III.

Louis XIII en effet, bien que d'un naturel opiniâtre et emporté qui

se montre de très-bonne heure, devait toute sa vie subordonner sa

volonté à celle de ses favoris et de ses ministres, et ne voir jamais

le jour où il s'appartiendrait entièrement. Étant enfant, il disait

à ses petits chiens en les caressant: «Ha! je voudrois que vous

pussiez manger Mamanga;» et comme son maître d'hôtel et son aumônier

l'entendaient, il se retournait vers eux et leur recommandait de ne pas

rapporter cette parole à la gouvernante. Que de fois le jeune Roi dut

en dire autant, soit à ses chiens, soit à ses familiers, en parlant

tout bas de M. de Souvré et, plus tard, du connétable de Luynes ou du

cardinal de Richelieu! Héroard, l'un de ses plus intimes confidents,

en laisse entrevoir quelque chose, malgré la concision des dernières

années de son journal, lorsque, quelques mois après la mort du duc de

Luynes, le Roi, étant au lit, parle de la fortune et de la famille du

connétable (10 avril 1622); ou quand, dans un séjour en Bretagne, le

Roi «va à la Haye voir M. le cardinal de Richelieu avant de se mettre

au lit». Le Roi, ajoute Héroard, «se met en colère, ne se peut apaiser;

en soi-même se plaint à moi qu'il avoit tort.» (18 août 1626.)

Le meurtre de Concini avait été la suite de ces plaintes sourdes que

le jeune Louis laissait échapper contre le favori de Marie de Médicis,

depuis la journée du 22 novembre 1616 surtout, où le Roi était dans

la grande galerie du Louvre «en l'une des fenêtres qui regardoit sur

la rivière, quand le maréchal d'Ancre entra, accompagné de plus de

cent personnes, et s'arrêta aussi à une des fenêtres, sans aller vers

le Roi, se faisant faire la cour par tous, tête nue; mais il savoit

bien que le Roi étoit là, car on lui avoit dit, l'ayant demandé en la

chambre.» Le Roi s'en était allé aux Tuileries, «le cœur plein de

déplaisir» contre l'insolent, pour qui le Dauphin avait eu déjà une

répugnance précoce, si l'on en juge par la petite scène que raconte

Héroard à la date du 1er février 1603: «Le sieur dom Garcia, le sieur

Conchino arrivent à l'heure de l'habiller. Il se jouoit à un carrosse

du palais où il y avoit quatre poupées; l'une étoit la Reine, les

autres: Mme et Mlle de Guise, et Mme de Guiercheville. On les lui

faisoit montrer, les nommant par leurs noms; il les montroit du doigt.

Le sieur Conchino va lui demander: «Monsieur, où est la place de ma

femme?» En disant: _Ah!_ il lui montre une avance qui étoit par dehors,

au cul du carrosse. Il ne veut point prendre un grain de fenouil confit

au sieur Conchino, à qui Mme de Montglat l'avoit baillé pour le lui

donner, s'en recule du tout, le regardant, comme importuné.»

Bien que le nom de Marie de Médicis se retrouve presque à chaque page

de son journal, sauf la période de l'exil à Blois, Héroard ne cite

d'elle qu'un petit nombre de ces traits caractéristiques qui abondent

pour Henri IV. On peut juger seulement, en se reportant à quelques

passages antérieurs ou postérieurs à la mort du Roi, que les actions et

les paroles de la Reine-mère vis-à-vis de son fils n'étaient pas moins

libres que celles de son époux.

Il en est de même pour Anne d'Autriche; la première partie du journal

révèle beaucoup de particularités relatives au projet d'union avec

l'Infante et aux dispositions peu bienveillantes du Dauphin pour les

Espagnols; mais, si l'on en excepte les faits qui se rapportent à la

célébration et à la consommation du mariage, faits pour la publication

desquels nous avons été prévenus par M. Armand Baschet, dans le curieux

livre qui a pour titre: _Le Roi chez la Reine_, Héroard n'a presque

rien à nous apprendre sur le caractère et la manière d'être de la jeune

Reine.

Son affection toute paternelle pour l'enfant qu'il avait vu naître

n'aveugle pas le premier médecin du Dauphin sur les infirmités et les

défauts qui se révèlent au fur et à mesure de la croissance, et Héroard

a pris soin de noter en marge de son manuscrit de nombreuses remarques

sur le tempérament et sur le naturel de Louis XIII. Né sain et robuste

de corps, d'après la minutieuse description écrite au moment même où

il vient au monde, le Dauphin avait dû pourtant, dès le lendemain,

subir une petite opération; comme «il avoit peine à téter, il lui fut

regardé dans la bouche et vu que c'étoit le filet qui en étoit cause;

