Dès ce moment, tout devint clair comme le jour, les prédictions du
sorcier et la maladie de la fiancée n'étaient qu'une comédie arrangée à
l'avance. Il faut avouer qu'elle avait été bien jouée.
Ici mon oncle Antoine s'arrêta.
«Mais, qu'est-ce que cela prouve, papa? repartis-je. Sans doute ton
Keraudran n'eut pas la force d'accomplir le sacrifice d'Alceste? Eh
bien! c'est qu'il n'aimait pas assez pour cela.
--Erreur! répliqua mon oncle Antoine, double erreur! 1° Parce qu'il
aimait assez pour sacrifier sa vie, et que c'est la forme seule du
sacrifiée, présent, inévitable, raisonné, à heure fixe, qui répugne à la
nature humaine, et qu'il ne put accomplir; 2º parce qu'il n'est pas
nécessaire d'aimer bien vivement pour sacrifier sa vie... et la suite le
prouvera bien.
--Il y eut donc une suite? s'écria-t-on.
--Sans doute!» répondit l'oncle Antoine.