Le pape Urbain II, Français de naissance, convoqua à Clermont en

Auvergne un concile où, avec les prélats, affluèrent les seigneurs

et une multitude de peuple. Pierre l'Ermite raconta de nouveau les

malheurs des chrétiens de la Palestine. Le pape exhorta les Francs

à cesser leurs guerres et à mettre leur bravoure au service de la

religion. Tous répondirent par un même cri: «Dieu le veut! Dieu le

veut!» (1095). Nobles et vilains firent vœu de partir pour la guerre

sainte; comme signe de ce vœu, ils attachèrent à leur épaule une

croix d'étoffe rouge: ce qui leur fit donner le nom de _Croisés_, et

à l'expédition le nom de _Croisade_. Tout le monde voulait partir

pour la croisade. Les pauvres gens entassaient dans des charrettes

tout ce qu'ils avaient. Les premiers prêts, ils se mirent en route

sous la conduite de Pierre l'Ermite et de Gauthier sans Avoir. A la

vue de chaque ville nouvelle, les femmes et les enfants, dans leur

simplicité, demandaient: «Est-ce donc là Jérusalem?» Cette foule

traversa l'Allemagne en pillant pour vivre et arriva décimée en Asie,

où elle fut exterminée.

L'armée des seigneurs ne s'ébranla qu'après de longs préparatifs. Elle

formait une masse de cent mille chevaliers, six cent mille fantassins

(1096), et avait à sa tête des chefs expérimentés à la tête desquels

on distinguait Godefroy de Bouillon, Raymond de Toulouse, Hugues de

France, Étienne de Blois, le Normand Bohémond, prince de Tarente (en

Italie) et son cousin Tancrède.

Après deux batailles sanglantes, les Turcs se contentèrent de harceler

par leur cavalerie légère les lourds chevaliers; ils laissèrent

combattre pour eux la faim, la misère, l'intempérie des vents,

l'ardeur brûlante du soleil. Jusqu'en Syrie, chaque pas fut marqué

par des cadavres. Là se trouvait la puissante et riche Antioche. Les

croisés, épuisés et quoique réduits de moitié, étaient encore au

nombre de 300,000 hommes. Il fut impossible de nourrir ces masses

pendant un siège qui dura sept mois: la famine était affreuse. Les

intrigues de l'habile Normand Bohémond parvinrent cependant à rendre

les chrétiens maîtres de la ville, où ils trouvèrent, après une

abondance de quelques jours, la disette et l'épidémie.

Pour comble de maux, arrivait une grande armée turque. Un instant le

découragement fut extrême. Tout à coup l'enthousiasme succède à cette

torpeur: le bruit s'est répandu qu'un prêtre de Marseille vient de

trouver en terre la lance qui avait percé le côté du Christ; alors ces

malheureux, qui n'attendaient plus que la mort, maintenant pleins de

force et de courage, se précipitent sur les Turcs, qu'ils mettent en

pleine déroute (1098).

D’Antioche, l'armée s'avance lentement sur Jérusalem. Tout à coup,

au revers d'une colline de sable rougeâtre et sans verdure, elle

s'arrête. A quelque distance s'élevait une ligne de remparts, des

portes, des tours, des temples, des édifices. Le même cri Jérusalem!

sortit de toutes les bouches poussé par soixante mille personnes qui

seules survivaient à ces trois années d'épreuves (1099). Les croisés

ne purent maîtriser leur enthousiasme et marchèrent à l'assaut, mais

ils furent repoussés et durent se résigner à faire un siège régulier.

Au bout de cinq semaines ils étaient en mesure de tenter une attaque

mieux concertée. Ils firent rouler au pied des murailles de hautes

tours surmontées de ponts-levis qui s'abattaient sur les parapets.

Pendant deux jours on combattit avec une égale fureur. Vers le milieu

de la seconde journée (un vendredi, le 14 juillet 1099) les croisés

réussirent à pénétrer dans la ville, et un horrible carnage suivit la

victoire.

Les croisés s'accordèrent à choisir, pour garder et gouverner le

nouveau royaume chrétien, Godefroy de Bouillon, qui, loin de s'en

montrer plus fier, n'en fut que plus humble. Il ne voulut pas prendre

le titre de roi, mais celui de _défenseur du saint sépulcre_. Il dit:

«qu'il ne voulait pas porter une couronne d'or là où le roi des rois

avait porté une couronne d'épines.» Les députés d'une peuplade étant

venus lui parler le trouvèrent assis sur un sac de paille; ils s'en

étonnèrent. «La terre, leur dit-il, doit être le siège des hommes

pendant leur vie, puisqu'elle leur sert de sépulture après leur mort.»

