Après avoir présenté notre héroïne au lecteur, il n'est que juste que
nous consacrions quelques pages à ses parents et à ses antécédents.
Vingt ans avant l'époque où commence notre récit, par une magnifique
journée d'octobre, la joie et la gaieté régnaient dans toute la
Seigneurie et au Manoir de Valmont dans lequel Antoinette vit plus tard
le jour, et qui appartenait à sa famille depuis la concession du fief au
vaillant Rodolphe de Mirecourt. Ce beau gentilhomme, qui était venu en
Canada sans aucune autre fortune qu'une épée étincelante et qu'une paire
de brillants éperons, se trouva bientôt, en retour de quelques services
rendus à la France, propriétaire et maître du riche domaine de Valmont
qui passa ensuite, en ligne directe, entre les mains de son propriétaire
actuel, Arthur de Mirecourt. Arrivé à l'âge viril celui-ci céda bientôt
au désir naturel de voir le beau pays de France, le brillant Paris dont
il avait entendu raconter tant de merveilles.
Mais, ébloui d'abord par la splendeur de cette grande capitale et par
ses innombrables attractions, le jeune homme ne tarda pas à se blaser de
cette brillante dissipation et à soupirer vivement après les plaisirs
simples, la vie tranquille de son pays natal. Aussi, malgré les
sollicitations pressantes de ses jeunes amis de Paris, malgré les
sarcasmes que lui lançaient les Dames lorsqu'il parlait du "_pays de la
neige et des Sauvages_,"--il s'en revint dans sa patrie qu'il aimait
d'un amour encore plus grand que lorsqu'il l'avait quittée. Disons-le à
sa louange, son séjour à Paris n'avait en rien altéré les goûts
paisibles et purs de son enfance, et jamais il n'avait pris part aux
fêtes parisiennes avec autant de légèreté d'esprit et de gaieté de coeur
qu'il en déploya dans les modestes réjouissances qui accueillirent son
retour à Valmont.
Des coeurs aimants l'attendaient là pour lui souhaiter la bienvenue: sa
mère qui, veuve depuis longtemps, avait trouvé, dans son affection pour
lui, une si grande consolation de la mort de son mari et de ses autres
enfants qui reposaient paisiblement dans le caveau de l'église
au-dessous du banc dans lequel chaque dimanche et chaque jour de fête
elle allait immanquablement prier Dieu; des voisins, des censitaires et
la jeune Corinne Delorme, orpheline et parente éloignée de Madame de
Mirecourt, que celle-ci avait élevée avec un soin tout maternel, et
qu'Arthur avait appris à considérer comme sa soeur.
Quoique d'une figure gracieuse et possédant de petits traits
parfaitement réguliers, Corinne n'avait jamais obtenu le titre de
_beauté_. Cela était dû, partie à l'absence qu'on remarquait chez elle
de cette gaieté et de cette animation qui manquent rarement aux jeunes
Canadiennes, partie à son air languissant et mélancolique, résultat
d'une constitution délicate excessivement fragile.
Une femme plus exigeante que Madame de Mirecourt aurait sans doute
accusé sa jeune protégée d'ingratitude, tant celle-ci se montrait peu
communicative, tant elle mettait de réserve dans ses paroles et dans ses
manières; mais jamais cette retenue ne lui avait fait oublier les
intentions délicates, la respectueuse déférence qu'une jeune fille doit
à sa mère.
