Ce qui subsistait du pouvoir temporel n'était plus qu'un simulacre

de puissance, mais la République française, malgré ses déclarations

si souvent répétées, n'en acceptait pas moins le principe. Ainsi que

l'écrivait[328] Mattei au Pape: «Les conditions sont extrêmement

dures et ressemblent à la capitulation d'une place assiégée. J'ai

jusqu'à cette heure tremblé pour Votre Sainteté, pour Rome, pour

l'État tout entier; mais Rome est sauvée, et la religion aussi.» Le

Directoire renonçait donc à sa haine invétérée. Larévellière-Lépeaux

laissait à son prétendu collègue un abri pour traverser les jours

d'orage. Bien qu'imposé par la nécessité, ce traité était donc

aussi favorable à Pie VI qu'il pouvait l'espérer après tant de

démonstrations hostiles, et c'est ainsi que le Saint-Siège s'y

résigna. Dès le 23 février, la paix était donc solennellement

proclamée à Rome, et le Directoire, bien qu'à contre-coeur, se décida

à envoyer sa ratification. Aussi bien la bonne entente ne fut pas

et ne pouvait pas être de longue durée. Il n'y avait de sincérité

ni d'un côté ni de l'autre. Le Pape regrettait ses concessions, et

ses sujets épuisés par l'énorme contribution de guerre, exploités

par les agents français, humiliés en voyant passer chaque jour les

longues files de voitures qui emportait leurs contributions et les

chefs-d'oeuvre de l'art[329], ne cachaient pas leur mécontentement.

Le Directoire, de son côté, trouvait qu'il n'avait pas suffisamment

profité de la victoire. Il ne pardonnait pas à Bonaparte de lui

avoir, pour ainsi dire, forcé la main en signant ce traité. Le plus

singulier c'est que Bonaparte lui-même semblait se repentir d'avoir

été trop indulgent. Il avait écrit à Joubert pour lui annoncer

qu'il traitait «avec cette prêtaille[330]», mais uniquement pour

en tirer des terres et de l'argent. Le jour même de la signature

du traité, il avait envoyé son aide de camp Marmont à Pie VI, avec

une note respectueuse[331], où il l'assurait de son désir de lui

prouver dans toutes les occasions son respect et sa vénération, et il

écrivait en même temps au Directoire[332]: «Le traité est signé, mais

rassurez-vous, Rome ne peut plus exister. Cette vieille machine se

détraquera toute seule».

[Note 328: Lettre citée par SYBEL, IV, 395.]

[Note 329: Réclamations présentées à Bonaparte par le marquis

Massimi. Voir _Correspondance_, Goritz, 25 mars 1797, t. II, p. 419.

En effet, on ordonne de rendre les marchandises appartenant à des

négociants romains, de lever le séquestre mis en Romagne sur des

bénéfices dont les propriétaires résident à Rome, de restituer les

biens et bénéfices appartenant à des princes romains. Lettres de

Bonaparte à Pie VI (t. II, p. 418) et à Massimi (t. II, p. 419) pour

leur annoncer ces mesures gracieuses.]

[Note 330: _Correspondance_, t. II, p. 238.]

[Note 331: _Id._, t. II, p. 347.]

[Note 332: _Id._, t. II, p. 342.]

La paix de Tolentino n'était donc et ne pouvait être qu'une trêve

passagère. Entre deux gouvernements si opposés par leur origine,

par leurs principes, par leurs méthodes, tout accommodement est

impossible. La lutte, un instant interrompue, allait donc reprendre

avec plus de force que jamais, et cette fois, entraîner pour la cour

pontificale la plus dramatique des catastrophes.

