La République romaine était fondée: restait à l'organiser et surtout

à la maintenir. Ce n'était pas une tâche aisée. Les commissaires du

Directoire, Monge, Daunou, Faypoult et Florent s'y employèrent avec

beaucoup d'activité. L'ambassadeur de France à Turin, Miot[349],

qu'ils avaient visité lors de leur passage dans cette ville, ne leur

avait pourtant pas caché que, «avec les instruments que nous étions

obligés d'employer, avec des généraux et des agents corrompus et

avides de richesse, c'était une chimère que de prétendre régénérer

une population ignorante et fanatique». Ils l'essayèrent pourtant

avec une naïveté qui prouve que au moins deux d'entre eux, Monge et

Daunou, étaient des théoriciens plus habitués à manier les idées que

les hommes. En effet ils fabriquèrent à l'usage des Romains une bien

singulière constitution. Il n'y était pas dit un mot du catholicisme

dans cette capitale du catholicisme, mais, par contre, tous les

citoyens devaient prêter un serment[350] civique et jurer haine à

la monarchie. Un Sénat et un Tribunal se partageaient le pouvoir

législatif et le pouvoir exécutif était confié à cinq Directeurs,

revêtus du titre pompeux de consuls, ressuscité pour la circonstance.

Les cinq consuls furent Angelucci, de Matheis, Panazzi, Reppi et

Visconti. Le territoire de la République était partagé en huit

départements[351], et partout les prêtres réduits à leurs fonctions

ecclésiastiques; c'est-à-dire que, du jour au lendemain, dans cette

terre classique de la tradition et du respect invétéré des usages, on

introduisait toutes les réformes françaises. Il était difficile de

procéder avec plus de maladresse, et de tenir si peu de compte des

préjugés et des usages!

[Note 349: MIOT, _Mémoires_, t. I, p. 203.]

[Note 350: À propos du serment civique imposé aux Romains, consulter:

ABBÉ MASTROFINI. _Honnêteté du serment civique imposé par l'article

367 de la Constitution romaine._--BOLGENI. _Jugement de Bolgeni,

bibliothécaire du collège romain, sur le serment civique prescrit

par la République romaine aux professeurs et aux fonctionnaires

publics._--_Métamorphoses du docteur Jean Marchetti changé de

pénitencier en pénitent, exposé par Vincent Bolgeni, théologien de la

sainte pénitencerie catholique._]

[Note 351: Ils furent dénommés Cinino, Circeo, Clitumno, Metauro,

Musone, Tevere, Trasimène, Trento.]

Rien que les noms antiques eussent reparu, bien que de glorieux

souvenirs fussent évoqués, la République n'existait que de nom.

Il n'y avait qu'une seule autorité, l'autorité militaire, qu'un

seul régime, celui du sabre, qu'une seule réalité, la nécessité de

payer. Les Romains s'en aperçurent bientôt. Ils avaient consenti

volontiers à la cérémonie expiatoire ordonnée en l'honneur de

Duphot (22 février). Le peuple s'était répandu sous la colonnade de

Saint-Pierre; il avait contribué à l'érection d'un catafalque sur la

place de cette église; il avait écouté et même applaudi l'oraison

funèbre du général prononcée par Gagliulfi. C'était une réparation

qui s'imposait, et aucune protestation ne s'était élevée, mais la

déception fut grande quand on apprit que Berthier, aussitôt après

le départ de Pie VI, et sans consulter les conseils de la nouvelle

République, avait rendu deux arrêtés portant, le premier l'abolition

du droit d'asile dans les églises et dans les juridictions des

ambassadeurs, et le second l'expulsion dans les vingt-quatre heures

de tous les émigrés, notamment du cardinal Maury et la vente de leurs

biens. Les cardinaux effrayés essayèrent de conjurer l'orage qui

s'amassait sur leurs têtes en prêchant l'obéissance. S'autorisant

d'une encyclique de Pie VI qui avait dit qu'il ne fallait haïr aucun

gouvernement, et encouragé par cette autorisation tacite, le cardinal

vicaire, della Sommaglia, fit chanter un _Te Deum_ à Saint-Pierre en

l'honneur de la nouvelle République, et tous ceux de ses collègues

qui étaient à Rome assistèrent à la cérémonie: mais ces concessions

ne désarmèrent pas les Français. Les uns après les autres, tous

les cardinaux furent brutalement dispersés et même embarqués à

Civita-Vecchia. Deux d'entre eux, Altieri et Antici, n'obtinrent

de rester à Rome qu'en renonçant formellement à leur dignité et en

rentrant dans la vie civile, Bientôt les ecclésiastiques d'origine

étrangère furent à leur tour expulsés. On supprima comme inutile la

Propagande, dont on dispersa la précieuse bibliothèque. À peine si

on respecta ses archives. Les confréries et les congrégations furent

supprimées (29 juin 1798), leurs biens mis en vente, et les pillages

commencèrent: ils furent scandaleux.

