MERCUTIO.--Tu ressembles à ces hommes qui, en entrant dans une taverne,
vous campent leur épée sur la table en disant: «Dieu me fasse la grâce
de n'avoir pas besoin de toi,» et qui n'ont pas plutôt senti l'effet du
second verre de vin qu'ils la tirent contre le cabaretier, lorsqu'il n'y
en a réellement aucun besoin.
BENVOLIO.--Moi! je ressemble à ces gens-là?
MERCUTIO.--Allons, allons, tu es dans ton espèce un gaillard aussi
bouillant que personne en Italie, aussi prompt à t'emporter et aussi
emporté dans ta promptitude.
BENVOLIO.--Et à quoi revient ceci?
MERCUTIO.--C'est que, s'il y en avait deux comme toi, bientôt nous
ne les aurions plus, car ils se tueraient l'un l'autre. Toi, tu te
prendrais de querelle avec un homme pour un poil de plus ou de moins
à la barbe; tu te prendrais de querelle avec un homme parce qu'il
casserait des noisettes, sans autre raison, si ce n'est que tu as les
yeux couleur de noisette. Quel autre oeil qu'un oeil ainsi fait pourrait
découvrir un pareil sujet de querelle? Ta tête est pleine de querelles,
comme l'oeuf est plein de nourriture; cependant elle a été rendue, à
force de querelles et de coups, aussi vide qu'un oeuf éclos. N'as-tu pas
cherché dispute à un homme sur ce qu'il toussait dans la rue, parce que
cela éveillait ton chien qui dormait au soleil; à un tailleur, parce
qu'il portait son habit neuf avant les fêtes de Pâques; à un autre
encore, parce qu'un vieux ruban nouait ses souliers neufs? Et tu veux me
faire la leçon pour m'empêcher de quereller?
BENVOLIO.--Si j'étais aussi querelleur que toi, le premier que je
rencontrerais pourrait acheter le revenu de toute ma vie pour le prix
d'une heure et quart.
MERCUTIO.--De toute ta vie, imbécile[51]!
[Note 51: _The fee simple of my life_! BENV.
_The fee simple; oh! simple_, MERCUT.