=Louis VI.=--La croisade avait amené l'éloignement et la mort d'un

grand nombre de seigneurs; les efforts des villes qui cherchaient

à obtenir des chartes de commune, embarrassaient les autres. Cet

affaiblissement des seigneurs profita au roi de France qui n'avait pas

bougé de ses châteaux.

Le fils de Philippe I^{er}, Louis VI (1108-1137), surnommé le Gros,

mais plus justement appelé l’Éveillé, releva l'autorité royale. Modèle

des chevaliers, toujours prêt à défendre le pauvre et l'orphelin, il

fit, durant son règne de vingt-neuf ans, une guerre sans merci aux

seigneurs pillards que les auteurs du temps comparent à des loups

dévorants.

=Louis VII (1137-1180).=--Le roi Louis VII fut un prince moins habile

que son père. Il fit une guerre contre le comte de Champagne. Dans

cette guerre, l'église de Vitry fut brûlée et treize cents personnes

périrent (1142). Louis VII, alors plein de repentir, voulut diriger

une expédition en Terre Sainte. Ce fut la deuxième croisade, que

prêcha saint Bernard, mais elle n'eut pas de brillants résultats.

Louis VII avait épousé une riche héritière, Eléonore d'Aquitaine.

Mais, après la croisade, il la répudia. Le roi perdit ainsi la dot que

la reine lui avait apportée, les plus belles provinces du Centre et du

Midi, plus de treize de nos départements.

Eléonore épousa Henri Plantagenet,[5] comte d'Anjou, héritier de la

Normandie et, quelques années après, roi d'Angleterre, sous le nom de

Henri II. Une grande partie de la France (équivalant à vingt et un de

nos départements) appartint alors aux rois anglais.

=Philippe Auguste (1180-1223).=--Le fils que Louis VII, après son

divorce avec Eléonore, avait eu d'un autre mariage, Philippe, devait

mériter le surnom d'Auguste. Arrivé au trône à l'âge de quinze

ans (en 1180), il sut résister aux barons indociles comme au roi

d'Angleterre, organiser ses domaines, et il compte parmi les plus

grands rois. Philippe fit la guerre au roi d'Angleterre, Henri II, et

soutint ses fils révoltés contre lui. L'un d'eux, Richard, était même

devenu l'ami de Philippe, mangeait à sa table et combattait avec lui

contre le roi Henri. Celui-ci étant mort en 1189, Richard lui succéda.

D'abord rien ne parut changé. Philippe et Richard restèrent amis.

Le royaume de Jérusalem venait d'être détruit. La ville sainte avait

dû se rendre au sultan Saladin (1187). Guillaume, archevêque de Tyr,

vint raconter en Europe les malheurs de la Palestine. Philippe Auguste

partit pour la troisième croisade et Richard promit de le suivre

(1190). En Palestine, les croisés assiégèrent et prirent Ptolémaïs.

Mais les deux amis se brouillèrent. Richard, querelleur, hautain, ne

tarda pas à blesser Philippe, plus calme, plus avisé. Philippe, en

prince prudent, se hâta de revenir dans son royaume (1192).

=Richard Cœur de Lion.=--Richard était demeuré longtemps en Asie à

batailler contre les Sarrasins. Il revenait toujours de la mêlée

hérissé de flèches, «semblable à une pelote couverte d'aiguilles.»

Longtemps les musulmans parlèrent de ses exploits. Lorsqu'un cheval,

effrayé par quelque buisson, se cabrait, son maître lui disait:

«Crois-tu donc que ce soit l'ombre du roi Richard?» Le roi anglais

ne put néanmoins reprendre Jérusalem. Il quitta la Terre Sainte

après avoir conclu un traité avec Saladin. Richard, au retour de la

Palestine, fut obligé de traverser le duché d'Autriche, dont il

avait, à la croisade, insulté le souverain. Reconnu, arrêté, livré à

l'empereur d'Allemagne, Henri VI, il subit quatorze mois de captivité.

