vin afin de pourvoir à la réparation des fontaines. Le roi accapara
cette taxe, et, dans l'assemblée générale du 17 avril de cette même
année, il fit connoître aux échevins qu'il en destinoit les fonds à
l'achèvement du pont Neuf. (Félibien, _Hist. de Paris_, t. V, p. 483.)
Depuis, comme l'indique ce curieux passage des _Caquets_, cette taxe,
vivace comme tout bon impôt, avoit été maintenue. L'argent, d'abord
employé à l'achèvement du pont, avoit passé aux réparations des quais.
[40] «Les autres pauvres de Paris qui sont valides et _assez sains_ pour
gaigner leur vie, et qui neantmoins, pour estre aucunement foibles,
paresseux et mauvais ouvriers, ne trouvent pas qui les veuille employer,
sont enroolez par les dicts commissaires des pauvres, leur dict bailly
ou greffier, et envoyez, receuz et employez aux fossez, fortifications,
remparts et oeuvres publicques de la dicte ville, etc.» G. Montaigne,
_la Police des pauvres de Paris_, s. d., p. 13.
[41] L'hôpital Saint-Germain, que nous ne trouvons nommé nulle part
ailleurs, devoit être _l'ancienne maladrerie de S.-Pierre_, qui fut
remplacée par l'hôpital de la Charité vers 1606. Le nom qui lui est
donné ici devoit lui venir de l'abbaye de Saint-Germain, sur le terrain
de laquelle cet hôpital avoit été bâti.--Dans le temps même ou l'auteur
des _Caquets_ faisoit ainsi regretter ce premier asile des pauvres,
Louis XIII songeoit à en établir un autre. Des lettres-patentes de
février 1622 statuoient sur la fondation d'un véritable dépôt de
mendicité. Le projet, malheureusement, n'eut pas de suite. Il en sera
reparlé plus loin.
[42] Si cette recherche n'étoit pas encore ordonnée, au moins étoit-elle
déjà fort menaçante:
Mais enfin crève l'apostume;
Si les pères mangent l'oyson,
Les enfans en rendent la plume.
(_Satyres_ du Sr. Auvray, 1625, in-8º, p. 26.)
On pouvoit s'autoriser, pour cette rigueur, de l'exemple de Henri IV,
qui avoit fait rendre gorge à ces exacteurs, et qui, de l'argent rendu,
avoit fondé un établissement utile:
Les crimes seroient esblouys
Si l'hospital de Saint-Louys
N'en portoit à jamais les marques,
Qui fut basty des ducatons
Que le plus grand de nos monarques
Fit revomir à ces gloutons.
(Id., _ibid._)
Tallemant raconte à ce propos l'anecdote suivante dans son _historiette_
de Henri IV: «Lorsqu'on fit une chambre de justice contre les
financiers: «Ah! disoit-il, ceux qu'on taxera ne m'aideront plus.» Edit.
in-12, t. 1 p. 87.
[43] Ne réveillez pas le chat qui dort.
[44] «Nicolas Chevalier, premier président à la Cour des aides, fils
d'Etienne Chevalier, conseiller, et de N. Barthemi, fut surintendant de
Navarre et de Béarn, et deux fois ambassadeur en Angleterre.» (Le P.
Lelong, _Bibliothèque franc._, t. 4, p. 168, _Liste des Portraits_.) On
a de lui deux portraits gravés par Michel Lasne: le premier, fait en
1621, quand le président avoit cinquante-huit ans, est in-4; le second,
fait l'année d'après, c'est-à-dire à l'époque dont il est parlé ici, est
in-8.--Avant que Luynes fût en faveur, ce président lui avoit rendu
service; mais il paroît que le parvenu eut courte mémoire. V. le
_Contadin provençal_, Recueil des pièces les plus curieuses qui ont été
faites pendant le règne du connétable, etc., p. 93.
