LOYS.

Et pour suscription: «_à Papa_».

Mené au jardin des pins, puis en celui des canaux, et voir le manége

qui se faisoit au logis de Jamin, et après au jardin des fruitiers.

Il va en son petit jardin, s'amuse à bêcher, baille des outils à

d'autres, leur disant: _Travaillez, ou je vous battrai_. Ramené, il va

chez la Reine; il fait lui demander de l'argent, car jamais il n'en

vouloit demander; il craignoit le refus. La Reine l'appelle: «Mon

fils, voulez-vous de l'argent?»—_Oui, s'il vous plaît, maman._ La

Reine lui fait donner trois doublons, et lui demande: «Mon fils, qu'en

ferez-vous?»—_Je les dounerai à mon petit jardinier._—«Mais, mon

fils, lui donnerez-vous tout?»—_Oui, maman, car il faut une serrure à

mon jardin, puis il y a un an qu'il travaille à mon jardin._ Ramené à

sept heures et un quart en sa chambre, soupé. Mme la princesse de Conty

faisoit un ballet pour danser devant la Reine; il disoit en soupant:

_La femme du singe à papa est morte; je prendrai la peau, puis je

m'en irai. Je monterai sur une fenêtre et puis je me jetterai dans le

ballet, et puis ils seront bien étonnés_. Il racontoit cela à Madame,

sa sœur.

_Le 7, mercredi._—Mme la princesse de Conty devoit danser un ballet

en la chambre de la Reine, puis venir en la sienne; on lui propose de

faire préparer une collation de petites pièces qu'il avoit prises en

la poterie. Attendant le ballet il se jouoit avec les filles de la

Reine, surtout avec Mlle de Fonlebon, se jetoit sur elle à corps perdu,

la couchoit à terre. Le ballet arrive; c'étoient: Mme la princesse de

Conty, Mlle de Vendôme, Mme la comtesse de Moret, Mme de Vitry, fille

de Mme de Montglat, Mlle de Liancourt, M. de Vendôme, M. le Chevalier

et le fils de M. de Liancourt. Le ballet fini, on danse les branles, il

ne veut point danser, et regarde; M. de Vendôme conduisoit le branle.

Il lui prend une humeur de danser, se jette dans la danse au-dessous

de M. de Vendôme, et prend Mme la comtesse de Moret à la main gauche;

M. de Vendôme la menoit à sa droite; M. de Vendôme lui dit: «Monsieur,

prenez votre rang.»—_Mon rang est partout!_ Il mène Mme de Guise,

qui fut suivie des autres du ballet, à sa collation, et de rire et de

faire des exclamations: c'étoient des petits chiens, des renards, des

blaireaux, des bœufs, des vaches, des écurieux, des anges jouant de

la musette, de la flûte, des vielleurs[503], des chiens couchés, des

moutons, un assez grand chien au milieu de la table, un dauphin au haut

bout, un capucin au bas.

[503] Parmi les figurines attribuées à Palissy se trouve

également un joueur de vielle. _Voy._ la note du 24 avril

précédent.

_Le 9, vendredi, à Fontainebleau._—Il fait courir ses chiens après le

_Robert_ du Roi[504].

[504] Le singe du Roi. _Voy._ au 25 mars précédent.

_Le 10, samedi._—A onze heures mené au Roi, qui revient de Paris.

_Le 14, mercredi._—Levé à huit heures et un quart, il s'assied à

terre, disant: _Je ne sais que j'ai, mais je suis pas malade_, tâche

de se jouer à son petit chien, qu'il se fait bailler. A huit heures et

demie remis au lit, il se prend à vomir à deux diverses fois, et dit:

_Je suis guéri_. La bonne couleur lui revient, la gaieté; il demande

ses petits jouets d'argent, les fait nommer par M. du Buisson, exempt

des gardes, qui les nomme en bourguignon qu'il étoit; le Dauphin en

rit à bon escient[505]. A sept heures (du soir) le Roi arrive, et

l'éveille; il lui saute au col, en est tout réjoui. Le Roi lui dit:

«Mettez-vous sur le cul que je le voie;» il se plante sur les deux

bras, et montre tout le derrière du corps.

[505] Tout le reste de la journée l'indisposition du Dauphin

continue, et il vomit à plusieurs reprises; son état maladif

continue pendant trois jours.

_Le 15, jeudi._—Éveillé à sept heures, il s'entretient du loup que,

sur les cinq heures, le Roi avoit pris dans le parc. A neuf heures et

un quart il demande à faire son lit; levé, gai, peu après qu'il étoit

assis auprès du feu, vomi. Remis au lit, M. le baron de Portes[506] le

vient voir; le Dauphin dit gaiement: _Ha! veci la porte de ma chambre;

mais cela est bien étrange de voir parler une porte_. A quatre heures

et demie on lui parle de prendre un clystère; cela ne lui plaît point.

On l'en presse, il tempête: _J'aime mieux mourir_. On le menace du

Roi, qui venoit; il s'arrête. Enfin, un quart d'heure après toute

contestation, M. d'Épernon arrive, qui lui dit: «Monsieur, voilà le

Roi.» Soudain il se retourne: _Hé! donnez-le moi_, et le prend tout: et

là-dessus le Roi entra, et y fut jusques à cinq heures et demie[507].

