Ce nom de cocu vous décore,
Et par ce nom l'on est contraint
De vous adorer comme saint.
Mais advisez si Dieu vous prise
Qui vous fait _semblable à Moyse_:
Car, quand les tables il reçut,
Soudainement il s'apparut,
Estant descendu de la nuë,
Qu'il avoit la tête cornuë,
Qui me fait croire, en vérité.
Qu'encores a divinité.
(_Recueil des oeuvres poétiques de Jan Passerat_, etc.,
Paris, 1606, in-8º. _Consolation aux cocus_.)
[95] C'est l'évêché de Paris, alors vacant, et dont on disposa à cette
époque, ainsi qu'il sera dit plus loin.
[96] «Il faisoit partir de Paris force convois d'argent, sous prétexte
de payer l'armée, mais la plupart demeuroient dans Bloys.» _L'ombre de
Monseigneur le duc de Mayenne, etc. Recueil des plus curieuses pièces,
etc._, p. 379.
[97] Monheur est un château près de Toulouse, qui, après la mort de
Boesse, s'étoit ouvertement révolté contre le roi. Il résista plus
long-temps qu'on ne l'avoit pensé, et, pour comble de disgrâce, les gens
de Sainte-Foy massacrèrent à Gontault bon nombre des gendarmes de
Luynes. Le connétable s'en affecta jusqu'à tomber malade. Il venoit de
s'aliter, quand la place se rendit enfin, le 12 décembre. Il étoit trop
tard. «Ce succès si désiré, dit Richelieu, fut à peine ressenti du
connétable, que la maladie avoit déjà réduit jusques à l'extrémité, et
l'emporta deux jours après, qui fut le quatorzième jour de décembre.»
_Mémoires_ (collect. Petitot, 2e série, t. 22, p. 162).
[98] Jean Belot, curé de Mil-monts, étoit alors, comme Morgard ou
Mauregard, l'un des plus grands faiseurs d'almanachs. Voici le titre
bizarre de celui qu'il avoit publié au commencement de 1621, et qui
prédisoit, à en croire nos caqueteuses, la mort du connétable, survenue
le 15 décembre de la même année: «_Centuries prophetiques revelées par
sacrée théurgie et secrete astrologie à M. Jean Belot, curé de
Mil-monts, professeur ès mathématiques divines et celestes, auxquelles
centuries est predit les evenements, affaires et accidens plus signalés
qui adviendront en l'Europe, aux années suivantes jusques en l'an
1626_... Paris, A. Champenois, 1621, in-8 pièce.--On se préoccupoit
beaucoup, à Paris et dans la province, de ces prophéties d'almanach.
Malherbe se croit obligé, par exemple, de rassurer l'un de ses cousins
de Normandie sur les inquiétudes que ces prédictions lui donnoient au
sujet du voyage du roi, qui venoit de partir pour la Guienne.
«Mauregard, lui dit-il, le curé de Mil-monts, et tous les autres
faiseurs de prophéties, mentent. Vos astrologues ne sont pas plus
clairvoyants qu'eux. Il ne faut pas avoir peur de leurs almanachs plus
que des autres.»
[99] Ces almanachs étoient partout, je le répète, la grande affaire des
caqueteuses. Celles qui sont mises en scène dans une autre pièce parue
vers le même temps, _Le grand procez et la querelle des femmes du
faubourg S.-Germain avec les filles du faubourg Montmartre sur l'arrivée
du Régiment des Gardes, etc._ Paris, 1623, in-12, p. 1, parlent aussi du
curé de Mille-monts (_sic_), de son almanach, et du diable d'argent «à
qui chacun tire la queue», qu'il y a fait peindre.
