IV

Cette longue et fatale séance de la Convention avait duré six heures;

elle fut suspendue à cinq heures et demie pour être reprise à sept

heures; mais d'ici là de grands événements allaient se passer.

Le comité de Salut public, réduit à Barère, Billaud-Varenne, Carnot,

Collot-d'Herbois, Robert Lindet et C.-A. Prieur, comptait sur le

concours des autorités constituées, notamment sur la Commune de Paris,

le maire et l'agent national. La Convention, comme on l'a vu, avait

chargé ces deux derniers de l'exécution des décrets rendus dans la

journée. Mais, patriotes éclairés et intègres, auxquels, ai-je dit avec

raison, on n'a jamais pu reprocher une bassesse ou une mauvaise action,

Fleuriot-Lescot et Payan ne devaient pas hésiter à se déclarer contre

les vainqueurs et à prendre parti pour les vaincus, qui représentaient à

leurs yeux la cause de la patrie, de la liberté, de la démocratie. La

Commune tout entière suivit héroïquement leur exemple.

_Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni._

L'agent national reçut à cinq heures, par l'entremise du commissaire des

administrations civiles, police et tribunaux, notification du décret

d'arrestation des deux Robespierre, de Saint-Just, de Couthon, Le Bas et

autres[495].

[Note 495: Dépêche signée d'Herman et Lannes, son adjoint. (Pièce de

la collection Beuchot.) Immolés bientôt après comme Robespierristes par

la rédaction thermidorienne, Herman et Lannes ne prirent nullement fait

et cause pour Robespierre dans la journée du 9 Thermidor.]

Précisément, à la même heure, le conseil général de la Commune, réuni en

assemblée extraordinaire à la nouvelle des événements du jour, venait

d'ouvrir sa séance sous la présidence du maire. Quatre-vingt-onze

membres étaient présents. «Citoyens, dit Fleuriot-Lescot, c'est ici que

la patrie a été sauvée au 10 août et au 31 mai; c'est encore ici qu'elle

sera sauvée. Que tous les citoyens se réunissent donc à la Commune; que

l'entrée de ses séances soit libre à tout le monde sans qu'on exige

l'exhibition de cartes; que tous les membres du conseil fassent le

serment de mourir à leur poste»[496].

[Note 496: Renseignements donnés par les employés au secrétariat sur

ce qui s'est passé à la Commune dans la nuit du 9 au 10 thermidor.

(Pièce de la collection Beuchot.)]

Aussitôt, tous les membres de se lever spontanément et de prêter avec

enthousiasme ce serment qu'ils auront à tenir, hélas! avant si peu de

temps. L'agent national prend ensuite la parole et peint, sous les plus

sombres couleurs, les dangers courus par la liberté. Il trace un

parallèle écrasant entre les prescripteurs et les proscrits: ceux-ci,

qui s'étaient toujours montré les constants amis du peuple; ceux-là, qui

ne voyaient dans la Révolution qu'un moyen de fortune et qui, par leurs

actes, semblaient s'être attachés à déshonorer la République. Sans

hésitation aucune, le conseil général adhère à toutes les propositions

du maire et de l'agent national, et chacun de ses membres, pour

revendiquer sa part de responsabilité dans les mesures prises, va

courageusement signer la feuille de présence, signant ainsi son arrêt de

mort[497].

[Note 497: _Ibid._]

Tout d'abord, deux officiers municipaux sont chargés de se rendre sur la

place de Grève et d'inviter le peuple à se joindre à ses magistrats afin

de sauver la patrie et la liberté. On décide ensuite l'arrestation

_des nommés_ Collot-d'Herbois, Amar, Léonard Bourdon, Dubarran,

Fréron, Tallien, Panis, Carnot, Dubois-Crancé, Vadier, Javogues, Fouché,

Granet et Moyse Bayle, pour délivrer la Convention de l'oppression où

ils la retiennent. Une couronne civique est promise aux généreux

citoyens qui arrêteront ces ennemis du peuple[498]. Puis, le maire prend

le tableau des Droits de l'homme et donne lecture de l'article où il est

dit que, quand le gouvernement viole les droits du peuple,

l'insurrection est pour le peuple le plus saint et le plus indispensable

des devoirs. Successivement on arrête: que les barrières seront fermées;