sur les cinq heures du soir (28 septembre 1601) il lui fut coupé à

trois fois par M. Guillemeau, chirurgien du Roi». L'opération avait

été mal faite ou l'enfant avait un défaut naturel dans la conformation

de la langue, car, lorsqu'il commence à prononcer quelques mots, on

s'aperçoit qu'il bégaye en parlant et «il se fâche quand il ne peut

prononcer autrement». Plus tard Héroard remarque encore (1er décembre

1604) qu'il «bégaye fort en parlant». C'est surtout lorsqu'il est

ému, qu'il s'anime ou qu'il se met en colère que le Dauphin mâche «sa

grosse langue, comme il avoit accoutumé de faire quand il faisoit

quelque chose avec grande ardeur». Le 22 décembre 1609, le Dauphin est

«mené chez la Reine, mandé par elle, pour lui avoir été dit que son

bégayement provenoit pour avoir encore le filet; il fut jugé» qu'il

n'était pas nécessaire de faire une nouvelle opération. «Il craignoit

qu'on lui voulût couper la langue quand on la lui faisoit tirer; il

dit: «Comment me la veut-on couper?» et commençoit d'en pleurer.»

Cette infirmité persiste et cependant ne devait pas être très-forte

puisqu'elle pouvait disparaître à un moment donné; ainsi, la veille

du jour où il doit «aller à la cour de Parlement pour se déclarer

majeur», le jeune Roi «fait vœu à Notre-Dame des Vertus, s'il peut,

le lendemain, au Palais, prononcer sans faire faute ses paroles pour

sa majorité,» et en effet, le 2 octobre 1614, il prononce son discours

«hautement, fermement et sans bégayer».

D'un tempérament très-actif, ayant peine à rester une minute en place,

ce qui lui rendait l'étude très-pénible, le jeune Louis était pourtant

sujet à des accès de rêverie maladive, qui font comprendre l'expression

mélancolique de ses traits. Ces accès lui prennent d'abord à ses repas;

un soir, le 2 août 1605, «en soupant, ayant été quelque temps sans

dire mot, comme il étoit aucune fois réservé et tout ainsi que s'il

eût songé à de grandes affaires, il dit: «Mais, c'est Thomas!» Voyant

qu'il ne disait plus mot, le médecin lui demande: «Monsieur, qui est

ce Thomas?—C'est un homme de pierre; je l'ai vu à Poissy, dans une

chapelle, rangé là, à un petit coin.» Il y avoit environ quatorze mois

qu'il fut à Poissy, où il vit et entendit nommer cette image du nom

de saint Thomas et au lieu où il la représentoit.» Un autre soir «il

songeoit en regardant le feu; sa nourrice lui demande: «Monsieur, à

quoi songez-vous?—Je songe à quoi je me jouerai.» On a vu plus haut le

jeune Roi s'absorber dans des préoccupations plus graves le lendemain

de la mort de son père. Héroard caractérise cet état par une expression

latine: _Quasi aliud agens_.

Le sommeil de Louis XIII était fréquemment agité par des cauchemars

qui prenaient quelquefois le caractère du somnambulisme. Le 3 octobre

1606, il s'éveille «à une heure après minuit, en sursaut, avec un cri

haut extrêmement et effroyable. Sa nourrice et Mlle de Ventelet (qui

aidait à le veiller) vont à lui, demandant ce qu'il avoit: «Hé! c'est

que papa s'en va sans moi,» dit-il en pleurant et fondant en larmes,

«hé! je veux aller avec papa; attendez-moi, papa!» Il le songeoit et

s'en éveille... se rendort à peine, ayant le cœur saisi. Le matin sa

nourrice lui demande: «Monsieur, qu'aviez à songer et à crier cette

nuit?—Doundoun, c'est que je songeois que j'étois à la chasse avec

papa; j'ai vu un grand, grand loup qui vouloit manger papa et un autre

qui me vouloit manger, et j'ai tiré mon épée, puis je les ai tués tous

deux.» Nous regrettons d'avoir à dire que le bon Héroard, avec l'esprit

superstitieux qui le caractérise, voit sans doute dans ce cauchemar un

présage favorable, et écrit en marge de son journal: _Augurium_.

Le 29 juillet 1614, le Roi éveillé à une heure, en sursaut, «se veut

lever sans dire la cause; ses valets de chambre, les sieurs de Heurles

et Armaignac, l'en veulent empêcher, croyant qu'il rêvât: «Laissez-moi,

laissez-moi,» dit-il; il se lève en chemise, et ainsi veut aller à

la salle.» Le 8 septembre suivant «il raconte comme il avoit songé

qu'il voyoit des poissons volants et appeloit de Heurles, son premier

valet de chambre; il dormoit et parloit. Il étoit hors des draps sur

le milieu du lit, se vouloit élancer pour en aller prendre.» Le 31

novembre 1616, le Roi est pris d'une syncope, à la suite de laquelle

il est saigné pour la première fois. Voici une autre indication donnée

par Héroard à la date du 4 juillet 1622: «Éveillé à trois heures après

minuit, il se plaint, criant et me disant avoir eu froid étant couché

dans le lit, et fort peu dormi, les yeux chauds et la tête pesante.