[45] C'étoit le prix qu'on payoit un repas chez la Boessellière, dont le
cabaret étoit le plus fameux de ce temps-là. «Etes-vous obligé de suivre
le cours, sortez-vous du Louvre à l'heure du disné, le premier cabaret
de France est celui de la Boessellière; mais, sur ma parole, ne vous
donnez pas la peine d'y transporter vostre humanité, quoyque vous soyez
le mieux avisé du monde, si vous ne sentez que vostre gousset soit prest
d'accoucher d'une pistole au moins, etc.» _Les Visions admirables du
Pèlerin de Parnasse_, etc., Paris, 1635, in-12, p. 208.
[46] Les emprunts à gros intérêts étoient déjà depuis longtemps le fléau
des enfants prodigues:
Mignons de bien dissipateurs
Emprunteront à millions,
Puis payeront leurs créditeurs
De respitz et de cessions.
(_La grande et merveilleuse prognostication nouvelle..._
1583, in-12.)
[47] Les livrets satiriques du temps sont remplis de plaintes contre ces
usuriers, la plupart Italiens, qui ruinoient la jeunesse et étoient une
des causes qui empêchoient _Bon-Temps_ de revenir:
Et quand verrez tous ces marchands
Ne vendre plus rien à usure,
Que Bon Temps viendra sur les rangs,
S'il n'a grant faute de monture,
* * * * *
Quand les Lombards ne seront plus
Chiches, avares, jaloux, couards,
Ne vous enquerrez du surplus:
Bon Temps viendra de toutes parts.
(_Les moyens très utilles et necessaires... pour faire en
brief revenir Bon Temps_, 1615, in 12, p. 6-7.)
[48] Dans la pièce que je viens de citer se trouvent aussi des plaintes
contre le nombre des _bâtards_, qui augmentoit tous les jours:
Ne que nous n'ayons plus en France
De Jaloux, Coquus et Batards,
Bon Temps sera hors de souffrance
Et deployra ses etendards.
(_Ibid._, p. 16.)
[49] C'est-à-dire le couvent: entrer en religion étoit alors le terme
consacré.
[50] Dépenser.
[51] C'est de l'ordonnance de 1294 qu'il est question ici. On la trouve
en entier dans les notes de la Thaumassière sur les _Coutumes de
Beauvoisis_, 1690, in-fol., p. 372. Il y est dit: «Nul ne donra au grand
mangier que deux mets et un potage au lard, et au petit mangier un mets
et un entremets et un potage; et s'il est jeûne, il pourra donner deux
potages aux harencs et deux mets, ou trois mets et un potage, et ne
mettra en une écuelle qu'une manière de chair.»
[52] Ce mot, qui s'employoit, alors non pas seulement pour l'office du
curé, mais pour tout bénéfice à charge d'âmes, est très curieux ici,
appliqué aux subventions que recevoient les chefs du parti huguenot. La
_cure_ des espions, qui vient après, ne cache pas moins de malice.
[53] On appeloit ainsi l'enchère faite, sur une terre ou ferme adjugée
en justice, du tiers du prix au delà de celui de l'adjudication. Il y a
un règlement de 1682 sur les doublements et _tiercements_.
[54] Pendant l'hiver de 1622, M. de Soubise s'étoit jeté dans le
Bas-Poitou et l'avoit occupé, ainsi que les îles de Rié, du Périer, de
Mons, etc. Il avoit pris Olonne, et il menaçoit Nantes, quand les
troupes royales, que commandoit La Rochefoucauld, franchissant de nuit
le bras de mer peu profond qui sépare l'île de Rié de la terre ferme, se
jetèrent sur lui à l'improviste et dispersèrent son armée presque sans
coup férir. Soubise, vaincu, s'enfuit en laissant à l'armée du roi son
armée et ses équipages (V. _Mémoires_ de Rohan, coll. Petitot, 2e
série, t. 18, p. 269, et _Mémoires_ de Richelieu, _ibid._, t. 22, p.