que le tocsin de la ville sera sonné et le rappel battu dans toutes les

sections; que les ordres émanant des comités de Salut public et de

Sûreté générale seront considérés comme non avenus; que toutes les

autorités constituées et les commandants de la force armée des sections

se rendront sur-le-champ à l'Hôtel de Ville afin de prêter serment de

fidélité au peuple; que les pièces de canon de la section des _Droits

de l'homme_ seront placées en batterie sur la place de la Commune;

que toutes les sections seront convoquées sur-le-champ pour délibérer

sur les dangers de la patrie et correspondront de deux heures en deux

heures avec le conseil général; qu'il sera écrit à tous les membres de

la Commune du 10 août de venir se joindre au conseil général pour aviser

avec lui aux moyens de sauver la patrie[499]; enfin que le commandant de

la force armée dirigera le peuple contre les conspirateurs qui

opprimaient les patriotes, et qu'il délivrera la Convention de

l'oppression où elle était plongée[500].

[Note 498: Arrêté, signé Payan, _Archives_, F. 7, 4579.]

[Note 499: Renseignements donnés par les employés au secrétariat,

_ubi suprà_. Voyez aussi le procès-verbal de la séance du 9

Thermidor à la Commune, dans l'_Histoire parlementaire_, t. XXXIV,

p. 45 et suiv.]

[Note 500: Arrêté de la main de Lerebours, signé: Lerebours, Payan,

Bernard, Louvet, Arthur, Coffinhal, Chatelet, Legrand.]

Le substitut de l'agent national, Lubin, avait assisté à la séance de

l'Assemblée. Il raconte les débats et les scènes dont il a été témoin,

l'arrestation des deux Robespierre, de Saint-Just, de Couthon et de Le

Bas. Aussitôt il est enjoint aux administrateurs de police de prescrire

aux concierges des différentes maisons d'arrêt de ne recevoir aucun

détenu sans un ordre exprès de l'administration de police[501]. Puis,

sur la proposition du substitut de l'agent national, une députation est

envoyée aux Jacobins afin de les inviter à fraterniser avec le conseil

général. Cependant les moments sont précieux: il ne faut pas les perdre

en discours, mais agir, disent quelques membres. Jusque-là, du reste,

chaque parole avait été un acte. Le conseil arrête une mesure d'une

extrême gravité en décidant que des commissaires pris dans son sein

iront, accompagnés de la force armée, délivrer Robespierre et les autres

prisonniers arrêtés. Enfin, en réponse à la proclamation

conventionnelle, il adopte l'adresse suivante et en vote l'envoi aux

quarante-huit sections.

[Note 501: Voici le modèle de la prescription adressée aux

concierges des différentes maisons d'arrêt: «Commune de Paris,

département de police.... Nous t'enjoignons, citoyen, sous ta

responsabilité, de porter la plus grande attention à ce qu'aucune lettre

ni autres papiers ne puissent entrer ni sortir de la maison dont la

garde t'est confiée, et ce, jusqu'à nouvel ordre. Tu mettras de côté,

avec soin, toutes les lettres que les détenus te remettront.

«Il t'est personnellement _défendu_ de recevoir aucun détenu ni de

donner aucune liberté que par les ordres de l'administration de police.

Les administrateurs de police: Henry, Lelièvre, Quenet, Faro,

Wichterich.» (Pièce de la collection Beuchot). L'ordre dont nous donnons

ici la copie textuelle est précisément celui qui fut adressé au

concierge de la maison du Luxembourg, où se trouva envoyé Robespierre.]

«Citoyens, la patrie est plus que jamais en danger.

«Des scélérats dictent des lois à la Convention, qu'ils oppriment. On

proscrit Robespierre, qui fit déclarer le principe consolant de l'Être

suprême et de l'immortalité de l'âme; Saint-Just, cet apôtre de la

vertu, qui fit cesser les trahisons du Rhin et du Nord, qui, ainsi que

Le Bas, fit triompher les armes de la République; Couthon, ce citoyen

vertueux, qui n'a que le coeur et la tête de vivant, mais qui les a

brûlants de l'ardeur du patriotisme; Robespierre le jeune, qui présida

aux victoires de l'armée d'Italie.»