Levé, blême, il se sent foible et lassé.» Cette lassitude ne l'empêche

cependant pas de partir à quatre heures du matin de la ville de

Toulouse, où il était arrivé huit jours avant, et de faire à cheval une

dizaine de lieues jusqu'à Villefranche de Lauraguais, où «il se plaint

encore des mêmes choses qu'il avoit fait ici dessus». A son entrée à

Arles le 30 octobre suivant, le Roi, entouré du peuple qui «crioit en

son langage: Vive notre bon roi Louis,» est saisi d'une impression de

sensibilité nerveuse «et l'on lui a ouï dire ces paroles: «Dieu vous

bénie mon peuple, Dieu vous bénie!» Le soir, pensif, il dit à son

médecin «qu'il avoit été triste tout le jour».

Louis XIII passait alternativement et presque sans transition des

exercices les plus pénibles et que le corps le plus robuste pouvait

seul supporter, à un état de langueur qui le faisait se mettre au lit

«avec inquiétude», ou se coucher au milieu du jour «pour ne savoir que

faire». Une indication du journal d'Héroard qui peut servir à dater les

portraits de Louis XIII et à juger de son tempérament se rencontre dans

le journal au 1er août 1624; le Roi, alors âgé de près de vingt-trois

ans, «se fait raser la barbe pour la première fois; il ne y avoit que

du poil imperceptible».

A cette nature rêveuse et mélancolique, à cette figure silencieuse et

qui se déridait rarement (Héroard remarque à plusieurs reprises que le

Dauphin n'est ni parleur ni rieur, et que lorsqu'il rit, c'est d'un

gros «rire d'hôtelier» comme quelqu'un qui n'en a pas l'habitude),

Louis XIII joignait cependant un esprit assez vif; il avait parfois

des reparties pleines de bon sens, parfois aussi il raillait et se

moquait; mais en avançant en âge ses saillies deviennent plus sévères

et plus âpres. Un jour d'hiver (19 février 1605) le porteur de charbon

entre dans sa chambre pendant qu'il se lève et lui dit: «Bonjour, mon

maître.—Qui est son maître?» demande l'enfant à son aumônier.—«C'est

le Roi et vous.—Qui est le plus grand?—C'est papa et vous après,

répond l'aumônier.—Non, c'est Dieu qui est le plus grand!» reprend le

Dauphin, qui de sa nature «n'aimoit pas la flatterie». Le lendemain

«l'on parloit d'un homme condamné à être pendu, le Dauphin demande:

«Qui le pendra?» L'on répond que ce seroit le valet du bourreau, il

dit: «Je ne veux donc point avoir un valet.» Peu après il appelle

Birat, huissier de sa chambre; il avait l'habitude de lui donner le nom

de valet et de lui dire: Valet, faites ceci ou cela; ce jour-là il le

nomme par son nom: «Quoi, Monsieur, dit Birat, vous ne m'appelez pas

votre valet!—Hé! c'est le bourreau qui a un valet,» répond le Dauphin.

Un autre jour Mme de Montglat lui demande après qu'il vient de prier

pour le Roi: «Aimez-vous bien papa?—Oui.—Comment l'aimez-vous?—Je

l'aime plus que Pataut (le chien de sa nourrice).—Monsieur, reprend

la gouvernante, il ne faut pas dire ainsi, il faut dire plus que

vous-même.—Plus que moi-même! Eh! il ne faut pas aimer soi-même! il

faut aimer des hommes, mais pas soi-même!»

Le Dauphin se plaisait aussi à jouer sur les mots et sur les noms;

nous nous bornerons en ce genre à une seule citation où figure le

poëte Racan. Le 14 octobre 1606 il y avait à son souper «un page de

la chambre auquel il demanda: «Comment vous appelez-vous?—Monsieur,

je m'appelle Des Ars.—Vous êtes donc un arc? Il vous faut attacher

une corde au nez et au bout des jambes, et puis y mettre une flèche et

tirer.» D'un autre page de la chambre qui se nommoit Racan, il dit à

sa gouvernante: «Mamanga, velà l'arc en ciel, pour ce qu'il tournoit

le nom en son entendement, imaginant _Arcan_ et ajoutoit _ciel_ en sa

petite fantaisie. Il se plaisoit à des pareilles rencontres.»

Voici, à la date du jour des Rois, une jolie conversation sur le

nombreux personnel de la maison du Dauphin: «Il tenoit une peinture

du Roi sur du papier, où étoient les nom, surnom et qualités; il

les lisoit. M. de Ventelet lui demande: «Monsieur, quand vous serez

un jour le Roi, comment mettrez-vous?» Il répond brusquement: «Ne

parlons point de cela!—Mais, Monsieur, vous le serez, s'il plaît

à Dieu, un jour après papa.—Ne parlons point de cela!—Monsieur,

c'est que vous voulez dire qu'il faut prier Dieu qu'il donne longue

vie à papa?—Oui, c'est cela.» En dînant il demanda si, pour son

souper, il ne y auroit pas un gâteau pour faire les rois; M. de

Ventelet lui dit que oui et qu'il seroit le roi. «Ho! non, dit-il,

c'est papa.—Monsieur, j'entends le roi de la fève, ce n'est que

pour jouer;» et là-dessus je lui dis: «Monsieur, il faudra s'il vous

plaît des charges à tous vos serviteurs; que donnerez-vous à M.

