IV

Tous les historiens sans exception, favorables ou hostiles à

Robespierre, ont cru que, durant quatre décades, c'est-à-dire quarante

jours avant sa chute, il s'était complètement retiré du comité de Salut

public, avait cessé d'y aller. C'est là une erreur capitale, et l'on va

voir combien il est important de la rectifier. Si, en effet, depuis la

fin de prairial jusqu'au 9 thermidor, Maximilien s'était purement et

simplement contenté de ne plus paraître au comité, il serait

souverainement injuste à coup sûr de lui demander le moindre compte des

rigueurs commises en messidor, et tout au plus serait-on en droit de lui

reprocher avec quelques écrivains de n'y avoir opposé que la force

d'inertie.

Mais si, au contraire, nous prouvons, que pendant ces quarante derniers

jours, il a siégé sans désemparer au comité de Salut public, comme dans

cet espace de temps il a refusé de s'associer à la plupart des grandes

mesures de sévérité consenties par ses collègues, comme il n'a point

voulu consacrer par sa signature certains actes oppressifs, c'est donc

qu'il y était absolument opposé, qu'il les combattait à outrance; c'est

donc que, suivant l'expression de Saint-Just, il ne comprenait pas

«cette manière prompte d'improviser la foudre à chaque instant»[104].

Voilà pourquoi il mérita l'honorable reproche que lui adressa Barère

dans la séance du 10 thermidor, d'avoir voulu arrêter le cours

_terrible, majestueux_ de la Révolution; et voilà pourquoi aussi,

n'ayant pu décider les comités à s'opposer à ces actes d'oppression

multipliés dont il gémissait, il se résolut à appeler la Convention à

son aide et à la prendre pour juge entre eux et lui.

[Note 104: _Réponse des membres des deux anciens comités_, p.

107, en note.]

Les Thermidoriens du comité ont bien senti l'importance de cette

distinction; aussi se sont-ils entendus pour soutenir que Robespierre ne

paraissait plus aux séances et que, durant quatre décades, il n'y était

venu que deux fois, et encore sur une _citation_ d'eux, la première

pour donner les motifs de l'arrestation du comité révolutionnaire de la

section de l'_Indivisibilité_, la seconde pour s'expliquer sur sa

prétendue absence[105]. Robespierre n'était plus là pour répondre. Mais

si, en effet, il eût rompu toutes relations avec le comité de Salut

public, comment ses collègues de la Convention ne s'en seraient-ils pas

aperçus? Or, un des chefs de l'accusation de Lecointre contre certains

membres des anciens comités porte précisément sur ce qu'ils n'ont point

prévenu la Convention de l'absence de Robespierre. Rien d'embarrassé sur

ce point comme la réponse de Billaud-Varenne: «C'eût été un fait trop

facile à excuser; n'aurait-il pu prétexter une indisposition?»[106]

[Note 105: _Réponse des membres des deux anciens comités_, p.

7. Voyez aussi le rapport de Saladin, p. 99. «_Il est convenu_»,

dit ironiquement Saladin, «que depuis le 22 prairial Robespierre

s'éloigne du comité».]

[Note 106: _Réponse des membres des deux anciens comités_, p.

61.]

Mais, objectait-on, et les signatures apposées par Robespierre au bas

d'un assez grand nombre d'actes? Ah! disent les uns, il a pu signer

quand deux fois il est venu au comité pour répondre à certaines

imputations, ou quand il _affectait_ de passer dans les salles,

vers cinq heures, après la séance, ou quand il se rendait

_secrètement_ au bureau de police générale[107]. Il n'est pas

étonnant, répond un autre, en son nom particulier, que les chefs de

bureau lui aient porté chez lui ces actes à signer au moment où il était

au plus haut degré de sa puissance[108]. En vérité! Et comment donc se

fait-il alors que dans les trois premières semaines de ventôse an II,

lorsque Robespierre était réellement retenu loin du comité par la

maladie, les chefs de bureau n'aient pas songé à se rendre chez lui pour

offrir à sa signature les arrêtés de ses collègues? Et comment expliquer

qu'elle se trouve sur certains actes de peu d'importance, tandis qu'elle

ne figure pas sur les arrêtés qui pouvaient lui paraître entachés

d'oppression? Tout cela est misérable.

[Note 107: _Réponse de J.-N. Billaud à Lecointre_, p. 81.]

[Note 108: _Réponse de J.-N. Billaud à Lecointre_, p. 82.]

Quand Saladin rédigea son rapport sur la conduite des anciens membres

des comités, il n'épargna pas à Robespierre les noms de traître et de

tyran, c'était un tribut à payer à la mode du jour; mais comme il le met

à part de ceux dont il était chargé de présenter l'acte d'accusation, et

comme, sous les injures banales, on sent percer la secrète estime de ce

survivant de la Gironde pour l'homme à qui soixante-douze de ses

collègues et lui devaient la vie et auquel il avait naguère adressé ses

hommages de reconnaissance!