III

Bonaparte avait obtenu du Directoire la nomination de son frère

Joseph comme ambassadeur de France auprès de Pie VI. Doux et

conciliant, également éloigné de la rudesse jacobine et des

servilités de l'ancien régime, Joseph convenait à la situation. Il

avait été fort bien accueilli[333] à Rome. Le Pape, qui gardait

à son frère une profonde reconnaissance du traité de Tolentino,

le traitait avec distinction. Les cardinaux le ménageaient à

double titre, et comme représentant de la France, et comme frère

du tout-puissant général qui résidait encore en Italie, à la tête

de son armée victorieuse. Quant aux partisans de la France, ou du

moins des idées françaises, et leur nombre avait singulièrement

augmenté depuis que la terreur de nos armes les avaient délivrés de

l'oppression sacerdotale, ils se groupaient autour de lui[334]. Le

palais de l'ambassade était devenu comme leur lieu de réunion. Mme

Joseph Bonaparte en faisait les honneurs avec la grâce séduisante

et l'urbanité de bon goût qui valurent plus tard tant d'amies à la

reine de Naples et d'Espagne. La soeur de son mari, la toute belle

Pauline Bonaparte, fiancée au général Duphot, était auprès d'elle.

Eugène Beauharnais, le futur vice-roi d'Italie, et Arrighi, servaient

d'aides de camp à l'ambassadeur. Il était difficile de trouver alors

à Rome une maison plus aimable et plus aimée.

[Note 333: Joseph n'avait pas été le seul à recevoir un bon accueil.

Voir _Mémoires de Marmont_ (I, 263) que Bonaparte avait envoyé à Rome

pour veiller à l'exécution du traité.]

[Note 334: On a conservé les noms de quelques-uns de ces libéraux:

Sogetti, docteur Lucci, docteur Giavasetti, Bambocci, Pietro Succi,

Zamboni, Borghe, Tomessani, Forne, Alessio Succi, etc. Cf. _Mémoires

de Joseph_ (I) et _Correspondance_, t. II, p. 448, 2 juillet 1796.]

Le parti antifrançais ne s'était pas résigné aux humiliations de

Tolentino. Les cardinaux Busca et Albani ne rêvaient que revanche

et vengeance. Ils affectaient à l'égard de l'ambassadeur une

indifférence absolue, mais, profitant des privautés de leurs

charges, ils ne cessaient de présenter au Pape, sous le jour le

plus défavorable, tous les faits et gestes de l'ambassade. Ainsi,

Bonaparte avait prié[335] son frère de demander au Pape un bref

pour recommander aux prélats l'obéissance à la République. La

Papauté qui, de tout temps, fut à peu près indifférente aux formes

de gouvernement, aurait volontiers accédé à ce désir: mais les

cardinaux présentèrent à Pie VI cet acte de complaisance comme

une honteuse compromission. Ils s'opposèrent également à ce qu'il

accordât le chapeau rouge à l'archevêque de Milan, et à ce qu'il

reconnût sur-le-champ la République Cisalpine[336]. Ils finirent même

par présenter comme des émissaires de la République, encouragés par

Joseph dans leurs sinistres desseins, les jeunes artistes de l'école

française de Rome qui, dans l'exubérance de leurs opinions, avaient

peut-être eu le tort de ne pas assez ménager leurs expressions, mais

n'étaient certes pas des conspirateurs. Un troisième cardinal, le

secrétaire d'État Doria Pamphili, celui qu'on surnommait, à cause

de sa petitesse, le bref du pape, secrètement gagné par Albani et

Busca, entassa les dénonciations contre l'ambassade et les libéraux

romains qu'elle était censée soutenir. Il fallut même que Bonaparte

intervînt directement, et rappelât le soupçonneux fonctionnaire à

des sentiments plus modérés. Le coup n'en était pas moins porté.

Pie VI obsédé, circonvenu, irrité par ces perfides insinuations,

commença à prêter une oreille plus favorable aux ennemis de la

France. Ces derniers essayèrent de profiter de ce premier succès

pour renouer contre nous une vaste coalition. Ils persuadèrent au

Pape que le roi de Naples n'attendait qu'un mot pour voler à son

secours, que l'amiral Nelson, au premier signal, débarquerait dans

les États romains, et que l'Autriche, qui n'avait pas encore signé le

traité de Campo-Formio, se joindrait aux coalisés. Ils l'engagèrent

donc à prendre les devants, et, malgré les lourdes charges de la

contribution de guerre, à reformer l'armée pontificale. Ils le

poussèrent même à une démarche plus significative encore, celle de

donner le commandement en chef de l'armée pontificale au général

autrichien Provera.