Selon la légende, un fidèle trouvère, Blondel, découvrit sa prison en

chantant près de sa tour ses airs favoris. Les barons et le peuple

anglais rachetèrent leur roi au prix de 150.000 marcs d'argent (1194).

Devenue libre, Richard voulut se venger du roi de France. Une guerre

de cinq ans n'aboutit qu'à d'inutiles ravages. Incapable de repos et

toujours avide de gain, Richard courut dans le Limousin assiéger le

château de Chalus, dont le seigneur, disait-on, cachait un trésor: il

périt frappé d'une flèche (1199), et son frère Jean se fit reconnaître

roi d'Angleterre.

Jean, homme à la fois lâche et cruel, poignarde son neveu Arthur

qu'on voulait lui opposer. Philippe profite de l'indignation soulevée

par ce crime pour citer son vassal homicide devant les seigneurs de

sa cour (1203). Jean se garde bien de paraître. La cour prononce la

confiscation des provinces qu'il tenait, en fief, du roi de France, et

Philippe a bientôt mis la main sur la Normandie, l'Anjou, la Touraine,

le Poitou. Jean ne voulut pas même se déranger d'une partie d'échecs

pour répondre aux habitants de Rouen qui venaient le prier de les

secourir. Puis regrettant ses belles provinces, il appela l'empereur

d'Allemagne, Otton IV, pour l'aider à reprendre les pays qu'il n'avait

pas su défendre. Les comtes de Flandre et de Boulogne entrèrent dans

la ligue, voulant arrêter les progrès de la royauté française qui

cherchait à ressaisir, à réunir ses domaines épars. Mais le plus

grand nombre des seigneurs, avec les milices communales, se réunirent

autour de Philippe Auguste qui marcha au-devant de l'armée ennemie,

composée de Flamands, d'Allemands et d'Anglais.

=La bataille de Bouvines.=--A mi-chemin de Tournai à Lille, en

Flandre, se trouve le village de Bouvines. La petite rivière de la

Marque coule près de là et on la franchissait sur un pont rustique.

Philippe faisait passer cette rivière à ses troupes; une partie des

milices communales l'avait déjà franchie; le roi fatigué et accablé

par la chaleur (c'était le 27 juillet 1214), se reposait sous l'ombre

d'un frêne, près d'une chapelle, lorsque l'on annonça que l'ennemi

approchait. Aussitôt le roi se leva, entra dans l'église et, après une

courte prière, il se fit armer et monta à cheval d'un air tout joyeux

comme s'il eût été convié à une noce ou à quelque fête. On criait

de toutes parts dans la plaine: Aux armes, barons! aux armes! les

trompettes sonnaient et les corps de bataille qui avaient déjà passé

le pont retournaient en arrière.

A midi on vit déboucher toute l'armée des coalisés. L'empereur

Otton avec le comte de Flandre, Fernand, et le comte de Boulogne

commandaient les principaux corps des alliés: au centre de leur armée

on voyait un char traîné par quatre chevaux où se dressaient les armes

impériales; «l'aigle d'or tenait dans sa serre un énorme dragon dont

la gueule béante, tournée vers les Français, paraissait vouloir tout

avaler,» dit un chroniqueur. Pour Philippe, il était venu se placer

au premier rang et n'avait pas même, dans son impatience; attendu

l'_oriflamme_, bannière que les rois de France partant en guerre

allaient prendre à l'abbaye de Saint-Denis.

Le combat fut d'abord acharné du côté des Flamands. Mais le comte

de Flandre, Fernand, est blessé et pris; de ce côté, la victoire

est bientôt assurée. Au centre, Philippe Auguste avait couru un

grand danger. Les Allemands avaient pénétré jusqu'à lui et l'avaient

renversé de cheval au moyen de leurs hallebardes. Un seigneur est

presque seul à le protéger, frappant d'une main et élevant de l'autre

la bannière royale en signe de détresse. Les chevaliers accourent.

Philippe est délivré. Otton, enveloppé à son tour, faillit bien aussi

être pris ou tué. Son cheval est blessé, se cabre, se dégage et dégage

en même temps son maître, qui s'enfuit au plus vite hors de la mêlée.

Le char impérial d'Otton fut brisé en mille pièces. Les Anglais furent

les derniers rompus, mais le comte de Boulogne, qui les commandait,

fut pris. De toutes parts la victoire était complète.