L'abus du pouvoir poussé à l'extrême, la terre plus que jamais

ensanglantée, le nombre plus que doublé des victimes, voilà ce qu'il met

au compte des ennemis, que dis-je? des assassins de Robespierre, en

ajoutant à l'appui de cette allégation, justifiée par les faits, ce

rapprochement effrayant: «Dans les quarante-cinq jours qui ont précédé

la retraite de Robespierre, le nombre des victimes est de cinq cent

soixante-dix-sept; il s'élève à mille deux cent quatre-vingt-six pour

les quarante-cinq jours qui l'ont suivie jusqu'au 9 thermidor[109].»

Quoi de plus éloquent? Et combien plus méritoire est la conduite de

Maximilien si, au lieu de se tenir à l'écart, comme on l'a jusqu'ici

prétendu, il protesta hautement avec Couthon et Saint-Just contre cette

_manière prompte d'improviser la foudre à chaque instant_!

[Note 109: Rapport de Saladin, p. 100.] De toutes les listes

d'accusés renvoyés devant le tribunal révolutionnaire du 1er messidor au

9 thermidor par les comités de Salut public et de Sûreté générale, une

seule, celle du 2 thermidor, porte la signature de Maximilien à côté de

celles de ses collègues[110]. Une partie de ces listes, relatives pour

la plupart aux conspirations dites des prisons, ont été détruites, et à

coup sûr celles-là n'étaient point signées de Robespierre[111]. Il n'a

pas signé l'arrêté en date du 4 thermidor concernant l'établissement

définitif de quatre commissions populaires créées par décret du 13

ventôse (3 mars 1794) pour juger tous les détenus dans les maisons

d'arrêt des départements[112].--Ce jour-là, du reste, il ne parut pas au

comité, mais on aurait pu, d'après l'allégation de Billaud, lui faire

signer l'arrêté chez lui.

[Note 110: Voyez à cet égard les pièces à la suite du rapport de

Saladin et les _Crimes des sept membres des anciens comités_, par

Lecointre, p. 132, 138. «Herman, son homme», dit M. Michelet, t. VII, p.

426, «qui faisait signer ces listes au comité de Salut public, se

gardait bien de faire signer son maître». Où M. Michelet a-t-il vu

qu'Herman fût l'homme de Robespierre? Et, dans ce cas, pourquoi

n'aurait-il pas fait signer _son maître_? Est-ce qu'à cette époque

on prévoyait la réaction et ses fureurs?]

[Note 111: D'après les auteurs de l'_Histoire parlementaire_,

les signatures qui se rencontraient le plus fréquemment au bas de ces

listes seraient celles de Carnot, de Billaud-Varenne et de Barère. (T.

XXXIV, p. 13.) Quant aux conspirations des prisons, Billaud-Varenne a

écrit après Thermidor: «Nous aurions été bien coupables si nous avions

pu paraître indifférents....» _Réponse de J.-N. Billaud à Laurent

Lecointre_, p. 75.]

[Note 112: Arrêté signé: Barère, Dubarran, C.-A. Prieur, Amar, Louis

(du Bas-Rhin), Collot-d'Herbois, Carnot, Voulland, Vadier, Saint-Just,

Billaud-Varenne.]