[Note 335: _Correspondance_, t. III, p. 254. Cf. Lettre du 3 août

1797 (III, 218): «Le Pape pensera peut-être qu'il est digne de sa

sagesse, et de la plus sainte des religions, de faire une bulle

ou mandement qui ordonne aux prêtres de prêcher l'obéissance au

gouvernement, et de faire tout ce qui sera en leur pouvoir pont

consolider la constitution établie.»]

[Note 336: _Correspondance_, p. 255.]

Joseph n'avait pas eu besoin de beaucoup de clairvoyance pour

se rendre compte du changement survenu dans les dispositions du

pontife à l'égard de la France. Il n'était pas difficile de démêler

une sourde hostilité à travers les témoignages de respect dont on

affectait de l'accabler. Aux empressements du début avaient succédé

les protestations officielles. Peu à peu le vide se faisait autour de

lui, et on pressentait quelque explosion soudaine. Fidèle à son rôle

de conciliateur, Joseph avait feint d'être la dupe de ces mensonges

intéressés, mais il avertissait son frère et le Directoire de ces

intrigues malveillantes[337]. En apprenant la nomination de Provera,

qui équivalait à une déclaration de guerre, vu les sentiments bien

connus du général autrichien, et le rôle qu'il avait joué dans la

dernière guerre, il se décida à sortir de la neutralité et exigea le

retrait immédiat de cette maladroite nomination.

[Note 337: _Correspondance_, t. III, p. 255. Lettre à Joseph: «Il est

indispensable que, tout en cherchant à maintenir une bonne amitié

entre la République française et la cour de Rome, vous réprimiez

cependant cette fureur, qui semble animer plusieurs ministres de

cette cour, d'opprimer les hommes qui ont accueilli nos artistes ou

servi nos ambassadeurs.»]

Bonaparte fut très irrité de ce qu'il considérait à juste titre comme

une provocation. «Ne souffrez pas, écrivit-il[338] à son frère,

qu'un général aussi connu que M. Provera prenne le commandement des

troupes de Rome. L'intention du Directoire exécutif n'est pas de

laisser renouer les petites intrigues des princes d'Italie. Déployez

un grand caractère... Dites publiquement dans Rome que si M. Provera

a été deux fois[339] prisonnier de guerre dans cette campagne, il ne

tardera pas à l'être une troisième. S'il vient vous voir, refusez

de le recevoir. Je connais bien la cour de Rome, et cela seul, si

cela est bien joué, perd cette cour». Il revenait avec insistance

sur la nécessité de ce renvoi dans une autre lettre[340]: «Vous

pouvez déclarer positivement à la cour de Rome que, si elle reçoit à

son service un officier connu pour être ou avoir été au service de

l'Empereur, toute bonne intelligence entre la France et la cour de

Rome cesserait à l'heure même, et la guerre se trouverait déclarée».

Les conseillers de Pie VI en effet, comme l'avait conjecturé

Bonaparte, furent effrayés par l'énergie de cette résolution, et

conseillèrent la prudence à leur maître. Ils ne sentaient pas le

terrain assez solide et ne voulaient ouvrir les hostilités qu'à coup

sûr, Provera fut donc remercié presque aussitôt que nommé, et cet

acte de fermeté raffermit à Rome l'influence de la France.

[Note 338: _Mémoires de Joseph_. Lettre écrite de Passariano, 29

sept. 1797. Cf. _Correspondance_, t. III, p. 351.]

[Note 339: En réalité, Provera avait été trois fois pris: à Cosseria,

à la Favorite et à Mantoue.]

