_Le Droit commercial dans ses rapports avec le Droit des gens et le
Droit civil_; par M. G. Massé, avocat à la cour royale de Paris, 2 vol.
in-8. 15 fr.--Paris, 1844. _Guillaumin._
Depuis le rétablissement de la paix, l'industrie et le commerce ont pris
des développements inattendus. L'esprit militaire, si puissant
autrefois, est en pleine décadence. La pensée de l'abbé de Saint-Pierre,
trop longtemps regardée comme un rêve d'honnête homme, marche à grands
pas vers sa réalisation. «S'il est un fait évident, dit le capitaine
Ferdinand Durand, dans la préface de son livre sur les tendances
pacifiques de la société européenne, c'est que de toutes les théories
sociales ravivées par la révolution de 1830, celle qui tend à prendre la
première place dans les coeurs généreux, celle qui remue le plus les
intelligences larges et nobles, c'est la théorie du progrès pacifique.
Ne devons-nous pas nous en féliciter tous? Est-il une pensée plus
consolante pour l'homme que celle qui lui montre la vie terrestre comme
une marche incessante vers un état meilleur, vers un état de paix et
d'association?»
Que l'on partage ou non l'opinion de M. F. Durand, on ne peut nier
l'existence de la paix et les progrès toujours croissants de l'industrie
et du commerce. Or, ces relations nouvelles toutes pacifiques et
commerciales qui se forment et se consolident chaque jour entre des
nations étrangères ou entre les diverses populations d'un même peuple,
ont naturellement établi des rapports, imposé des devoirs, fait naître
des intérêts, en un mot, créé des droits nouveaux. De là, l'utilité, la
nécessité même d'étudier le Droit commercial dans ses rapports actuels
ou futurs avec le Droit des gens et le Droit civil.
Cette étude est d'autant plus utile et nécessaire en ce qui touche le
Droit des gens, que les grands travaux des maîtres de la science
remontent à une époque où l'Europe était encore dominée par les systèmes
politiques ou religieux qui, depuis la chute de l'empire romain, avaient
produit une succession non interrompue de guerres et de désastres
publics; et que, si d'heureuses modifications dans la conduite des
peuples les uns envers les autres se sont manifestées plus tard, les
vingt-cinq ans de guerre qui ont marqué la fin du dix-huitième siècle et
le commencement du dix-neuvième, ont fait perdre en peu d'années, à
certains principes, tout le terrain qu'ils avaient mis des siècles à
conquérir. «Ce terrain est regagné aujourd'hui, dit M. Massé; mais, pour
n'être plus exposés à le perdre encore, il faut constater les conquêtes
que nous avons faites et en tenter de nouvelles, déterminer les droits,
trop longtemps incertains, que la paix donne aux nations; montrer
comment le commerce et la paix s'entretiennent l'un par l'autre, parce
que le commerce a besoin de paix, de même que la paix a besoin de
commerce; rechercher comment la guerre ne doit être faite qu'en vue de
la paix; expliquer les droits respectifs des belligérants; indiquer la
limite de ces droits, quand ils se trouvent en contact avec ceux des
neutres; enfin, établir l'édifice social sur l'intérêt de tous, qui
n'est autre chose que l'observation réciproque des droits et des
devoirs, également répartis entre tous les hommes.» Il y a une relation
nécessaire entre le mouvement des affaires internationales et celui des
affaires intérieures. Le commerce intérieur et le commerce extérieur se
prêtent un mutuel appui. Les principes de droit qui régissent l'un sont
donc le complément nécessaire de ceux qui régissent l'autre. Le Droit
privé se présente à la suite du Droit des gens, comme les transactions
privées reçoivent leur impulsion des transactions publiques.
Le Droit privé, lorsqu'il a pour objet les transactions commerciales,
devient le Droit commercial, et se distingue alors du Droit civil
proprement dit. Mais les différences qui existent entre l'un et l'autre
droit, profondément marquées lorsque le commerce n'avait pas pris tous
les développements auxquels il est parvenu de nos jours, s'effacent peu
à peu, depuis que la plupart des transactions privées tendent à revêtir
une forme commerciale et industrielle. Le droit commercial a fait et
fait encore d'importantes conquêtes sur le Droit civil. Dans l'opinion
de M. Massée, l'avenir de la jurisprudence lui appartient. Montrer les
rapports du Droit civil et du Droit commercial, expliquer et compléter
ces deux droits l'un par l'autre, telle est donc la tâche que M. Massé
s'est imposée, avec la conviction que cet ensemble de recherches qui
résumera les conquêtes du Droit commercial sur le Droit des gens et sur
le Droit civil, intéressera également le jurisconsulte, l'homme d'État,
l'économiste et le philosophe. C'est parce que nous partagions cette
conviction, c'est parce que nous avons reconnu combien elle était
légitime et fondée, que nous annonçons aujourd'hui dans notre bulletin
le consciencieux et intéressant travail de M. Massé. Quand il sera
terminé, nous essaierons de l'apprécier.
_Le Droit commercial dans ses rapports avec le Droit des gens et le
Droit civil_, formera six forts volumes in-8°, qui paraîtront en trois
livraisons de chacune deux volumes.
