d'une maîtresse d'école qui venait de déménager: Madame Prudent est
maintenant enceinte du Panthéon.
Aux _Trois sans hommes_, à Arras, est un rébus au-dessous d'un tableau
où sont trois femmes seules.
On disait, dans le même sens, que l'église de Saint-Denis, qui avait
cinq clochers, avait cinq clochers et quatre sans cloches.
ENSEIGNER
Un homme s'était piqué jusqu'au sang de la pointe d'une grosse alêne.
C'était un cordonnier.--Le voilà devenu professeur, dit un plaisant.--Et
comment cela? s'écria un témoin intrigué.--Mais, riposta le farceur, il
s'est piqué et il _en saigne_.
ENTENDRE
Dans une audience où l'on faisait beaucoup de bruit, le juge dit:
--Huissier, imposez silence; il est étrange qu'on fasse tant de bruit.
Nous avons jugé je ne sais combien de causes sans les entendre.
ENTERRER
L'ancien usage de l'Académie était que le directeur fît les frais
d'enterrement de ceux de ses confrères qui décédaient sous son
directorat. Corneille mourut dans la nuit du jour où Racine devait
succéder au directeur Lavaux. Il y eut entre eux un combat de
générosité. Lavaux prétendait qu'étant encore directeur au moment où
Corneille avait expiré, il devait payer les frais d'inhumation; Racine
soutenait que cet honneur lui était dévolu, puisque l'inhumation n'avait
eu lieu que le jour qu'il avait été installé directeur. Lavaux
l'emporta; ce qui fit dire à Benserade:--Lavaux a enterré Corneille;
mais personne plus que Racine n'était fait pour l'enterrer.
ENTRE DEUX
Un bon maire de campagne se trouvait à table, à Paris, entre deux jeunes
étourdis qui cherchaient à le persifler.--Je vois bien, Messieurs,
dit-il, que vous voulez vous moquer de moi; je ne suis pourtant pas tout
à fait un sot ni un fat, je suis entre les deux.
ENTRER
Un vétéran de l'armée de Condé montrait un jour à Martainville un sonnet
commençant par ce prétendu vers:
«Marie-Thérèse dont les vertus...»
--Le début est heureux, dit Martainville; mais malheureusement
Marie-Thérèse ne peut pas entrer dans un vers.--Monsieur, répartit le
vétéran, je vous croyais bon royaliste, mais je me suis trompé. Vous
saurez, pour votre gouverne, que Marie-Thérèse peut entrer partout.
Le comte de C., qui connaît beaucoup Vienne, racontait un fait qui
prouverait la bonhomie des soldats de police de la capitale de
l'Autriche.
La consigne leur avait été donnée d'arrêter tous ceux qui, après une
certaine heure, feraient du tapage ou chanteraient trop bruyamment _en
rentrant chez eux_. Le comte revenait de l'Opéra; il fredonnait assez
haut un des airs qui lui avaient plu. Une patrouille le rencontre, lui
défend de chanter ainsi, et lui rappelle qu'il faut _rentrer_ chez soi
paisiblement et sans bruit.--C'est juste, dit le comte: mais je _ne
rentre pas_.--Oh! alors, c'est différent, dit le chef; et votre
excellence peut faire ce qu'elle voudra.
Ce trait, que nous empruntons au _Journal des anecdotes_, qui ne paraît
plus, ne vous rappelle-t-il pas la naïveté de ce bon Suisse, à qui on
avait donné en garde une porte du palais de Versailles, avec défense de
laisser personne _entrer dedans_. Un grand seigneur, qui ne devait pas
être compris dans l'exclusion générale, et qu'on attendait, se présente.
Le Suisse barre le chemin.--Mais j'ai droit d'entrer.--Point, mon
sir.--Mais je suis le prince de Poix.--Quand vous seriez le roi des
haricots, vous point entrer dedans.--Mais qui vous parle de cela? dit le
gentilhomme intelligent. Je ne veux pas entrer, je veux sortir
dedans.--Sortir dedans? mon sir; ah! c'est autre chose. Allez.
Et le grand seigneur sortit dedans.
--Quand est-ce que les chiens entrent dans l'église?--Quand la porte est
ouverte.
ENVIEUX
Il y a des marchands en vieux qu'on n'évite pourtant pas et qui ne se
confessent pas du péché d'envie; ce sont les fripiers.