[Note 340: Cf. Lettre écrite dans le même sens au cardinal Mattei

(Milan, 14 novembre 1797, t. III, p. 242): «La cour de Rome commence

à se mal conduire. Je crains bien que les maux que vous avez en

partie épargnés à votre patrie ne tombent sur elle. Souvenez-vous

des conseils que vous avez donnés au Pape à votre départ de Ferrare.

Faites entendre à Sa Sainteté que, si elle continue à se laisser

mener par le conseiller Busca et d'autres intrigants, cela finira mal

pour nous».]

Encouragés par le succès diplomatique que venait de remporter

Joseph, tous les ennemis de la Papauté à Rome voulurent profiter

de l'occasion pour imposer au Pape les réformes qu'ils désiraient.

Aussi bien les États de l'Église étaient alors le pays le plus mal

administré de l'Europe. L'arbitraire le plus absolu, le despotisme

illimité, tempéré seulement par la mansuétude du pontife, telle

était la règle unique. Non pas que les lois fissent défaut, ni

même les magistrats, mais ces derniers eux-mêmes se perdaient dans

le dédale des règlements et des décisions ayant force de loi, et,

peu à peu, au régime de la justice s'était substitué celui du bon

plaisir. On pouvait réclamer jusqu'à six fois la révision du même

procès, et, comme le Pape se réservait le droit de prononcer sur

toutes les causes pendantes, on ne possédait aucune garantie contre

un acte de caprice ou d'arbitraire. Les singularités de la procédure

compliquaient encore la situation. Ainsi, dans un procès criminel, ne

paraissaient ni l'accusateur ni les témoins à charge: on demandait

simplement à l'accusé de faire la preuve de son innocence. Même règle

pour une affaire civile. Étiez-vous accusé, par exemple, de ne pas

avoir payé une dette: il fallait d'abord consigner le montant de la

somme discutée, puis prouver sa non-culpabilité, le souverain pontife

se réservant toujours d'intervenir comme le _Deus ex machina_ de la

tragédie antique, et avec des arguments irrésistibles. Ne s'était-il

pas, en effet, attribué le droit de condamner aux galères «pour

motifs à nous connus»?

Il est vrai que, dans l'application, les Papes gouvernaient avec

une grande douceur, mais cette douceur même n'est-elle pas comme

la condamnation de l'absolutisme, puisqu'elle démontre l'absence

de toute garantie légale? Comme l'a si bien dit un des adversaires

les plus déterminés du gouvernement des prêtres, Doellinger[341],

«le prêtre, lorsqu'il est investi de la toute-puissance juridique

et administrative, résiste très difficilement à la tentation

de soumettre ses actes officiels à l'influence de son opinion

personnelle, de son appréciation des individus, de sa pitié, de

ses penchants. Comme prêtre, il est avant tout le serviteur et le

héraut de la miséricorde, du pardon de la rémission. Il oublie

trop facilement que la loi humaine doit être sourde et inexorable,

que toute faiblesse envers un individu est un tort fait à un ou à

plusieurs autres. Il s'habitue peu à peu, sous l'inspiration des

meilleures intentions, à mettre son caprice au-dessus de la loi».

[Note 341: Doellinger, _Église et État_, p. 546, cité par SYBEL.

_Europe pendant la Révolution française_, t. IV, p. 375.]