[506] Jacques de Budos, baron de Portes, dont la petite-fille

épousa, en 1644, Claude de Rouvroy, premier duc de Saint-Simon.

[507] _Voy._ les deux lettres de Henri IV à Sully, tome VII,

pages 552 et 553. Mlle de Verneuil avait la rougeole, Madame et

le duc d'Orléans la fièvre.

_Le 16, vendredi._—Il demande: _Mamanga, je vous prie, envoyez-moi

querir quelque petit mercier pour me jouer_. M. Birat va au bourg, fait

venir un Marseillois qui avoit un instrument fait à Nuremberg, en forme

de cabinet, où il y avoit grand nombre de personnages faisant diverses

actions, par le mouvement du sable au lieu de l'eau. L'instrument

arrivé, il se y amuse, et incontinent comprend les moyens pour faire

jouer le sable et le faire arrêter, en parle en mêmes termes qu'il

avoit ouï nommer au Marseillois, comme _contrepès_, pour contrepoids.

M. de Ventadour et M. de Montespan[508] font tout ce qu'ils peuvent

pour le persuader de l'envoyer montrer au Roi et le supplier de le lui

donner. Il ne leur répond rien, d'autant qu'il avoit entendu que ce

pauvre homme en gagnoit sa vie. Le désir de l'avoir, la crainte qu'il

avoit d'en importuner le Roi et la charité envers ce pauvre homme

combattoient en lui; enfin M. de Montespan, capitaine des gardes, le

presse tant, et s'offre d'en aller supplier le Roi, qu'il dit _oui_,

mais assez froidement et comme par contrainte. M. de Montespan en

revient, et dit: «Monsieur, le Roi le vous donne.»—_Est-il payé?_

Amusé fort gaiement à cet instrument, où étoient la prinse de Jérusalem

et la Passion. Le Roi fait marchander et offrir six écus pour

vingt-cinq; il envoie M. le Chevalier pour l'en dégoûter. La Reine

l'envoie donner, et promet de les payer[509]. Le Dauphin eut pitié de

ce pauvre homme: _Mamanga, je vous prie, faites donner à ce pauvre

homme la moitié d'une sole, la moitié d'une carpe, et un pain; il n'a

point mangé d'aujourd'hui_.

[508] Antoine-Arnaud de Pardaillan, marquis de Montespan,

capitaine de la première compagnie des gardes du corps du Roi,

mort en 1624. Son petit-fils fut le mari de la célèbre Mme de

Montespan.

[509] _Sic._ C'est à dire que la Reine envoie dire au Dauphin

qu'elle lui donne ce joujou et qu'elle promet de le payer.

_Le 17, lundi._—Il s'amuse à l'instrument du jour précédent, que la

Reine lui avoit donné et payé vingt écus, dont le Roi fut fâché, disant

qu'elle le gâtoit; il le montre à ceux qui le viennent voir et le

conduit lui-même.—Mmes de Montpezat[510] et du Peschier[511] viennent

à son souper. Mme du Peschier voyoit qu'il la regardoit fixement, et

dit: «Je vois bien que Monsieur me fait l'honneur de m'aimer, puisqu'il

me regarde ainsi.» Le Dauphin dit tout bas à l'oreille de sa nourrice:

_C'est qu'elle ressemble à Robert, le singe à papa_: elle avoit les

épaules voûtées; puis quand elles furent parties, il le dit tout haut

en la nommant. On lui demande: «Monsieur, à qui ressemble Mme de

Montpezat?»—_Au sapajou de maman, elle a une petite tête et un petit

nez_: il étoit vrai[512].

[510] Éléonore Thomassin, femme de Emmanuel des Prés, marquis de

Montpezat.

[511] Catherine de Gimel, femme de Jean de Saint-Chamans, comte

de Peschier.

[512] Le Roi écrit à Sully à cette date: «Mes enfants se portent

mieux, Dieu merci, et sont sans fièvre. Mon fils le Dauphin

sortira aujourd'hui et ma fille demain.»

_Le 18, dimanche, à Fontainebleau._—M. de Vic, gouverneur de Calais,

le vient voir; il étoit botté et éperonné d'un côté, d'autant qu'il

avoit une jambe de bois: _Il vous faut mettre_, lui dit-il, _un

petit éperon à cette petite jambe, tout au bout_. Il va donner le

bonjour à Leurs Majestés; ramené, il s'amuse à peindre, fait bien,

judicieusement, se y arrête; il avoit fait venir un Allemand qui

étoit au petit M. de Liancourt, pour lui montrer. A six heures et un

quart il va en son cabinet; cependant qu'il est empêché, on heurte

à la porte; il commande à Descluseaux de demander qui c'est: _Vous

l'entendrez bien à la voix, je veux que personne entre_.—«Monsieur, ne

voulez-vous pas que personne entre?»—_Hé! oui, féfé Chevalier._—«Et

M. de Vendôme?»—_Non._—«Et pourquoi?»—_Il n'est pas si cognu_; il

vouloit entendre si ordinaire auprès de lui. Descluseaux lui dit:

