Après l'émeute du 18 avril, Marie-Antoinette écrivit à Mercy, représentant
de l'Autriche aux Pays-Bas, pour que l'Empereur fît avancer 15,000 hommes
à Arlon et Virton et autant à Mons de manière à donner à Bouillé un
prétexte pour rassembler des troupes et des munitions à Montmédy. Le roi
commanda une énorme berline pour lui et sa famille et se procura des
passeports au nom de la baronne de Korff. Le départ fut retardé jusqu'au
20 juin parce que le roi attendait deux millions qu'il devait toucher sur
sa liste civile. Malgré la surveillance étroite dont il était l'objet, il
s'échappa du château dans la nuit du 20 au 21 juin déguisé en valet de
chambre et se dirigea sur Montmédy par la route de Châlons. Le même jour,
Monsieur, son frère (le comte de Provence), fuyait en Belgique par une
autre route.
Avant de quitter Paris le roi avait lancé une proclamation violente où il
déclarait que la seule récompense des sacrifices qu'il avait consentis
depuis trois ans était «de voir la destruction de la royauté, tous les
pouvoirs méconnus, les propriétés violées, la sûreté des personnes mise
partout en danger, les crimes rester impunis et une anarchie complète
s'établir au-dessus des lois, sans que l'apparence d'autorité que lui
donnait la nouvelle constitution fût suffisante pour réparer un seul des
maux qui affligent le royaume».
Le premier sentiment des patriotes en apprenant la fuite du roi fût la
colère, l'indignation contre son parjure, puis ce fut la peur, la peur de
l'intervention étrangère et du retour et des vengeances des émigrés. Le
grand journal démocrate _Les Révolutions de Paris_ ont bien traduit
les impressions par lesquelles passa le peuple de Paris.