Cet arbitraire dans l'exercice de la justice, on le retrouvait

partout, dans l'agriculture, dans l'industrie, jusque dans

l'instruction. Ainsi les paysans n'avaient pas le droit de vendre

leurs blés avant que l'approvisionnement de la capitale n'eût été

assuré. Un magistrat spécial, le préfet de l'annone, fixait les

prix, et ne permettait la vente hors des États de l'Église qu'à

quelques privilégiés, qui achetaient chèrement ses faveurs. Aussi

les paysans ne cultivaient-ils que ce dont ils avaient besoin pour

leur consommation immédiate. Malgré la fertilité du sol éclataient

de fréquentes famines, et le préfet de l'annone était obligé de

recourir aux services des corsaires barbaresques. Comme au temps de

Tacite[342], les grands domaines, les _cillarum infinita spatia_,

s'étendaient démesurément, la population agricole se clairsemait,

et on n'arrivait plus à Rome qu'après avoir traversé de véritables

solitudes. Mêmes entraves pour le commerce des bestiaux, des viandes

fumées ou salées, des oeufs, de l'huile, etc. Dans les villes,

les meuniers ne pouvaient travailler qu'après avoir obtenu une

autorisation par écrit, et les boulangers de Rome étaient forcés

d'acheter à la préfecture de l'annone leur farine et leur charbon. À

Bologne, comme on avait imaginé une taxe sur le vin en tonneaux, il

était interdit de le débiter en bouteilles. Peu ou point d'industrie.

Écrasés par le grand nombre de jours fériés, par la routine, par les

douanes, elle était réduite à l'impuissance. Tout arrivait du dehors,

et, comme conséquence naturelle de cette dépréciation de l'industrie

nationale, le commerce était entre les mains des étrangers.

[Note 342: TACITE. _Annales_ III, 53.]

Cette routine invétérée[343], ce dédain absolu du progrès matériel,

cette immixtion du gouvernement dans tous les actes de la vie,

telles semblent avoir été les règles immuables dont s'inspiraient

les Papes dans la conduite et le gouvernement de leurs sujets.

Sous leur direction le citoyen romain était, pour ainsi dire,

surveillé dès sa naissance. On s'attachait à étouffer en lui

tout sentiment d'indépendance intellectuelle. Livres et journaux

étaient suspects. La littérature étrangère était un véritable fruit

défendu, par suite des prohibitions extraordinaires de la douane.

Les maisons d'instruction étaient pourtant assez nombreuses, mais

on y distribuait un enseignement bien singulier. Ainsi dans les

Universités les professeurs étaient forcés de se conformer à de

véritables manuels approuvés par les évêques; dans les gymnases,

le grec et les mathématiques étaient proscrits, et l'histoire ne

figurait point sur les programmes. La science était affaire de pure

forme. On ne demandait que de l'ingéniosité, mais toute initiative

était formellement interdite. Quant aux écoles populaires, dirigées

par des moines, on se contentait d'y parler aux enfants de la Vierge,

du diable et des superstitions locales. Pour les suspects ou les

indépendants, l'Inquisition fonctionnait toujours. Elle avait, il

est vrai, éteint ses bûchers, mais nullement fermé ses geôles. Le

moindre curé de paroisse n'avait-il pas le droit de condamner à

quelques semaines de séjour dans une maison de correction tous ceux

des habitants de sa paroisse qui ne suivaient pas les prescriptions

de l'Église!

[Note 343: GRELLMANN. _Situation de l'État papal_, Helmstadt, 1792.

SILVAGNI. _La Corte et la societa Romana nei secoli XVIII et XIX_.

Firenze, 1881.]

En résumé, le gouvernement pontifical, animé peut-être de bonnes

intentions, était mauvais. Les Romains ne l'ignoraient pas, non pas

le peuple tout endormi dans une ignorance plusieurs fois séculaire

et abêti par de ridicules superstitions, mais les bourgeois des

villes qui avaient entendu siffler à leurs oreilles le vent de

réformes qui agitait alors l'Europe entière, et surtout les membres

de l'aristocratie qui voyageaient, qui lisaient, qui avaient des

relations étendues à l'étranger, et à l'esprit desquels s'imposaient

de désavantageuses comparaisons. Les jansénistes, encore assez

nombreux à Rome malgré les persécutions dont ils avaient été

l'objet, commençaient de leur côté à relever la tête. Le peuple

était écrasé par les impôts que rendait nécessaire la contribution

de guerre exigée par la France. Le clergé lui-même se voyait avec

peine menacé dans ses propriétés et dans ses privilèges: en sorte

que la fermentation était générale. Bien que le gouvernement

pontifical, qui se sentait menacé, redoublât de précautions et de

surveillance, on était comme dans l'attente d'événements nouveaux. On

pressentait sinon des révolutions, au moins de prochains changements.