En effet, c'était moins la haine des prêtres que l'amour de l'argent

qui semblait animer les nouveaux maîtres de Rome. Ils l'avouent

ingénument dans leurs dépêches[352] au Directoire: «Quand on pourrait

se résigner au rétablissement de la Papauté et aux sacrifices de

tous les patriotes romains qui ont si mal mérité d'elle, il faudra

examiner encore si l'armée d'Italie pourra remplacer par d'autres

ressources celles que lui permettent ici l'acquittement successif de

l'imposition militaire, la vente des biens confisqués au profit de la

République française et de ceux que la convention avec le Consulat

nous a réservés.» Dans cette même dépêche et comme pour bien montrer

que l'unique principe de gouvernement semble avoir été l'exploitation

à outrance de la nouvelle République, les commissaires ne reculent

pas devant cet aveu scandaleux[353]: «La révolution à Rome n'a pas

été assez rendante. L'unique parti à prendre pour en tirer désormais

un parti plus convenable, c'est de considérer et de traiter les

finances de l'État romain comme finances de l'armée française.

Quelque étrange que soit ce langage, nous sommes loin de le reprocher

à ceux qui le tiennent puisqu'il ne leur est suggéré que par des

besoins auxquels ils touchent le plus près.»

[Note 352: Cité par SCIOUT, p. 177. La lettre des commissaires se

trouve aux Archives nationales (A. F. 3,77).]

[Note 353: Cf. lettre de Florent au Directoire: «Nous sommes enlacés

dans des filets qui partent des bureaux de Paris. On y a semé

l'or à pleines mains pour consolider le système de rapines et de

dilapidations qui fait la base de toutes les entreprises et de toutes

les dilapidations de l'armée d'Italie.»]

Tout commentaire serait inutile: aussi bien c'est une triste

histoire que celle des réquisitions imaginaires, des contributions

monstrueuses, des emprunts forcés, des mesures arbitraires

qu'enregistrent froidement les documents contemporains. Le vol est

en quelque sorte autorisé par l'arrêté du 6 germinal an VI, en vertu

duquel l'État romain paiera trente-deux millions en valeurs, plus

trois en équipement, trois pour les besoins de l'armée et des objets

d'art pour une somme indéterminée. Le Directoire (art. 9) «se réserve

en toute propriété tous les biens meubles et créances appartenant

au Pape, à sa famille, à la famille Albani, au cardinal Busca,

ainsi que les emphythéoses dont ils jouissaient». Il «se réserve

(art. 21) l'argenterie superflue des églises, et tous les biens des

établissements supprimés ou confisqués». «Il fera connaître (art. 22)

sa volonté sur le muséum, les bibliothèques, le cabinet des tableaux

et sur le sol du pays de Bénévent.»

Que dire des exactions particulières? Les Chigi à eux seuls durent

payer 300,000 écus. Un simple graveur, Volpato, fut imposé à 12,000

écus de contribution payables dans les vingt-quatre heures. On

vendit à vil prix, sans parler de ceux qu'on emporta à Paris, les

objets d'art appartenant aux cardinaux Albani et Busca. Les musées

et les bibliothèques furent livrés en proie à des commissaires aussi

ignorants qu'avides. On enleva des palais pontificaux jusqu'aux

portes et aux gonds, jusqu'aux ustensiles de cuisine! Rome n'était

plus qu'un grand marché, où l'on tenait bureau public de vol et de

dévastation. Sous prétexte de l'arrêté pris par Berthier contre les

émigrés, ne s'avisa-t-on pas d'inventer de faux émigrés, dont les

biens étaient aussitôt mis en vente, et qui ne parvenaient à se

racheter qu'en payant de véritables rançons? On se croyait presque

revenu à ces temps néfastes où les reîtres et les lansquenets

de Bourbon étaient les maîtres de Rome et s'en partageaient les

dépouilles[354].