La première livraison est en vente. Elle renferme l'exposition des
caractères du Droit civil proprement dit, et du Droit commercial, et le
Droit des gens public et privé dans ses rapports avec le commerce.
La deuxième livraison est sous presse et paraîtra en septembre 1844.
Elle sera consacrée à l'examen des règles du Droit civil sur l'état des
personnes et leur capacité, au point de vue commercial; sur les biens
considérés comme objet de commerce; aux contrats et obligations en
général; aux contrats de société, et à la vente.
La troisième livraison paraîtra en décembre 1844. Elle contiendra le
contrat de change, le prêt, le dépôt, le mandat et la commission, le
louage des choses, d'ouvrage et d'industrie, ainsi que le louage
maritime; les contrats aléatoires, les assurances maritimes et
terrestres; enfin, le cautionnement, le gage, les privilèges et
hypothèques, la contrainte par corps, et les règles particulières aux
faillites.
_L'Univers pittoresque, histoire et description de tous les peuples, de
leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc.,--Europe_, t. XXIX,
_Belgique et Hollande_, par M. Van Hasselt, membre de l'Académie royale
de Bruxelles. 1 vol. in-8. 6 fr.--Paris, 1844, _Firmin Didot._
Cette grande collection, entreprise il y a plusieurs années par MM.
Didot, touche à sa fin. Le volume que nous annonçons aujourd'hui est le
tome vingt neuvième de l'_Europe_. Il comprend la Belgique et la
Hollande. L'auteur, M. Van Hasselt, a su profiter de toutes les
recherches historiques qui, depuis quelques années, ont été poursuivies
avec tant d'ardeur et de succès, en Belgique et en Hollande, par MM.
Raepsaet, Dewes, Ernst, Nothomb, les barons de Gerlache, de Reiffenberg
et de Saint-Genois, les chanoines de Smet et de Ram, Willems, Gachard,
Moke, Marchal, Piolain, Schayes, Borguet, etc. En parcourant son livre,
on s'aperçoit qu'il leur a fait de nombreux emprunts. Malheureusement
pour ses lecteurs, M. Van Hasselt s'est trop occupé des faits proprement
dits. Sur les 532 pages dont se compose ce volume, l'histoire des
révolutions politiques, des batailles, traités de paix, révoltes, etc.,
en remplit 506; 32 pages seulement sont consacrées aux beaux-arts, aux
lettres, au commerce et à l'industrie de ces deux contrées, où les
beaux-arts ont brillé d'un si vif éclat, et où le commerce et
l'industrie ont, à diverses époques, atteint à un tel degré de
prospérité. Bien qu'il ait avoué sa faute et qu'il s'en montre
repentant, M. Van Hasselt n'en mérite pas moins nos reproches pour
s'être ainsi laissé entraîner dans sa première partie au delà des
limites que lui imposaient le titre et l'idée mère de l'utile collection
qui s'honorait de le compter parmi ses collaborateurs.
_OEuvres morales de Plutarque_, traduits par Ricard, 5 vol.
in-18.--Paris, 1844. _Didier_. 3 fr. 50 c. le volume.
«J'avoue mon goût pour les anciens, écrivait Montesquieu dans ses
_Pensées diverses_; cette antiquité m'enchante, et je suis toujours prêt
à dire avec plaisir: «C'est à Athènes que vous allez, respectez les
dieux.»
«J'ai eu toute ma vie un goût décidé pour les ouvrages des anciens, j'ai
admiré plusieurs critiques faites contre eux, mais j'ai toujours admiré
les anciens. J'ai étudié mon goût, et j'ai examiné; ce n'était point un
de ces goûts malades sur lesquels on ne doit faire aucun fond; mais,
plus j'ai examiné, plus j'ai senti que j'avais raison d'avoir senti
comme j'ai senti.
«Les livres anciens sont pour les auteurs, les nouveaux pour les
lecteurs.»
Qui ne partagerait cette opinion, ces sentiments de l'auteur de
l'_Esprit des Lois?_ Protestons seulement contre ce dernier jugement,
surtout lorsqu'il s'agit de Plutarque; et remercions M. Didier d'avoir
réimprimé en cinq volumes d'un format commode et d'un prix accessible à
toutes les bourses, les oeuvres morales de l'immortel biographe des
grands hommes de l'antiquité grecque et romaine. C'est un véritable
service qu'il a rendu aux lecteurs comme aux auteurs. La plupart des
traités compris dans cette collection sont des modèles de bon sens et de
goût, dont l'étude est aussi profitable qu'intéressante. Quelques-uns
ont un peu vieilli, il est vrai, mais d'autres semblent avoir été écrits
hier pour l'instruction et la moralisation des hommes d'aujourd'hui.
Lisez-les donc si vous avez le malheur de ne pas les connaître;
relisez-les si vous êtes assez heureux pour les avoir déjà médités.
[Illustration: Allégorie du mois de Juillet.--Le Lion.]
[Illustration: Sophocle venant réclamer ses droits d'auteur à
l'Odéon.--Caricature par Cham.]
Amusements des Sciences.