206-209). Cette défaite, dont le fils de l'entêtée calviniste mise ici
en scène fut une des victimes, se trouve amplement racontée dans un
livret, devenu rare, paru presque aussitôt après: «_Surprise du sieur de
Soubize dans les sables d'Aulonne, investi, tant par terre que par
mer... par M. le comte de La Rochefoucauld, marquis de La Valette et
baron de S.-Luc._» Paris, P. Ramier, 1622, in-8.
[55] Sureau.
[56] Le chevalier du guet, ainsi que toute la juridiction qui dépendoit
de lui, étoit du ressort et à la nomination du prévôt de Paris. V.
_Traité de la police_, t. 1, p. 236.
[57] Les prévôts des maréchaux étoient des officiers royaux du corps de
la gendarmerie, établis pour la sûreté de la campagne contre les
vagabonds et les déserteurs. Ils avoient connoissance de tous les cas
royaux, appelés à cause d'eux prévôtaux: vagabondages, vols de grand
chemin, infraction de sauvegarde, incendie, fausse monnoie. Il y avoit
en France cent quatre-vingts siéges de prévôt des maréchaux. Celui qui
avoit dans son ressort Paris et toute l'Ile-de-France s'appeloit
simplement _Prévôt de l'Isle_.
[58] V. la note précédente.
[59] C'étoit un juge d'épée qui instruisoit les procès des gens de
guerre à l'armée. Celui du régiment des gardes s'appeloit le Prévôt des
bandes.
[60] Cette _montre_ du mois de mai étoit la procession de toute la
basoche, y compris le sergent et ses huissiers, allant planter en grande
pompe le mai annuel dans la cour du palais.
[61] Marigny, dans son poème du _Pain bénit_, parle de maître Vavasseur,
commissaire du quartier du Marais, qui étoit ainsi de connivence avec
les filles ses subordonnées. Marigny le désigne ainsi:
Des lieux publics grand écumeur.
Adorateur de ces donzelles
Qui ne sont ni chastes ni belles,
Et qui, sans grace et sans attraits,
Vivent des pechés du Marais.
[62] Le lieutenant criminel Tardieu, tout aussi bien que ces
commissaires, prenoit de toutes mains, même de celles des rôtisseurs.
«Le lieutenant, lisons-nous dans les _Historiettes_ de Tallemant, dit à
un rotisseur qui avoit un procès contre un autre rotisseur: «Apporte-moi
deux couples de poulets, cela rendra ton affaire bonne.» Ce fat
l'oublie. Il dit à l'autre la même chose. Ce dernier les lui envoie, et
un dindonneau. Le premier envoie ses poulets après coup; il perdit, et,
pour raison, le bon juge lui dit: «La cause de votre partie étoit
meilleure de la valeur d'un dindon.» (Tallemant, édit. in-12, t. 5, p.
53.)--Encore M. Tardieu ne s'en tenoit-il pas là. «Le lieutenant
criminel, dit encore Tallemant, logeoit de petites demoiselles auprès de
lui, afin d'y aller manger, et il leur faisoit ainsi payer sa
protection.» (_Ibid._)
[63] Fameux trésorier de l'épargne, dont la fortune fit scandale à cette
époque. Tallemant, qui étoit allié de sa famille, lui a consacré une
_historiette_, ainsi qu'à Montauron, qui continua et même augmenta
l'opulence de cette maison de parvenus. (V. édit. in-12, t. 8, p. 116,
etc.) Dans la _Chasse aux larrons_ de J. Bourgoing (in-4, p. 39, 90), on
les maltraite fort. «Les Puget, y est-il dit, qui se sont vantés d'avoir
mangé en leur temps plus d'un million six cents mille livres, avoir
entretenu toutes les plus belles garces de Paris, jouy des plus relevées
de France, joué ez plus dissoluz brelans, académies, tripots, bauffré
les plus friands morceaux, etc.» Puget fut souvent inquiété, même avant
la grande recherche qu'on fit des gens de finance sous Louis XIII. L'un
des commissaires qui instruisoient son procès lui fit cette question:
«Je vous prie de m'enseigner comment je pourrois, avec deux ou trois
mille écus, en acquérir en peu de temps cinq à six cents mille»;
paroles, dit un auteur, qui le rendirent muet. Il devint pâle, défait,
et possédé des froides appréhensions de la mort, qui le talonnoient
comme s'il eût été condamné.» (_Le tresor des tresors de France volé à
la couronne_, par J. de Beaufort, Parisien, Paris, 1615, in-8º, p. 31.)