«Mais, Monsieur, ils sont vos frères.»—_Ho! c'est une autre race

de chiens._—«Et M. de Verneuil?»—_Ho! c'est encore une autre race

de chiens._—«Monsieur, de quelle race?»—_De madame la marquise de

Verneuil; je suis d'une autre race, mon frère d'Orléans, mon frère

d'Anjou et mes sœurs._—«Laquelle est la meilleure?»—_C'est la

mienne, puis celle de féfé Vendôme et féfé Chevalier, puis féfé Vaneuil

et puis le petit Moret_, qu'il ne voulut jamais appeler comte. _C'est

le dernier, il est après ma mede que je viens de faire._ Dévêtu, mis

au lit, il raille avec des gentilshommes qui étoient à son coucher,

leur donne des noms, demande à M. le baron de Portes: _D'où êtes-vous?_

Il répond: «De Languedoc.»—_De langue de chien._

_Le 24 mai, samedi, à Fontainebleau._—L'ambassadeur d'Angleterre, M.

Georges Cheruth, le vient voir pour lui dire adieu, ayant avec lui sa

femme et un petit-fils nommé François, âgé de sept ans et demi, fort

joli esprit, qui supplie Mgr le Dauphin qu'il pût être son soldat. Il

le mène en la galerie où il le fait mettre debout sur le cul du petit

carrosse, et lui fait le cocher assis et fait tirer le carrosse; il

lui demande s'il étoit huguenot, sur ce que lui en venoit de dire M.

de Verneuil. Il répond que M. le prince de Galles, son maître, étoit

de la religion de ceux que l'on nommoit ainsi, et qu'il en étoit

aussi.—En soupant il entretient M. de Vic, gouverneur de Calais, qui

avoit une jambe de bois, lui demande: _Pouquoi n'avez-vous fait faire

un éperon à vote jambe?_—«Monsieur, pource qu'il ne me serviroit de

rien.»—_Pouquoi?_—«Monsieur, pource que ma jambe qui est de bois ne

plie point.»—_Il y faut mettre une cheville sous le genoil, et puis

elle fera chac_, faisant plier son doigt sur la table.

_Le 25, dimanche._—Il va chez le Roi, qui le mène à la messe, puis, à

onze heures et un quart, en la salle du bal; dîné avec lui; le Dauphin

se jouant de la manche de sa robe avec _Soldat_, chien du Roi[513], le

chien aboyant sur lui feint de le mordre; le Roi l'en tance pensant

qu'il battoit le chien. Il pleure pour avoir déplu au Roi. Le Roi s'en

fâche, et le mène par la main en sa chambre; il la quitte pour aller à

Mme de Montglat; le Roi s'en fâche, le menace du fouet; tout soudain il

se jette à genoux, demande pardon. Le Roi s'apaise.

[513] _Voy._ la note du 24 mars précédent.

_Le 26, lundi._—Il dit à M. de Vic: _Avez-vous fait faire une cheville

à vote jambe pou la faire plier?_—«Non, Monsieur.»—_Il y faut faire

mettre une petite roue pour la faire plier, puis une cheville pour

l'arrêter. Voulez-vous courir contre moi dans la galerie? Je vous

donnerai cinquante pas._ Il va dire adieu au Roi, qui alloit à la

chasse, et puis en la chambre de la Reine.

_Le 27 mai, mardi, à Fontainebleau._—En dînant il demanda à M.

de Ventelet quand il mangeroit du poisson?—«Monsieur, ce sera

après-demain.»—_Et demain?_—«Non, Monsieur, encore que ce soit

les quatre-temps.»—_Ho! ho! les quatre temps! est-ce pluie, est-ce

l'éclair, est-ce tonnerre, est-ce la grêle?_ A six heures et demie

soupé; il entend le tambour des gardes: _Velà papa qui revient_; il

y va soudain, et le rencontre au bas de l'escalier de la cour des

Fontaines, revenant de la chasse, et le mène en sa chambre.

_Le 28, mercredi._—M. le maréchal de la Châtre le vient voir, lui

donne sa chemise. A onze heures dîné; un fauconnier y vient portant un

autour d'Inde, qui avoit une huppe noire sur la tête, envoyé d'Espagne

par le sieur de Barrault, ambassadeur pour le Roi; il étoit gros et

fort comme un aiglon. Le Dauphin dit: _Il a la tête faite comme la

jeune de Lisle_, qui l'avoit grosse et carrée, et le nez long; il étoit

ingénieux à ces rencontres. Il entretient en soupant maître Martin[514]

de tous ses chiens, sait ou demande leurs noms, ce qu'ils savent faire,

comme il dresse les jeunes; ce fut presque tout le long de son souper

comme une grande personne bien entendue, parlant en termes propres et

avec grâce. Mené à sept heures trois quarts chez le Roi, revenant de

dîner à Villeroy.

[514] Veneur du Roi.

_Le 6 juin, vendredi, à Fontainebleau._—Il est vêtu d'un pourpoint

et de chausses, quitte l'habillement d'enfance, prend le manteau et

l'épée, c'étoit celle que feu M. de Lorraine lui avoit donnée. Son

habillement étoit de satin incarnat avec du passement d'argent. M. de

Verneuil fut habillé de même. Il va ainsi habillé voir le Roi et la

Reine.