En revanche, une foule d'actes, tout à fait étrangers au régime de la

Terreur, sont revêtus de sa signature. Le 5 messidor, il signe avec ses

collègues un arrêté par lequel il est enjoint au citoyen Smitz

d'imprimer en langue et en caractères allemands quinze cents exemplaires

du discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les

principes républicains[113]. Donc ce jour-là l'entente n'était pas tout

à fait rompue. Le 7, il approuve, toujours de concert avec ses

collègues, la conduite du jeune Jullien à Bordeaux, et les dépenses

faites par lui dans sa mission[114]. La veille, il avait ordonnancé avec

Carnot et Couthon le payement de la somme de 3,000 livres au littérateur

Demaillot et celle de 1,500 livres au citoyen Tourville, l'un et l'autre

agents du comité[115]. Quelques jours après, il signait avec

Billaud-Varenne l'ordre de mise en liberté de Desrozier, acteur du

théâtre de l'Égalité[116], et, avec Carnot, l'ordre de mise en liberté

de l'agent national de Romainville[117]. Le 18, il signe encore, avec

Couthon, Barère et Billaud-Varenne, un arrêté qui réintégrait dans leurs

fonctions les citoyens Thoulouse, Pavin, Maginet et Blachère,

administrateurs du département de l'Ardèche, destitués par le

représentant du peuple Reynaud[118]. Au bas d'un arrêté en date du 19

messidor, par lequel le comité de Salut public prévient les citoyens que

toutes leurs pétitions, demandes et observations relatives aux affaires

publiques, doivent être adressées au comité, et non individuellement aux

membres qui le composent, je lis sa signature à côté des signatures de

Carnot, de C.-A. Prieur, de Couthon, de Collot-d'Herbois, de Barère et

de Billaud-Varenne[119]. Le 16, il écrivait de sa main aux représentants

en mission le billet suivant: «Citoïen collègue, le comité de Salut

public désire d'être instruit sans délai s'il existe ou a existé dans

les départements sur lesquels s'étend ta mission quelques tribunaux ou

commissions populaires. Il t'invite à lui en faire parvenir sur-le-champ

l'état actuel avec la désignation du lieu et de l'époque de leur

établissement. Robert Lindet, Billaud-Varenne, C.-A. Prieur, Carnot,

Barère, Couthon et Collot-d'Herbois signaient avec lui[120].» Le 28,

rappel de Dubois-Crancé, alors en mission à Rennes, par un arrêté du

comité de Salut public signé: Robespierre, Carnot, Barère,

Collot-d'Herbois, Billaud-Varenne, C.-A. Prieur, Couthon, Saint-Just et

Robert Lindet[121].

[Note 113: Registre des arrêtés et délibérations du comité de Salut

public, _Archives_, 436 _a a_ 73.]

[Note 114: Registre des arrêtés et délibérations du comité de Salut

public, _Archives_ 436 _a a_ 73.]

[Note 115: _Archives_, F. 7, 4437.]

[Note 116: _Ibid._]

[Note 117: _Ibid._]

[Note 118: _Ibid._]

[Note 119: _Archives_, A. F, II, 37.]

[Note 120: _Archives_, A, II, 58.]

[Note 121: Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut

public, _Archives_ 436, _a a_ 73.]

L'influence de Maximilien est ici manifeste. On sait en effet combien ce

représentant lui était suspect. Après lui avoir reproché d'avoir trahi à

Lyon les intérêts de la République, il l'accusait à présent d'avoir à

dessein occasionné à Rennes une fermentation extraordinaire en déclarant

qu'il y aurait des chouans tant qu'il existerait un Breton[122]! A cette

date du 28 messidor, il signe encore avec Collot-d'Herbois, C.-A.

Prieur, Carnot, Couthon, Barère, Saint-Just, Robert Lindet, le mandat de

mise en liberté de trente-trois citoyens détenus dans les prisons de

Troyes par les ordres du jeune Rousselin. Enfin, le 7 thermidor, il

était présent à la délibération où fut décidée l'arrestation d'un des

plus misérables agents du comité de Sûreté générale, de l'espion

Senar[123], dénoncé quelques jours auparavant, aux Jacobins, par des

citoyens victimes de ses actes d'oppression, et dont Couthon avait dit:

«S'il est vrai que ce fonctionnaire ait opprimé le patriotisme, il doit

être puni. Il existe bien évidemment un système affreux de tuer la

liberté par le crime[124].» Nous pourrions multiplier ces citations,

mais il n'en faut pas davantage pour démontrer de la façon la plus

péremptoire que Robespierre n'a jamais déserté le comité dans le sens

réel du mot.

[Note 122: Note de Robespierre sur différents députés. (Voy.

_Papiers inédits_, t. II, p. 17, et numéro LI, à la suite du

rapport de Courtois.)]

[Note 123: Registre des délibérations et arrêtés, _ubi supra_.]

[Note 124: Séance des Jacobins du 3 thermidor. Voy. le

_Moniteur_ du 9 (27 juillet 1794).]

Au reste, ses anciens collègues ont accumulé dans leurs explications

évasives et embarrassées juste assez de contradictions pour mettre à nu

leurs mensonges. Ainsi, tandis que d'un côté ils s'arment contre lui de

sa prétendue absence du comité pendant quatre décades, nous les voyons,

d'un autre côté, lui reprocher d'avoir assisté muet aux délibérations

concernant les opérations militaires, et de s'être abstenu de

voter[125]. «Dans les derniers temps», lit-on dans des Mémoires sur

Carnot, «il trouvait des prétextes pour ne pas signer les instructions

militaires, afin sans doute de se ménager, en cas de revers de nos

armées, le droit d'accuser Carnot[126]». Donc il assistait aux séances

du comité.

[Note 125: _Réponse des membres des deux anciens comités_, p.

10.]

[Note 126: _Mémoires sur Carnot_, par son fils, t. I, p. 523.

Nous avons peu parlé de ces Mémoires, composés d'après des souvenirs

thermidoriens, et dénués par conséquent de toute valeur historique. On

regrette d'y trouver des erreurs et, il faut bien le dire, des calomnies

qu'avec une étude approfondie des choses de la Révolution, M. Carnot

fils se serait évité de laisser passer. Le désir de défendre une mémoire

justement chère n'autorise personne à sortir des bornes de

l'impartialité et de la justice.

De tous les anciens membres du comité de Salut public, Carnot, j'ai

regret de le dire, est certainement un de ceux qui, après Thermidor, ont

calomnié Robespierre avec le plus d'opiniâtreté. Il semble qu'il y ait

eu chez lui de la haine du sabre contre l'idée. Ah! combien Robespierre

avait raison de se méfier de l'engouement de notre nation pour les

entreprises militaires!