[64] Montescot avoit joui d'un grand crédit et mené grand train sous
Henri IV. Au commencement du règne suivant, il eut à subir, entre autres
malheurs, les conséquences d'un duel après lequel son fils Baronville,
ayant tué Dasquy, gentilhomme du duc d'Aiguillon, dut s'enfuir au plus
vite, et fut pendu en effigie au bout du Pont-Neuf, en août 1611.
(_Lettres de Malherbe à Peiresc_, p. 211, 219.)
[65] Est-ce le célèbre homme d'état qui eut Sully pour successeur dans
la surintendance des finances, ou faut-il plutôt retrouver ici Lancy,
fameux traitant de cette époque, dont parle _la Chasse aux Larrons_, p.
45, 91?
[66] Nous ne connaissons de ce nom alors qu'un conseiller au Grand
Conseil. (V. Tallemant, édit. in-12, III, p. 190.)
[67] Il est parlé de ce grand fermier dans une petite pièce fort
curieuse: _La rencontre merveilleuse de Piedaigrette avec maistre
Guillaume, revenant des Champs-Elysées_, pet. in-12, 1606. On y voit
qu'il florissoit au temps de la faveur des financiers italiens en
France, Ruccellaï, Sardini, Cenami, et quelques autres nommés ici. C'est
lui, à ce que nous apprend la même pièce, qui organisa toute une armée
de _mouches_ (_sic_) pour surprendre les _coquilberts_, sorte de
contrebandiers de ce temps-là. Mais les mouches s'entendirent avec les
coquilberts, «tellement que, par le moyen de cette alliance, le pauvre
père Louvet fut métamorphosé comme Actéon, qui fut mangé de ses chiens
propres: car toute son armée de mouches, tant capitaines que soldats,
devinrent coquilberts, et il fut traité à la turque.» La fuite de Louvet
à Maubuisson est ensuite racontée, etc., etc. (V. p. 19, 26.)
[68] Peut-être cet entrepreneur, dont nous avons inutilement cherché le
nom, est-il le même que «le nommé Bizet» dont parle Malherbe dans sa
lettre à Peiresc du 12 janvier 1613, et qui proposoit de bâtir un pont
neuf devant aboutir «vers la place Maubert», c'est-à-dire à peu près à
la hauteur où fut en effet placé le Pont-au-Double. Cette construction
n'entroit que comme détail dans l'ensemble d'un vaste plan
d'embellissement que ce M. Bizet montra à Malherbe, et qui, «proposé,
reçu par le conseil», auroit eu, entre autres avantages, celui
«d'acquitter cinq millions de livres de rente que fait le roi, dit
encore Malherbe, sans aucune surcharge ni exaction nouvelle.»
[69] Le _Pont-au-Double_, qui dut son nom à la petite monnoie,
équivalente à deux deniers, qu'on payoit pour y passer, ne tarda
pourtant pas trop à s'achever. Les travaux y allèrent même plus vite
qu'au Pont-au-Change, qu'on rebâtissoit vers le même temps (V. plus
loin). Il étoit terminé en 1634, avec la salle de l'Hôtel-Dieu qui
occupoit l'un de ses côtés, et qui lui avoit fait donner son nom
officiel de pont de l'Hôtel-Dieu. «L'an 1634, lisons-nous dans le
_Supplément des Antiquités de Paris_, de Dubreuil, p. 14, fut fait le
pont de pierre de l'Hostel-Dieu, qui prend depuis le coing de la
première porte de l'Archevesché et respond en la rue de la Bucherie, et
sert audit Hostel-Dieu d'un bel ornement et logement pour heberger les
malades, avec une gallerie faite à costé pour servir au public.» Quand
le double tournois eut cessé d'avoir cours, on paya un liard pour y
passer; ce péage exista jusqu'en 1789. On le débarrassa en 1816 des
maisons qui l'obstruoient du côté de la rue de la Bucherie, et de nos
jours on l'a complétement rebâti, d'une seule arche.
