_L'ARAIGNÉE DE CRISTAL_
Un grand salon dont une des trois fenêtres ouvre sur
une terrasse remplie de chèvrefeuille. Nuit d'été très
claire. La lune illumine toute la partie où se trouvent
les personnages. Le fond reste sombre. On entrevoit des
meubles de formes lourdes et anciennes. Au centre de cette
demi-obscurité, une haute glace psyché de style empire,
maintenue de chaque côté par de longs cols de cygnes à
becs de cuivre. Un vague reflet de lumière sur la glace,
mais, vu de la terrasse éclairée, ce reflet ne semble pas
venir de la lune, il paraît sortir de la psyché même comme
une lumière qui lui serait propre.
LA MÈRE: 45 ans, des yeux vifs, une bouche tendre; c'est
une figure jeune sous des cheveux gris. Elle porte une
élégante robe d'intérieur noire et une mantille de
dentelles blanches. Voix sensuelle.
L'ÉPOUVANTÉ: 20 ans. Il est maigre, comme flottant dans
son négligé de coutil blanc pur. Sa face est terreuse,
ses yeux sont fixes. Ses cheveux noirs plats luisent sur
son front. Il a les traits réguliers rappelant la beauté
de sa mère, à peu près comme un homme mort peut ressembler
à son portrait. Voix sourde et lente.
Les deux personnages sont assis devant la porte ouverte.
LA MÈRE: Voyons, petit fils, à quoi penses-tu?
L'ÉPOUVANTÉ: Mais... à rien, mère.
LA MÈRE (_s'allongeant dans son fauteuil_): Quel parfum, ce
chèvrefeuille! Sens-tu? Ça vous grise. On dirait une de ces fines
liqueurs de dame... (_Elle fait claquer sa langue_).
L'ÉPOUVANTÉ: Une liqueur, ce chèvrefeuille? Ah?... oui, mère.
LA MÈRE: Tu n'as pas froid, j'espère, de ce temps-là? Et tu n'as pas la
migraine?
L'ÉPOUVANTÉ: Non, merci, mère.
LA MÈRE: Merci quoi? (_Elle se penche et le regarde attentivement._)
Mon pauvre petit Sylvius! Avoue-le donc, ce n'est pas gai de tenir
compagnie à une vieille femme. (_Humant la brise._) Quelle douce nuit!
C'est inutile de demander les lampes, n'est-ce pas? J'ai dit à François
d'aller se promener, et je parie qu'il court le guilledou avec les
bonnes. Nous resterons ici jusqu'au moment où la lune tournera...
(_Moment de silence. Elle reprend gravement._) Sylvius, tu as beau t'en
défendre, tu as un chagrin d'amour. Plus tu vas, plus tu maigris...
L'ÉPOUVANTÉ: Je vous ai déjà déclaré, mère, que je n'aimais personne
que vous.
LA MÈRE (_attendrie_): Cette bêtise! Voyons, si c'est une fille de
princesse, nous pourrions nous l'offrir tout de même. Et si c'est une
maritorne, pourvu que tu ne l'épouses pas...
L'ÉPOUVANTÉ: Mère, vos taquineries m'enfoncent des aiguilles dans le
tympan.
LA MÈRE: Et si c'est la dette, la grosse dette, hein? Tu sais que je
puis la payer.
L'ÉPOUVANTÉ: Encore la dette! Mais j'ai plus d'argent que je ne peux en
dépenser.
LA MÈRE (_baissant le ton et rapprochant son fauteuil_): Alors... tu
ne vas pas te fâcher, Sylvius? Dame! Vous autres hommes, vous avez des
secrets plus honteux que des mauvaises passions et des dettes... J'ai
résolu de me mêler de tout... tu m'entends? Si celui qui est ma propre
chair était malade... eh bien (_finement_), nous nous soignerions...
L'ÉPOUVANTÉ (_avec un geste de dégoût_): Vous êtes folle, ma mère.
LA MÈRE (_avec emportement_): Oui, je commence en effet à croire que je
perds la tête rien qu'à te regarder! (_Elle se lève._) Est-ce que tu ne
t'aperçois pas que tu me fais peur?
L'ÉPOUVANTÉ (_tressaillant_): Peur!
LA MÈRE (_revenant et se penchant sur lui, câline_): Je n'ai pas voulu
te peiner, mon Sylvius! (_Un temps, puis elle se relève, et parle avec
véhémence_) Oh! quelle est la gueuse qui m'a pris mon Sylvius? Car il
y a une gueuse, c'est certain...
L'ÉPOUVANTÉ (_haussant les épaules_): Mettons en plusieurs, si cela
vous convient, ma mère.
LA MÈRE (_demeurant debout et semblant se parler à elle-même_): Ou bien
un vice effroyable, un de ces vices dont nous ne nous doutons même pas,
nous, les femmes honnêtes. (_Elle s'adresse à lui._) Depuis que tu es
ainsi, je lis des romans pour essayer de te deviner, et je n'ai rien
découvert encore que je ne sache déjà.
L'ÉPOUVANTÉ: Oh! je m'en doute.
LA MÈRE: C'est décidé! Demain, nous inviterons des femmes, des jeunes
filles. Tu reverras Sylvia, ta cousine. Tu la suivais jadis comme un
toutou, et elle est devenue charmante; un brin coquette, par exemple,
mais si curieuse avec ses imitations de toutes les cantatrices en
vogue!... Oh! mon chéri, la femme, ce doit être la seule préoccupation
de l'homme. Puis l'amour vous fait beau! (_Elle lui caresse le
menton._) Tu pourras redemander la glace de ton cabinet de toilette!...
L'ÉPOUVANTÉ (_se dressant avec un geste d'effroi_): La glace de mon
cabinet de toilette!... Mon Dieu! des femmes, des jeunes filles, des
créatures qui ont toutes au fond des yeux des reflets de miroirs... Ma
mère! Vous voulez me tuer...
LA MÈRE (_étonnée_): Quoi! Encore des idées à propos des miroirs! C'est
donc sérieux, cette manie? Ma parole, il a fini par s'imaginer qu'il
était laid. (_Elle rit._)
L'ÉPOUVANTÉ (_jetant un regard furtif derrière lui, du côté de la
psyché que la lune éclaire lointainement_): Maman, je vous en prie,
abandonnons cette discussion. Non, mon physique n'est pas en jeu... Il
y a des causes morales... Mon Dieu! Vous voyez bien que j'étouffe!...
Est-ce que vous comprendriez!... Oh! depuis huit jours, c'est une
persécution incessante! Vous m'accablez! Non, je ne suis pas
souffrant!... J'ai besoin de solitude, voilà tout. Invitez tous les
miroirs qu'il vous plaira, et accrochez au mur toutes les femmes de la
terre, mais ne me chatouillez pas pour me faire rire... Ah! c'est trop,
c'est trop!... (_Il retombe sur son fauteuil._)
LA MÈRE (_l'entourant de ses bras_): Tu étouffes, Sylvius, à qui le
dis-tu? Moi, je meurs de chagrin de te voir cette mine taciturne. Un
bon mouvement, je suis capable de te comprendre, va... puisque je
t'adore!... (_Elle l'embrasse._)
L'ÉPOUVANTÉ (_avec explosion_): Eh bien! oui, là, j'ai peur des
miroirs, faites-moi enfermer si vous voulez!
(_Moment de silence._)
LA MÈRE (_avec douceur_): Nous enfermerons les miroirs, Sylvius.
L'ÉPOUVANTÉ (_lui tendant les mains_): Pardonnez-moi, mère, je suis
brutal. Sans doute, j'aurais dû parler plus tôt, mais c'est un supplice
que de songer qu'on va se moquer de vous. Et cela ne peut guère se
dire en deux mots... (_Il passe les mains sur son front_) Mère, que
voyez-vous quand vous vous regardez? (_Il respire avec effort._)
LA MÈRE: Je me vois, mon Sylvius (_Elle se rassied tristement et hoche
la tête_), je vois une vieille femme! Hélas!...
L'ÉPOUVANTÉ (_lui jetant un regard de commisération_): Ah! Vous n'avez
jamais vu _là-dedans_ que vous-même? Je vous plains! (_S'animant_)
Et moi, il me semble que l'inventeur du premier miroir dut devenir
fou d'épouvante en présence de son œuvre! Donc, pour vous, femme
intelligente, il n'y a dans un miroir que des choses simples? Dans
cette atmosphère d'inconnu, vous n'avez pas vu se lever soudainement
l'armée des fantômes? Sur le seuil de ces portes du rêve, vous n'avez
pas démêlé le sortilège de l'infini qui vous guettait? Mais c'est
tellement effrayant, un miroir, que je suis ahuri, chaque matin, de
vous savoir vivantes, vous, les femmes et les jeunes filles qui vous
mirez sans cesse!... Mère, écoutez-moi, c'est toute une histoire, et
il faut remonter loin pour découvrir la cause de ma haine contre les
glaces, car je suis un prédestiné, j'ai été _averti_ dès mon enfance...
J'avais dix ans, j'étais là-bas, dans le pavillon de notre parc, tout
seul, et, en présence d'un grand grand miroir qui n'y est plus depuis
longtemps, je feuilletais mes cahiers d'écolier, j'avais un pensum à
écrire. La chambre close, aux rideaux tirés, me faisait l'effet d'une
demeure de pauvres; elle se meublait de chaises de jardin toutes
rongées d'humidité, d'une table couverte d'un tapis sale et troué. Le
plafond suintait, on entendait la pluie qui claquait sur un toit de
zinc à moitié démoli. La seule idée de luxe était éveillée par cette
grande glace, oh! si grande, haute comme une personne! Machinalement,
je me regardais. Sous la limpidité de son verre, elle avait des taches
lugubres. On eût dit, s'arrondissant à fleur d'une eau immobile, des
nénuphars, et plus loin, dans un recul de ténèbres, se dressaient des
formes indécises qui ressemblaient à des spectres se mouvant à travers
le ruissellement de leur chevelure vaseuse. Je me rappelle que j'eus,
en me mirant, la sensation bizarre d'entrer jusqu'au cou dans cette
glace comme dans un lac limoneux. On m'avait enfermé à clé, j'étais
en pénitence, et il me fallait ainsi, bon gré mal gré, rester dans
cette eau morte. A force de fixer mes yeux sur les yeux de mon image,
je distinguai un point brillant au milieu de ces brumes, et en même
temps je perçus un léger bruit d'insecte venant de l'endroit où je
voyais le point. Très insensiblement ce point s'irradia en étoile. Il
pétillait comme une fulguration vivante au sein de cette atmosphère de
sommeil, il bruissait pareil à une mouche contre une vitre. Mère! je
voyais et j'entendais cela! Je ne rêvais pas le moins du monde. Pas
d'explication possible pour un gamin de dix ans, pas plus que pour un
homme, je vous assure! Je savais qu'au pavillon attenait un hangar où
l'on serrait les outils de jardinage; mais il n'était pas habité. Je
me disais que, probablement, quelque araignée d'une espèce inconnue
allait me sauter à la face, et, stupide, je demeurais là, les bras
figés le long du corps. L'araignée blanche avançait toujours, elle
devenait un jeune crabe à carapace d'argent, sa tête se constellait
d'arêtes éblouissantes, toujours ses pattes s'allongeaient sur ma
tête réfléchie, elle envahissait mon front, me fendait les tempes, me
dévorait les prunelles, effaçait peu à peu mon image, me décapitait.
Un moment je me vis debout, les bras tordus d'horreur, portant sur mes
épaules une bête monstrueuse qui avait l'aspect sinistre d'une pieuvre!
Je voulais crier; seulement, comme il arrive dans tous les cauchemars,
je ne le pouvais pas. Je me sentais désormais à la merci de l'araignée
de cristal, qui me suçait la cervelle! Et elle continuait à bruire,
d'un bourdonnement de bête qui a l'idée d'en finir une bonne fois
avec un ennemi... Tout à coup, la grande glace éclata sous la pression
formidable des tentacules du monstre, et toute cette fiction s'écroula
en miettes étincelantes dont l'une me blessa légèrement à la main.
Je poussai des cris déchirants et je m'évanouis.... Quand je fus en
état de comprendre, notre jardinier, qui avait pénétré dans ma prison
pour me rassurer, me montra le vilebrequin dont il se servait, _de
l'autre côté de la muraille_, à seule fin de planter un énorme clou! Le
mur percé, il avait également percé la glace, ne se doutant de rien,
poursuivant son travail qu'accompagnait le grincement de l'outil. Ma
blessure n'était pas grave... Le brave homme craignait des scènes...
et je promis de me taire... A partir de ce jour, les miroirs m'ont
singulièrement préoccupé, malgré l'aversion nerveuse que j'éprouvais
pour eux. Ma courte existence est toute moirée de leurs sataniques
reflets. Et après le premier heurt physique, j'ai reçu bien d'autres
chocs spirituels... Ici, c'est le souvenir grotesque de la tête que
j'avais sous les lauriers du collège. Là, c'est la transparente
photographie de mes péchés de libertin... Il y a un mystère dans cette
poursuite du miroir, dans cette chasse à l'homme coupable dirigée
contre moi seul!--(_Il rêve un moment, puis reprend, s'animant de plus
en plus._) Contre moi seul?... Mais non! Croyez-le, mère, ceux qui
voient _bien_ sont aussi épouvantés que moi. En somme, sait-on pourquoi
ce morceau de verre qu'on étame prend subitement des profondeurs de
gouffre... et double le monde? Le miroir, c'est le problème de la vie
perpétuellement opposé à l'homme! Sait-on au juste ce que Narcisse a vu
dans la fontaine et de quoi il est mort?...
LA MÈRE (_frissonnant_): Oh! Sylvius! Tu m'effrayes, maintenant. Ce ne
sont donc pas des contes à dormir debout que tu me fais? Est-ce que...
sincèrement, tu penses à ces choses?
L'ÉPOUVANTÉ: Mère, oseriez-vous, à cette heure, vous aller regarder
dans une glace?
LA MÈRE (_se retournant vers le fond du salon et très troublée_): Non!
Non! Je n'oserais pas... Si nous allumions une lampe...
L'ÉPOUVANTÉ (_la forçant à se rasseoir et ricanant_): Là... je savais
bien que, vous aussi, vous auriez peur! Tout à l'heure, vous y
verrez très clair! Pourquoi vous obstinez-vous, femme, à peupler nos
appartements de ces cyniques erreurs qui font que je ne puis jamais,
_jamais_ être seul? Pourquoi me lancez-vous à la tête cet homme-espion
qui a l'habileté de pleurer mes larmes? J'ai vu, un soir que je vous
mettais une pelisse de fourrure sur les épaules en sortant d'un bal,
j'ai vu dans un miroir sourire voluptueusement une dame qui vous
ressemblait, ma mère!... Un matin que j'attendais ma cousine Sylvia, me
morfondant derrière sa porte, un bouquet d'orchidées à la main, j'ai vu
cette porte s'entrebâiller sur une glace immense où se reflétait une
belle fille nue à la pose provocante!... Les glaces, ma mère, sont des
abîmes où sombrent à la fois et la vertu des femmes et la tranquillité
des hommes.
LA MÈRE: Tais-toi! je ne veux plus t'écouter.
L'ÉPOUVANTÉ (_lui saisissant le bras et se levant_): Mère, avez-vous
rencontré les glaces raccrocheuses qui vous happent au passage dans les
rues des grandes villes? Celles qui vous tombent dessus brusquement
comme des douches? Les glaces des devantures entourées de cadres
odieusement faux, comme le sont de fards et de stras les créatures
à vendre? Les avez-vous vues vous offrir leurs flancs rayonnants
où tous les passants se sont successivement couchés? Les infernaux
miroirs! Mais ils nous harcèlent de tous les côtés! Ils surgissent
des océans, des fleuves, des ruisseaux! En buvant dans mon verre, je
constate mes hideurs. Le voisin qui croit n'avoir qu'un ulcère en a
toujours deux!... Les miroirs, c'est la délation personnifiée, et ils
transforment un simple désagrément en un désespoir infini. Ils sont
dans la goutte de rosée pour faire d'un cœur de fleur un cœur gonflé de
sanglots. Tour à tour pleins de menteuses promesses de joie ou remplis
de secrets honteux (et stériles comme des prostituées), ils ne gardent
ni une empreinte, ni une couleur. Si devant le miroir que je contemple,
_elle_ a glissé aux bras d'un _autre_, c'est toujours moi que je vois à
la place de _l'autre_! (_Furieux._) Ils sont les tortureurs scandaleux
qui demeurent impassibles, et cependant, doués de la puissance de
Satan, s'ils voyaient Dieu, ma mère, ils seraient semblables à lui!...
LA MÈRE (_d'un ton suppliant_): Sylvius! la lune est à l'angle du mur.
Va chercher une lampe, je veux y voir...
L'ÉPOUVANTÉ (_d'une voix redevenue sourde_): Oh! je vous dis ces
choses parce que vous m'y forcez! Je n'ai vraiment aucune qualité
pour devenir le révélateur funeste, mais il est bon que les femmes
aveugles apprécient, par hasard, l'épouvantable situation qu'elles
font aux hommes qui voient, même dans les ténèbres. Vous installez
somptueusement chez nous ces geôliers impitoyables, il nous faut
les supporter pour l'amour de vous. Et en échange de notre patience
ils nous soufflètent de notre image, de nos vilenies, de nos gestes
absurdes. Ah! qu'ils soient maudits au moins une fois, vos doubles!
Qu'ils soient maudits, nos rivaux! Il y a entre eux et vous un pacte
diabolique. (_D'un accent désolé._) As-tu remarqué, par quelque matin
d'hiver neigeux, ces oiseaux tournoyants au-dessus du piège qui
scintille et leur fait croire à un miraculeux monceau d'avoine d'argent
ou de blé d'or? Les as-tu vus, comme ils tombent, tombent, un à un, du
haut des cieux, les ailes meurtries, le bec sanglant, les yeux pourtant
encore éblouis par les splendeurs de leur chimère! Il y a le miroir aux
alouettes et il y a le miroir aux hommes, celui qui est à l'affût au
détour dangereux de leur existence obscure, celui qui les verra mourir
le front collé au cristal glacé de son énigme.....
LA MÈRE (_se cramponnant à lui_): Non! Assez! je souffre trop! Ta voix
me tue! L'angoisse me serre la gorge. Tu n'as donc pas pitié de ta
mère, Sylvius? J'ai voulu savoir, j'ai eu tort. Pardon! Va chercher les
lampes, je t'en supplie! (_Elle se met à genoux, joint les mains._) Je
suis comme paralysée...
L'ÉPOUVANTÉ (_chancelant_): Je crains, moi, le miroir caché dans
l'ombre, votre grande psyché, ma mère...
LA MÈRE (_exaspérée_): Lâche! Est-ce que je n'ai pas encore plus peur
que toi! M'obéiras-tu, à la fin!
L'ÉPOUVANTÉ (_se redressant, hors de lui_): Eh bien, soit! je vais vous
chercher la lumière!
(_Il s'élance avec rage dans la direction de la psyché, derrière
laquelle se trouve la porte du salon. Un instant, il court au milieu
d'une nuit profonde... Tout à coup, la bousculade terrible d'un meuble
énorme, le bruit sonore d'un cristal qui se brise et le hurlement
lamentable d'un homme égorgé..._)