L'intervention française allait donner un corps à ces vagues

aspirations, et bon nombre de Romains, malgré la résistance de leur

souverain, deviendront bientôt les meilleurs instruments de la

propagande révolutionnaire[344].

[Note 344: On peut consulter sur la création de la République

romaine: ARTAUD DE MONTOR, _Histoire du pontificat de Pie VI_.--ABBÉ

BALDASSARI (traduction Lacouture), _Vie de Pie VI_.--ABBÉ BLANCHARD,

_Vie de Pie VI_.--PONCET, _Pie VI à Valence_ (1868).--DUPPA,

_Relation abrégée de la destruction du gouvernement papal_, en

1798.--ABBÉ BARRUEL, _Histoire de Pie VI_.--ABBÉ BERTRAND, _Le

pontificat de Pie VI et l'athéisme révolutionnaire_.--BRANCADORO

(traduction d'Auribeau), _Oraison funèbre de Pie VI_, prononcée à

Venise le 31 octobre 1799.--BOURGOING, _Mémoires historiques sur

Pie VI et son pontificat jusqu'à sa retraite en Toscane_.--LUDOVIC

SCIOUT, _Le Directoire et la République romaine_ (Revue des

questions historiques, janvier 1886).--SILVAGNI, _La Corte e la

societa Romana nei secoli XVIII et XIX_ (1881). En outre, il existe

à la Bibliothèque nationale (Lb. 620) un recueil factice en deux

tomes (297 pièces dans le premier et 241 dans le second) intitulé:

_Collezione della stampe publicale dal di 22 piovoso fino a tutto

l'anno VI dell ere repub., con l'indice in principio cronologico

analitico delle med, ed attro in fine alfabetico delle materie

spellanti o relative al ministre delle finanze_. Voici l'indication

des principales pièces de ces deux volumes:

T. I: 2. Proclamation de Berthier pour le respect du culte, des

ambassadeurs et des étrangers.--5. Ordre du trésorier général romain

G. Della Porta pour la déclaration des effets en marchandises

appartenant aux nations en guerre avec la Rép. française.--9.

Proclamation de la République romaine.--11. Ordonnance de Berthier

sur l'exclusion des émigrés français.--13. Suppression du droit

d'asile et de juridiction des ambassadeurs.--15. Affectation d'une

partie des biens religieux à l'extinction du papier monnaie.--27.

Programme de la fête funèbre en l'honneur du général Duphot.--31.

Avis du ministre de l'intérieur, Ennio Visconti, pour calmer les

inquiétudes des habitants des campagnes et les engager à reprendre

leurs travaux.--34. Proclamation des consuls au peuple et au clergé,

au sujet du fanatisme religieux.--35. Id. au sujet de l'insurrection

des Transtévérins, du 7 ventôse.--53. Ordre aux Transtévérins de

déposer leurs armes.--68. Proclamation du ministre de la police,

Giuseppe Toriglioni, relative aux armes de la République romaine

à poser sur tous les édifices publics.--76. Proclamation d'Ennio

Visconti pour procurer des vêtements aux soldats.--87. Police des

théâtres.--90. Ordonnance du général Vial, commandant la place de

Rome, contre les excitations hostiles de quelques prédicateurs.--101.

Programme de la fête de la Fédération.--105. Arrêté de Toriglioni

déclarant ennemis de la République ceux qui refuseraient de

recevoir le papier monnaie.--122. Ministre de l'intérieur, Camille

Corona, annonce distribution des secours aux pauvres.--126. Ordre

de Toriglioni aux marchands d'étoffes de tenir leurs magasins

ouverts.--139. Id. à tous les marchands de comestibles.--110. Ordre

à tous les étrangers non domiciliés de sortir de Rome.--149. Vente

de biens nationaux.--169. Décret des consuls pour l'organisation de

la garde nationale.--197. Défense aux Français d'acheter du savon

sans être munis d'un ordre du commandant de place.--202. Défense

d'exporter les dentées nécessaires à l'alimentation.--203. Défense

de recevoir des novices dans les couvents.--205. Défense de loger

les étrangers sans autorisation.--209. Ordre d'arrêter tous les

prêtres des communes où pourraient éclater des insurrections.--215.