Dans son discours du 1er vendémiaire an III (22 septembre 1794), deux

mois après Thermidor, Carnot se déchaîna contre la mémoire de Maximilien

avec une violence inouïe. Il accusa notamment Robespierre de s'être

plaint avec amertume, à la nouvelle de la prise de Niewport, postérieure

au 16 messidor, de ce qu'on n'avait pas massacré toute la garnison. Voy.

le _Moniteur_ du 4 vendémiaire (25 septembre 1794). Carnot a trop

souvent fait fléchir la vérité dans le but de sauvegarder sa mémoire aux

dépens d'adversaires qui ne pouvaient répondre, pour que nous ayons foi

dans ses paroles. A sa haine invétérée contre Robespierre et contre

Saint-Just, on sent qu'il a gardé le souvenir cuisant de cette phrase du

second: «Il n'y a que ceux qui sont dans les armées qui gagnent les

batailles». Lui-même, du reste, Carnot, n'écrivait-il pas, à la date du

8 messidor, aux représentants Richard et Choudieu, au quartier général

de l'armée du Nord, de concert avec Robespierre et Couthon: «Ce n'est

pas sans peine que nous avons appris la familiarité et les égards de

plusieurs de nos généraux envers les officiers étrangers que nous

regardons et voulons traiter comme des brigands....» Catalogue Charavay

(janvier-février 1863).]

Mais ce qui lève tous les doutes, ce sont les registres du comité de

Salut public, registres dont Lecointre ne soupçonnait pas l'existence,

que nous avons sous les yeux en ce moment, et où, comme déjà nous avons

eu occasion de de le dire, les présences de chacun des membres sont

constatées jour par jour. Eh bien! du 13 prairial au 9 thermidor,

Robespierre, manqua de venir au comité SEPT FOIS, en tout et pour tout,

les 20 et 28 prairial, les 10, 11, 14 et 29 messidor et le 4

thermidor[127].

[Note 127: Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut

public, _Archives_, 433 _a a_ 70 jusqu'à 436 _a a_ 73.]

Ce qu'il y a de certain, c'est que, tout en faisant acte de présence au

comité, Robespierre n'ayant pu faire triompher sa politique, à la fois

énergique et modérée, avait complètement résigné sa part d'autorité

dictatoriale et abandonné à ses collègues l'exercice du gouvernement.

Quel fut le véritable motif de la scission? Il est assez difficile de se

prononcer bien affirmativement à cet égard, les Thermidoriens, qui seuls

ont eu la parole pour nous renseigner sur ce point, ayant beaucoup varié

dans leurs explications.

La détermination de Maximilien fut, pensons-nous, la conséquence d'une

suite de petites contrariétés. Déjà, au commencement de floréal, une

altercation avait eu lieu entre Saint-Just et Carnot au sujet de

l'administration des armes portatives. Le premier se plaignait qu'on eût

opprimé et menacé d'arrestation arbitraire l'agent comptable des

ateliers du Luxembourg, à qui il portait un grand intérêt. La discussion

s'échauffant, Carnot aurait accusé Saint-Just _et ses amis_

d'aspirer à la dictature. A quoi Saint-Just aurait répondu que la

République était perdue si les hommes chargés de la défendre se

traitaient ainsi de dictateurs. Et Carnot, insistant, aurait répliqué:

«Vous êtes des dictateurs ridicules». Le lendemain, Saint-Just s'étant

rendu au comité en compagnie de Robespierre: «Tiens», se serait-il écrié

en s'adressant à Carnot, «les voilà, mes amis, voilà ceux que tu as

attaqués hier». Or, quelle fut en cette circonstance le rôle de

Robespierre? «Il essaya de parler des torts respectifs _avec un ton

très hypocrite_», disent les membres des anciens comités sur la foi

desquels nous avons raconté cette scène, ce qui signifie, à n'en pas

douter, que Robespierre essaya de la conciliation[128].

[Note 128: _Réponse des membres des deux anciens comités aux

imputations de Laurent Lecointre_, p. 103, 104, note de la p. 21.--M.

H. Carnot, dans les Mémoires sur son père, raconte un peu différemment

la scène, d'après un récit de Prieur, et il termine par cette

exclamation mélodramatique qu'il prête à Carnot s'adressant à Couthon, à

Saint-Just et à Robespierre: «Triumvirs, vous disparaîtrez». (T. I, p.

524.) Or il est à remarquer que dans la narration des anciens membres du

comité, écrite peu de temps après Thermidor, il n'est pas question de

Couthon, et que Robespierre ne figure en quelque sorte que comme

médiateur. Mais voilà comme on embellit l'histoire.]

Si donc ce récit, dans les termes mêmes où il nous a été transmis, fait

honneur à quelqu'un, ce n'est pas assurément à Carnot. Que serait-ce si

Robespierre et Saint-Just avaient pu fournir leurs explications!