ENVOYER
Un paysan fin matois, qui avait reçu d'un avoué quelque bon conseil,
avait promis de lui envoyer un lièvre. L'homme de loi, ne voyant rien
venir, va chez le paysan, et lui demande quand il compte tenir sa
promesse.--Comment! monsieur, le lièvre n'est pas encore
arrivé?--Non.--C'est étonnant! je vous l'ai pourtant envoyé hier. Je
l'ai aperçu au bout de mon champ, et je lui ai crié: Va-t-en vite chez
mon avoué.
ÉPICIERS
En temps de moisson, on voit en campagne des masses d'épis sciés, dont
beaucoup sont en bottes.
Nos pères avaient mis l'esprit pointu dans leurs enseignes. On voyait
encore, il y a quelques années, au boulevard du Temple, à Paris,
au-dessus d'un magasin d'épicerie, une enseigne qui représentait un
champ de blé où un homme sciait un épi; au-dessous on lisait: _À l'Épi
scié._
ÉPICTÈTE, ÉPICURE
Louis XV demandait, dit-on, au marquis de Bièvre de quelle secte de
philosophes étaient les puces? Il répondit:--De celle des piqûres.--Et
les poux?--De celle des pique-têtes.
ÉPIGRAMME
Certain ministre avait la pierre,
On résolut de le tailler;
Chacun se permit de parler,
Et l'on égaya la matière.
--Mais comment, se demandait-on,
A-t-il pareille maladie?
--C'est que son coeur, dit Florimon,
Sera tombé dans sa vessie.
ÉPOUVANTABLE
On complimentait la femme d'un homme de lettres en disant qu'elle avait
un époux vanté.
--Ce n'est que justice, répondit-elle; car il est époux vantable.
ÉPOUVANTÉ
Un jeune homme allait épouser une beauté. On lui dit:--Vous épousez une
femme charmante, dont vous serez bientôt époux vanté.
ÉPOUX LAID
Un mari, peu favorisé des dons de la nature, crut voir un calembour
insultant dans une parole de sa femme, qui disait qu'elle n'aimait pas
les poulets.
ESPRIT
--C'est agréable d'avoir de l'esprit, dit Alcide Tousez, on a toujours
quelques bêtises à dire.
ESTROPIÉ
Un homme était blessé à la main.--Vous êtes estropié, lui dit-on.--Non
pas, répondit-il, je suis estro-main.
ÉTAIN
Les Parisiens, en apprenant la mort de Pothier, ont fait cette
exclamation ingénieuse:--Voilà un potier d'éteint!
ÉTAMAGE
--Quelle est la place de Paris où les chaudronniers ne peuvent pas
étamer?
--C'est la place Vendôme. On y lit en effet en grandes lettres:
_État-major de la place._
ÉTATS
Louis XIV disait au duc de Vivonne:--Ne trouvez-vous pas surprenant que
M. de Schomberg, qui est né Allemand, se soit fait naturaliser
Hollandais, Anglais, Portugais et Français?--Sire, répondit le duc,
c'est tout simplement un homme qui essaie de tous les États pour vivre.
ÉTÉ
On boit tant de thé en hiver dans les soirées de Londres, qu'on a dit
que les Anglais faisaient de l'hiver la saison des thés.
ÉTENDRE
--Quel rapport y a-t-il entre un morceau de beurre frais, un avocat et
un paresseux?
--C'est que le premier s'étend sur du pain, le second sur son sujet et
le troisième sur son lit.
ÉTRILLE
Un palefrenier se présentait comme choriste à l'Opéra, parce qu'on lui
avait dit qu'il était fort dans _les trilles_.
EU
On prétend que cette ville est celle où l'on fait le plus d'omelettes.
On dit que son maire rougit toutes les fois qu'il est obligé d'exprimer
sa fonction.
EUX
Les cuisiniers font acte d'orgueil quand ils prétendent qu'on ne peut
pas faire d'omelettes sans _oeufs_.
EXÉCUTIF
Quand l'Assemblée constituante eut restreint, comme on sait, l'autorité
royale de Louis XVI, on fit cette épigramme:
Entre savants, quelquefois on dispute.
D'où vient ce nom: _pouvoir exécutif_
Que donne au roi le corps législatif?
Eh! le voici: trop faible pour la lutte,
C'est un pouvoir, hélas! qui s'exécute.
EXERCICE
Louis XIV raillait le duc de Vivonne sur son embonpoint excessif, en
présence du duc d'Aumont qui n'était pas moins gros, et lui reprochait
de ne point faire assez d'exercice.--Sire, répondit Vivonne, c'est une
médisance; il n'y a point de jour que je ne fasse au moins trois fois le
tour de mon cousin d'Aumont.
EXPOSITION
On a dit, à propos de l'exposition universelle de Londres, que ce qu'il
y avait de plus exposé au Palais de Cristal, c'étaient les poches des
visiteurs.