Jamais peut-être la froideur naturelle de Corinne ne se manifesta à
Madame de Mirecourt d'une manière aussi évidente, aussi frappante qu'à
l'occasion du retour d'Arthur au foyer maternel. Pendant que toutes les
personnes de la maison, les amis, les voisins de la famille préparaient
des fêtes et des réjouissances pour célébrer cet heureux retour, elle
seule laissait voir un calme qui s'élevait presque à de l'indifférence;
et lorsque, à son arrivée, le jeune Arthur, après avoir tendrement
pressé sa mère dans ses bras, se tourna vers elle pour l'embrasser comme
il eût fait avec sa soeur, elle ne manifesta pas plus de joie et
d'émotion que si son départ n'eût eu lieu que la veille. Cette espèce
d'insensibilité frappa le jeune homme, et lorsque, quelques heures plus
tard, il en fit la remarque à sa mère,--dans un de ces entretiens
confidentiels que celle-ci déclara être un ample dédommagement de la
solitude dans laquelle son coeur avait vécu durant l'absence de son cher
enfant,--Madame de Mirecourt trouva une foule de raisons pour exonérer
l'accusée: cette pauvre Corinne, dit-elle, est tellement malade! elle a
des maux de tête si fréquents!... mais ces excuses charitables
n'empêchèrent pas le jeune homme de persister dans sa première idée et
d'attribuer la froideur de Corinne à un détestable égoïsme.
On aurait pu croire que Madame de Mirecourt, qui venait de retrouver son
fils, ne se presserait pas de partager avec une rivale la large part
qu'elle occupait dans son coeur; cependant, tel était bien son désir. En
effet, à peine était-il installé dans la maison, qu'un vif désir de le
voir marié s'empara d'elle. Obéissant à l'impulsion de cette
préoccupation maternelle, elle en dit un mot à quelques-unes de ses
amies, et Arthur se vit bientôt assiégé d'invitations pour des soirées
et des parties de plaisir où il était certain de rencontrer de jolis
minois qui auraient figuré avec un singulier avantage dans les salons du
vieux Manoir. Agé de vingt-huit ans, doué d'une brillante imagination,
le coeur libre de tout lien, le jeune de Mirecourt ne crut pas devoir
s'abstenir de ces réunions sociales, et il y manquait rarement. Bientôt
il fut obligé de s'avouer à lui-même qu'il répondait quelque peu à la
sympathie que semblait avoir pour lui une riche héritière, jeune, jolie
et parfaitement douée sous le rapport de l'esprit. Mais les choses
n'avançant pas avec la rapidité qu'elle aurait désirée. Madame de
Mirecourt se détermina à inviter celle qu'elle avait déjà choisie pour
être sa fille, à venir, ainsi que plusieurs autres jeunes gens, passer
une quinzaine de jours chez elle.
Cette promenade était maintenant à son terme, et rien de bien
remarquable ne s'était passé dans l'intervalle. Sans doute Arthur avait
causé, dansé et plaisanté avec Mademoiselle de Niverville qui était en
effet aussi bonne que charmante; mais c'était tout. Aucun mot doucereux,
aucune déclaration d'amour n'étaient tombés de ses lèvres. La jeune
fille était sur le point de partir, et tous deux étaient aussi libres
l'un vis-à-vis de l'autre que s'ils ne se fussent jamais rencontrés. Le
jeune homme éprouvait pour elle une sincère admiration; à la vérité il
eût été difficile qu'il en fût autrement, et plus d'une fois la douce
gaieté, les bienveillantes dispositions de la jeune fille se laissaient
voir en un contraste si frappant avec l'apathique indifférence de
Corinne qui semblait devenir de jours en jours plus froide et plus
réservée, qu'Arthur ne pouvait s'empêcher de souhaiter pour sa mère dont
elle devait être la compagne, qu'elle ressemblât à la charmante
héritière de Niverville.
Pendant que ces choses se passaient, Madame de Mirecourt, inquiète au
sujet de ses plans de mariage, pensa à s'assurer de la coopération de
Corinne et la pria d'insister auprès d'Arthur pour qu'il en vînt enfin à
une entente avec Mlle de Niverville avant que celle-ci partît de
Valmont. La bonne mère se serait volontiers chargée de cette tâche, si
les deux ou trois tentatives inutiles qu'elle avait déjà faites dans ce
sens ne lui eussent fait craindre que celle-ci aurait le même sort.
Corinne accepta, quoique avec répugnance, la délicate mission qu'on lui
confiait, et un matin elle entra dans la salle à dîner où Arthur,
toujours très-matinal, était à lire.