_Le 11 juin, mercredi._—Il va voir la Reine (le Roi étoit parti pour

aller à Paris), prend congé d'elle (elle alloit rejoindre le Roi). Il

écrit une lettre à M. de Sully pour avoir un cheval pour Descluseaux;

on le faisoit écrire selon leur passion. A six heures le Roi est

revenu, ramené par la chasse; soupé avec le Roi chez M. Zamet.

_Le 16, lundi._—J'arrive de Vaugrigneuse[515]; il me mène pour

me montrer son manteau et sa croix dessus. J'avois feint de ne le

connoître avec son habillement.

[515] Héroard était absent depuis le 2 juin.

_Le 23, lundi, à Fontainebleau._—A quatre heures il entre en carrosse

pour aller au-devant du Roi, qu'il rencontre au haut du pavé, à

l'entrée de la forêt, et revient avec lui à cinq heures, lui donne sa

chemise. Après souper il va en la basse-cour, y fait tirer des fusées,

puis à huit heures et demie il a mis le feu au bûcher de la Saint-Jean;

après il va au-devant de la Reine, la salue au pied de l'escalier du

donjon, salue Mmes de Martigues, de Mercœur et Mlle de Mercœur; il

va en la chambre de la Reine, où il se joue devant Leurs Majestés. Mis

au lit il se fait entretenir, dit: _Quand j'aurai quatorze ans, on

parlera de me marier_, pource qu'il avoit entendu dire que l'on parloit

de marier M. de Vendôme avec Mlle de Mercœur[516], pource qu'il avoit

quatorze ans. Là dessus nous lui parlons de l'Infante, lui en faisons

des contes; il y prend plaisir, et entr'autres il dit: _Faites-moi

le conte des ambassadeurs._ C'étoit un conte que l'on lui faisoit de

l'Infante, qui jouant aux ambassadeurs qui venoient de toutes parts à

elle faisoit la Reine; elle fit asseoir et couvrir celui du Dauphin.

[516] _Voy._ au 16 juillet suivant.

_Le 24, mardi._—Il va à la messe en la salle du Cheval, après va

donner le bonjour à la Reine, qui lui donna un laquais qu'elle avoit

fait habiller; c'étoit un petit garçon gueux, que les laquais faisoient

danser et en faisoient leur bouffon, plein de poux, natif d'Orléans; ce

fut son premier laquais. Il essaye à ses chiens, _Pataut_ et _Lion_,

des harnois que M. Conchino lui avoit donnés pour leur faire tirer son

petit carrosse. A six heures, en la salle du bal, soupé avec le Roi; il

va chez la Reine avec le Roi.

_Le 26 juin, jeudi._—Il demande ses armes, mousquet, bandoulière et

tout l'équipage, fait armer toute sa compagnie, y joignant plusieurs

pages de la petite écurie, marche ainsi sur la terrasse, le tambour

battant, et va à la salle du bal; c'étoit le tambour de la compagnie

qui étoit en garde. Ils se rangent en haie, puis marchent, vont à

la charge; le Roi et la Reine y viennent pour les voir, M. de Sully

et M. de Villeroy[517] avec eux. Après plusieurs revues et salves

d'arquebusades[518], il s'adresse à M. de Sully, surintendant des

finances, et lui demande de l'argent pour faire la paye de ses soldats;

il lui donne un sol; le Dauphin le prend, et voyant qu'au lieu d'un

doublon ce n'étoit qu'un sol, il le regarde en colère et jette le sol

au loin, disant: _Je veux paye royale._ Il fait encore en présence de

LL. MM. une revue et une salve, par commandement du Roi, puis se retire

en bataille en sa chambre.

[517] Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, secrétaire

d'État, mort en 1617.

[518] Héroard imite ici jusqu'au bruit que faisait le Dauphin en

simulant une décharge.

_Le 27, vendredi._—La Reine lui demanda s'il seroit marri quand il ne

seroit plus avec _Mamanga_, il répond: _Non._

_Le 2 juillet, mercredi, à Fontainebleau._—Bagot, artillier du Roi,

étoit sur la petite terrasse jetant des fusées; il les regardoit à

travers la vitre de sa chambre, monté sur un placet[519] sur lequel

je le tenois, et se retournant vers moi dit gaiement: _Ha! Mousseu

Héroua, que j'aime cette senteur_: il aime l'odeur de la poudre.

[519] Un tabouret.

_Le 3, jeudi._—Mené à la salle du bal, aux comédiens entre lesquels

étoit Colas, cet admirable sauteur, qui montoit sur une échelle droite,

à niveau, sans l'appuyer, et tomboit tout du long à culbutes sans se

blesser.

_Le 5, samedi._—Il joue une comédie, au passage de l'entrée de la

galerie, hardiment, avec M. le Chevalier et MM. de Mortemart. A trois

heures goûté; il va jouer encore au même lieu une comédie; il fait le

soldat françois.

_Le 8, mardi, à Fontainebleau._—A onze heures dîné avec le Roi; il

tonnoit et éclairoit; il en avoit peur, baissoit son chapeau du côté

des fenêtres, faisoit des signes de croix, et, assurant tant qu'il

pouvoit sa contenance, disoit que ce n'étoient que des flambeaux. A

trois heures goûté, il va à la comédie.