Venait ensuite l'énumération des principaux auteurs du guet-apens

thermidorien. Quels étaient-ils? Un Amar, «noble de trente mille livres

de rente»; l'ex-vicomte du Barran et des «monstres de cette espèce».

Collot-d'Herbois y était qualifié de partisan de Danton, et accusé

d'avoir, du temps où il était comédien, volé la caisse de sa troupe. On

y nommait encore Bourdon (de l'Oise), l'éternel calomniateur, et Barère,

qui tour à tour avait appartenu à toutes les factions. La conclusion

était celle-ci: «Peuple, lève-toi! ne perds pas le fruit du 10 août et

du 31 mai; précipitons au tombeau tous ces traîtres»[502].

[Note 502: Cette adresse est signée: Lescot-Fleuriot, maire; Blin,

secrétaire-greffier adjoint, et J. Fleury, secrétaire-greffier. Il

existe aux _Archives_ quarante-six copies de cette proclamation. (F

7, 32.)]

Le sort en est jeté! Au coup d'État de la Convention la Commune oppose

l'insurrection populaire. On voit quelle énergie suprême elle déploya en

ces circonstances sous l'impulsion des Fleuriot-Lescot, des Payan, des

Coffinhal et des Lerebours. Si tous les amis de Robespierre eussent

montré la même résolution et déployé autant d'activité, c'en était fait

de la faction thermidorienne, et la République sortait triomphante et

radieuse de la rude épreuve où, hélas! elle devait être si durement

frappée.

V

La nouvelle de l'arrestation de Robespierre causa et devait causer dans

Paris une sensation profonde. Tout ce que ce berceau de la Révolution

contenait de patriotes sincères, de républicains honnêtes et convaincus,

en fut consterné. Qu'elle ait été accueillie avec une vive satisfaction

par les royalistes connus ou déguisés, cela se comprend de reste,

Maximilien étant avec raison regardé comme la pierre angulaire de

l'édifice républicain. Mais fut-elle, suivant l'assertion de certains

écrivains, reçue comme un signe précurseur du renversement de

l'échafaud[503]? Rien de plus contraire à la vérité. Quand la chute de

Robespierre fut connue dans les prisons, il y eut d'abord, parmi la

plupart des détenus, un sentiment d'anxiété et non pas de contentement,

comme on l'a prétendu après coup. Au Luxembourg, le député Bailleul, un

de ceux qu'il avait sauvés de l'échafaud, se répandit en doléances[504],

et nous avons déjà parlé de l'inquiétude ressentie dans certains

départements quand on y apprit les événements de Thermidor. Parmi les

républicains, et même dans les rangs opposés, on se disait à mi-voix:

«Nos malheurs ne sont pas finis, puisqu'il nous reste encore des amis et

des parents, et que MM. Robespierre sont morts[505]! Il fallut quelques

jours à la réaction pour être tout à fait certaine de sa victoire et se

rendre compte de tout le terrain qu'elle avait gagné à la mort de

Robespierre.

[Note 503: C'est ce que ne manque pas d'affirmer M. Michelet avec

son aplomb ordinaire. Et il ajoute: «Tellement il avait réussi, dans

tout cet affreux mois de thermidor, à identifier son nom avec celui de

la Terreur». (t. VII, p. 472.) Est-il possible de se tromper plus

grossièrement? Une chose reconnue de tous, au contraire, c'est que dans

cet affreux mois de thermidor, Robespierre n'eut aucune action sur le

gouvernement révolutionnaire, et l'on n'a pas manqué d'établir une

comparaison, toute en sa faveur, entre les exécutions qui précédèrent sa

retraite et celles qui la suivirent. (Voir le rapport de Saladin.) Que

pour trouver partout des alliés, les Thermidoriens l'aient présenté aux

uns comme le promoteur de la Terreur, aux autres comme un

antiterroriste, cela est vrai; mais finalement ils le tuèrent pour avoir

voulu, suivant leur propre expression, arrêter le cours terrible,

majestueux de la Révolution, et il ne put venir à l'esprit de personne

au premier moment, que Robespierre mort, morte était la Terreur.]

