SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSÉES DANS LE SOIXANTE-SIXIÈME NUMÉRO.

I. Toutes nos monnaies, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le

dire, ont des poids qui peuvent s'exprimer en multiples ou

sous-multiples exacts du gramme. La pièce de 5 francs, entre autres,

pèse 25 grammes (cinq fois le poids de la pièce de 1 franc); de sorte

que 20 pièces de 5 francs, ou 100 francs, pèsent 500 grammes.

Le moyen le plus simple pour compter une grande somme d'argent en pièces

de 5 francs consistera donc à la peser par parties.

Ainsi, supposons que les pesées se fassent par tas de 560 kilog; chaque

tas vaudra 100,000 francs. Un million de francs exigera dix pesées de ce

genre, c'est-à-dire au moins une heure, à six minutes pour chaque tas.

S'il s'agissait, non plus d'un million, mais d'un milliard, somme que

notre budget dépasse actuellement de beaucoup, il faudrait mille heures

pour le compter, d'après cette base. Or mille heures, à douze heures de

travail par jour, c'est quatre-vingt-trois jours quatre heures.

M. Souquet, auteur d'une excellente Métrologie française, à laquelle

nous empruntons ces détails, fait observer que le mode ordinaire de

comptage à la main par piles de 100 francs exigerait un temps beaucoup

plus long. Ainsi, à 240,100 francs par jour de douze heures, il faudrait

quatre mille cent soixante-six jours, ou onze ans et cinq mois.

--Le poids d'un milliard en argent étant de 5,000,000 de kilog.,

exigerait, pour être transporté sur mer, dix navires de 500 tonneaux

chacun. (Le tonneau est de 1,000 kilog.)

Pour déplacer ce poids sur une route ordinaire, en supposant que chaque

cheval pût traîner 1,500 kilog., dont un tiers seulement appartenant au

véhicule, il faudrait cinq mille chevaux.

Le volume occupé par cette masse d'argent fondue serait de 475 mètres

cubes; le rayon de la sphère qu'occuperait ce volume serait de 4 m. 85

environ.

Les deux cents millions de pièces de 5 francs, qui font un milliard,

étant mises bout à bout, à raison de vingt-sept par mètre, occuperaient

une longueur de 7,407 kilomètres, à peu près la sixième partie de la

circonférence de la terre.

II. Tout mouvement sur une ligne courbe donne lieu à un développement de

la force que l'on appelle centrifuge; force dont on a l'idée en faisant

mouvoir circulairement avec une grande vitesse un morceau de plomb

attaché à un fil dont on tient l'autre extrémité à la main. La tension

du fil augmente ou diminue avec la vitesse de rotation. Mais dans le cas

particulier où un corps tourne sur lui même autour d'un arc par rapport

auquel la figure de ce corps est symétriquement disposée, la pression

exercée par la force centrifuge sur l'axe devient nulle, et la propriété

caractéristique d'un axe de ce genre, c'est que le mouvement

continuerait indéfiniment à s'y opérer, sans la résistance des

frottements.

Or une toupie, un toton ont une figure symétrique autour de leur axe. Si

donc on a placé cet axe verticalement, et qu'on leur ait ensuite imprimé

un mouvement de rotation rapide, l'axe restera dans la position, sans

que le joujou tombe, tant que le frottement de la pointe et la

résistance de l'air n'auront pas anéanti l'impulsion primitive.

Si l'axe n'a pas été placé verticalement à l'origine du mouvement, mais

que le centre de gravité soit placé suffisamment bas, l'axe oscillera en

tournoyant lui-même autour de la verticale, et y arrivera bientôt.

III. La tendance d'un corps à s'éloigner de la verticale est d'autant

plus prononcée, que le centre de gravité de ce corps s'en éloigne

lui-même d'une quantité angulaire plus considérable. Or, supposons deux

bâtons d'un mètre, ayant leur centre de gravité, l'un à dix centimètres

de l'extrémité inférieure, l'autre à la même distance de l'extrémité

supérieure.--Il est clair que pour une déviation d'un centimètre de la

verticale, le premier point aura décrit un angle beaucoup plus grand que

le second, aura tourné d'une quantité angulaire plus considérable autour

de l'extrémité inférieure prise pour point d'appui.--Telle est la raison

du fait signalé.

L'Illustration, No. 0071, 4 Juillet 1844 · 第 8 / 10 题