_Le 9, mercredi._—Il s'entretient de ses chiens, dit qu'il a six

chiennes pleines et qu'il les a mariées. Je lui dis qu'il auroit bien

des accouchées. Il appelle M. de Candale, et lui dit à l'oreille: _J'ai

un chien qui a fait un autre chien cocu; il a couché avec sa femme la

chienne, mais ne le dites à personne; dites-le à mousseu Héroua, il n'y

a point de danger._

_Le 10, jeudi._—Il va en la galerie, où il se joue en diverses façons,

fait brûler de la poudre, se jette dans la fumée pour la humer, dit que

cette odeur lui plaît. A trois heures goûté, mené à la comédie.

_Le 11, vendredi._—Il ne veut point aller à la comédie, ne s'y plaît

point, ne aux bouffons.

_Le 14, lundi._—Déjeuné à la fenêtre de la galerie, regardant courir

la bague. M. de Vic, gouverneur de Calais, étoit à son souper; il

raille avec lui, lui demande pourquoi il est botté, lui dit qu'il

courroit avec lui s'il vouloit courir à cloche-pied[520].

[520] Il avait une jambe de bois.

_Le 15, mardi, à Fontainebleau._—Il va donner le bonjour à la Reine,

où je la remerciai de ce que, le jour précédent, elle m'avoit fait

l'honneur de faire résoudre au Roi que je demeurerois premier médecin

de Monseigneur le Dauphin. Il va en sa chambre; l'on parloit de le

retirer des mains des femmes et de lui ôter tous ses serviteurs; M. de

Verneuil lui dit: «Mon maître, l'on dit que on veut faire prendre de la

casse à tous vos serviteurs»; il répond: _Paix! paix!_ sans le regarder

ne faire semblant de l'entendre, avec un visage fâché.

_Le 16, mercredi._—Soupé en la galerie; il va chez le Roi, où le

contrat de mariage entre M. de Vendôme et Mlle de Mercœur fut signé et

eux fiancés.

_Le 17, jeudi._—Mené chez la Reine, là où le Roi lui baille son

chapeau de castor, lui commandant de l'apporter à Armaignac, premier

valet de chambre du Roi, et lui rapporter un chapeau de taffetas; le

Dauphin y va courant avec ardeur, et ne veut point retourner[521] sans

le chapeau de taffetas, qu'il apporta au Roi. Mené en la grande salle,

à la comédie.

[521] Revenir vers le Roi.

_Le 18, samedi._—M. de Souvré lui dit que le fils du duc de Wittemberg

le doit venir voir; il demande: _Est-il plus que moi!_—«Oui, Monsieur,

car il est plus âgé que vous, c'est un prince d'Allemagne.» Mme de

Montglat lui dit: «Monsieur, il est prince comme vous». Le Dauphin

mangeant une cerise, et ayant songé dit: _Je suis plus que lui en

France, et il est plus que moi en Allemagne._ A trois heures trois

quarts le prince de Wittemberg le vient saluer, revenant de Poitiers

et en dessein d'aller après en Angleterre, pour s'en retourner après

séjourner à Alençon, dont le duché étoit engagé à son frère.

_Le 19, samedi._—Les violons viennent en sa chambre; Madame, Mlle de

Vendôme et MM. de Mortemart dansent, il ne veut point danser, n'aime

point la danse. Don Pedro de Toledo[522] arrive sur les sept heures

par la chaussée, traverse la cour du Donjon, et, par le jardin de la

Reine, va loger à la Conciergerie.

[522] Ambassadeur de Philippe III, roi d'Espagne.

_Le 20 juillet, dimanche, à Fontainebleau._—Don Pedro de Toledo le

vient saluer, lui baise la main, et lui dit qu'il est bien aise de

voir qu'il est si beau et gentil prince, et prie Dieu qu'il le fasse

prospérer. M. de Souvré, gouverneur du Dauphin, fit la réponse pour lui.

_Le 21, lundi._—Soupé avec impatience pour aller aux toiles; à six

heures et demie mené aux toiles: il étoit âpre à la chasse, où il vit

tuer un sanglier.

_Le 22, mardi._—Le sieur Jacob, ambassadeur du duc de Savoie, le vient

saluer de la part de son maître, lui baise les mains et lui offrant,

pour témoignage de l'affection que son maître avoit à le servir, sa

personne et celle de ses enfants. Mené chez le Roi aux fiançailles de

M. de Vendôme et de Mlle de Mercœur[523].

[523] Héroard a déjà parlé de ces fiançailles dans la journée

du 16; il est probable que le premier jour il n'y eut que la

signature du contrat.

_Le 25, vendredi._—A neuf heures et un quart, sur le parepied [_sic_]

de la terrasse de la basse cour du Cheval blanc, déjeûné. Il va en

sa chambre, fait dresser les toiles, dit à M. de Nangis, qui étoit

capitaine des toiles: _Vous serez aussi capitaine des toiles de ma

chambre._ Il y met des chiens de poterie, des blaireaux, des loups.

_Le 30, mercredi._—Il se joue des marmousets de Mlle de Vendôme,

et entre autres d'un marmouset fait en singe; le Roi le vient voir,

lui dit que ce singe ressemble à M. de Guise; peu après M. de Guise

arrive, et lui demande: «Monsieur, qu'est cela?»—_C'est votre

ressemblance._—«Comment le savez-vous?»—_Papa le dit._ A six heures

le Roi et la Reine sont partis pour aller souper à Loursine et coucher

à Paris.