[70] Dans le _Recueil général_, cette seconde partie a pour titre: _La
seconde journée et visitation de l'accouchée_.
[71] V. plus loin une note sur l'usage des masques, p. 105, et la
_Promenade du Cours_, Paris, 1630, in-12, p. 12; Lémontey, _Suppl._ à
Dangeau, p. 140-141.
[72] Il s'agit de la canonisation de sainte Thérèse, que Grégoire XV,
par bulle de l'année 1621, avoit mise au nombre des saintes. C'est comme
fondatrice des carmélites que sainte Thérèse étoit fêtée par les Carmes
avec une pompe si bruyante: «Par toutes les eglises des Carmes et
Carmélines deschaussez de France, on fit... huit jours de fêtes
solennelles en l'honneur de sainte Thérèse: toutes lesquelles eglises
estoient richement ornées de tapis exquis, de tableaux, de lampes et de
cierges, pour exciter le peuple à la dévotion, Sa Sainteté ayant octroyé
pleinière indulgence. Et s'y voyoit un grand nombre de personnes de
toutes qualités communier et recevoir le S.-Sacrement.»--_Le Mercure
françois_, t. 7, p. 409 (juil. 1622).
[73] Ce lazzi se retrouve dans une autre pièce de l'époque, inspiré par
un fait tout différent. «Une autre vieille, dit l'_Hermite Valérien_,
racontoit au curé qu'elle avoit ouy dire au marché que M. le connestable
alloit canoniser la Rochelle avec cent canons. La simplicité de cette
femme me fit rire, voyant qu'au lieu de _canonner_, elle disoit
_canoniser_.--_Recueil des pièces les plus curieuses faictes pendant le
règne du connestable M. de Luynes_, Paris, 1632, in-8, p. 310.
[74] «La reyne fit la despense des artifices qui jouèrent sur le haut de
l'église des Carmes deschaussez de Paris.» _Le Mercure françois_, t. 7,
p. 409.
[75] L'un des ajustements à la mode que les bourgeoises ne devoient pas
se permettre: «le col garny d'affiquets, de _colet à quatre ou cinq
estages_ d'un pied et demy, pour monter au donjon de folie, etc.» _La
Mode qui court à présent_, etc., Paris, s. d., in-12, p. 8.
[76] V. plus loin, p. 114.
[77] Les plaintes étoient fréquentes alors contre la façon incorrecte
dont les livres étoient imprimés; on peut lire notamment à ce sujet un
passage du _Perroniana_, 3e édit. in-12, p. 168.
[78] Si le cardinal de Guise, archevêque de Reims, n'étoit mort à
Saintes le 21 juin 1621, c'est-à-dire un an avant que ceci dût être
écrit, je croirois volontiers que l'auteur des _Caquets_ a voulu ici
parler de lui. C'étoit en effet le prélat le plus coquet et le mieux
frisé du royaume. Tallemant le prouve par cette anecdote: «Un jour que
le dernier cardinal de Guise, qui étoit archevêque de Reims, vint fort
frisé dîner chez M. de Bellegarde..., Yvrande alla dire tout bas ces
quatre vers à M. le Grand (on appeloit ainsi M. de Bellegarde):
Les prélats des siècles passés
Etoient un peu plus en servage;
Ils n'étoient bouclés ni frisés, etc.
(_Histor._, édit. in-12, t. 1, p. 110.)
[79] Cette place ne se rendit toutefois définitivement qu'en 1629.
[80] Il est question d'un premier blocus qui précéda le siége fait par
Richelieu, et qui fut levé en cette même année 1622.