[Note 504: Ceci attesté par un franc royaliste détenu lui-même au

Luxembourg, et qui a passé sa vie à calomnier la Révolution et ses

défenseurs. Voy. _Essais historiques sur les causes et les effets de

la Révolution_, par C.A.B. Beaulieu, t. V, p. 367. Beaulieu ajoute

que, depuis, pour effacer l'idée que ses doléances avaient pu donner de

lui, Bailleul se jeta à corps perdu dans le parti thermidorien. Personne

n'ignore en effet avec quel cynisme Bailleul, dans ses _Esquisses_,

a diffamé et calomnié celui qu'il avait appelé son sauveur.]

[Note 505: Nous avons déjà cité plus haut ces paroles rapportées par

Charles Nodier, lequel ajoute: «Et cette crainte n'étoit pas sans

motifs, car le parti de Robespierre venoit d'être immolé par le parti de

la Terreur». (_Souvenirs de la Révolution_, t. I, p. 305, éd.

Charpentier).]

On doit, en conséquence, ranger au nombre des mensonges de la réaction

l'histoire fameuse de la _dernière charrette_, menée de force à la

place du Trône au milieu des imprécations populaires. D'aucuns vont

jusqu'à assurer que les gendarmes, Hanriot à leur tête, durent disperser

la foule à coups de sabre[506]. Outre qu'il est difficile d'imaginer un

général en chef escortant de sa personne une voiture de condamnés,

Hanriot avait, à cette heure, bien autre chose à faire. Il avait même

expédié l'ordre à toute la gendarmerie des tribunaux de se rendre sur la

place de la Maison commune, et les voitures contenant les condamnés

furent abandonnées en route par les gendarmes d'escorte, assure un

historien royaliste[507]; si donc elles parvinrent à leur funèbre

destination, ce fut parce que la foule dont les rues étaient encombrées

le voulut bien. Il était plus de cinq heures quand les sinistres

charrettes avaient quitté le Palais de justice[508], or, à cette heure,

les conjurés étaient vainqueurs à la Convention, et rien n'était plus

facile aux comités, s'ils avaient été réellement animés de cette

modération dont ils se sont targués depuis, d'empêcher l'exécution et de

suspendre au moins pour un jour cette Terreur dont, la veille,

Robespierre avait dénoncé les excès; mais ils n'y songèrent pas un

instant, tellement peu ils avaient l'idée de briser l'échafaud. La

dernière charrette! quelle mystification! Ah! bien souvent encore il

portera sa proie à la guillotine, le hideux tombereau! Seulement ce ne

seront plus des ennemis de la Révolution, ce seront des patriotes,

coupables d'avoir trop aimé la République, que plus d'une fois la

réaction jettera en pâture au bourreau.

[Note 506: M. Michelet ne manque pas de nous montrer Hanriot sabrant

la foule, et assurant une dernière malédiction à son parti (t. VII, p.

473). M. Michelet n'hésite jamais à marier les fables les plus

invraisemblables à l'histoire. C'est un moyen d'être pittoresque.]

[Note 507: Toulongeon, t. II, p. 512.]

[Note 508: Lettre de Dumesnil, commandant la gendarmerie des

tribunaux, à la Convention, en date du 12 thermidor (30 juillet 1794).

Voy. cette lettre sous le numéro XXXI, à la suite du rapport de Courtois

sur les événements du 9 Thermidor, p. 182.]

Une chose rendait incertaine la victoire des conjurés malgré la force

énorme que leur donnait l'appui légal de la Convention, c'était l'amitié

bien connue du général Hanriot pour Robespierre. Aussi s'était-on

empressé de le décréter d'arrestation un des premiers. Si la force armée

parisienne demeurait fidèle à son chef, la cause de la justice

l'emportait infailliblement. Malheureusement la division se mit, dès la

première heure, dans la garde nationale et dans l'armée de Paris, en

dépit des efforts d'Hanriot. On a beaucoup récriminé contre cet

infortuné général; personne n'a été plus que lui victime de l'injustice

et de la calomnie. Tous les partis semblent s'être donné le mot pour le

sacrifier[509], et personne, avant nous, n'avait songé à fouiller un peu

profondément dans la vie de cet homme pour le présenter sous son vrai

jour. Il est temps d'en finir avec cette ivresse légendaire dont on l'a

gratifié et qui vaut le fameux verre de sang de Mlle de Sombreuil.