[100] Richelieu semble croire lui-même à la vérité des prophéties faites
au sujet de la mort de Luynes, et va jusqu'à invoquer, comme article de
foi, l'almanach du curé devin. «L'almanach du curé de Millemont, dit-il,
citant un autre passage que celui auquel il est fait ici allusion,
portoit en termes exprès que, depuis le mois d'août jusques à la fin de
l'année, un grand _Philocomée_ auroit bien mal à la tête, et seroit
contraint de se ranger au lit, avec danger de sa personne; que ce ne
seroit pas du tout sa maladie qui lui causeroit ceste fascherie, mais
des nouvelles qui lui viendroient de la perte de quelques siennes
troupes, qui auroient été mises en fuite; et le même almanach, en la
fin, où il mettoit les jours heureux de l'année, remarque
particulièrement celui de sa mort, jour heureux pour le roi et son
état.» _Mémoires de Richelieu_, Coll. Petitot, 2e série, t. 22, p.
165.
[101] On ne s'en tint pas aux prédictions faites avant, il y eut des
horoscopes faits après, et d'autant plus certains; celui-ci, par
exemple, paru dans l'année qui suivit la mort de Luynes: _L'horoscope du
connétable et le passe-partout des favoris_, 1622, in-8 pièce.
[102] L'un étoit Honoré d'Albert, qu'on appela d'abord M. de Cadenet, à
cause du château patrimonial, puis M. de Chaulne, quand il eut épousé
Charlotte d'Ailly, dame de Pocquigny et de Chaulne, l'unique héritière
de cette illustre maison. Fait maréchal à l'occasion de ce mariage, il
fut plus tard créé duc. Le second frère du connétable, Léon d'Albert,
qu'on nommoit M. de Brantes, épousa une fille de la maison de
Luxembourg. Il en prit le nom et les armes pleines, et s'intitula duc de
Luxembourg et de Piney.
[103] Le prince de Condé, catholique assez indifférent jusque alors, et
guerrier très calme, s'étoit pris tout à coup d'une grande haine contre
les huguenots et d'une belle ardeur belliqueuse. Bien qu'on n'en comprît
pas la raison, qui n'étoit autre, à ce qu'il paroît, que certain espoir
fondé sur une prédiction qui lui promettoit la couronne à l'âge qu'il
avoit alors, et qui le portoit à se faire chef d'armée d'abord, pour
mériter mieux d'être chef d'état ensuite. Bien qu'on eût cette soudaine
résolution en défiance, comme on y trouvoit une nouvelle force contre
les rebelles, on n'étoit pas sans y applaudir. C'est ce qui justifie ce
passage des _Caquets_ sur l'influence de Condé dans le conseil. V., sur
toute sa conduite alors, et sur ce qu'on en pensoit, Vittorio Siri,
_Memorie recondite_, t. 5, p. 404, et _Mém._ de Richelieu, Coll.
Petitot, 2e série, t. 21, p. 326.
[104] Le prince de Joinville, fils du _Balafré_ et frère du duc de
Guise, ainsi que de Louis de Lorraine, cardinal de Guise, devoit à sa
fidélité pour le parti de la cour le rétablissement de ses affaires. V.
sur lui les _Lettres de Richelieu_, publiées, par M. Avenel, dans la
_Collection de documents inédits_, t. 1, p. 462, 475.
[105] C'est justement le projet qu'on eut alors, et qui, après avoir été
formulé longuement par lettres patentes de février 1622, ne reçut pas
d'exécution. Il s'agissoit d'établir au Cours, la Reine une maison
royale qui devoit s'appeler d'abord _Maison des oeuvres de
miséricorde_, puis _Maison royale de Monheurt_, en souvenir de la prise
récente de cette petite ville (V. plus haut). Cette sorte d'hospice eût
été instituée, d'après les termes mêmes de l'ordonnance, «pour le
soulagement des pauvres valides..., le moyen de leur apprendre à
travailler en tous arts, etc.» V. sur tout ce projet et son plan
développé l'article de la Revue rétrospective: _Un dépôt de mendicité
sous Louis XIII_, 2e série, t. 3, p. 207 et suiv.