Dictateur! c'était, paraît-il, la grosse injure de Carnot, car dans une

autre occasion, croyant avoir à se plaindre de Robespierre, au sujet de

l'arrestation de deux commis des bureaux de la guerre, il lui aurait

dit, en présence de Levasseur (de la Sarthe): «Il ne se commet que des

actes arbitraires dans ton bureau de police générale, tu es un

dictateur». Robespierre furieux aurait pris en vain ses collègues à

témoins de l'insulte dont il venait d'être l'objet. En vérité, on se

refuserait à croire à de si puériles accusations, si cela n'était pas

constaté par le _Moniteur_[129].

[Note 129: Voy. le _Moniteur_ du 10 germinal, an III (30 mars

1795). Séance de la Convention du 6 germinal.]

J'ai voulu savoir à quoi m'en tenir sur cette fameuse histoire des

secrétaires de Carnot, dont celui-ci signa l'ordre d'arrestation _sans

s'en douter_, comme il le déclara d'un ton patelin à la Convention

nationale. Ces deux secrétaires, jeunes l'un et l'autre, en qui Carnot

avait la plus grande confiance, pouvaient être fort intelligents, mais

ils étaient plus légers encore. Un soir qu'ils avaient bien dîné, ils

firent irruption au milieu d'une réunion sectionnaire, y causèrent un

effroyable vacarme, et, se retranchant derrière leur qualité de

secrétaires du comité de Salut public, menacèrent de faire guillotiner

l'un et l'autre[130]. Ils furent arrêtés tous deux, et relâchés peu de

temps après; mais si jamais arrestation fut juste, ce fut assurément

celle-là, et tout gouvernement s'honore qui réprime sévèrement les excès

de pouvoir de ses agents[131].

[Note 130: _Archives_, F. 7, 4437.]

[Note 131: Rien de curieux et de triste à la fois, comme l'attitude

de Carnot après Thermidor. Il a poussé le mépris de la vérité jusqu'à

oser déclarer, en pleine séance de la Convention (6 germinal an III),

que Robespierre avait lancé un mandat d'arrêt contre un restaurateur de

la terrasse des Feuillants, uniquement parce que lui, Carnot, allait y

prendre ses repas. Mais le bouffon de l'affaire, c'est qu'il signa

aussi, _sans le savoir_, ce mandat. Aussi ne fut-il pas

médiocrement étonné lorsqu'on allant dîner on lui dit que son traiteur

avait été arrêté par son ordre. Je suis fâché, en vérité, de n'avoir pas

découvert, parmi les milliers d'arrêtés que j'ai eus sous les yeux, cet

ordre d'arrestation. Fut-ce aussi sans le savoir et dans l'innocence de

son coeur que Carnot, suivant la malicieuse expression de Lecointre,

écrivit de sa main et signa la petite _recommandation_ qui servit à

Victor de Broglie de passeport pour l'échafaud?]

Je suis convaincu, répéterai-je, que la principale raison de la retraite

toute morale de Robespierre fut la scène violente à laquelle donna lieu,

le 28 prairial, entre plusieurs de ses collègues et lui, la ridicule

affaire de Catherine Théot, lui s'indignant de voir transformer en

conspiration de pures et innocentes mômeries, eux ne voulant pas

arracher sa proie au comité de Sûreté générale. Mon opinion se trouve

singulièrement renforcée de celle du représentant Levasseur, lequel a dû

être bien informé, et qui, dans ses Mémoires, s'est exprimé en ces

termes: «Il est constant que c'est à propos de la ridicule superstition

de Catherine Théot qu'éclata la guerre sourde des membres des deux

comités»[132]. Mais la résistance de Robespierre en cette occasion était

trop honorable pour que ses adversaires pussent l'invoquer comme la

cause de sa scission d'avec eux; aussi imaginèrent-ils de donner pour

prétexte à leur querelle le décret du 20 prairial, qu'ils avaient

approuvé aveuglément les uns et les autres.

[Note 132: _Mémoires de Levasseur_, t. III, p. 112.]

Au reste, la résolution de Maximilien eut sa source dans plusieurs

motifs. Lui-même s'en est expliqué en ces termes dans son discours du 8

thermidor: «Je me bornerai à dire que, depuis plus de six semaines, la

nature et la force de la calomnie, l'IMPUISSANCE DE FAIRE LE BIEN ET

D'ARRÊTER LE MAL, m'ont forcé à abandonner absolument mes fonctions de

membre du comité de Salut public, et je jure qu'en cela même je n'ai

consulté que ma raison et la patrie. Je préfère ma qualité de

représentant du peuple à celle de membre du comité de Salut public, et

je mets ma qualité d'homme et de citoyen français avant tout[133].»

Disons maintenant de quelles amertumes il fut abreuvé durant les six

dernières semaines de sa vie.

