucher par eux. Trop confiant dans la crédulité, pourtant

immense, des assistants, il finit par négliger certaines précautions et

on le surprit en pleine fraude. Les journaux spirites qui l’avaient le

plus ardemment soutenu furent obligés de confesser leur erreur.

Aussi typique est le cas d’Anna Rothe, qui fit courir tout Berlin,

jusqu’au jour où des policiers habiles, ayant découvert ses tours, la

traduisirent devant un tribunal, où elle fut condamnée à dix-huit mois

de prison.

Son histoire a été longuement racontée par le Dr Maxwell, à qui

j’emprunte les détails suivants. Ce médium donnait des séances

publiques, pendant lesquelles elle matérialisait les fleurs dans

l’espace.

«Ces phénomènes étranges se passaient d’ailleurs dans les endroits les

plus divers et en dehors des séances. Dans un café elle matérialisa un

morceau de gâteau; dans les dîners, auxquels elle assistait, des

fleurs tombaient à côté d’elle, naissaient dans ses mains, poussaient

subitement sur les épaules de ses voisins.

«Les choses allèrent ainsi pendant des mois, puis des années. Le

nombre de gens que convertissait Mme Rothe s’augmentait, le spiritisme

faisait des progrès qui inquiétèrent la cour et qui excitèrent

certaines polémiques... Un soir, sur l’ordre du Préfet de police,

plusieurs agents se précipitèrent sur le médium pendant une séance et

constatèrent que les fleurs supposées provenir d’une matérialisation

étaient simplement des fleurs naturelles cachées sous la robe du

médium.»

Au cours des nombreuses séances données à l’_Institut psychologique de

Paris_, le médium Eusapia se sentant surveillé, ne tenta que très peu de

matérialisations. Elle réussit une fois, cependant, à dégager ses mains

de celles des contrôleurs et entoura la tête d’un assistant d’un bras

supposé celui d’un fantôme, mais dont on reconnut vite l’origine.

A Naples, se sachant moins observée, et opérant devant une assistance

très confiante, le même médium réalisa d’inconcevables prodiges.

Les phénomènes que je vais citer, se passaient en présence du professeur

Bottazi, un des savants les plus éminents de l’Italie, assisté

d’observateurs distingués. Le rapport officiel que nous allons résumer

fut publié _in extenso_ par les _Annales des sciences psychiques_ (août,

septembre et octobre 1907).

M. Bottazi et ses assistants sont persuadés que du corps d’Eusapia

peuvent sortir un bras et une main invisibles lui permettant de soulever

une table de 22 kilos et de déplacer une foule d’objets. Le savant

physiologiste admet donc, on le voit, la formation instantanée de

membres invisibles capables d’agir comme des membres ordinaires.

Outre ces bras et ces mains invisibles, M. Bottazi et ses assistants

assurent avoir vu surgir du corps du médium de très visibles

matérialisations, notamment une tête. «Tout le monde, dit-il, vit

l’apparition, j’en éprouvai un frémissement dans tout mon corps.

Apparurent aussi des doigts et des mains.»

Toutes ces mains visibles ou invisibles auraient effleuré les assistants

et déplacé les touches des appareils enregistreurs. Elles apportèrent,

sur la table, plusieurs objets voisins du médium, entre autres une

mandoline. Grâce à ses doigts invisibles, Eusapia put jouer de

l’instrument placé à 60 centimètres d’elle, tracer une empreinte dans la

terre glaise, tourner le bouton d’une lampe électrique, etc. Eusapia,

ajoute l’auteur, «explore et palpe tout ce qui se trouve dans le cabinet

avec ses mains médianiques».

Dans la même séance, l’auteur contempla «deux apparitions de visages

humains de couleur naturelle, très pâles, presque diaphanes».

D’autres savants italiens connus, le Dr Venzano, le professeur Morselli,

etc., annoncent avoir observé avec le même médium des phénomènes

analogues, notamment «une figure de femme tenant entre ses bras un petit

enfant avec des cheveux très courts. Le regard de la femme était tourné

en haut avec une attitude d’amour pour l’enfant». Le médium interrogé

déclara que la «forme de la femme était la mère de Mlle Avellino,

l’enfant qu’elle tenait dans ses bras était son petit-fils». Pendant

cette matérialisation, la salle était éclairée par une lumière de gaz

très intense[12]. Ce dernier détail montre que la lumière n’empêche pas

l’apparition des fantômes, comme le prétendent les spirites. Il suffit

que les assistants possèdent une foi assez forte. Je crois, cependant,

avec les médiums, l’obscurité beaucoup plus favorable au développement

de la croyance.