Birat?—Ce sera le fou.—Et à M. de Ventelet?—Ce sera le bon vieux

homme.—Et à moi, Monsieur?—Vous serez l'imprimeur.» M. Boquet,

mari de sa nourrice, lui demande une charge.—«Vous serez maître

Guillaume,» c'étoit le fou du roi. Je poursuis à lui demander: «Et à

M. de Malleville, que lui donnerez-vous? (Il étoit exempt aux gardes

écossoises servant près de lui.)—Ce sera Pantalon;» il avoit la

barbe assez grande.—«Et M. de la Pointe? (archer du corps qui étoit

gros).—Ce sera le gros ventre.—Et M. d'Origny? (son compagnon).—Ce

sera le cuisinier;» il étoit un peu malpropre.—«Et maître Jean? (son

sommelier).—Ce sera l'ivre.—Et maître Gilles? (son pannetier).—Il

sera confiturier.—Et votre huissier de salle? (il faisoit des

vers).—Féfé Vaneuil a un petit chien qui s'appelle Joly; quand ils

seront ensemble ils feront des vers et Joly les fera par le c...—Et

de Vienne? (c'étoit son cuisinier).—Ce sera Sibilot;» c'étoit le

fol du feu Roi.—«Et Champagne? (garçon de garde-robe).—Ce sera mon

verseur de m...—Et M. Guérin? (son apothicaire).—Ce sera Frely;»

c'étoit le nom que ledit Guérin avoit donné à l'un des chiens.—«Et M.

de Cressy? (enseigne de la compagnie qui étoit fort grand).—Ce sera

le petit Marin;» c'étoit le nain de la Reine.—«Et M. Aude? (huissier

de chambre de Madame qu'il voyoit souvent enveloppé au visage).—Ce

sera l'enrhumé.» M. Boquet, qui n'étoit pas content d'être maître

Guillaume, le pressoit pour lui en donner une autre; M. Birat entre

en la chambre, M. Boquet lui dit: «Monsieur, voilà M. Birat; quelle

charge lui donnerez-vous?—Ce sera maître Guillaume.—Et moi, Monsieur,

lui dit Boquet, que serai-je maintenant que je ne suis plus maître

Guillaume?—Vous serez maître Guillaume Dubois, le poëte de mousseu de

Roquelaure (c'étoit un fol qui avoit été maçon et se faisoit croire

qu'il faisoit bien des vers); mousseu Héroua, il me venoit voir souvent

à Fontainebleau, sur la terrasse de ma chambre; il me montroit des

vers qui étoient si mal faits, si mal faits,» me dit-il avec action,

comme s'il se y fût connu et en souriant.—«Et à M. de Bernet? (porteur

de M. d'Orléans).—Ce sera le nouveau tondu;» il avoit ses cheveux

et sa barbe faits de nouveau.—«Et Bourgeois? (l'un des huissiers de

sa chambre qui étoit vêtu de noir, portant le deuil).—Ce sera la

corneille.—Et Montalier? (valet de garde-robe, portant le deuil).—Ce

sera le corbeau.» (5 janvier 1608.)

Une autre repartie du Dauphin pourrait s'appeler _le Dauphin terrible_.

Le 30 juillet 1608, il jouait avec des figurines en faïence dont

une représentait un singe. Henri IV le vient voir et lui dit que ce

singe ressemblait à M. de Guise. «Peu après M. de Guise arrive et lui

demande: «Monsieur, qu'est cela?—C'est votre ressemblance.—Comment le

savez-vous?—Papa le dit.» Le 21 décembre suivant, le Dauphin se fâche

contre les petits gentilshommes attachés à sa personne, «veut qu'ils

aient le fouet. Mme de Montglat lui dit qu'il leur falloit pardonner

et que le Roi pardonnoit à tout le monde.—A tout le monde! il n'a pas

pardonné au maréchal de Biron!»

Le 28 avril 1610, peu de temps avant le couronnement de Marie de

Médicis qui devait être suivi d'une entrée solennelle, on disait

au souper du Dauphin «que les enfants de Paris qui devoient être à

l'entrée de la Reine auroient des éperons dorés. «Ho! dit-il, s'ils en

ont de dorés, j'en veux avoir de fer noir.»

Citons encore trois ou quatre mots du jeune Roi qui achèvent de peindre

une des faces de son caractère et la tournure que prend peu à peu

son esprit. Le 15 juillet 1610, il fait donner à boire à son petit

chien et demande: «Pourquoi donne-t-on à boire aux chiens?» Il lui fut

répondu: «De peur qu'ils n'enragent.» Il repart soudain: «Les ivrognes

donc n'ont garde d'enrager, car ils boivent toujours.»