_Le 31, jeudi._—Il va en la chambre du grand pavillon, où souloit

loger M. le Grand; l'on y porte son lit, à cause de l'extrême chaleur.

Il s'amuse à considérer les peintures en la galerie des chasses, les

différences et les personnes qui y étoient peintes au naturel, des

chefs principalement[524].

[524] La galerie des chevreuils ou des chasses était ornée de

sept tableaux représentant les différentes sortes de chasses (du

loup, du sanglier, du cerf, etc.). Dans tous ces tableaux Henri

IV était en habit de chasse, «accompagné de quelques seigneurs et

de ses veneurs.» (_Le Trésor des merveilles de Fontainebleau_,

par le P. Dan, p. 155.)

_Le 2 août, samedi, à Fontainebleau._—Baigné pour la première fois,

mis dans le bain et Madame avec lui; il se frottoit avec des feuilles

de vigne.

_Le 3, dimanche._—Il vient au jardin avec son petit carrosse, le mène

en la chambre des statues, où j'étois logé. Mené au jardin des canaux:

_Allons_, dit-il, _au jardin des gazelles, cueillir des groseilles.

Est-ce pas bien rimé?_—Étant sur la terrasse, il voit beaucoup de

femmes qui suivoient Madame, qui se retiroit en sa chambre; n'ayant

auprès de lui que M. de la Court, M. de Ventelet et moi, il dit: _Hé!

velà tout plein de monde qui suit ma sœur, et n'y a personne avec moi._

_Le 4, lundi._—Il vient en ma chambre, où il s'amuse, ne se peut

mettre à l'écriture; enfin il se y met. Beaugrand, son écrivain, dit:

«Silence.»—_Hé! oui, silence; allez-vous en à Paris querir six lances._

_Le 6, mercredi._—Pendant son dîner, M. d'Orléans s'engoua du bout

d'un os; Mme de Montglat lui met le doigt en la bouche, et le fait

un peu vomir. Il le voit: _Allez laver vos mains._ Elle y va, et

revient.—_Ne me touchez pas_; elle touche à la manche de sa chemise:

_Fi! changez-moi de chemise, vilaine laide, n'approchez pas de moi,

reculez ma chaise._—«Mais, lui dit Mme de Montglat, ne savez-vous pas

bien que je suis sa gouvernante et qu'il faut que j'en aie le soin

comme de vous?»—_Je voudrois que vous fussiez morte_; il ne s'en

pouvoit apaiser.

_Le 8, vendredi, à Fontainebleau._—Il ne se veut point laisser

peigner, s'en coigne de colère le front à coups de poing, en est

fouetté.

_Le 10, dimanche._—Il lit son catéchisme, où le docteur demande et le

disciple répond; Mme de Montglat l'interrogeoit par cœur: elle fut

trop longue à demander, le Dauphin lui dit: _Parlez, docteur, parlez,

docteur de la Palestine._ C'étoit un bouffon italien qui étoit en

crédit à la Cour. A trois heures goûté; c'étoit l'heure de l'éclipse du

soleil; il avoit fait porter, sur la terrasse, où il goûta, une pleine

chaudière d'eau pour la voir.

_Le 11, lundi._—Il avoit envie d'avoir un petit chariot à se jouer,

qui étoit à Madame Christienne, Mme de Montglat lui dit qu'il le

prenne: _Mais, Mamanga, ma sœur y est pas; je veux qu'elle me le

donne._—Mis au lit, il s'amuse à voir danser Madame, qui s'étoit

vêtue de l'un de ses habits; il étoit incarnat, chamarré de passements

d'argent, chausses et pourpoint. Elle danse les branles, la gaillarde,

la sarabande; elle ressembloit fort à Mgr le Dauphin.

_Le 12, mardi._—Il s'amuse à ranger en bataille sa compagnie de

poterie. L'un des princes de Mantoue devoit ce jour-ci le venir voir;

je lui demandai: «Monsieur, que lui montrerez-vous? sera-ce votre

compagnie?»—_Ho! non_, dit-il, jugeant que c'étoit un jeu d'enfant. Il

se va promener le long de la terrasse, par où l'on alloit à la salle

du bal, trouve la salle des gardes fermée; c'étoient les soldats de la

compagnie qui l'avoient fermée et jouoient. Il heurte, ils ouvrent;