[106] Il est aussi parlé de la «bande des assassins du faubourg
S.-Germain» dans _Les effroyables pactions faictes entre le Diable et
les prétendus Invisibles_, Paris, 1623, in-8, p. 20. Ces attaques
continuelles rendoient les Parisiens très peureux, et surtout très
casaniers, quand venoit le soir. «Ils ont cette particularité, écrit
Davity, qu'ils ne bougent point de leur logis la nuict, quelque bruit
qu'ils oyent parmi la rue et quoique quelqu'un crie qu'on le vole ou
qu'on l'assassine. De sorte qu'une personne qui se trouve parmy des
tireurs de manteaux ne doit espérer, après Dieu, qu'en ses mains ou bien
en ses pieds. Et ce qui les retient au logis en cette sorte, c'est
qu'ils ont souvent de fausses alarmes, que quelques yvrongnes leur
donnent, ou bien des cris de quelques vagabonds qui se plaisent à mettre
le monde en action, afin de s'en rire après, ou de quelques méchants qui
font ce bruit à dessein, afin d'essayer de faire sortir et d'assassiner
ceux qu'ils hayssent.» Davity, _Les Estats_, _Empires_, etc., in-fol.
1625, p. 75.
[107] On en avoit beaucoup parlé peu de mois auparavant. La réforme
qu'on vouloit introduire dans leur grand couvent de Paris les avoit mis
en émoi. Ils refusoient surtout d'aller pieds nus. Leur rebellion avoit
pris les proportions d'une émeute le 26 février 1621; on avoit été
obligé de se saisir du père gardien et de renfermer à l'Ave-Maria, et
cette rigueur avoit motivé de nouveaux murmures. V. _Mercure françois_,
t. 8, p. 504.
[108] Le titre du petit livret rare cité dans la note précédente est à
lui seul une preuve qu'alors on se préoccupoit beaucoup des _Esprits_ et
des _Invisibles_. L'arrivée à Paris des frères de la Rozée-Croix
(_sic_), qui venoient y faire séjour, _visibles et invisibles_, en cette
même année 1623, contribua singulièrement à entretenir ces chimères, et
à inspirer des écrits pour ou contre, dans le genre de celui de tout à
l'heure. Nous en connaissons un autre, fait en haine des nouveaux venus,
et dont voici le titre: _L'Examen sur l'Inconnue et nouvelle caballe des
frères de la Rosée Croix, habituez depuis peu de temps en la ville de
Paris, ensemble l'histoire des moeurs, coustumes, prodiges et
particularités d'iceulx_, MDCXXIIII.
[109] Anne d'Autriche aimoit en effet à s'enquérir de ces choses
surnaturelles, de ces histoires d'Esprits qui couraient alors le monde,
Paris comme la province. Il y en avoit un à La Flèche qui faisoit
beaucoup de bruit. Malherbe en reçut des nouvelles par Racan; et comme
il y avoit là «de quoy entretenir la reine», il se hâta de remercier son
ami, et de lui demander de nouveaux détails, par une lettre du 4
novembre 1623. D'après les questions qu'il lui mit touchant cet esprit,
dont il paroît que les Jésuites s'occupoient fort, on voit qu'il étoit
d'une assez amoureuse nature. «Informez-vous, dit-il, quand commença la
recherche de cet inconnu, et combien de temps après le mariage; s'il
couche avec elle, et ce que le mary fait ce pendant; ce qu'en dit la
demoiselle; et si, quand ils sont ensemble dans le lict, il ne parle
point à elle, et ce qu'il luy dit; si elle est melancolique, et si elle
tesmoigne n'y prendre point de plaisir.»
[110] On pense que le couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques,
qui avoit pris la place du prieuré de Notre-Dame-des-Champs, occupoit un
terrain consacré autrefois à _Cérès_. L'église auroit ainsi remplacé le
temple. On fondoit cette opinion sur l'apparence singulière de la statue
mise tout au haut du pignon, et qu'on croyoit être celle de la déesse.