Le 11 décembre 1612 «la Reine avoit commandé qu'on lui fît la mine

pour n'avoir point voulu prendre sa médecine: il s'en aperçut ou il le

sut, et s'adressant à Mlle de Vendôme, lui dit tout bas: «La Reine ma

mère a commandé que l'on me fasse la mine, mais ils seroient bien tous

étonnés si je la faisois.» Soudain il va à Mme la douairière de Guise:

«Eh bien, madame de Guise, êtes-vous de celles qui me font la mine?» et

s'en va, lui faisant la moue et le hausse-bec.»

Le 9 avril 1616, il construisait un petit fort et y plaçait «des petits

canons tirés par des chiens, l'un desquels fait difficulté de passer

outre sur une planche qui faisoit du bruit. Il le bat rudement et en

colère, le chien passe sans difficulté; lors il dit froidement et de

façon sérieuse: «Voilà comme il faut traiter les opiniâtres et les

méchants,» et, lui donnant du biscuit, «et récompenser les bons, les

hommes aussi bien que les chiens.»

Le 30 décembre 1622, il y avait eu «dispute entre les sieurs

d'Ecquevilly et de Sourdis, enfants d'honneur qui portoient des oiseaux

de la chambre»; d'Ecquevilly avait été appelé en duel, et on disait au

Roi qu'il fallait les empêcher de se battre: «Non, non, répond-il en

colère. Qu'on ne les empêche pas; laissez-les battre. Je les séparerai

bien; je leur ferai trancher la tête.»

Les inclinations de Louis XIII pour les armes et pour la chasse se

montrent chez lui de très-bonne heure; mais, malgré son caractère

hautain, il apportera dans ces exercices, comme en toutes choses,

des instincts au-dessous de son rang, un esprit subalterne, et il

sera plutôt soldat que capitaine, plutôt piqueur que grand veneur.

Héroard remarque à plusieurs reprises que le Dauphin «se familiarise

de son mouvement avec les soldats plutôt qu'avec toute autre sorte

de personnes, faisant du pair et du compagnon avec eux». Son premier

favori est un soldat aux gardes, qu'il appelle son mignon Descluseaux;

«mais il ne vouloit pas qu'il fût assis à table avec lui pource que,

disoit-il, il est pas gentilhomme.» Un jour qu'il faisait ses exercices

militaires devant le Roi, avec ses frères naturels MM. de Vendôme

et de Verneuil, et les deux petits Frontenac, fils du gouverneur de

Saint-Germain, «le Dauphin disoit qu'il vouloit être mousquetaire,

et néanmoins il avoit accoutumé de reprendre ceux qui ne faisoient

pas bien; le Roi lui dit: «Mon fils, vous êtes mousquetaire et vous

commandez!» C'est exactement ce que Louis XIII sera toujours, et roi il

joue encore au soldat. Le 23 janvier 1611, après déjeûner, il prend un

bâton, se fait mettre en sentinelle par le jeune Loménie, qu'il fait

caporal, fait demander à M. de la Curée (lieutenant des chevau-légers)

par M. de Préaux (son sous-gouverneur) s'il connoît point ce soldat. M.

de la Curée répond que non.—«Il a été aux guerres de Flandre,» dit M.

de Préaux.—«Il a bonne mine,» répond M. de la Curée, puis adressant

la parole au sentinelle: «Mon compagnon, d'où êtes-vous?—De Gâtinois,

répond le Roi.—Comment vous appelez-vous?—Capitaine Louis.—Vous êtes

bien habillé! il y a quelque sergent qui est votre camarade, qui vous

fournit ce qu'il vous faut?—Oui.»

A l'âge de quinze ans et encore dans sa seizième année, le Roi continue

le même jeu. Le 2 septembre 1616, «il s'amuse à faire la garde

lui-même, se couche sur la paillasse, s'endort; Descluseaux qui faisoit

le caporal l'éveille, le tire par les pieds hors de la paillasse, le

met en sentinelle où il se rendort. Descluseaux le y trouve, le met

en prison; ce fut en son lit.» Le 20 juin 1617, après avoir, dans

la journée, été au conseil et donné une audience à l'ambassadeur de

Savoie, et après la cérémonie de son coucher terminée, il se relève

dans la soirée et «vêtu légèrement, il descend au jardin, s'amuse à

faire la garde, se fait mettre en sentinelle, reçoit le commandement du

sergent (c'étoit Descluseaux), y est jusques à une heure après minuit.»

Cinq ans après le jeu devient plus sérieux et produit même une

impression pénible. Le Roi qui assiége la ville de Saint-Antonin,

occupée par les protestants, descend du rôle de commandant d'armée

à celui de simple «artillier»; le 16 juin 1622 «il va au camp à dix

heures, au-dessus d'une batterie où il y avoit deux couleuvrines,

en pointe par deux fois, tire sur des paysans qui remparoient; à la

deuxième fois il en tue deux.» Héroard cite pourtant beaucoup de traits

d'humanité de Louis XIII envers les hommes et même envers les animaux,

mais ici le désir de prouver son adresse, de se montrer bon soldat, lui

fait oublier qu'il n'appartient pas à un roi de tirer sur ses sujets,

même révoltés.