Le jeune de Mirecourt l'écouta très-patiemment, car ses manières
dénotaient plus de bienveillance qu'à l'ordinaire. Elle renchérit sur
les mérites de Louise, fit valoir les espérances que Mademoiselle de
Niverville et ses amis avaient probablement fondées sur les attentions
qu'il lui avait portées, et montra le bonheur qu'aurait sa tendre mère
de voir le réaliser enfin les plus chers désirs de son coeur.
L'éloquence paisible mais persuasive avec laquelle elle parla surprit et
convainquit presque Arthur qui ne se rendit pas cependant. Il répondit
en riant qu'il avait du temps devant lui, que les invités de la maison
devaient aller faire une promenade en voiture durant la même relevée, et
que, comme il avait l'intention de conduire lui-même Mademoiselle de
Niverville, il aurait alors une occasion très-favorable pour remplir
l'attente générale. Voyant que Corinne devenait plus pressante, il
s'empara de sa main, et poursuivit sur un ton plus sérieux:
--Cette plaisanterie ne m'empêchera pas, ma bonne petite soeur, de
réfléchir sérieusement et peut-être d'agir d'après les conseils que tu
viens de me donner. La promenade de cet après-midi me fournira sans
doute une occasion des plus propices: si je puis seulement me résoudre à
m'en prévaloir! Tu viendras avec nous, n'est-ce pas?
--Je crains bien de ne pouvoir le faire. J'ai à écrire une lettre, et il
vaut mieux que je m'acquitte de cette tâche pendant la journée, afin de
pouvoir vous rejoindre au salon pour cette veillée qui est la dernière
que nos amis passent avec nous. Pour ce matin, j'ai une somme de travail
plus forte que je n'en pourrai accomplir.
Le temps était magnifique, le soleil brillait de tout son éclat, les
chemins étaient superbes: quelle bonne fortune pour une promenade en
voiture! Madame de Mirecourt elle-même avait été invitée à faire partie
de l'excursion, et, enfoncée sous une robe de peau d'ours dans sa large
et commode carriole, elle paraissait aussi gaie, aussi heureuse que
Louise elle-même.
Fidèle à sa détermination, Corinne était restée à la maison. Au moment
du départ, elle se mit à la fenêtre, et agita de la main son mouchoir en
signe d'adieu aux gais touristes. Cette attitude, le calme sourire qui
se dessinait sur ses traits pâles et délicats, l'éclat que les rayons du
soleil répandaient sur sa riche et soyeuse chevelure, tout cela la
faisait paraître si jolie, que de Mirecourt regretta encore une fois de
voir tant de froideur se cacher sous un si charmant extérieur.
Mais ces pensées s'effacèrent bientôt dans l'excitation du départ, dans
les attentions dont il devait faire preuve vis-à-vis sa jolie compagne.
En effet, à peine les excursionnistes avaient-ils parcouru quelques
arpents, que la charmante Louise se mit dans la tête qu'elle avait
froid, et qu'elle commença à regretter l'absence d'un certain châle dont
le chaud tissu lui offrait une protection contre les plus fortes bises
de l'hiver. Il va sans dire qu'un aussi galant cavalier que de Mirecourt
s'empressa d'offrir de retourner à la maison pour y prendre un objet
aussi précieux, et aussitôt la voiture revint à son point de départ.
--Je vais tenir les rênes, M. de Mirecourt, pendant que vous allez
entrer à la maison. J'ai laissé mon châle dans la petite salle. Je vous
prie de ne pas vous fâcher si je suis aussi oublieuse et si je vous
occasionne autant de trouble.
La seule réponse du jeune homme fut un sourire plein de tendresse et de
doux reproches; puis, d'un pas léger et rapide, il monta dans la chambre
qui lui avait été indiquée et y trouva effectivement le châle qu'il
était venu chercher. Mais, à peine s'en était-il emparé, qu'un sanglot
étouffé vint frapper ses oreilles. Surpris, il jeta autour de la chambre
un regard scrutateur. Ce bruit, répété, semblait venir d'une chambre
adjacente dont la porte donnait sur celle dans laquelle il se trouvait
et qu'une couple de rayons avait fait orner du titre pompeux de
Bibliothèque.