Suspension de toutes les permissions de chasse.--225. Ministre des

finances, Bufalini, annonce prohibition des marchandises anglaises,

russes et portugaises à la foire de Sinigaglia.--227. Décret des

consuls ordonnant aux citoyens de livrer la moitié de leur argenterie

à titre de prêt forcé.--233. Organisation judiciaire.--238. Réduction

du nombre des fêtes.--249. Décret de Gouvion Saint-Cyr portant

défense aux citoyens de porter le plumet tricolore ou des habits

garnis de galons d'or et d'argent.--254. Condamnation de Pierre

Borga, accusé de propos séditieux.--264. État des personnes qui ont

payé l'amende de trois piastres pour ne pas avoir illuminé leurs

fenêtres.--273. Ordre à tous les Français non fonctionnaires de

sortir de Rome.--291. Avis des grands édiles, Maggi, Franchi et Laute

aux paysans contre les instigations antirépublicaines.

T. II: 4. Indication des objets que peuvent emporter de leur

couvent les religieuses qui renoncent à la vie monastique.--9.

Fixation du revenu des évêques.--10. Suppression de toutes

les corporations et associations laïques.--12. Aliénation de

biens nationaux pour les fournitures de l'armée française.--13.

Secours aux agriculteurs pauvres.--16. Dissolution du cercle dit

constitutionnel.--23. Avis des membres du tribunal d'appel pour

engager les défenseurs à ne jamais s'écarter des règles de la décence

et de la modération.--30. Ordonnance de Gouvion de Saint-Cyr pour la

suppression des clubs.--31. Ordonnance des consuls pour interdire

aux fonctionnaires de recevoir ou laisser leurs domestiques exiger

aucun pot-de-vin.--40. Introduction du calendrier républicain.--60.

Soumission des Juifs à la loi commune.--73. Ordonnance des grands

édiles relative aux aqueducs et fontaines publiques de Rome.--97.

Décret de Macdonald contre les membres de la compagnie de la

Foi-de-Jésus.--100. Répression des troubles dans le département

de Circeo.--103. Arrêté Bufalini enjoignant aux propriétaires de

déclarer leur revenu, afin d'assurer l'exécution de la loi sur

l'emprunt forcé.--106. Décret de Macdonald contre les auteurs et

instigateurs de troubles.--125. Ordre à tous les propriétaires de

grains récoltés dans la saison courante de donner aux autorités

le détail de ce qu'ils en possèdent.--136. Décret de Macdonald

contre attroupements séditieux.--140, 141, 142. Condamnation de

Belardini, Trina, Patughelli.--166. Décret de Macdonald sur les

biens des établissements laïques supprimés, qui passeront aux

hôpitaux.--168. Proclamation de Duport, Florent et Bertolio, au sujet

des bruits malveillants répandus contre l'expédition d'Égypte.--186.

Règlement de la poste aux lettres et de la poste aux chevaux.--200.

Proclamation Duport et Bertolio contre les prévaricateurs et les

ennemis de la République.--206. Décret de Macdonald supprimant

plusieurs monastères à Rome.--221. Id. contre les émigrés.--227.

Proclamation des consuls au sujet des victoires en Égypte, et ordre

d'illuminer.--229. Décret de Macdonald acceptant démission des

consuls Reppi, Angelucci, Matheis, et destituant consuls Panazzi

et Visconti.--231. Nomination de nouveaux consuls.--236. Grande

fête pour célébrer l'anniversaire de la fondation de la République

française.]

Bonaparte et les Républiques Italiennes (1796-1799) · 第 20 / 27 段