Le retour de Philippe Auguste fut un vrai triomphe. A Paris, les

bourgeois et la multitude des écoliers firent une fête sans égale;

le jour ne suffisant pas, ils festoyèrent la nuit avec de nombreuses

lumières. Le peuple sentait l'importance de cette victoire sur les

étrangers: c'était la première victoire nationale.

=Saint Louis.=--Philippe Auguste mourut en 1223, laissant un royaume

agrandi et surtout bien administré, car il fut un prince législateur

aussi bien que guerrier. Son fils Louis VIII, prince brave et surnommé

Cœur de Lion, régna peu, mais réussit à pacifier le Midi, où les

seigneurs du Nord avaient fait contre les Albigeois, qu'on accusait

d'hérésie, une croisade terrible et sanglante. La royauté recueillit

les fruits de cette sinistre expédition sans s'y compromettre, et

le Languedoc fut dès lors rattaché aux domaines de la couronne.

Louis VIII laissa plusieurs enfants dont l'aîné n'avait que douze

ans (1226). La reine Blanche de Castille prit en mains la régence;

pieuse et charitable, Blanche n'en était pas moins d'une rare fermeté;

elle conjura tous les périls, triompha d'une ligue que les seigneurs

avaient formée contre la royauté, et livra un pouvoir affermi à

son fils Louis IX que ses belles leçons avaient orné de toutes les

qualités et de toutes les vertus.

Blanche de Castille avait surtout rendu le plus grand service à son

fils en veillant avec une extrême sollicitude à son éducation. Elle

l'élevait comme un enfant appelé à gouverner un grand royaume et le

nourrit dans les sentiments de la plus austère piété, lui mettant

devant les yeux bons exemples et bons enseignements. Louis rappelait

plus tard que sa mère lui avait fait entendre qu'elle aimerait mieux

le voir mort que le voir commettre un seul péché mortel.

Même quand il allait, pour se récréer, en bois ou en rivière, il était

toujours accompagné de son maître, qui ne cessait de l'instruire.

Aussi devint-il un prince savant pour son temps, et, comme il

inclinait naturellement aux vertus que sa mère s'appliquait à lui

faire aimer, il ne cessa de les pratiquer sur le trône.

=La croisade d’Égypte.=--Louis IX, en 1244, tomba gravement malade.

Il fit vœu alors, s'il guérissait, d'aller en Terre Sainte. Ce fut

la septième croisade. L'expédition fut dirigée contre l'Égypte, parce

que le sultan de ce pays s'était emparé de Jérusalem. L'armée débarqua

devant Damiette en Égypte (1249). Louis IX, impatient, se jeta, l’épée

au poing, dans la mer pour aller attaquer les Sarrasins rangés sur le

rivage. Les Sarrasins s'enfuirent; la ville fut prise.

L'année suivante, la peste envahit l'armée, et il fallut songer à la

retraite. Mais les musulmans enveloppèrent les Français, qui furent

obligés de se rendre.

Les malheurs de ces expéditions mirent dans tout son relief la fermeté

et la patience de Louis IX. Malade lui-même et pouvant à peine se

soutenir, il avait voulu néanmoins demeurer à l'arrière-garde.

Prisonnier, il montra une sérénité inaltérable.

Le sultan demanda, pour la rançon de Louis IX, Damiette et un million

de pièces d'or. Louis répondit qu'il rendrait Damiette pour sa rançon

et payerait pour celle de ses gens le million de pièces: car «un roi

de France, dit-il, ne devait point se racheter à prix d'argent.» Mais

quelques jours après, le sultan était égorgé par les émirs. Louis IX

fut en péril. Un émir furieux se présenta à lui, tenant à la main un

glaive ensanglanté: «Que me donneras-tu, dit-il, pour avoir tué ton

ennemi qui t'eût fait mourir s'il eût vécu?» Louis ne répondit point.

On dit même que les émirs, pleins d'admiration pour sa noblesse d'âme,

songèrent un moment à le prendre pour roi. Enfin ils le délivrèrent,

lui et l'armée. Un seigneur vint dire joyeusement qu'en pesant l'or de

la rançon on avait fait tort aux Sarrasisn de dix mille livres. Le

roi se fâcha et ordonna de les rendre.