Qu'est ce que cela pouvait être? quelle signification donner à ce bruit
contenu?... Tout-à-coup, par la porte entr'ouverte, les yeux du jeune
homme tombèrent sur un miroir suspendu au mur opposé de la Bibliothèque
et dans lequel se reflétait la figure de Corinne Delorme. La jeune fille
était assise sur un tabouret et semblait plongée dans l'amertume d'un
chagrin profond; ses yeux étaient fixement attachés sur un objet que sa
main tenait d'une étreinte serrée et sur lequel elle déposait de temps à
autre des baisers passionnés. Cet objet! c'était le portrait d'Arthur
que celui-ci avait apporté de France et donné à sa mère.
Le jeune de Mirecourt comprit alors toute la vérité. Cette froideur,
cette indifférence dont Corinne avait fait preuve, c'était donc une
feinte, un voile de glace avec lequel la jeune fille avait recouvert un
amour qui avait grandi avec elle, qui était devenu le sentiment dominant
de sa vie, mais un sentiment que la noble fierté et la modestie de
l'enfant lui avaient fait concentrer en elle-même. Oui, malgré cet amour
ardent qu'elle éprouvait pour lui, elle avait eu assez de courage pour
plaider la cause d'une autre, pour lui sourire au moment même où,--elle
en était convaincue,--il allait offrir son coeur à une rivale!
De Mirecourt se retira sans faire le moindre bruit, mais lorsqu'il
rejoignit Mademoiselle de Niverville, sa figure était plus pâle et son
air plus réservé que de coutume. Pendant toute la promenade, malgré ses
plus grands efforts pour être gai, il parut très-préoccupé, ce qui lui
valut les railleries de sa jolie compagne. Quel que fut le sujet de la
conversation, il ne laissa échapper aucune déclaration d'amour, et, de
retour au Manoir, il prit congé du groupe animé qui s'était formé autour
du grand poêle et n'y revint qu'au bout d'une couple d'heures.
La première personne qu'il rencontra en entrant au salon fut Corinne
qui, un calme sourire sur son pâle visage, lui dit qu'elle espérait
"qu'il s'était bien amusé durant la promenade?"
--Médiocrement, répondit Arthur. Mais dois-je te dire, soeur, que j'ai
suivi tes conseils ou non?
Coeur courageux! aucune contraction de ses traits, aucun froncement de
ses sourcils ne laissèrent deviner les terribles souffrances qu'elle
éprouvait.
--Oui, répondit-elle sur un ton bas mais distinct; dis-moi que tu as
rempli les voeux de la meilleure des mères, les souhaits de tous tes
amis.
Il plongea sur elle un oeil pénétrant, et poursuivit:
--Me féliciterais-tu, Corinne, si j'avais agi ainsi, et si ma démarche
avait été couronné de succès?
A cette question inattendue, le visage de la jeune fille se couvrit d'un
vif incarnat qui disparut presqu'aussitôt; puis, se levant, elle
répondit sur un ton tranquille et presque froid:
--Pourquoi non? Le choix que tu as fait est un choix contre lequel on ne
peut raisonnablement élever aucune objection.
Sans le lui dire ouvertement, Corinne insinua à Arthur que durant la
veillée ils ne devaient plus être vus ensemble; et ils se séparèrent.
Mais il savait maintenant à quoi s'en tenir sur cette indifférence et
cet égoïsme apparents sur lesquels il s'était jusque-là si étrangement
mépris et qu'il avait si fortement condamnés.
Le lendemain, Louise de Niverville laissait Valmont, et son tardif
prétendant n'avait pas encore ouvert la bouche. Le sens d'honneur
délicat qui le distinguait, la chevaleresque générosité de son coeur
avaient montré au jeune de Mirecourt qu'il n'était plus libre, qu'il
appartenait de droit à celle qui lui avait prodigué, sans qu'il l'eût
cherché, sans qu'il l'eût demandé, le riche trésor d'un secret amour.