[Note 133: Discours du 8 thermidor, p. 30.]

V

Les anciens collègues de Robespierre au comité de Salut public ont fait

un aveu bien précieux: la seule preuve matérielle, la pièce de

conviction la plus essentielle contre lui, ont-ils dit, résultant de son

discours du 8 thermidor à la Convention, il ne leur avait pas été

possible de l'attaquer plus tôt[134]. Or, si jamais homme, victime d'une

accusation injuste, s'est admirablement justifié devant ses concitoyens

et devant l'avenir, c'est bien Robespierre dans le magnifique discours

qui a été son testament de mort.

[Note 134: _Réponse des membres des deux anciens comités aux

imputations de Laurent Lecointre_, p. 14.]

Et comment ne pas comprendre l'embarras mortel de ses accusateurs quand

on se rappelle ces paroles de Fréron, à la séance du 9 fructidor (26

août 1794): «Le tyran qui opprimait ses collègues puis encore que la

nation était tellement enveloppé dans les apparences des vertus les plus

populaires, la considération et la confiance du peuple formaient autour

de lui un rempart si sacré, que nous aurions mis la nation et la liberté

elle-même en péril si nous nous étions abandonnés à notre impatience de

l'abattre plus tôt[135].»

[Note 135: _Réponse des membres des deux anciens comités aux

imputations de Laurent Lecointre_, p. 24.]

On a vu déjà comment il opprimait ses collègues: il suffisait d'un coup

d'oeil d'intelligence pour que la majorité fût acquise contre lui.

Billaud-Varenne ne se révoltait-il pas à cette supposition que des

hommes comme Robert Lindet, Prieur (de la Côte-d'Or), Carnot et lui

avaient pu se laisser mener[136]? Donc, sur ses collègues du comité, il

n'avait aucune influence prépondérante, c'est un point acquis. Mais, ont

prétendu ceux-ci, tout le mal venait du bureau de police générale, dont

il avait la direction suprême et au moyen duquel il gouvernait

despotiquement le tribunal révolutionnaire; et tous les historiens de la

réaction, voire même certains écrivains prétendus libéraux, d'accueillir

avec empressement ce double mensonge thermidorien, sans prendre la peine

de remonter aux sources.

[Note 136: _Réponse de J.-N. Billaud à Laurent Lecointre_, p.

94.]

Et d'abord signalons un fait en passant, ne fût-ce que pour constater

une fois de plus les contradictions habituelles aux calomniateurs de

Robespierre. Lecointre ayant prétendu n'avoir point attaqué Carnot,

Prieur (de la Côte-d'Or) et Robert Lindet, parce qu'ils se tenaient

généralement à l'écart des discussions sur les matières de haute police,

de politique et de gouvernement,--tradition menteuse acceptée par une

foule d'historiens superficiels,--Billaud-Varenne lui donna un démenti

sanglant, appuyé des propres déclarations de ses collègues, et il

insista sur ce que les meilleures opérations de l'ancien comité de Salut

public étaient précisément celles de ce genre[137].

[Note 137: _Réponse de J.-N. Billaud à Lecointre_, p. 41.]

Seulement, eut-il soin de dire, les attributions du bureau de police

avaient été dénaturées par Robespierre. Établi au commencement de

floréal, non point, comme on l'a dit, dans un but d'opposition au comité

de Sûreté générale, mais pour surveiller les fonctionnaires publics, et

surtout pour examiner les innombrables dénonciations adressées au comité

de Salut public; ce bureau avait été placé sous la direction de

Saint-Just, qui, étant parti en mission très peu de jours après, avait

été provisoirement remplacé par Robespierre.

Écoutons à ce sujet Maximilien lui-même: «J'ai été chargé, en l'absence

d'un de mes collègues, de surveiller un bureau de police générale,

récemment et faiblement organisé au comité de Salut public. Ma courte

gestion s'est bornée à provoquer une trentaine d'arrêtés, soit pour

mettre en liberté des patriotes persécutés, soit pour s'assurer de

quelques ennemis de la Révolution. Eh bien! croira-t-on que ce seul mot

de police générale a servi de prétexte pour mettre sur ma tête la

responsabilité de toutes les opérations du comité de Sûreté

générale,--ce grand instrument de la Terreur--des erreurs de toutes les

autorités constituées, des crimes de tous mes ennemis? Il n'y a

peut-être pas un individu arrêté, pas un citoyen vexé, à qui l'on n'ait

dit de moi: «Voilà l'auteur de tes maux; tu serais heureux et libre s'il

n'existait plus». Comment pourrais-je ou raconter ou deviner toutes les

espèces d'impostures qui ont été clandestinement insinuées, soit dans la

Convention nationale, soit ailleurs, pour me rendre odieux ou

redoutable[138]!»

[Note 138: Discours du 8 thermidor, p. 30.]