Dans son goût passionné pour la chasse, Louis XIII se montre le même.

Enfant, il entretient de préférence le veneur maître Martin, lui parle

«de tous ses chiens, sait ou demande leurs noms, ce qu'ils savent

faire, comme il dresse les jeunes». Roi, il élève lui-même ses oiseaux

et leur donne «la mangeaille». Il va seul au bois et à la volerie,

en si simple appareil qu'un jour, à Saint-Germain (19 février 1619),

un meunier court après lui «le prenant pour un fauconnier, disant et

opiniâtrément que c'étoit lui qui lui avoit pris sa poule; à quoi il

prenoit plaisir et à le faire contester». Dans un âge plus avancé, il

va de Saint-Germain coucher le soir à Versailles, y dort tout vêtu

afin d'être plus tôt prêt pour aller à la chasse, et le lendemain (3

août 1624), «éveillé à trois heures, il prend son limier et va au bois

pour détourner le cerf, y est deux ou trois heures, et revient tout

mouillé à Marly. Il se jette sur un méchant lit sans dormir et, après

dîner, va courir son cerf qu'il avoit détourné. Il ne le prend point et

revient à Saint-Germain.»

Héroard nous montre encore le Dauphin «curieux de vouloir tout savoir»,

ayant «l'œil et l'oreille à tout», se plaisant «toujours à quelque

exercice pénible». Son goût pour «les œuvres mécaniques» lui fait,

tantôt suivre «un maçon qui raccoustroit», tantôt regarder «des

charpentiers qui mettoient des cloisons». Voici par exemple une journée

où l'on voit la diversité de ses occupations et de ses instincts: Le

10 août 1607 «il se fait mettre dans son petit carrosse découvert

jusqu'à la chapelle où il entend la messe, faisant des gambades sur son

carreau. Il va à son carrosse, y fait mettre dedans Madame, la petite

Vitry et le petit Gramont de la Franche-Comté. Il dit à l'oreille à

Hindret, son joueur de luth, qui le menoit: «Je veux être le valet

de pied, mais le dites pas.» Deux pages tirent le carrosse, il va à

côté branlant les bras et marchant de l'air d'un laquais, se fait

appeler le petit Louis. Mené en sa chambre, il se met sur les outils de

menuiserie; il a deux pages et deux garçons de la chambre auxquels il

commande, leur fournit la besogne et se fait appeler maître Louis. Il

vient en ma chambre, me demande papier et encre, se met à peindre, fait

un oiseau, puis se met à faire Dondon, sa nourrice.» Une autre fois,

«il s'amuse à maçonner une maison, porte lui-même les pierres», ou bien

il pave lui-même un chemin, «porte le pavé, le met en œuvre». Roi, il

s'amusera «à faire des paniers de menu jonc», clouera «les tapis du

pied de son lit avec le tapissier», travaillera avec un émailleur ou

avec un excellent tourneur allemand qui lui apprendra à tourner. Le

15 octobre 1614, «il s'amuse lui-même à travailler avec le menuisier,

à dresser le jeu de billard,» et le 12 janvier 1617 à établir «une

batterie de petits canons qu'il avoit lui-même fondus à sa forge».

Nous avons vu Louis XIII demander à sa mère de lui ôter son gouverneur

M. de Souvré, parce qu'il ne «pouvoit plus durer avec cet homme-là»;

quinze jours avant il lui avait servi de cuisinier et de maître

d'hôtel. Le 13 octobre 1614 il était allé faire collation dans une

maison particulière; après avoir mangé, «il entre en la cuisine, met

M. le comte de la Rocheguyon à la porte pour huissier, et lui se fait

porter des œufs, ayant été auparavant au poulailler pour en prendre.

Il donne deux écus à une femme qui lui en apporta six et un poulet,

se prend à faire des œufs perdus et des œufs pochés au beurre noir,

et des durs hachés avec du lard, de son invention. M. de Frontenac,

premier maître d'hôtel, fait une omelette; le Roi commande au petit

Humières de prendre un bâton et de servir de maître d'hôtel, au sieur

de Montpouillan d'huissier, à d'autres de prendre des plats, et lui

prend le dernier et marche ainsi à la salle où étoit M. de Souvré,

auquel il avoit commandé d'attendre ce qu'on alloit lui servir. Il fait

l'essai du plat qu'il portoit».

Le Dauphin montre des goûts plus élevés dans ses dispositions

naturelles pour la musique et le dessin. Suivant l'usage de l'époque,

deux musiciens étaient attachés à sa personne «pour l'endormir»;

l'enfant les écoutait avec transport, retenait les termes de leur art

et voulait même faire sa partie avec eux. Le 23 février 1608, il joue

du «tabourin de basque fort bien, en concert avec Hindret, son joueur

de luth, et Boileau, son violon; il avoit appris de lui-même. Mené

pour donner le bonsoir au Roi et jouer leur concert, il s'arrête à la

porte du cabinet et ne voulut jamais entrer pour jouer, comme ayant

reconnu que c'étoit chose messéante à sa qualité; le Roi le sut et le

trouva bon». Le 11 août 1609, «il fait chanter et chante en concert

des chansons d'amour; mis au lit, il fait encore chanter _Laudate_ en

concert de voix, d'un luth et d'une mandore».