Louis ne veut pas encore rentrer en Europe; il va en Syrie

fortifier les derniers boulevards des chrétiens, Césarée, Ascalon,

Saint-Jean-d'Acre. Il y resta même près de deux ans après la mort de

sa mère Blanche de Castille, dont l'administration vigilante avait

conservé la paix au royaume. Un épisode du retour achève de faire

connaître saint Louis. En vue de Chypre, son vaisseau qui a heurté un

écueil est sur le point de sombrer; on supplie instamment le roi de

passer sur un autre vaisseau, avec sa femme Marguerite de Provence,

qui l'a suivi dans sa terrible expédition. «Non, dit le roi, si je

quitte ce navire le pilote en prendra moins de soin, et cinq cents

personnes qui aiment autant leur vie que moi la mienne, périront;

j'aime mieux mettre mon corps, ma femme et mes enfants en la main de

Dieu que de faire si grand dommage à tant de gens.»

Louis IX était la charité même. Comme les seigneurs murmuraient de

voir tant d'argent employé en charités, le roi dit: «J'aime mieux

que l'excès de mes dépenses soit fait en aumônes pour l'amour de

Dieu, qu'en luxe ou en vaine gloire de ce monde.» On le voyait réunir

deux cents, trois cents pauvres autour de lui et leur distribuer de

l'argent. Une fois, à l'entrée d'une ville, une pauvre vieille femme

qui était à la porte de sa maisonnette, dit au roi en lui montrant un

pain qu'elle tenait en sa main: «Bon roi, de ce pain qui est de ton

aumône est soutenu mon mari qui est malade.» Alors le roi prit le pain

en sa main, et dit: «C'est d'assez dur pain.» et il entra dans la

maison pour visiter le malade.

Un jour, on le vit, à Compiègne, servir cent trente-quatre malades

de sa personne. Il ne craignait pas d'approcher des lépreux, et de

les secourir, de leur donner lui-même à manger. Le pieux roi fonda

la maison des aveugles de Paris, appelée les _Quinze-Vingts_, parce

qu'elle était destinée à trois cents aveugles (quinze fois vingt).

=La huitième croisade.=--Louis IX ne pouvait se consoler de l'issue

malheureuse de sa première croisade. Affaibli par l'âge et les

austérités, il voulut en entreprendre une nouvelle: ce fut la huitième

et dernière croisade.

La flotte française se dirigea du côté de l'Afrique. A peine débarqué

sur le rivage de Tunis, près de l'ancienne Carthage, Louis IX fut

atteint avec une grande partie de ses soldats par la peste. Il voulut,

sentant sa dernière heure approcher, et pour donner encore un exemple

d'humilité, qu'on le couchât sur un lit de cendres. Les dernières

paroles qu'il adressa à son fils sont le plus beau testament royal:

«Beau fils, dit-il, aie le cœur doux et compatissant aux pauvres:

ne mets pas de trop grands impôts sur ton peuple, si ce n'est par

nécessité, pour ton royaume défendre. Fais justice et droiture à

chacun, tant au pauvre qu'au riche.»

Le pieux roi montrait la plus sereine résignation au milieu de

ses souffrances. Il rendit l'âme le 25 août 1270 au milieu de la

désolation générale. Au même moment, on entendit le son de joyeuses

trompettes. C'était le frère de saint Louis, Charles d'Anjou, roi de

Naples et de Sicile, qui annonçait son arrivée. Charles ne put que

recueillir et ramener les débris de l'armée.

Aujourd'hui le drapeau français flotte sur cette plage de Tunis

illustrée par la mort de saint Louis.

=Philippe le Hardi (1270-1285).=--Le fils de saint Louis, Philippe le

Hardi, fut un prince sage et pieux, mais ne justifia nullement durant

son règne de quinze ans le surnom de Hardi qu'on lui avait donné sur

la plage de Tunis. Le seul résultat important de son règne fut la

réunion du comte de Toulouse à la couronne après la mort d'Alphonse

de Poitiers, comte de Toulouse (1270), oncle de Philippe, qui avait

épousé l’héritière de cette riche province. Cette réunion, accomplie

en exécution du traité de Meaux de 1229, achevait de joindre la France

du midi à celle du nord.

Un frère de saint Louis, Charles d'Anjou, était devenu roi de Naples

et de Sicile. Mais la tyrannie des Français amena un soulèvement

en Sicile et un affreux massacre des Français, à Palerme, le lundi

de Pâques 1282, à l'heure des vêpres. De là, le nom de _vêpres

siciliennes_ donné à ce massacre que Philippe le Hardi voulut venger

en faisant la guerre au roi d'Aragon, qui avait soutenu les Siciliens.

Cette expédition (1248) fut stérile et Philippe mourut au retour

(1285), à Perpignan.

CHAPITRE VII

PHILIPPE LE BEL ET SES FILS--LES VALOIS--GUERRE DE CENT ANS

=Philippe le Bel (1285-1314).=--Philippe le Bel fut en tout l'opposé

de son aïeul saint Louis. Autant l'un avait aimé la justice et la

paix; autant l'autre chercha le succès par une politique déloyale et

guerrière. Tous deux poursuivaient le même but; fortifier l'autorité

royale. Saint Louis y réussit naturellement, par la sagesse de son

administration et le prestige de ses vertus. Philippe le Bel se vit

sur le point d'échouer par suite de ses violences.

Philippe avait d'abord enlevé la Guyenne à Édouard I^{er}

d'Angleterre; mais il fut forcé de la lui rendre en 1299 et crut bien

faire en mariant sa fille Isabelle au fils d'Édouard. Ce mariage

devait être plus tard la cause des prétentions des rois d'Angleterre à

la couronne de France.

Toujours à court d'argent, Philippe le Bel ne cessait d'en demander au

clergé et le pape protestait. Boniface VIII, d'ailleurs, renouvelant

les traditions de plusieurs papes célèbres, surtout de Grégoire

VII, prétendait régenter les rois. La querelle devint si vive que

Boniface appela le clergé français à Rome afin de travailler avec lui

à la correction du roi et du gouvernement de la France. Philippe

chercha contre le pape un appui dans la nation. Il convoqua, pour la

première fois, avec les nobles et le clergé, les députés des villes

qui formaient ainsi le troisième ordre ou tiers état. C'est ce qu'on

appelle la réunion des _Trois États_ ou _États généraux_. La lutte

devint si vive que le pape voulait déposer le roi. Mais Philippe

envoya un de ses légistes en Italie, Guillaume de Nogaret, qui se

rendit maître de la personne du pape. Boniface VIII, outragé, mourut

de douleur (1303), et Philippe fit arriver au trône pontifical Clément

V, qui transporta le Saint-Siège à Avignon en France.

=Les fils de Philippe le Bel (1314-1328).=--Les trois fils de Philippe

le Bel régnèrent et moururent l'un après l'autre dans l'espace de

quatorze ans (1314-1328). Louis X le Hutin ou le Querelleur sacrifia

d'abord aux vengeances des seigneurs un des ministres de son père,

Enguerrand de Marigny. Puis il affranchit les serfs du domaine royal.

Il ne laissait point de fils et, en vertu de la loi salique, Philippe,

frère de Louis X, lui succéda. Philippe V (1316-1322) rendit de sages

ordonnances, mais lui-même n'eut que des filles, qui furent écartées

du trône. Le frère de Philippe, Charles IV, mourut également sans

laisser de fils, et la ligne des Capétiens directs s'éteignit (1328).

=Philippe VI de Valois (1328-1350); la guerre de Cent Ans.=--Le roi

d'Angleterre, Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa

mère Isabelle, réclamait la couronne de France. Mais on avait déjà

appliqué deux fois la loi salique, et les barons français ne voulaient

point y renoncer au moment où elle devenait une garantie pour la

nationalité française. Ils ne voulaient point d'un roi anglais.

Aussi choisirent-ils pour roi un prince français, Philippe de Valois,

qui descendait de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel. Cette

famille était donc une branche collatérale des Capétiens. L'avènement

de Philippe de Valois, ravivant l'ancienne rivalité de la France et de

l'Angleterre, fut la cause d'une guerre acharnée qui, sauf quelques

intervalles, devait durer cent ans.

=Bataille de Crécy.=--En 1346, Édouard III envahit et pilla la

Normandie. Les barons de France accoururent en si grand nombre sous

la bannière de Philippe, que les Anglais, forcés de se replier,

se trouvèrent dans une situation dangereuse. Édouard III, avec le

sang-froid qui caractérisait déjà les Anglais, s'arrêta près du

village de Crécy, prit position sur une colline et fit faire un grand

parc avec les charrettes de l'armée. Ses archers se placèrent, les uns

sur les chariots, les autres dessous, cherchant à se bien couvrir.

Histoire de France Tirée de Ducoudray · 第 3 / 13 段