les trouvant jouant, il se tourne à M. de la Court, exempt des gardes

servant près de lui: _La Court, ils jouent ici!_ puis, s'adressant

à eux, il leur dit doucement: _Allez, allez jouer en votre corps de

garde._ Ils se voulurent excuser par trois ou quatre fois, et autant

de fois il leur commanda doucement et souriant: _Allez jouer au corps

de garde._ Il ne les vouloit pas mécontenter, et si leur vouloit faire

connoître que ce n'étoit pas là où ils devoient être. A sept heures

le sieur don Vincentio di Gonzaga, troisième fils du duc de Mantoue,

son cousin germain, arrive venant pour le voir; il l'embrasse, le mène

par la galerie au jardin des pins, à celui des canaux, lui montre la

source, puis en celui des fruitiers, lui fait voir les autruches, et

puis par l'allée de l'étang, le mène souper avec lui. Don Vincentio,

à neuf heures et demie, prend congé de lui pour aller trouver le duc

son père à Spa. Le Dauphin mis au lit demande, parlant de la duchesse

de Mantoue, sœur de la Reine: _A-t-elle été en un même ventre avec

maman?_ Je lui dis que oui, mais en divers temps.—_Maman est-elle pas

l'aînée?_—«Non, Monsieur.»—_Elle n'est pas l'aînée!_ dit-il, comme

le trouvant étrange, _comme appelle-t-elle maman? l'appelle-t-elle

pas ma sœur?_—«Non, Monsieur, lui dis-je, elle l'appelle

Madame.»—_Pourquoi?_—«Monsieur, pource qu'elle est Reine.»

_Le 13, mercredi._—Il écrit au Roi sur la réception qu'il a faite au

sieur Don Vincenzio, son cousin.

_Le 15, vendredi, à Fontainebleau._—Il envoie querir ses bottes et ses

éperons dorés, se fait botter, monte à cheval sur des placets[525], sur

tout ce qu'il peut. A cinq heures mené par l'allée de l'étang et au

bout monté à cheval sur la petite guilledine que M. de Vitry lui avoit

donnée. Je n'ai jamais vu homme mieux planté à cheval, le corps droit,

les jambes comme s'il eût été entièrement instruit. C'étoit la première

fois. Ramené en sa chambre à huit heures trois quarts, il s'amuse et en

conte: _C'est_, dit-il, _un étrange homme que la Court, il m'accorde

tout ce que je veux. Quand je demande est-il neuf heures, oui il est

neuf heures. Quand je me mouille les pieds, oui Monsieur, velà qui est

bon, cela vous rafraîchira: c'est un étrange homme._ Il donne pour mot

du guet: _Colo_, c'étoit le nom de l'un des comédiens[526].

[525] Des siéges analogues à des tabourets.

[526] La veille le Dauphin avait donné pour mot du guet:

_Pantalon_.

_Le 16, samedi, à Fontainebleau._—Il dit qu'il veut écrire, envoye

querir Beaugrand; comme il est dans le cabinet et MM. de Mortemart

avec lui, pendant qu'ils écrivent il ne fait rien, ne se peut mettre

à l'écriture; y ayant demeuré un quart d'heure, il sort, et dit à M.

de la Court, exempt des gardes: _La Court, je ne sarai rien faire qui

vaille, allons voir Fréminet_, le peintre; c'étoit une excuse. Il

vient en ma chambre, y joue à la paume, va à la galerie qui mène à la

volière, puis s'en retourne à la chapelle y trouver Fréminet[527]; ce

n'étoit que pour fuir l'école. Il monte à cheval en l'allée de l'étang,

hardi et bien planté comme le jour précédent. Mis à terre il va en

l'allée des ormes, où il s'amuse à dresser un fort de quatre bastions,

élevé du sable de l'allée.

[527] «Henri le Grand ayant appris les mérites du sieur

Fréminet, peintre célèbre, en fit choix pour travailler aux

tableaux qui enrichissent cette église» (la chapelle de la

Sainte-Trinité).—_Voy._ dans le P. Dan, pages 62 à 72, la

description de cette chapelle.

_Le 17, dimanche._—Mené par l'allée de l'étang en celle des ormes, il

fait un nouveau dessein de fortification. Mis au lit, il donne pour mot

du guet: _Doctor_, personnage de la comédie.

_Le 18, lundi._—Il voit entrer Beaugrand, son écrivain, et lui

dit: _Allez, allez vous-en, j'écris point ce matin._—«Monsieur,

lui dis-je, voici un petit livre qui est à un gentilhomme allemand,

qui vous prie de vouloir écrire quelque chose dedans. Cela se verra

par toute l'Allemagne».—_Je le veux bien; y a-t-il un empereur en

Allemagne?_—«Oui, Monsieur.» Le désir de gloire le fit écrire gaiement

ces mots que je lui donnai, tirés du poëte Manile: _Lancibus ut gentes

tollatque prematque._ Signé, LOUIS.—L'allemand s'appeloit Guillaume

Friderich. Le prince de Galles y avoit écrit: _Fax mentis honeste

gloria._ Signé, _Henricus P._ Le comte Maurice de Nassau y avoit écrit:

_Je maintiendrai._ Le comte d'Essex, qui eut la tête tranchée en

Angleterre: _Virtutis comes invidiæ._ Signé, _Robertus comes Essexiæ_;

et, à la page d'après, son ennemi Cecil: _Vana sine viribus ira._

Signé, _Guilielmus Cecilius_.—Mis au lit il donne le mot _Piombino_,

qui étoit un comédien.

_Le 19, mardi, à Fontainebleau._—Il monte tout au haut de son

pavillon, à la chambre de sa nourrice et à celle des peintures de M.

de Franco, peintre du Roi[528]; y a goûté. Il voit la nourrice de M.

d'Orléans, qui étoit une grosse et lourde paysanne, s'en moque et va

dire à Mme de Montglat: _Mamanga, c'est une méchante femme que la

nourrice de mon frère d'Orléans; elle a un grand pied en France qui a

deux toises de large et une de long._ Il donne pour mot _Stefanello_,

après s'être fait nommer tous ceux qu'il avoit donnés les jours

précédents.