Un jour de la fête de Sainte-Cécile, «M. de Souvré le vouloit mener à

Notre-Dame»; le jeune Roi s'y refusait «à cause, disoit-il, qu'il y

auroit une grande messe.—Oui, Sire, lui dit M. de Souvré, mais il y

aura de la musique que vous aimez tant!—Oui, mais il y en a de deux

sortes; il y en a une que j'aime point»; c'étoit le plain-chant.»

La musique que le Roi préférait était celle que lui faisaient à son

coucher La Chapelle, «excellent joueur d'épinette qui étoit à lui», et

Bailly qui chantait en s'accompagnant du luth. «Quand ils cessoient:

«Chantez, chantez,» disoit-il, ainsi que souloit faire le feu Roi son

père, duquel il avoit toutes les mêmes actions.» Le 1er septembre 1612,

le Roi «commence à apprendre à jouer du luth par Ballard,» et à la fin

de l'année 1616 on le voit encore chanter en concert avec les orgues,

«sur lesquelles jouoit le sieur de La Chapelle».

Louis XIII enfant avait moins d'ardeur pour la danse, peut-être parce

que cet exercice faisait partie de son éducation, tandis que la musique

et le dessin n'étaient que des arts d'agrément qui ne lui étaient

pas imposés. Cependant, le 21 février 1608, il danse fort bien son

ballet des _Falots_ devant Henri IV qui «en pleure de joie»; mais plus

tard Héroard écrit à la date du 5 janvier 1611: «Dansé à regret; il

n'aimoit pas la danse de son naturel, et si il faisoit bien; il le

fait pour faire les révérences à M. de Souvré qui le forçoit à les

bien apprendre.» Dans les années suivantes au contraire le Roi figure

lui-même dans plusieurs ballets, et on sait qu'il se plaisait à en

composer.

Dès l'âge de trois ans, le Dauphin commence à «crayonner sur du papier»

et Héroard a conservé précieusement ces premiers griffonnages, dans

lesquels il voit déjà une «merveilleuse inclination à la peinture»; on

les retrouve dans le manuscrit de son journal, ainsi que les premiers

essais d'écriture de l'enfant. Ces dispositions pour le dessin se

développèrent un peu plus tard, pendant les séjours à Fontainebleau où

de nombreux artistes, à la tête desquels se trouvait Martin Fréminet,

continuaient les travaux de décoration commencés sous François Ier. Le

14 décembre 1606, le Dauphin s'amuse à peindre «ayant fait venir un

peintre qui lui apprend; il l'écoute et suit ce qu'il lui dit, maniant

aussi dextrement le pinceau que l'ouvrier, et tenant les couleurs au

pouce comme le peintre, qui lui fait tirer un visage». Le matin, il

avait dit à Mme de Montglat: «Je peindrai, je vous ferai un beau petit

chérubin.—Ho! lui dit la gouvernante, vous êtes un beau peintre! Vous

ne sauriez peindre le beau temps.—Si ferai.—Comment ferez-vous?—Je

prendrai du blanc, puis des couleurs de chair et du bleu.—Mais vous ne

sauriez faire le soleil ne la lune.—Si ferai.—Comment ferez-vous le

soleil?—Je prendrai du jaune et du rouge, et je les mêlerai.—Et la

lune?—Je prendrai du blanc et du jaune, je les mêlerai, puis je ferai

un visage, puis ce sera la lune.» Le lendemain, «il envoie quérir deux

jeunes peintres, dit qu'il veut apprendre à peindre; étant arrivés,

il prend les couleurs au pouce, peint des cerises après le crayon du

peintre, demande: «Que faut-il que je fasse? Faut-il du blanc, du

rouge?» et besogne dextrement et avec attention.»

Deux jours après, c'est Fréminet lui-même qui vient donner au Dauphin

une leçon dont Héroard a conservé les dessins, et son journal nous fait

assister à la petite scène d'intérieur qui se passe entre le prince et

le premier peintre du Roi. Aussitôt que Fréminet entre dans sa chambre,

le Dauphin lui montre ses peintures des jours précédents et lui dit:

«J'ai fait ces cerises, j'ai fait cette rose.» M. Fréminet, «peintre

du Roi, excellent personnage», lui dit: «Monsieur, vous plaît-il que

je vous fasse faire un oiseau avec la plume?» Il lui répond gaiement:

«Oui; Mamanga, envoyez quérir mon écritoire;» il met son papier sur

sa petite table et commence à griffonner tout seul un oiseau dont le

corps est semé de grosses taches d'encre: «Les taches noires du milieu,

dit-il, ce sont les plumes.» Fréminet lui propose alors de lui conduire

la main et lui fait dessiner un perroquet, mais ce n'est pas sans

peine, à cause de l'impatience de l'enfant qui veut aller plus vite

que l'artiste. Fréminet dessine ensuite une tête de profil et dit au

prince: «Faites un visage comme celui-là.—Ho! ho! dit-il en souriant,

je ne saurois.» Fréminet lui reprend alors la main et lui fait dessiner

deux profils, puis, pour terminer la leçon, l'artiste retourne le

papier et dessine une belle tête de guerrier coiffé d'un casque;

l'enfant ravi lui donne pour le remercier une grosse poire.

