Le 18 avril, Louis XVI ayant voulu quitter les Tuileries, pour aller à
Saint-Cloud faire ses Pâques, le peuple s'attroupa autour de son carrosse,
arrêta les chevaux. Les gardes nationaux eux-mêmes, rebelles aux ordres de
Lafayette, refusèrent d'ouvrir un passage et le roi dut rentrer au
château. Il se considéra dès lors comme prisonnier et, pendant qu'il
chargeait son ministre des affaires étrangères d'écrire officiellement à
tous les cabinets qu'il était libre et qu'il avait renoncé volontairement
à son voyage à Saint-Cloud, il achevait ses derniers préparatifs de fuite.
Lafayette qui était responsable de l'ordre a soupçonné que l'émeute du
18 avril fût concertée avec la Cour et destinée à lui donner le prétexte
qu'elle cherchait pour recourir à l'intervention étrangère.
L'émeute excitée le 18 avril 1791 pour empêcher le roi d'aller à St Cloud
où il se rendait assez habituellement devait fournir aux adversaires de la
révolution un argument contre l'indépendance du monarque.
Mirabeau, depuis ses intimes liaisons avec la Cour, était entré très avant
dans ces vues. L'émeute de St Cloud elle-même avait été projetée par lui.
Sa mort priva les chefs contre-révolutionnaires des conseils de ce
puissant génie; tout le plan se ressentit de cette perte....
Ce que voulait la Cour, c'était de constater qu'elle était violemment
retenue à Paris. La plupart des gardes nationaux étaient de bonne foi.
Quelques-uns pouvaient être dans le secret, nommément Danton, soldé depuis
longtemps par les provocateurs de cette émeute, et qui arriva avec son
bataillon sans que personne l'eût fait demander, sous prétexte de voler au
secours de l'ordre public. Lafayette avait demandé au roi et à la reine un
peu de temps pour ouvrir leur passage; ils se hâtèrent de monter en
voiture. Il leur demanda d'y rester jusqu'à ce que le passage fût ouvert
et pendant qu'il était engagé au milieu de l'émeute ils se firent prier
par un officier municipal de remonter chez eux. [Note: Lafayette,
_Mémoires_, II, p. 65-66.]