[528] Le nom de cet artiste ne se trouve pas dans la liste des

peintres du Roi, donnée par M. Poirson d'après les comptes de

l'hôtel de Henri IV.

_Le 20, mercredi._—Pour ne point écrire, il demande à jouer à la

paume en ma chambre, y vient et joue en la petite galerie qui mène à

la volière, revient à ma chambre pour y écrire, y trouve M. Fréminet,

peintre du Roi, celui qui a fait les dessins et les peintures de la

chapelle. Il est bien aise de trouver cette occasion, et demande à voir

ce qu'il en avoit fait, y va, monte par un escalier de bois tenant à

la garde-robe de M. d'Anjou, au bout de la galerie lambrissée, sur un

échafaud près de la voûte de la chapelle, sans peur ne étonnement, se

plaît à voir les peintures, y est assez longtemps; s'en retournant, il

dit: _Aussi vrai velà qui est bien fait_; descendu, il s'en va voir les

peintures qui étoient là où se mettent les musiciens, y monte par une

petite échelle, y voit une Annonciation, et dit encore: _Aussi vrai

velà qui est bien fait._ Il se fait descendre par un trou entre deux

planches.

_Le 22, vendredi._—Il est fouetté pour les fautes du jour

précédent[529], étudie, dit son catéchisme, fait son exemple. Mené au

jeu de paume, il me fait l'honneur, comme le jour précédent, de me

donner l'une de ses raquettes pour jouer avec lui, joue avec jugement,

avance, recule, coupe de l'arrière-main. A trois heures il vient en ma

chambre, lit dans mon livre des Exercitations de Scaliger.

[529] Il avait dit à Mme de Montglat: _Ho! la laide, elle vesse

puant._

_Le 23 août, samedi, à Fontainebleau._—Voyant passer un grand garçon

bossu et mal habillé, il demande à M. de Ventelet: _Est-ce pas lui

qui garde les moutons de mon pourvoyeur?_ Il se trouva ainsi; il

reconnoissoit tout par noms ou par fonctions; il s'informoit aussi de

tout et retenoit jusques aux moindres choses.

_Le 24, dimanche._—Mené au jardin du Tibre, où il s'amuse à voir

danser une mariée de village.

_Le 25, lundi._—Il avoit le cœur pour faire dresser la collation

pour la fête de Saint-Louis et sur ce sujet ne veut point étudier;

il s'en va en la galerie où la collation fut dressée, envoie prier

Mesdames, Mlle de Vendôme et M. de Verneuil; à trois heures et trois

quarts goûté, tarte, etc.[530]. Il va au jardin du Tibre; M. de Vendôme

y arrive pour prendre congé de lui avant d'aller en Bretagne[531]. Le

Dauphin veut aller au grand canal, il est arrêté pour avoir rencontré

en la rue un chien enragé, que l'on avoit tué.

[530] Héroard met en note: «Il paye sa tarte de saint Louis».

[531] «Sur la fin de ce mois, M. de Vendôme, duquel le mariage

avoit été résolu par le Roi et tous les empêchements levés par

S. M., de pleine puissance et autorité royale, partit de Paris

pour aller prendre possession de son gouvernement de Bretagne.»

(_Journal de Lestoile._)

_Le 28, jeudi._—Il écrit une lettre à Mlle de Mercœur. Mené par

l'allée de l'étang à l'entour de celle des ormes, où il fait un nouveau

dessin de bâtiment, envoie querir ses outils; il est le premier à la

besogne.

_Le 29 août, vendredi, à Fontainebleau._—Il achève d'écrire sa lettre

à Mlle de Mercœur.

_Le 31, dimanche._—Il va jouer à la paume au jeu découvert, se moque

de M. de Verneuil et de Bompar, son page. En quittant le jeu il

n'oublie point, comme il ne faisoit jamais, à dire à M. de Ventelet:

_Tetay, payez les balles._ Il avoit toujours un soin merveilleux à

faire payer ce qu'il devoit.

_Le 1er septembre, lundi, à Fontainebleau._—La petite Louise, sa sœur

de lait, lui faisoit de petites images de la cire des flambeaux; sa

nourrice lui dit: «Monsieur, voyez comme la petite Louise fait bien de

petites filles de cire»; il répond: _Quand elle sera grande elle en

fera bien de chair._

_Le 2, mardi._—Il va à la poterie pour y acheter deux chevaux. Il

arrive un valet de pied de la Reine portant commandement à Mme Montglat

d'avertir Leurs Majestés du charroi et autres choses qui seroient

nécessaires pour emmener Messeigneurs à Saint-Germain. Il ne se vit

jamais une pareille allégresse à la sienne; il alla par toutes les

chambres pour le dire avec transport de joie.

_Le 5, vendredi._—Il va écrire une lettre à Mme la Grande-Duchesse,

par M. Nicolini, gentilhomme servant de la Reine:

Madame ma bonne tante, je vous supplie de me bien aimer, car

je vous aime et honore de tout mon cœur, étant comme je suis

votre très-affectionné neveu à vous faire service.

Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610) · 第 38 / 51 题