[81] Le même reproche se trouve formulé contre Luynes et ses frères,
dans _la Chronique des favoris_. On le fait ainsi parler: «Nous avons
encore preveu de faire un grand nombre de régiments invisibles, mes
frères et moi, desquels on faisoit courre le bruict que nous les
mettions en nostre bourse, au lieu que nostre dessein estoit de nous en
servir pour les jetter invisiblement dans la place, pour la surprendre
plus facilement.» _Recueil des pièces les plus curieuses, etc._, p. 481.
[82] Il falloit alors, quand on faisoit des transports d'argent, un
énorme attirail d'hommes et de chariots, n'eût-on à voiturer qu'un
million ou douze cent mille livres. Malherbe écrit à Peiresc le 17
juillet 1615: «On dit mercredi sur les cinq heures du soir à la
Bastille, prendre douze cent mille livres pour le voyage...; l'argent
fut tiré dans quarante charrettes, qui portoient chacune trente mille
livres en quarts d'écus.»
[83] Il est sans doute ici question du livre qui a pour titre: _Histoire
des martyrs persecutez et mis à mort pour la verité de l'Evangile..._
(1610), trad. du latin (par J. Crispin et continué par S. Goulard),
Genève, 1619, 2 vol. in-fol.
[84] M. de Rohan en effet ne s'étoit pas conduit très bravement à
S.-Jean-d'Angely. Bien que cette ville lui appartînt, sitôt qu'il sut
l'approche des troupes du roi, il se retira, laissant la défense de la
place à son frère Soubise. S.-Jean, quoiqu'en bon état, ne tint pas
long-temps. Le 25 juin 1621 Soubise y capitula.
[85] M. de la Force en effet vendit cher sa soumission; quand les
mauvaises affaires des Huguenots dans la basse Guienne, la perte de
Tonneins, que son gouverneur rendit, et la prise de Clerac par les
troupes du roi, lui eurent fait désespérer de sa cause, il songea à
entrer en arrangements, mais il ne conclut qu'avec de beaux avantages.
«Le roi, continuant son chemin par la Guienne, lit-on dans les
_Mémoires_ de Rohan, acheva son traité avec La Force, qui, moyennant une
charge de maréchal de France et 200,000 écus, lui rendit Sainte-Foy,
dont il s'étoit rendu maître au préjudice de Terbon, gendre de
Pardaillan, et se démit lui et ses enfants des charges et gouvernements
qu'ils avoient possédés, sans en donner jamais connoissance ni à
l'assemblée générale ni au duc de Rohan.» (Coll. Petitot, t. 18, p.
214.)
[86] Il étoit _superintendant_ des finances, comme dit Malherbe
(_Lettres à Pereisc_, p. 481), depuis la fin d'août 1621. La Vieuville
lui succéda (_Mém._ de Bassompierre, Coll. Petitot, 2e série, t. 16,
p. 2-3).
[87] Les plaintes sur le tort que l'absence du roi et de la Cour faisoit
aux marchands de Paris étoient générales. On lit, par exemple, dans une
pièce du temps, _Lettre de la ville de Tours à celle de Paris_, 1620
(Recueil A-Z, E, p. 139): «Le vray sujet de vostre murmure, c'est de
vous sentir affamé de la manne ordinaire de la cour... Il vous fasche
voir un si grand dechet de prix en vos merceries, et tant de chambres
garnies à louer. A la verité je vous avoue que l'absence du roy vous
fait dommage, pour faire du bien à d'autres, et s'il continue à
s'eloigner de vous, vous deviendrez à moitié deserte.» Plusieurs pièces
coururent qui reproduisoient ces plaintes et qui prouvoient qu'elles
étoient l'expression de toutes les pensées à Paris; voici le titre de
quelques unes: _Les avis de M. le chancelier et de MM. du Parlement,
donnés au roy sur la résolution de son voyage_, Paris, 1622,
in-8.--_Harangue et protestation faite au roi, au nom des trois ordres
de France et de MM. les Parisiens, sur son prochain départ_, Paris,
1622, in-8.--_Requête générale des habitants de Paris, présentée au roi,
sur le voyage de Sa Majesté_, par le sieur de Boiscourtier, Paris, 1622,
in-8.--_Francophilie présentée au roi sur la résolution de son voyage_,
par le sieur Mangeart, s. l. 1622, in-8.