Charles Patin et Moreau de Mautour étoient de cet avis. Ils prétendoient
qu'il falloit voir dans l'espèce de faisceau qui surmontoit la statue la
gerbe d'épis, attribut de Cérès. Piganiol combat cette opinion, et
Saint-Foix la soutient. Mais il paroît prouvé aujourd'hui que cette
statue étoit tout simplement celle de saint Michel, qu'on avoit coiffée
de pointes de fer, afin d'empêcher les oiseaux de s'y percher. Ce
passage des Caquets est curieux en ce qu'il prouve la perpétuité des
souvenirs du paganisme chez le peuple de Paris, et l'espèce d'action que
ces souvenirs pouvoient avoir sur l'opinion des savants, sans que
ceux-ci daignassent l'avouer.
[111] _Var._ Le _Recueil général_ ajoute: Jusques aux os.
[112] _Var. Rec. gén._: Saint-Honoré.
[113] _Var._ Dans le _Recueil général_, les mots _partisan_--_dame
d'honneur_, sont remplacés par: «Vendant vin, de peu d'effet, qui est
venu tout en une nuict, comme les potirons. Il a pourtant des commoditez
de son deffunt oncle. Il peut, en bref, vous faire grand dame.»
[114] _Var._ Le _Recueil général_ ajoute: Car j'aimais un de notre
vacation.
[115] _Var. Rec. gén._: Mon père et ma mère.
[116] _Var._ Le _Rec. gén._ ajoute: Ny n'en auray jamais.
[117] _Var._ Le _Rec. gén._ ajoute ici: Des héritiers.
[118] _Var._ Dans le _Rec. gén._, _de nos voisines_ est remplacé par
_joualière_.
[119] _Var._ Le _Rec. gén._, au lieu de: _au gasteau_, porte: sinon que
quatre mille francs de don, à quoi elle se doit contenter.
[120] _Var._ Le _Rec. gén._ ajoute: luy-mesme.
[121] L'ambition de la nouvelle congrégation de l'Oratoire et ses
tentatives entreprenantes, tant en France qu'à Rome, où M. de Bérulle,
leur fondateur, pouvoit beaucoup, étoient des faits acquis et qui
causoient du murmure. Nous lisons dans une petite pièce singulière et
très rare adressée à l'un de leurs adhérents:
Vostre style n'est pas esgal;
On tient que ceux de l'Oratoire
Vous ont fourny quelque memoire:
Vous n'estes au rapport legal.
Ils ont avec vous entrepris
De faire la guerre aux chapitres,
De s'attacher partout aux mitres,
Et de prendre ce qui n'est pris.
(_Le Piquet de trique-mouche envoyé pour estrennes par Gueridon à
l'autheur de la Plainte apologetique pour faire le voyage de
Saint-Jacques._ In-12, 1626, p. 99-100.)
[122] Il y avoit trois ans déjà, car la première démarche datoit de
1619, que les oratoriens tendoient, avec l'agrément de Louis XIII, il
est vrai, à s'établir comme administrateurs spirituels et laïcs de
l'hospice et de l'église de Saint-Louis-des-François, à Rome. Le pape
donna son consentement, et M. de Bérulle profita, pour hâter l'affaire,
de la mission qui lui fut donnée en vue du mariage de madame Henriette
de France avec le prince de Galles, qu'on vouloit faire agréer du
Saint-Père. (_Mém. de Richelieu_, Coll. Petitot, 2e série, t. 18, p.
312, 469.) C'est donc avec une intention malicieuse qu'il est parlé ici
de «mille tours et ambassades».
[123] Ces pauvres prêtres firent si bien, avec l'aide des
administrateurs laïcs et spirituels qu'on menaçoit de déposséder; avec
le secours du commandeur de Sillery, puis de M. de Béthune, tour à tour
ambassadeurs de France à Rome, et tous deux opposés aux prétentions de
M. de Bérulle, qu'on leur donnoit malgré eux pour collègue; avec l'aveu
secret de Richelieu, qui combattoit partout le fondateur de l'Oratoire,
que les choses traînèrent en longueur pendant plus de dix ans, en dépit
du pape et du roi, et que la solution définitive n'arriva qu'après la
mort de M. de Berulle, en 1629.
[124] Ils n'y réussirent point; mais ils firent tant qu'ils
supplantèrent les chanoines dans la faveur du roi. En 1637, Louis XIII
ordonna, par lettres patentes, que les Pères de l'Oratoire fussent
_tenus ses chapelains_.
[125] Le P. de Bérulle avoit d'abord voulu établir ses Oratoriens à
l'hôtel de Luxembourg (_Perroniana_, 3e édit., p. 214). La reine
l'ayant acheté, il se rejeta sur le vieil hôtel du Bouchage, que le
séjour de Gabrielle avoit récemment fait appeler hôtel d'Estrées. Il
l'acquit en 1616, moyennant quatre-vingt-dix mille livres. (Piganiol, t.
2, p. 282.)
[126] C'est, en effet, la vue et l'espace qui manquoient surtout à la
maison de l'Oratoire, encaissée comme elle l'étoit entre le Louvre et la
rue sombre de Saint-Honoré. Afin même de donner à la façade de l'église
la perspective qui lui faisoit défaut à cause de cette situation,
l'architecte Jacques Le Mercier la mit de biais, comme on la voit
encore, et, dit Piganiol (_ibid._), «lui donna ainsi l'avantage d'être
vue de beaucoup plus loin, arrivant par la rue de la Ferronnerie.»
[127] Les Oratoriens de France, pour imiter encore en cela ceux de Rome,
à qui l'art musical doit, comme on sait, les premiers _Oratorio_,
voulurent donner un attrait de nouveauté à la partie lyrique de leurs
offices. Ils firent si bien qu'on ne les appela plus que les _Pères au
beau chant_. «Dès que cette église fut bâtie, dit Piganiol, la plupart
des gens de la cour n'en fréquentoient point d'autre que celle-ci; et
afin de les rendre plus attentifs aux offices divins et plus dévots, le
P. Bourgoing, qui étoit habile musicien, s'avisa de mettre les pseaumes
et quelques cantiques sur des airs qu'on chantoit pour lors. Et voilà
l'origine du chant particulier que les prêtres de l'Oratoire de la
congrégation de France ont substitué dans leur église au chant
grégorien.»
[128] Ces plaintes éloquentes se retrouvent dans plusieurs écrits du
temps, mais nulle part avec plus de vigueur et de virulence que dans
_les Satyres du sieur Auvray_. Ainsi, dans sa _Complainte de la France
en l'an mil six cent quinze_ (p. 202), il dit, apostrophant les
Huguenots:
Jusqu'à quand, esprits factieux,
Ressemblerez-vous la vipère
En deschirant, seditieux,
Les flancs de vostre propre mère?
Rebelles, que vous ai-je fait?
Suis-je une marastre cruelle?
Après n'avoir succé le laict,
Faut-il m'arracher la mamelle?
[129] Le poète Auvray s'en prend encore, avec sa vigueur haineuse, à
l'ardeur vivace et éternelle du parti huguenot. Il va jusqu'à exalter
l'utilité de la Saint-Barthelemy:
........... Et puis ces Lestrigons
Se disent reformez! O tigres, ô dragons!
Helas! combien de fois vos sanglantes furies
De nos temples sacrez ont fait des boucheries!
Le sang y fume encor, et, sans verser des pleurs,
Je n'en peux dans mes vers exprimer les malheurs.
* * * * *
Quoy! secouer le joug des monarques puissants,
Mesurer vostre foy à l'aune de vos sens,
Vous donner tout en proye aux charnelles délices,
Violer nos tombeaux, dérober nos calices,
Fouler l'hostie aux pieds, enfoncer, inhumains,
Au sang des innocents vos homicides mains,
Et mesdire des roys d'une rage animée:
Appelez-vous cela l'Eglise reformée?
Vous nous reprocherez la Saint-Barthelemy;
Mais ce brasier ne fut allumé qu'à demy:
C'estoit lors que devoit et que pouvoit la France
Exterminer ce monstre au point de sa naissance.
Ce feu devoit s'esteindre avant qu'il fût plus grand:
Par trop starer la playe incurable on la rend.
La moisson, dira-t-on, n'etoit point encor meure.
Si falloit-il ce chancre amputer de bonne heure,
Il n'auroit pas gaigné les membres principaux.
(_Le Banquet des Muses, ou les divers satires_ du sieur
Auvray, etc. Rouen, 1627, in-8, p. 271.)
L'opinion exprimée si énergiquement dans ces derniers vers étoit
partagée par tout le parti catholique. Dans l'_Epistre dedicatoire au
Roy_, de son livre: _Les principaux points de la foy de l'Eglise
catholique défendus contre l'escrit adressé au Roy par les ministres de
Charenton_, 1618, in-12, Richelieu tient à peu près le même langage: il
rend les protestants responsables de la Saint-Barthélemy.
[130] Pierre Du Moulin, en effet, l'apôtre du parti réformé à cette
époque, instruit par Drelincourt que le roi, prenant ombrage du synode
calviniste qu'il avoit présidé à Alais, en 1620, vouloit le faire
arrêter, s'étoit retiré à Sedan, où le duc de Bouillon le fit professeur
de théologie et ministre ordinaire. Il continua d'y surveiller les
affaires de son parti et de les diriger, comme s'il eût été encore dans
son prêche de Charenton et _évêque de Paris_ en espérance, ainsi que le
disoit un petit libelle de 1618: _Les OEufs de Pâques adressez au
ministre Du Moulin_, etc. (Recueil Y, p. 174). Après la déroute de
Soubise, il parut un manifeste soi-disant émané de lui: _Lettre d'avis
donné à tous les ministres de France et autres de la religion prétendue
réformée, par le sieur Du Moulin, ci-devant ministre de Charenton, sur
la défaite des troupes des sieurs de Soubise et Favas_, Paris, J. de
Bordeaux, 1622, in-8.
[131] Les receveurs y faisoient de très gros profits; aussi le sel
devenoit-il chaque jour plus cher et les plaintes plus fréquentes. «Les
laboureurs n'ont pas de quoy payer leurs tailles et acheter du sel.»
(_Avis donné à M. de Luynes par un fidèle serviteur du roy, et amateur
du repos public._--Recueil Z, p. 152.)--Le nombre des faux sauniers
augmentoit. Dans la Guienne, un pauvre diable s'etoit fait leur chef; on
l'avoit pris et on lui avoit mis sur la tête une couronne de fer rougi.
(_Cosmographie_ de Thevet, liv. 14, ch. 4, «_de Bourdeaux_».)--Dans le
Berry, il y avoit eu, en 1612, une révolte à cause d'eux. (_Lettre de
Malherbe à Peiresc_, p. 224.)
[132] _Var._ Tout ce qui termine cet alinéa manque dans le _Recueil
général_.
[133] On appeloit ainsi les soldats de hazard à l'aide desquels, les
jours de revue, les capitaines complétoient leurs compagnies. Une
ordonnance de 1688 les condamna à être marqués d'une fleur de lys à la
joue.
[134] Var. Ce qui termine cet alinéa est remplacé, dans le _Recueil
général_, par: Attendu que l'encre et le papier venoient à me manquer,
c'est pourquoy je remis le tout à une autre fois.
[135] Cette troisième partie a pour titre dans le _Recueil général_: _La
troisiesme journée et visitation de l'accouchée_.
[136] _Var._ Au lieu de _meuniers_, le _Recueil général_ porte: basse
étoffe.
[137] Ces initiales doivent cacher le nom de Jean Guillaume, alors
bourreau de Paris. Il est déjà nommé, et en toutes lettres, dans _la
Chasse aux larrons_ (pag. 47), dans les _Quas-tu veu de la cour_ et
_Advis à M. de Luynes, sur les libelles diffamatoires_. (_Recueil des
pièces les plus curieuses_, etc., p. 45, 31.)
[138] Cette commère a raison. Lorsqu'en 1624 cette recherche des
financiers, si long-temps menaçante, eut été décrétée et la chambre de
justice instituée, à l'instigation de Richelieu et de la reine-mère, on
se contenta de sévir contre La Vieuville, le surintendant, et contre
Beaumarchais, son beau-père, qui, on le prouva, s'étoit enrichi de dix
millions depuis les quelques années qu'il étoit trésorier de l'Epargne.
La Vieuville fut mis en prison au château d'Amboise, et Beaumarchais
pendu en effigie. Justice étant ainsi faite des deux hommes contre
lesquels la mesure avoit surtout été prise, le roi se fit bien supplier
par les femmes, enfants, parents, de ceux que l'arrêt de la chambre
rendu le 25 janvier 1625 avoit frappés; puis il rendit, au mois de mai
de la même année, un édit portant révocation de la chambre de justice,
avec une abolition pour les gens de finances, à la charge de payer les
taxes auxquelles ils pourroient être condamnés par le conseil. Cette
recherche n'en fit pas moins rentrer dans les coffres du roi dix
millions huit cent mille livres. _Mémoires_ de l'abbé d'Artigny, t. 5,
p. 57-58.
[139] _Var._, éd. orig.: si cher.
[140] Tous les gens de justice, du plus grand au plus petit, vouloient
leur pot-de-vin, leur pour-boire, leur tour de bâton.
Il faut aller caresser un greffier,
Il faut flatter un clerc gratte-papier,
Faut honorer, à longue bonnetade,
Son advocat, soit ou ne soit maussade;
Faut cottoyer un sergent serre-argent,
Afin qu'il soit un peu plus diligent;
Aux moindres clercs il faut payer à boire.
(_La Mort de Procez_, Paris, 1634, in-12, p. 17.)
[141] _Var._ du _Recueil général_: On le faict monter à ce que...
[142] _Recueil général des rencontres, questions, demandes, et autres
oeuvres tabariniques_, petit volume in-12 paru en 1622, c'est-à-dire
de manière à être encore dans sa pleine nouveauté quand fut imprimé ce
troisième Caquet.
[143] Il paroît toutefois que c'étoit moins l'éloquence de Mondor que
les lazzis de son valet Tabarin qui faisoit la fortune de leur échafaud
de la place Dauphine. «Tabarin proffite plus avec deux ou trois
questions bouffonnes et devineries de merde ou de la chouserie que ne
fait son maistre avec tout son: «_Questo e un remedio santo per sanare
tutti gli morbi._» _Les Essais de Mathurine_ (s. l. n. d.), p. 4.
[144] _Var._, éd. orig.: la bonne mine de son clerc.
[145] En 1631, Mondor trônoit encore à la place Dauphine, mais sa bonne
mine commençoit à baisser. Afin qu'il pût la relever et reprendre un peu
de sa majesté première, voici ce qui fut stipulé à son intention dans
_le Testament de feu Gauthier Garguille_, Paris, 1634, in-12, p. 10: «A
mon oncle Mondor, afin qu'il ait plus de majesté en distribuant ses
medicamens à ceux qui luy en demandent, et pour l'alliance qui est entre
nous, je donne et lègue ma belle robbe dont je representois les rois
dans la comedie. Et pour ma chaisne et ma medaille en façon d'or,
j'ordonne qu'on les luy livrera à un prix raisonnable, en cas qu'il en
ait affaire.»
[146] C'est de lui qu'il a déjà été parlé dans le premier _Caquet_. On
trouve sur sa personne, assez maussade, sur les serpents dont il faisoit
parade, sur son parallèle avec Tabarin, beaucoup plus plaisant et plus
heureux que lui, de longs détails, dans un petit livre de cette époque:
_Discours de l'origine, des moeurs, fraudes et impostures des
charlatans, etc._ Paris, 1622, in-8, p. 35, 39, 51.
[147] _Var._, éd. orig.: mine.
[148] Le masque étoit un luxe que les bourgeoises devoient laisser aux
dames et damoiselles:
La Mijolette a bonne grace
De maintenir par ses discours
Qu'elle est première de sa race
Qui a le masque de velours.