[Note 354: Voir lettre des consuls romains aux commissaires du

Directoire (6 brumaire an VII): «Comment concevra-t-on l'espoir

d'un crédit solide, tant qu'on verra partout un pillage scandaleux,

des dilapidations qui effrayeraient même des brigands vulgaires,

tant qu'on n'aura pas arraché le maniement des deniers publics et

des fournitures à ce tas de déprédateurs qui ne connaissent la

République que par les trésors qu'ils volent?»]

Le plus déplorable était que le mauvais exemple partait de haut.

Berthier avait été rappelé brusquement et remplacé par Masséna. Or,

ce dernier, excellent général, était un déplorable administrateur.

Ardent et impétueux, quand le rôle de modérateur eût seul convenu,

dissipateur et prodigue, avide de richesses et dépourvu de scrupules

dans la façon de les acquérir, il était en outre mal entouré, par des

fournisseurs et des agioteurs qui achetaient sa complaisance ou même

sa conscience, et se livraient effrontément à de honteux tripotages.

Le scandale fut tel que les soldats et les officiers de l'armée

française, qui gardaient encore le sentiment de l'honneur, rougirent

de ces infamies et envoyèrent une protestation à Masséna[355].

Ce dernier se crut bravé et répondit par des paroles de rage à

cette demande si légitime. Les troupes exaspérées se rassemblèrent

au Panthéon (27 février 1799), et rédigèrent une pétition au

Directoire pour réclamer le rappel du général. C'était une véritable

insurrection, et le bon droit, sinon la légalité, était du côté des

insurgés. Le lendemain 28, Masséna fit battre la générale et ordonna

à l'armée de quitter Rome. Les soldats refusèrent d'obéir. Aussitôt

il se démit de ses fonctions et remit le commandement au général

Dallemagne[356].

[Note 355: Lettre curieuse de Faypoult au Directoire (Arch. nat. A.

F. 3, 77): «Depuis un certain temps il s'est répandu dans tous les

corps militaires de l'armée, dans toute l'Italie, des impressions

défavorables au citoyen Masséna; elles sont tellement généralisées

que le soulèvement de tous les officiers contre son autorité n'a

d'étonnant que l'irrégularité, l'illégalité de ce mouvement. Une

multitude de guerriers remarquables par leurs longs et continuels

services ont dit et répété hautement qu'ils mourront, quand vous

l'ordonnerez, pour la patrie, mais qu'ils mourront aussi plutôt que

de servir sous Masséna.»]

[Note 356: L'insurrection de l'armée a été racontée avec détail par

le général Koch. Cf. GARDEN, _Histoire générale des traités de paix_,

t. VI, p. 385-489.]

Même désorganisation dans les administrations locales. Les consuls

de la nouvelle République non seulement avaient à soutenir les

intérêts de leurs concitoyens, mais encore à se débattre contre

les prétentions opposées des commissaires du Directoire, du général

commandant l'armée d'occupation, et même de l'autorité militaire

siégeant à Milan. De là des tiraillements continuels, des démissions

ou des destitutions et une série de véritables coups d'État.

Angelucci, Reppi, Matheis, Visconti, Panazzi, Pierelli, Calisti,

Zaccaleoni, Brissi, Rey, se remplacent à peine installés et méritent,

il faut le reconnaître, cette sévère appréciation de l'un de ceux qui

avaient contribué à les renverser: «Il est difficile de trouver dans

l'histoire un genre de gouvernants plus avilis ... La corruption, la

vénalité, les passions haineuses et vindicatives animaient toutes les

délibérations. Des séances entières se passaient en vives discussions

pour faire placer un parent, un ami, un partisan, un homme qui avait

payé à deniers comptants le poste qu'il occupait. La chose publique

ne les occupait presque jamais. On savait à Rome qu'il y avait des

consuls, mais on l'ignorait dans les départements ou on feignait

impunément de l'ignorer. Les administrations soit centrales, soit

municipales, formaient des corps à part, s'isolaient, gouvernaient

suivant les règles de leurs caprices et de leurs intérêts privés et

détournaient à leur propre usage jusqu'au produit des contributions

publiques[357].»