Peut-être Hanriot manqua-t-il du coup d'oeil, de la promptitude

d'esprit, de la décision, en un mot des qualités d'un grand militaire,

qui eussent été nécessaires dans une pareille journée, mais le

dévouement ne lui fit pas un instant défaut.

[Note 509: M. Michelet en fait un ivrogne et un bravache.

(_Histoire de la Révolution_, t. VII, p. 467.) Voilà qui est

bientôt dit; mais où cet historien a-t-il puisé ses renseignements?

Evidemment dans les écrits calomnieux émanés du parti thermido-girondin.

Quelle étrange idée M. Michelet s'est-il donc faite des hommes de la

Révolution, de croire qu'ils avaient investi du commandement général de

l'armée parisienne «un ivrogne et un bravache»? Voilà, il faut l'avouer,

une _histoire singulièrement républicaine_.]

A la nouvelle de l'arrestation des cinq députés, il monta résolûment à

cheval avec ses aides de camp, prit les ordres de la Commune, fit appel

au patriotisme des canonniers, convoqua la première légion tout entière,

et quatre cents hommes de chacune des autres légions, donna l'ordre à

toute la gendarmerie de se porter à la Maison commune, prescrivit à la

commission des poudres et de l'Arsenal de ne rien délivrer sans l'ordre

exprès du maire ou du conseil général, convoqua tous les citoyens dans

leurs arrondissements respectifs en les invitant à attendre les

décisions de la Commune, installa une réserve de deux cents hommes à

l'Hôtel de Ville pour se tenir à la disposition des magistrats du

peuple, fit battre partout la générale et envoya des gendarmes fermer

les barrières; tout cela en moins d'une heure[510]. Il faut lire les

ordres dictés par Hanriot ou écrits de sa main dans cette journée du 9

Thermidor, et qui ont été conservés, pour se former une idée exacte de

l'énergie et de l'activité déployée par ce général[511].

[Note 510: On ne saurait, à cet égard, mieux rendre justice à

Hanriot que Courtois ne l'a fait involontairement, et pour le décrier

bien entendu, dans son rapport sur les événements du 9 Thermidor (p. 60

et suiv.).]

[Note 511: Voy. les ordres divers insérés par Courtois dans son

rapport sur les événements de Thermidor, sous les numéros VII'1, VII'2,

VIII, IX, X, XXII, XXIII, XXIV, XXV, XXVI et XXVII, et qui se trouvent

en originaux et en copies, soit aux _Archives_, soit dans la

collection Beuchot.]

Suivi de quelques aides de camp et d'une très faible escorte, il se

dirigea rapidement vers les Tuileries afin de délivrer les députés

détenus au comité de Sûreté générale sous la garde de quelques

gendarmes. Ayant rencontré, dans les environs du Palais-Royal, le député

Merlin (de Thionville), dont le nom avait été prononcé à la Commune

comme étant celui d'un des conjurés, il se saisit de lui et le confina

au poste du jardin Égalité. Jusqu'à ce moment de la journée, Merlin

n'avait joué aucun rôle actif, attendant l'issue des événements pour se

déclarer. En se voyant arrêté, il protesta très hautement, assure-t-on,

de son attachement à Robespierre et de son mépris pour les

conjurés[512]. La nuit venue, il tiendra un tout autre langage, mais à

une heure où la cause de la Commune se trouvera bien compromise.

[Note 512: C'est ce qu'a raconté Léonard Gallois, comme le tenant

d'une personne témoin de l'arrestation de Merlin (de Thionville). La

conduite équivoque de ce député dans la journée du 9 Thermidor rend

d'ailleurs ce fait fort vraisemblable. Voy. _Histoire de la

Convention_, par Léonard Gallois, t. VII, p. 267.]

Cependant Hanriot avait poursuivi sa course. Arrivé au comité de Sûreté

générale, il y pénétra avec ses aides de camp, laissant son escorte à la

porte. Ce fut un tort, il compta trop sur son influence personnelle et

sur la déférence des soldats pour leur général. Robespierre et ses amis

se trouvaient encore au comité. Il engagea vivement Hanriot à ne pas

user de violence. «Laissez-moi aller au tribunal, dit il, je saurai bien

me défendre»[513]. Néanmoins Hanriot persista à vouloir emmener les

prisonniers; mais il trouva dans les hommes qui gardaient le poste du

comité de Sûreté générale une résistance inattendue. Des grenadiers de

la Convention, aidés d'une demi-douzaine de gendarmes de la 29e

division, se jetèrent sur le général et ses aides de camp et les

garrottèrent à l'aide de grosses cordes[514]. Les députés furent

transférés dans la salle du secrétariat, où on leur servit à dîner, et

bientôt après, entre six et sept heures, on les conduisit dans

différentes prisons. Maximilien fut mené au Luxembourg, son frère à

Saint-Lazare d'abord, puis à la Force, Le Bas à la Conciergerie[515],

Couthon à la Bourbe, et Saint-Just aux Écossais. Nous verrons tout à

l'heure comment le premier fut refusé par le concierge de la maison du

Luxembourg et comment ses amis se trouvèrent successivement délivrés.

[Note 513: Léonard Gallois, _Histoire de la Convention_, t.

VII, p. 268.]

[Note 514: Nous empruntons notre récit à la déposition fort

désintéressée d'un des aides de camp du général Hanriot, nommé Ulrik,

déposition faite le 10 thermidor à la section des _Gravilliers_.

(Voy. pièce XXVII, à la suite du rapport de Courtois sur les événements

du 9 Thermidor, p. 126.) Il y a sur l'arrestation du général Hanriot une

autre version d'après laquelle il aurait été arrêté rue Saint-Honoré,

par des gendarmes de sa propre escorte, sur la simple invitation de

Courtois qui, d'une fenêtre d'un restaurant où il dînait, leur aurait

crié «de la manière la plus énergique, d'arrêter ce conspirateur». Cette

version, adoptée par la plupart des historiens, est tout à fait

inadmissible. D'abord elle est de Courtois (voy. p. 65 de son rapport);

ensuite elle est formellement contredite par le récit que Merlin (de

Thionville) fit de l'arrestation d'Hanriot à la séance du soir

(procès-verbal de Charles Duval, p. 27); et par un des collègues de

Courtois, cité par Courtois lui-même, par le député Robin, qui déclare

que Courtois courut au Palais-Égalité pour inviter la force armée à

marcher sur Hanriot (note de la p. 66 dans le second rapport de

Courtois). La version résultant de la déposition d'Ulrik est la seule

qui soit conforme à la vérité des faits. (Voy. aussi cette déposition

dans les _Papiers inédits_, t. III, p. 307.) Voici d'ailleurs une

déclaration enfouie jusqu à ce jour dans les cartons des

_Archives_, et qui ajoute encore plus de poids à la version que

nous avons adoptée, c'est celle du citoyen Jeannelle, brigadier de

gendarmerie, commandant le poste du comité de Sûreté générale, où

avaient été consignés les cinq députés décrétés d'arrestation: «Vers

cinq heures, Hanriot avec ses aides de camp, sabre en main,

_viennent_ pour les réclamer, forçant postes et consignes,

redemandant Robespierre. Un autre député est entré dans notre salle, a

monté sur la table, a ordonné de mettre la pointe de nos sabres sur le

corps d'Hanriot et de lui attacher les pieds et les mains. Ce qui fut

fait avec exactitude, ainsi qu'à ses aides de camp.» _Archives_, F

7, 32.]

[Note 515: D'après le récit de Courtois, Le Bas a été conduit à la

Conciergerie (p. 67). Il aurait été mené à la Force suivant Mme Le Bas.]

Thermidor: d'après les sources originales et les documents authentiques · 第 60 / 77 题