[12] _Annales des sciences psychiques_, août 1907.

M. le professeur Morselli, dans un très volumineux mémoire sur les

phénomènes médiumniques[13], transformé ensuite en gros livre, assure

avoir constaté l’exactitude de tous les phénomènes précédents et de

quelques autres encore. Il nous parle, notamment, du froid intense émis

quelquefois par le médium. «Est-ce peut-être, dit-il, un symbole du

froid des tombeaux qui s’ouvrent pour laisser passer les défunts?» Il a

assisté à la «matérialisation d’une désincarnée qui lui était très

chère», etc.

[13] _Annales des sciences psychiques_, avril et mai 1907.

Dans une interview publiée par le _Matin_, le savant professeur Lombroso

affirme avoir vu, lui aussi, se matérialiser sa mère défunte et causé

avec elle.

J’ai déjà fait remarquer plus haut que dans les expériences accomplies

avec le médium Eusapia, les résultats varièrent suivant les pays et les

observateurs. En Italie, on vient de le voir, ils ont été merveilleux,

et jamais les magiciens des légendes n’accomplirent de plus grands

miracles. En Angleterre, ils furent nuls, puisque la Commission nommée

pour l’examen de ces phénomènes conclut à la fraude. En France, le

succès oscilla suivant les milieux et la mentalité des assistants.

Considérable dans les milieux mondains, très faible, au contraire, dans

les milieux savants.

Au cours d’une interview publiée par divers journaux, M. d’Arsonval

déclara considérer tous les phénomènes de matérialisation comme «des

fraudes ou des acrobaties», et l’Institut psychologique, après de

nombreuses séances, n’en put observer aucun où la fraude ne jouât

quelque rôle.

A cette même conclusion est arrivé M. Dastre, membre de l’Académie des

Sciences et professeur de physiologie à la Sorbonne. Nous examinâmes

ensemble le médium ayant servi aux expériences de l’Institut

Psychologique. Les séances eurent lieu dans mon domicile. Nous vîmes, à

diverses reprises, presque en plein jour, une main apparaître au-dessus

de la tête du médium, mais en faisant surveiller ses épaules par mon

préparateur, dont un éclairage latéral, qu’elle ne pouvait soupçonner,

permettait de suivre tous les mouvements, nous acquîmes vite la preuve

que ces mains matérialisées étaient simplement les mains naturelles du

médium, libérées du contrôle des observateurs. Dès qu’Eusapia se devina

suspectée, les apparitions de mains cessèrent complètement et ne

recommencèrent que lorsque, cédant au désir de quelques amis crédules,

je consentis à les faire assister à une séance et, gêné par leur nombre,

cessai ma surveillance.

Les conclusions de ce chapitre s’imposent trop facilement pour avoir

besoin d’être développées. Tâche, d’ailleurs, bien inutile. Les

convaincus resteront convaincus et les sceptiques resteront sceptiques.

Dans le domaine de la foi, la raison n’intervient pas.

§ 4.--Raisons psychologiques de la formation des croyances occultistes.

On voit le rôle de la suggestion et de la contagion mentale dans les

phénomènes merveilleux se rattachant à la magie et leur influence sur

les esprits les plus éminents.

Mais cette interprétation ne saurait suffire. Pour saisir la genèse de

pratiques qui persistèrent chez tant de peuples à travers les âges et

subsistent encore, il faut s’élever à une conception plus générale et ne

pas tenter d’expliquer avec la raison ce qui ne dépend guère d’elle.

La magie, sous toutes ses formes, doit être considérée comme une

manifestation de cet esprit mystique inséparable de notre nature et dont

nous avons montré la force.

Fondateurs de religions, sorciers, mages, devins, propagateurs de tant

d’illusions qui ont charmé ou terrorisé nos pères et reparaissent

toujours, sont les prêtres d’une puissante déesse dominant toutes les

autres et dont le culte semble éternel.

Considérons par la pensée, à travers le temps et l’espace, les milliers

d’édifices sacrés dressés depuis 8.000 ans au-dessus des grandes cités

et tâchons de discerner quelles forces mystérieuses conduisirent à

édifier sans trêve ces temples, ces pagodes, ces mosquées, ces

cathédrales, où les merveilles de l’art furent entassées.

On le découvre en recherchant ce que demandaient les hommes aux dieux,

d’aspects si variés, qu’ils y invoquaient. Un sentiment identique les

anima visiblement toujours. Les peuples de toutes les races adorèrent,

sous des noms divers, une seule divinité: l’Espérance. Tous leurs Dieux

n’étaient donc qu’un seul Dieu.

Les opinions et les croyances · 第 17 / 21 段