J'ai sous les yeux l'ensemble complet des pièces relatives aux

opérations de ce bureau de police générale[139]; rien ne saurait mieux

démontrer la vérité des assertions de Robespierre; et, en consultant ces

témoins vivants, en fouillant dans ces registres où l'histoire se trouve

à nu et sans fard, on est stupéfait de voir avec quelle facilité les

choses les plus simples, les plus honorables même, ont pu être

retournées contre lui et servir d'armes à ses ennemis.

[Note 139: _Archives_, A F 7, 4437.]

Quand Saladin présenta son rapport sur la conduite des membres de

l'ancien comité de Salut public, il prouva, de la façon la plus

lumineuse, que le bureau de police générale n'avait nullement été un

établissement distinct, séparé du comité de Salut public, et que ses

opérations avaient été soumises à tous les membres du comité et

sciemment approuvées par eux. A cet égard la déclaration si nette et si

précise de Fouquier-Tinville ne saurait laisser subsister l'ombre d'un

doute: «Tous les ordres m'ont été donnés dans le lieu des séances du

comité, de même que tous les arrêtés qui m'ont été transmis étaient

intitulés: _Extrait des registres du comité de Salut public_, et

signés de plus ou de moins de membres de ce comité[140].»

[Note 140: Voy. le rapport de Saladin, où se trouve citée la

déclaration de Fouquier-Tinville, p. 10 et 11.]

Rien de simple comme le mécanisme de ce bureau. Tous les rapports,

dénonciations et demandes adressés au comité de Salut public étaient

transcrits sur des registres spéciaux. Le membre chargé de la direction

du bureau émettait en marge son avis, auquel était presque toujours

conforme la décision du comité. En général, suivant la nature de

l'affaire, il renvoyait à tel ou tel de ses collègues.

Ainsi, s'agissait-il de dénonciations ou de demandes concernant les

approvisionnements ou la partie militaire: «Communiquer à Robert Lindet,

à Carnot», se contentait d'écrire en marge Maximilien. Parmi les ordres

d'arrestation délivrés sur l'avis de Robespierre, nous trouvons celui de

l'ex-vicomte de Mailly, dénoncé par un officier municipal de Laon pour

s'être livré à des excès dangereux en mettant la Terreur à l'ordre du

jour[141].

[Note 141: 8 prairial (27 mai 1794). _Archives_, F, 7, 4437.]

Chacune des recommandations de Robespierre ou de Saint-Just porte

l'empreinte de la sagesse et de la véritable modération. L'agent

national du district de Senlis rend compte du succès de ses courses

républicaines pour la destruction du fanatisme dans les communes de son

arrondissement; on lui fait répondre qu'il doit se borner à ses

fonctions précisées par la loi, respecter le décret qui établit la

liberté des cultes et _faire le bien sans faux zèle_[142]. La

société populaire du canton d'Épinay, dans le département de l'Aube,

dénonce le ci-devant curé de Pelet comme un fanatique dangereux et

accuse le district de Bar-sur-Aube de favoriser la caste nobiliaire;

Robespierre recommande qu'on s'informe de l'esprit de cette société

populaire et de celui du district de Bar[143]. L'agent du district

national de Compiègne dénonce des malveillants cherchant à plonger le

peuple dans la superstition et dans le fanatisme; réponse: «Quand on

envoie une dénonciation, il faut la préciser autrement». En marge d'une

dénonciation de la municipalité de Passy contre Reine Vindé, accusée de

troubler la tranquillité publique par ses folies, il écrit: «On enferme

les fous»[144]. Au comité de surveillance de la commune de Dourdan, qui

avait cru devoir ranger dans la catégorie des suspects ceux des

habitants de cette ville convaincus d'avoir envoyé des subsistances à

Paris, il fait écrire pour l'instruire des inconvénients de cette mesure

et lui dire de révoquer son arrêté. La société populaire de Lodève

s'étant plainte des abus de pouvoir du citoyen Favre, délégué des

représentants du peuple Milhaud et Soubrany, lequel, avec les manières

d'un intendant de l'ancien régime, avait exigé qu'on apportât chez lui

les livres des délibérations de la société, il fit aussitôt mander le

citoyen Favre à Paris[145]. Un individu, se disant président de la

commune d'Exmes, dans le département de l'Orne, avait écrit au comité

pour demander si les croix portées au cou par les femmes devaient être

assimilées aux signes extérieurs des cultes, tels que croix et images

dont certaines municipalités avaient ordonné la destruction, Robespierre

renvoie au commissaire de police générale la lettre de l'homme en

question pour s'informer si c'est un sot ou un fripon. Je laisse pour

mémoire une foule d'ordres de mise en liberté, et j'arrive à

l'arrestation des membres du comité révolutionnaire de la section de

_l'Indivisibilité_, à cette arrestation fameuse citée par les

collègues de Robespierre comme la preuve la plus évidente de sa

_tyrannie_.

[Note 142: 13 prairial (1er juin). _Ibid_.]

[Note 143: 10 floréal (29 avril). _Ibid_.]