Le 6 février 1607, le Dauphin, qui est toujours à Fontainebleau, parle

dans son lit, avant de s'endormir, «sur les peintures qu'il a faites,

d'un bois, d'une montagne, du ciel; qu'il n'avoit pas les couleurs pour

faire les ombrages du soleil et de la lune; que demain il achèvera,

peindra la chasse au blaireau pour la présenter à papa; il n'en pouvoit

sortir tant il y prenoit de plaisir». En effet, le lendemain, «il

s'assied et accommode une petite toile carrée, et la cloue sur un

petit ais pour peindre dessus, ayant auprès de lui le petit-fils de

l'un de ses jardiniers, qui savoit peindre et qui lui montre. Il le

suit avec son pinceau, froidement, attentivement, dextrement et avec

vouloir et affection d'apprendre. Ce désir l'avoit fait lever plus

matin que de coutume, il y avoit de l'inclination comme aux autres

sortes de mécaniques. Ayant achevé son bocage, il dit au petit peintre:

«Faites l'accoustrer.—Monsieur, lui dit le peintre, y ferai-je faire

un châssis?—Oui, oui.—Monsieur, je n'ai point d'argent.—Mamanga,

donnez-moi de l'argent pour faire un châssis à mon petit tableau.» Elle

lui baille deux quarts d'écu; il va au peintre et lui dit: «Tenez, velà

deux quarts d'écus, gardez-en un pour en faire un autre.» Trois jours

après le Dauphin «tire de son pupitre le paysage qu'il avoit fait avec

le petit peintre; Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, il vous faut

écrire.—Non, Mamanga, qu'on aille quérir le petit peintre;» il aimoit

la peinture», répète encore Héroard.

Une autre fois c'est Dupré, le graveur en médailles, qui donnera au

jeune prince, toujours à Fontainebleau, une leçon de modelage. Le 6

juin 1607, le Dauphin, qui pose pour un sculpteur en cire nommé Paolo,

s'amuse pendant ce temps à «tirer en cire» son mignon Descluseaux. Dans

l'après-midi «il s'amuse, avec de la cire, à faire un visage, pendant

que M. Dupré, statuaire du Roi, le tire pour en faire une médaille; il

sait tout ce qu'il faut faire et travaille fort dextrement, polit, fait

les cheveux, perce les yeux, les oreilles, tout sur la trace grossière

que M. Dupré lui en avoit faite». Le lendemain il dit à son médecin

qu'il le «veut peindre en cire pendant que M. Dupré l'achèvera» et

qu'il lui fera la barbe pointue comme une épingle.

Plus tard le Dauphin fait faire par Boileau, son joueur de violon, et

fait lui-même des copies d'après quelques-uns de ces dessins dont la

mode s'était conservée depuis le seizième siècle et que l'on nommait

des _crayons_; c'est tantôt Duguesclin ou Louis XII, tantôt ses deux

grands-pères Antoine de Bourbon et le duc de Toscane; lui-même pose

pour Boileau et il fait attacher ces crayons sur la tapisserie de

sa chambre. Héroard a joint à son manuscrit une copie de la main du

Dauphin d'après un crayon représentant la marquise de Ménelay. Une

autre fois le Dauphin copie le portrait de la reine Jeanne de Sicile

et «en huile le portrait du Roi qui étoit devant lui; il étoit fort

reconnoissable».

Louis XIII conserva toute sa vie son goût pour la peinture et le

dessin. Lorsqu'au mois de février 1611, Marie de Médicis veut lui

acheter à la foire Saint-Germain une chaîne de diamants, «il n'en

veut point, dit mieux aimer des tableaux», et à diverses reprises il

se remet à peindre «ayant fait venir Bunel, l'un de ses peintres et

excellent». Le 25 juillet 1622, étant à Béziers, le Roi «s'amuse à

peindre en crayon, ne laisse pas d'entendre ses affaires par M. de

Puisieux, secrétaire d'État»; et au mois d'août 1627 on le retrouve

à Versailles, s'occupant encore «à peindre». Si Héroard avait vécu

jusqu'aux derniers jours de son maître il l'aurait vu, quelques

semaines avant sa mort, ainsi que le rapporte Dubois, l'un des valets

de chambre du Roi, «travaillant fort longtemps à peindre certains

grotesques, à quoi il se divertissoit ordinairement».

Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610) · 第 12 / 51 题