[Note 357: Rapport de Daunou et Monge (Archiv. nat. A. F. 3, 78).]

Les ennemis de la France et de la République profitèrent de cette

déplorable situation pour tenter une réaction. Les Transtévérins

s'étaient toujours signalés par leurs haines antifrançaises. Dès

le mois de mars 1798[358] ils s'étaient soulevés, mais avaient été

facilement réprimés. Le jour même où Masséna sortit de Rome (mars

1799), ils coururent encore aux armes, mais le sentiment de la

discipline n'était pas encore éteint, et les patriotes romains,

bien que désillusionnés d'une liberté si coûteuse, la préféraient

encore à l'ancien régime. Ils se joignirent à nos soldats qui prirent

leur poste de combat, et l'ordre fut bientôt rétabli. Vingt-quatre

révoltés furent fusillés et plusieurs cardinaux emprisonnés, parmi

eux Doria Pamphili, le secret instigateur de l'émeute.

[Note 358: Voir dans l'ouvrage de POTTER (_Mémoires de Ricci_) une

lettre de Ricci (10 mars 1798) et une lettre du prêtre Palmieri

(Gênes, 12 mai).]

De Rome, le soulèvement s'étendit aux provinces. En avril 1799, un

premier soulèvement avait eu lieu. L'Ombrie s'était soulevée sous

la direction d'un certain Bernardini. La garnison française de

Cita di Castello avait été massacrée, et celle d'Urbin assiégée;

mais les insurgés, qui ne pouvaient plus compter sur les soldats

pontificaux qu'on venait de licencier, avaient été battus et dès le

mois de mai tout était rentré dans l'ordre. Le mouvement paraissait

plus sérieux en mars 1799, surtout dans les départements de Cimino

et du Trasimène. À Castel Gandolfo, à Rocca di Papa, à Ascoli, à

Imola et dans toute l'Ombrie, les paysans se déclarèrent en faveur

de la Papauté, et, ce qui compliquait la situation, c'est que le

commandant en chef de l'armée d'Italie réclamait à ce moment même les

soldats du corps d'occupation de Rome. Les commissaires du Directoire

s'opposèrent à leur départ, car, ainsi qu'ils l'écrivaient[359], «on

ne pourrait garder que Rome et Ancône, Civita-Vecchia et plusieurs

positions importantes seraient vite occupées par les rebelles; les

campagnes cesseraient de payer les contributions et la République

serait renversée». Nos soldats restèrent donc, et, sans grande peine,

dispersèrent les uns après les autres tous les rassemblements armés.

Cette nouvelle tentative avait donc avorté.

[Note 359: SCIOUT, ouvrage cité, p. 177.--_Mémoires du général

Thiebaut_, t. II.]

Dès lors un ordre relatif s'établit. Dallemagne, le successeur

de Masséna, fit condamner à mort et fusiller comme voleur un

certain Charrier, qui s'était signalé par ses pillages éhontés.

D'autres Français, convaincus de vol, furent condamnés à des peines

afflictives. La discipline se rétablit et les Romains ne furent plus

traités en peuple conquis. Dallemagne, qui avait été un des chefs

de la sédition militaire contre Masséna, ne pouvait rester le chef

de l'armée de Rome. On lui donna comme successeur d'abord Gouvion

Saint-Cyr, puis Championnet. Les fournisseurs furent surveillés avec

soin, les agents civils durent se renfermer dans la limite de leurs

attributions, en un mot la République Romaine semblait entrer dans

la période d'organisation qui seule peut donner de la stabilité à

un gouvernement. Mais il était déjà trop tard! La seconde coalition

se formait contre la France, et la République Romaine allait être

détruite la première par nos ennemis.

CHAPITRE V

LA RÉPUBLIQUE PARTHÉNOPÉENNE

Les Bourbons de Naples. -- Lazzaroni et bourgeois. -- Essais

de coalition contre la France. -- Insulte à Mackau. -- La

Touche-Tréville dans le golfe de Naples. -- Déclaration de

guerre à la France. -- La reine Marie-Caroline et sa haine de

la France. -- Armistice accordé par Bonaparte à Pignatelli. --

Ménagements stratégiques de Bonaparte. -- Nouveaux préparatifs

de guerre et paix de Campo-Formio. -- Assistance prêtée aux

Anglais. -- Nouvelle déclaration de guerre à la France. --

Mack envahit le territoire romain. -- Entrée du roi Ferdinand

à Rome. -- Championnet et les Français reprennent l'offensive.