[Note 144: 19 floréal (8 mai). _Ibid_.]

[Note 145: 21 prairial (9 juin 1794) _Archives_, 7, 7, 4437.]

A la séance du 9 thermidor, Billaud-Varenne lui reprocha, par-dessus

toutes choses, d'avoir défendu Danton, et fait arrêter le _meilleur

comité révolutionnaire_ de Paris; et le vieux Vadier, arrivant

ensuite, lui imputa à crime d'abord de s'être porté ouvertement le

défenseur de Bazire, de Chabot et de Camille Desmoulins, et d'avoir

ordonné l'incarcération du comité révolutionnaire _le plus pur_ de

Paris.

Le comité que les ennemis de Robespierre prenaient si chaleureusement

sous leur garde, c'était celui de _l'Indivisibilité_. Quelle faute

avaient donc commise les membres de ce comité? Étaient-ils des

continuateurs de Danton? Non, assurément, car ils n'eussent pas trouvé

un si ardent avocat dans la personne de Billaud-Varenne. Je supposais

bien que ce devaient être quelques disciples de Jacques Roux ou

d'Hébert; mais, n'en ayant aucune preuve, j'étais fort perplexe,

lorsqu'en fouillant dans les papiers encore inexplorés du bureau de

police générale, j'ai été assez heureux découvrir les motifs très graves

de l'arrestation de ce comite.

Elle eut lieu sur la dénonciation formelle du citoyen Périer, employé de

la bibliothèque de l'Instruction publique, et président de la section

même de l'_Indivisibilité_, ce qui ajoutait un poids énorme à la

dénonciation. Pour la troisième fois, à la date du 1er messidor, il

venait dénoncer les membres du comité révolutionnaire de cette section.

Mais laissons ici la parole au dénonciateur: «Leur promotion est le

fruit de leurs intrigues. Depuis qu'ils sont en place, on a remarqué une

progression dans leurs facultés pécuniaires. Ils se donnent des repas

splendides. Hyvert a étouffé constamment la voix de ses concitoyens dans

les assemblées générales. Despote dans ses actes, il a porté les

citoyens à s'entr'égorger à la porte d'un boucher. Le fait est constaté

par procès-verbal. Grosler a dit hautement que les assemblées

sectionnaires étoient au-dessus de la Convention. Il a rétabli sous les

scellés des flambeaux d'argent qu'on l'accusoit d'avoir soustraits.

Grosler a été prédicateur de l'athéisme. Il a dit à Testard et à Guérin

que Robespierre, malgré son foutu décret sur l'Être suprême, seroit

guillotiné.... Viard a mis des riches à contribution, il a insulté des

gens qu'il mettoit en arrestation. Laîné a été persécuteur d'un Anglais

qui s'est donné la mort pour échapper à sa rage; Allemain, commissaire

de police, est dépositaire d'une lettre de lui.... Fournier a traité les

représentants de scélérats, d'intrigants qui seraient guillotinés....»

En marge de cette dénonciation on lit de la main de Robespierre: «Mettre

en état d'arrestation tous les individus désignés dans l'article[146].»

Nous n'avons point trouvé la minute du mandat d'arrêt, laquelle était

probablement revêtue des signatures de ceux-là même qui se sont fait une

arme contre Robespierre de cette arrestation si parfaitement motivée. On

voit en effet maintenant ce que Billaud-Varenne et Vadier entendaient

par le comité révolutionnaire le meilleur et le plus pur de Paris.

[Note 146: 1er messidor (19 juin). _Archives_, F, 7, 4437.]

Ainsi, dans toutes nos révélations se manifeste la pensée si claire de

Robespierre: réprimer les excès de la Terreur sans compromettre les

destinées de la République et sans ouvrir la porte à la

contre-révolution. A partir du 12 messidor--je précise la date--il

devint complètement étranger au bureau de police générale. Au reste, les

Thermidoriens ont, involontairement bien entendu, rendu plus d'une fois

à leur victime une justice éclatante. Quoi de plus significatif que ce

passage d'un Mémoire de Billaud-Varenne où, après avoir établi la

légalité de l'établissement d'un bureau de haute police au sein du

comité de Salut public, il s'écrie: «Si, depuis, Robespierre, marchant à

la dictature par la compression et la terreur, _avec l'intention

peut-être de trouver moins de résistance au dénouement par une clémence

momentanée_, et en rejetant tout l'odieux de ses excès sur ceux qu'il

aurait immolés, a dénaturé l'attribution de ce bureau, c'est une de ces

usurpations de pouvoir qui ont servi et à réaliser ses crimes et à l'en

convaincre.» Ses crimes, ce fut sa résolution bien arrêtée et trop bien

devinée par ses collègues d'opposer une digue à la Terreur aveugle et

brutale, et de maintenir la Révolution dans les strictes limites de la

justice inflexible et du bon sens.

Thermidor: d'après les sources originales et les documents authentiques · 第 29 / 77 题