Aussi, après une semaine de paisibles réflexions qui lui firent voir
qu'une sympathie véritable pour Mademoiselle de Niverville n'avait
jamais pris racine dans son coeur,--après une semaine pendant laquelle
Corinne sembla avoir pris à tâche de l'éviter, luttant, comme une femme
peut seule le faire, contre cette affection qui devenait chaque jour
plus intense et plus profonde;--un soir que la jeune fille était dans
l'encadrement d'une fenêtre, regardant silencieusement au-dehors les
flocons de neige qui tombaient, il s'approcha d'elle, et, sans plus de
préambules lui demanda de vouloir bien être sa femme?
A cette demande, elle devint terriblement pâle, et, après quelques
instants d'un silence plein d'émotion, elle murmura:
--Puis-je être, moi pauvre fille, puis-je être l'épouse que votre mère
choisirait et qui vous vaudrait l'approbation de vos amis?
--Ce n'est pas ce que je te demande, chère Corinne. Je ne me marie pas
pour complaire à mes amis ni à ma mère, et d'ailleurs, celle-ci m'aime
trop pour trouver à redire sur le choix que je ferai. Ainsi, dis-le moi
franchement: m'aimes-tu assez pour devenir ma femme?
Doucement et presque en hésitant, comme si elle eût craint de livrer le
secret qu'elle gardait depuis si longtemps, Corinne laissa échapper la
petite monosyllabe _oui_! et quelques semaines après, leur mariage était
célébré très-simplement, sans pompe, dans la petite église du village.
Madame de Mirecourt, la première impression de surprise passée, avait
sans peine sacrifié ses voeux à ceux du cher fils qu'elle idolâtrait.
Après son mariage, la froideur et l'indifférence du Corinne
s'évanouirent comme fond la neige sous le soleil d'avril, et jamais
femme ne fut plus aimante ni plus dévouée. Jamais de Mirecourt ne lui
dit qu'il avait surpris son secret, jamais, non plus, il ne lui donna à
supposer qu'elle devait son bonheur autant à la compassion qu'à l'amour.
Sa générosité fut bientôt récompensée, car l'affection ardente que sa
jeune femme lui avait depuis si longtemps secrètement réservée, ne tarda
pas à s'infiltrer dans son propre coeur et à le remplir tout entier.
Hélas! une union aussi heureuse et aussi confiante devait bientôt être
douloureusement éprouvée. Deux années de bonheur domestique sans mélange
de peine ou de refroidissement d'amitié, deux années seulement de douces
félicités pendant lesquelles Antoinette vint au monde, leur étaient
accordées: après ce temps, la jeune femme, toujours délicate, commença à
dépérir.
Aucune affection, aucun soin ne purent la sauver, et en peu de mois elle
fut arrachée des bras de son époux pour être transportée dans sa
dernière demeure terrestre. A peine le premier anniversaire de sa mort
était-il arrivé, que Madame de Mirecourt alla la rejoindre, laissant le
Manoir aussi sombre, aussi silencieux que la tombe.
Le temps fixé pour le deuil étant passé, des amis commencèrent à
insinuer au jeune veuf que sa demeure avait besoin d'une maîtresse,
qu'il était trop jeune pour se renfermer dans un chagrin éternel; mais
il resta sourd à toutes leurs suggestions, et après s'être procuré dans
la personne de l'estimable Madame Gérard une excellente gouvernante pour
sa jeune enfant, il se retira tout-à-fait dans cette paisible solitude
de la vie de campagne qu'il n'abandonna plus jamais.
La petite Antoinette fut heureuse outre mesure en trouvant un guide
aussi bienveillant et aussi sûr pour remplacer auprès d'elle la tendre
mère que si jeune elle avait perdue, et malgré l'excessive indulgence de
son père ainsi que l'étourderie naturelle de ses propres dispositions,
elle devint une jeune personne aimable et charmante, sinon parfaite.