-- Marche contre Naples. -- Fuite de la famille royale. --

Entrée des Français à Naples et proclamation de la République

parthénopéenne. -- Retraite de Macdonald. -- Révolte des

Abruzzes et de la Calabre. -- Ruffo et les Sanfédistes. --

Siège de Naples. -- Capitulation de Naples. -- Nelson viole la

capitulation. -- Les massacres et les exécutions juridiques. --

Fin de la République parthénopéenne.

De tous les États italiens, le royaume de Naples[360] fut celui

qui accueillit avec le plus de crainte et de défiance la nouvelle

des prodigieux événements dont la France était alors le théâtre,

Ferdinand IV de Bourbon régnait depuis 1759. Comme il n'avait que

huit ans quand il monta sur le trône, on l'avait confié aux soins

d'un conseil de régence. Son gouverneur, San Nicandro, l'avait laissé

grandir dans une ignorance presque complète et ne s'était attaché

qu'à développer en lui le goût des exercices corporels. Au lieu de

le préparer au maniement des affaires, il lui avait appris à jouer

à la paume, à chasser ou à pêcher. Aussi le jeune roi était-il

parfaitement incapable de gouverner, et de bonne heure il abandonna

le pouvoir à sa femme, Marie-Caroline de Habsbourg-Lorraine. Cette

princesse au contraire était fort intelligente et très instruite.

Fille de Marie-Thérèse, soeur des empereurs Joseph II et Léopold

II et de notre Marie-Antoinette, belle, active, énergique, si la

destinée l'avait appelée sur un autre trône, elle aurait peut-être

joué un grand rôle dans l'histoire. Par malheur elle fut mal

conseillée par deux étrangers qui l'entraînèrent, elle et son mari, à

de déplorables aventures et les jetèrent sans merci, aux implacables

sévérités de l'histoire.

[Note 360: CUOCO. _Saggio storico sulla rivoluzione di Napoli_.

Milano, an IX.--PEPE. Mémoires.--LOMONACO. Rapport fait au

citoyen Carnot, ministre de la guerre, sur les causes secrètes

et les principaux événements de la catastrophe napolitaine, sur

le caractère du roi, de la reine et du fameux Acton.--FORGUES.

_Vie de Nelson_.--MICHELET. _Histoire du XIXe siècle_.--COLETTA.

_Histoire de Naples_ de 1734 à 1825. Traduction B. et Lefebvre,

1840.--MARESCA. Correspondance de la reine Marie-Caroline avec le

cardinal Ruffo. 58 lettres de février à octobre 1799 (Archivio

storico per la provincie napoletane, 5e année, fasc. 2).--NELSON.

_Despatches and letters_, 1844.--SACCHINELLI. _Vie du cardinal

Ruffo_.--HARRISON'S. _Life of Nelson_.--PIETRO ULLOA. _Marie

Caroline d'Autriche_. Paris, 1872.--HELFERT. _Konigin Carolina von

Neapel and Sicilien in Kampf gegen die franzosischen Welterschaft_,

1790-1804. Vienne, 1878.--HUFFER. _Die Napoletanische Republick des

Jahres_1799; 1885.--G. FORTUNATO. _I Napoletani del 1799_. Florence,

1884.--DIOMEDE MARINELLI. _Manuscrit sur les évènements de 1799_, t.

IX. Bibliothèque nationale de Naples.--PALUMBO. _Maria Carolina di

Napoli_. Lettres autographes appartenant au British Museum, 1866.

Volumes 1615, 1616, 1618, 1619, 1620, 1621 de la Bib. Eg.--GAGNIÈRE.

_La reine Marie-Caroline de Naples d'après les documents

nouveaux_, 1886.--BOGHETTI, _Nelson alla corte di Maria-Carolina

di Napoli_. (Nuova antologia, 16 mai 1886).--GEORGES ANNESLEY,

VICOMTE DE VALENTIA. _Private journal of the affairs of Sicily_.

(British-Museum, manuscrit 19426).--GÉNÉRAL THIÉBAUT, _Mémoires_, T.

II.]