[88] L'incendie du _Pont-au-Change_ eut lieu, en effet, dans la nuit du
24 oct. 1621 (_Mercure françois_, VII, 857). On en accusa l'imprudence
d'un certain de Meuves, que Richelieu fit juger par une assemblée de
conseillers du Châtelet, dont M. de Cordes étoit président. Il fut pendu
(Tallemant, édit. in-12, t. 2, p. 188). On songea aussitôt à rétablir le
pont, et, afin de le garantir des accidents auxquels sa première
construction en bois l'avoit exposé, on voulut le bâtir en pierre. Les
orfèvres qui y avoient leurs _forges_ (boutiques) offrirent d'en faire
les frais: «Les orfèvres de Paris, dit _la voix publique au roy_,
poursuivent de faire bâtir le Pont-au-Change de pierres de taille à
leurs despens. Le marquis (La Vieuville) ne le trouve pas bon.» (Recueil
E, p. 210.) Le projet traîna en longueur, si bien que la reconstruction
ne fut commencée qu'en septembre 1639, et achevée qu'en octobre 1647.
[89] C'étaient des gants d'une mode en effet nouvelle, car nous ne les
trouvons pas nommés dans une petite pièce en vers qui fait la
description la plus complète de toutes les espèces de gants à la fin du
XVIe siècle: _Le Gan de Jean Godard, parisien, etc._, Paris, 1588,
in-8, p. 9-11.
[90] _La Guimbarde_ étoit une danse dont la vogue avoit commencé vers
1606. Nous la trouvons indiquée sous cette date dans le premier volume
de la Collection des ballets de Philidor, ms. de la bibliothèque du
Conservatoire. L'air sur lequel on la dansoit est encore populaire:
c'est celui de _Dupont mon ami_. Alors tout était _à la Guimbarde_,
comme de nos jours tout a été à la Polka.
[91] Peut-être cette encre nouvelle est-elle celle de _la Petite vertu_.
La maison Guyot, qui en fait le commerce, date en effet, à en croire son
enseigne, de l'année 1609, époque assez rapprochée de celle-ci.
[92] Il est parlé de tous ces voleurs, notamment des Grisons, dans le
roman de _Francion_, liv. 2, histoire de Marsault, Paris, 1663, in-8, p.
74.
[93] On les appeloit aussi _Manteaux-Rouges_, peut-être parcequ'étant
des échappés des galères, ils avoient gardé l'habit rouge, qui étoit
déjà au 17e siècle l'uniforme du bagne (_Hydrographie_ du P.
Fournier, 1667, liv. 3, ch. 45). Il paroît que des plaintes pareilles à
celles qui se trouvent ici finirent par réveiller la police, et par la
lancer une bonne fois sur ces bandes nocturnes. Voici en effet ce que
nous lisons dans une pièce du temps: «A force de crier après le prévôt
des maréchaux de Paris, ils ont fait une capture, depuis peu, de deux
cent seize voleurs, au nombre desquels il y avoit vingt-deux
Manteaux-Rouges, qui estoient à gage, et qui jetoient par le soupirail
des caves ce qu'ils avoient butiné par la ville.» (_Les grands jours
tenus à Paris, par M. Muet, lieutenant du petit criminel_, 1622
[_Variétés histor. et littér._, avec des notes de M. Ed. Fournier,
Paris, Jannet, 1855, in-16, t. 1, p. 198].) Dans la même pièce, p. 202,
il est encore parlé des Manteaux-Rouges, allant faire affront à un clerc
de taverne du _Pied-de-biche_, près la porte du Temple, et lui volant
son manteau.
[94] C'est-à-dire: lui a donné des cornes comme celles de Moïse. C'étoit
une expression consacrée. Passerat la paraphrase ainsi: