CHAPITRE SEPTIÈME

Un mot de Bourdon (de l'Oise).--Cause du succès de la faction.--Séance

du 9 thermidor.--Tallien à la tribune.--La parole ôtée à

Robespierre.--Rapport de Barère.--L'accusation de Billaud-Varenne.--Cri

de Garnier (de l'Aube).--Le montagnard Louchet.--Les décrets

d'arrestation et d'accusation.--Dévouements sublimes.--Les proscrits à

la barre.--Réunion de la Commune.--La dernière charrette.--L'arrestation

d'Hanriot.--Mesures prises par les comités.--Attitude des Jacobins.

--Mouvement des sections.--Conseil exécutif provisoire.--Délivrance des

députés détenus.--Robespierre à la Commune.--Il s'oppose à l'insurrection.

--Le décret de mise hors la loi.--Appel à la section des Piques.

--Proclamation conventionnelle.--Assassinat de Robespierre.--Mort de Le

Bas.--Longue agonie de Maximilien.--Le tribunal révolutionnaire à la

barre.--Exécution de Robespierre et de ses amis.--Moralité du 9

thermidor.--Conclusion.

I

Ce fut, sous tous les rapports, une triste et sombre journée que celle

du 9 thermidor an II, autrement dit 27 juillet 1794. Le temps, lourd,

nuageux, semblait présager les orages qui allaient éclater. On eût dit

qu'il se reflétait dans le coeur des membres de la Convention, tant au

début de la séance la plupart des physionomies étaient chargées

d'anxiété. Les conjurés seuls paraissaient tranquilles. Sûrs désormais

des gens de la droite, lesquels, malgré leur estime pour Maximilien,

s'étaient décidés à l'abandonner, sachant que, lui tombé, la République

ne tarderait pas à tomber aussi[461], ils s'étaient arrêtés à un moyen

sûr et commode, c'était de couper la parole à Robespierre, de

l'assassiner purement et simplement; et en effet, la séance du 9

Thermidor ne fut pas autre chose qu'un guet-apens et un assassinat. Peu

d'instants avant l'ouverture de la séance, Bourdon (de l'Oise) ayant

rencontré Durand-Maillane aux abords de la salle, lui prit la main en

disant: «Oh! les braves gens que les gens du côté droit[462].» Un moment

après on pouvait voir Durand-Maillane se promener avec Rovère dans la

salle de la Liberté[463]. Et c'était bien là le vrai type de la faction

thermidorienne: le brigandage et le meurtre alliés à la réaction et à

l'apostasie.

[Note 461: «La droite,» dit avec raison M. Michelet, «finit par

comprendre que si elle aidait la Montagne à ruiner ce qui, dans la

Montagne était la pierre de l'angle, l'édifice croulerait....» (T. VII,

p. 459). Voilà qui est bien assurément, et tout à fait conforme à la

vérité; mais par quelle inconséquence M. Michelet a-t-il pu écrire un

peu plus haut: «La droite pensait (aussi bien que l'Europe), qu'après

tout il était homme d'ordre, nullement ennemi des prêtres, donc un homme

de l'ancien régime». (P. 451). Comment Robespierre pouvait-il être à

fois l'homme de l'ancien régime et la pierre de l'angle de l'édifice

républicain? Il faudrait des volumes pour relever toutes les erreurs,

les inconséquences et les contradictions de M. Michelet.]

[Note 462: Mémoires de Durand-Maillane, p. 199.]

[Note 463: _Ibid._]

Au reste, jamais cette alliance impure et monstrueuse ne fût parvenue à

renverser Robespierre, si à cette époque du 9 Thermidor les membres les

plus probes et les plus patriotes de la Convention ne s'étaient pas

trouvés en mission auprès des armées, dans les départements et dans les

ports de mer où ils avaient été envoyés à la place de la plupart des

Thermidoriens, des Rovère, des Fouché, des Carrier, des Fréron, des

André Dumont et des Tallien. Le triomphe de la faction tint à l'absence

d'une cinquantaine de républicains irréprochables. Laporte et Reverchon

étaient à Lyon, Albite et Salicetti à Nice, Laignelot à Laval, Duquesnoy

à Arras, Duroy à Landau, René Levasseur à Sedan, Maure à Montargis,

Goujon, Soubrany, ces deux futures victimes de la réaction, dans le

Haut-Rhin et dans les Pyrénées-Orientales, Bô à Nantes, Maignet à

Marseille, Lejeune à Besançon, Alquier et Ingrand à Niort, Lecarpentier

à Port-Mâlo, Borie dans le Gard, Jean-Bon Saint-André et Prieur (de la

Marne), tous deux membres du comité de Salut public, sur les côtes de

l'Océan, etc. Si ces représentants intègres et tout dévoués à l'idée

républicaine se fussent trouvés à Paris, jamais une poignée de scélérats

ne seraient venus à bout d'abattre les plus fermes appuis de la

démocratie.

Au moment où Robespierre quitta, pour n'y plus rentrer, la maison de son

hôte, cette pauvre et chère maison où, depuis quatre ans, il avait vécu

avec la simplicité du sage, entouré d'amour et de respect, Duplay ne put

s'empêcher de lui parler avec beaucoup de sollicitude, et il l'engagea

vivement à prendre quelques précautions contre les dangers au-devant

desquels il courait. «La masse de la Convention est pure; rassure-toi;

je n'ai rien à craindre», répondit Maximilien[464]. Déplorable

confiance, qui le livra sans défense à ses ennemis! On s'attendait bien

dans Paris à un effroyable orage parlementaire, mais c'était tout; et il

y avait si peu d'entente entre Robespierre et ceux dont le concours lui

était assuré d'avance, que le général de la garde nationale, Hanriot,

s'en était allé tranquillement déjeuner au faubourg Saint-Antoine chez

un de ses parents.

[Note 464: Détail transmis à. MM. Buchez et Roux, par Buonaroti qui

le tenait de Duplay lui-même. (_Histoire parlementaire_, t. XXXIV,

p. 3).]

Thermidor: d'après les sources originales et les documents authentiques · 第 57 / 77 题