Depuis 1799 vivait à Naples un aventurier irlandais, Acton, qui

s'était emparé de l'esprit de la reine, et, par sa faveur, avait

obtenu successivement trois ministères, marine, guerre, affaires

étrangères. Au lieu de se dévouer à son pays d'adoption, Acton ne

travailla jamais que dans les intérêts de sa patrie d'origine,

et fut toute sa vie l'instrument servile du cabinet anglais. Or

l'ambassadeur d'Angleterre à Naples se nommait William Hamilton.

C'était le frère de lait de Georges III. Courtisan assidu, compagnon

de chasse du roi, coureur en sa compagnie de galantes aventures, il

avait exploité cette amitié en pillant les trésors archéologiques de

Pompéï. Accrédité à Naples depuis de longues années, il vivait dans

l'intimité de la famille royale, mais sans se priver d'exercer à ses

dépens sa verve caustique. Très libre dans ses propos, ne croyant

à rien qu'à ses plaisirs, tout à fait revenu des illusions de ce

monde et disposé à traiter de bagatelles les vertus domestiques,

c'était un épicurien ou plutôt un cynique Anglais, de la pire espèce

des railleurs, car la plaisanterie sied mal à ses compatriotes. Il

avait montré par un éclatant exemple combien il pratiquait lui-même

en matière de morale la plus large des tolérances, car il avait

épousé une aventurière anglaise, Emma Harte, une des femmes les plus

séduisantes de son temps, mais dont la jeunesse s'était écoulée dans

les tripots de Londres. Présentée à la cour, lady Hamilton y fit

briller les grâces de son esprit et les merveilleuses ressources de

son imagination. Malgré la honte de sa vie passée, elle plut à tout

le monde, surtout à Marie-Caroline qui, ressentant pour sa nouvelle

amie tous les emportements d'une passion antique, la traita en

favorite et se mit complètement à sa merci. Acton et lady Hamilton

dominaient donc la reine et, par son intermédiaire, étaient les

véritables maîtres du royaume de Naples.

Les Napolitains paraissaient résignés à cette triste domination. Il

est vrai que les lazzaroni, qui constituaient la masse du peuple,

s'occupaient peu de politique. Dans ce merveilleux pays où l'on n'a

pour ainsi dire que la peine de vivre, les lazzaroni goûtaient avec

volupté les charmes de la paresse. À peine avaient-ils gagné de quoi

satisfaire leurs besoins matériels qu'ils s'étendaient au soleil

et dormaient paisiblement. Fanatiques, passionnés, susceptibles

d'un élan furieux, d'un crime même, sauf à retomber ensuite dans

leur apathique indifférence, ils justifiaient la fameuse théorie de

Montesquieu sur l'influence des climats. Ce n'était pas précisément

l'intelligence qui leur manquait, mais le souci de leur dignité.

Aussi bien, ils n'avaient pas conscience de leur dégradation morale,

car on les retenait dans une ignorance systématique.

La bourgeoisie napolitaine, au contraire, était fort éclairée.

Quelques-uns des rois qui s'étaient succédé à Naples, au XVIIIe

siècle, avaient pris à tâche de relever le niveau de l'instruction

chez leurs sujets, et ils y avaient en partie réussi; mais, en même

temps que l'instruction, avait grandi le besoin des réformes. Les

bourgeois non seulement gémissaient sur l'ignorance des lazzaroni,

mais encore commençaient à réclamer des changements politiques et

sociaux. La majeure partie des nobles se ralliaient à eux. Les grands

seigneurs napolitains et siciliens, en effet, dans leurs voyages à

travers l'Europe ou par leurs relations, avaient appris à connaître

et à apprécier le salutaire effet des améliorations modernes, et en

demandaient l'application dans leur pays. Un parti libéral existait

donc à Naples. Il avait pour chef Domenico Cirillo, un des médecins

les plus estimés de l'Europe, Gabriel Manthone, Massa, Bassetti,

Ettore Caraffa et Schipani, presque tous officiers ou ingénieurs.

Le prince de Santa Severina et l'amiral Caracciolo étaient, parmi

les nobles, ceux que leurs opinions rattachaient à ce parti. La

cour détestait les libéraux, et attisait contre eux les haines mal

raisonnées de la populace. On aurait dit qu'elle pressentait en eux

de futurs adversaires; mais elle se contentait de les surveiller et

ne les persécutait pas.

Bonaparte et les Républiques Italiennes (1796-1799) · 第 22 / 27 段