EXPRESSIONS
Fontenelle se trouvant à table avec deux jeunes poëtes avantageux, il
fut beaucoup question au dessert des différentes manières d'exprimer la
même chose en français. Nos deux étourdis lui demandèrent, sur le ton
badin, s'il était mieux de dire: Donnez-nous à boire, qu'apportez-nous à
boire. Fontenelle leur répondit en souriant:--Vous devez dire:
menez-nous boire.
F
Les lettres les plus embarrassantes sont les lettres F A C.
FACÉTIES
Un huissier qui voulait faire une chanson n'accoucha que du premier
vers, et il demandait si la rime était bonne.
On voulait marier un épicier avec sa jeune tante.--Je ne le veux pas,
dit-il; car si j'épousais ma tante, je serais mon oncle.
--Le pavé est bien fier, disait un bonhomme qui, par le verglas, s'était
laissé tomber.--Je ne le trouve pas fier du tout, dit un autre, car
voilà trois fois déjà qu'il me baise le derrière.
On demandait à un homme un peu distrait:--Quel jour est-ce
demain?...--Ma foi, je ne vous dirais pas trop; tout ce que je sais,
c'est que c'est aujourd'hui samedi.
Un homme riche, qui s'était marié trois fois, ayant perdu sa troisième
femme, répondit à quelqu'un qui lui proposait une fort aimable
demoiselle en quatrième noce:--J'accepte volontiers la demoiselle, même
sans dot, pourvu que vous fassiez stipuler dans le contrat qu'elle ne
mourra pas; car je suis las d'épouser des femmes qui meurent.
On présenta à un maire de village, dans les premiers temps où l'état
civil fut confié à ces officiers ministériels, un enfant de trois ans,
qu'on avait négligé de faire inscrire sur le registre communal. Le maire
écrivit: «Aujourd'hui est né de légitime mariage un enfant âgé de trois
ans....»
Une dame marchandant une chaise percée en offrait trop peu. Le bahutier,
pour l'engager davantage, la priait de considérer la bonté de la serrure
et de la clef.--Pour ce qui est de cela, dit la dame, je n'en fais pas
grand cas, car je n'ai pas peur qu'on me dérobe ce que j'ai dessein d'y
mettre.
GYBLOTTE.--Si j'ai été obligé de quitter le poste, ce n'est pas ma
faute, je ne pouvais plus y revenir.
LE PRÉSIDENT.--Pourquoi?
GYBLOTTE.--J'étais cuit. (Rires.) J'étais rôti à point comme un jeune
dindonneau au sortir de la broche. (Rire général.)
LE PRÉSIDENT.--Comment cela?
GYBLOTTE.--Imaginez-vous que j'avais appris que l'on faisait des
portraits à la minute au daguerréotype. Comme j'éprouvais le désir de me
faire dessiner en garde national, je profitai de l'occasion de ma garde
pour me rendre chez l'artiste, je m'esquivai du poste.
LE PRÉSIDENT.--Vous avez eu tort.
GYBLOTTE.--J'en suis bien puni.--Monsieur, lui dis-je, faites-moi mon
portrait.
--Voilà! Monsieur, me répond l'artiste. Mettez-vous le nez au soleil et
ne bougez pas. (Rire général.) Je me plaçai au vis-à-vis de cet astre,
et je le regardai en face... ce qui du reste ne laisse pas d'être fort
gênant. (Nouveaux rires.) Lorsque j'eus demeuré dix minutes dans cette
attitude, que je prendrai sur moi de nommer incommode, je sentis que ma
peau se gonflait par la chaleur... Je devenais croustillant. (Rire
général.)
--Monsieur, dis-je à l'artiste, est-ce fini?--Pour l'amour de Dieu, ne
tournez pas la tête, me répondit-il; votre portrait sera ressemblant
comme deux gouttes d'eau. Des gouttes d'eau, il ne m'en manquait pas sur
le visage... Je demeure encore un quart d'heure au soleil; je
roussissais à vue d'oeil, je sentais mes sourcils qui grillaient comme
les plumes d'un poulet flambé.--Monsieur, dis-je alors au peintre par le
daguerréotype, je renonce à votre procédé; je ne veux pas être peint
dans l'attitude d'un rôti. (Hilarité générale.) Veuillez me rendre mon
chapeau.--Monsieur, dit cet homme, si vous vouliez rester encore une
petite minute, vous seriez frappant...--Frappant! m'écriai-je,
c'est-à-dire que je serais à l'étuvée: je sors d'en prendre. Et, en
disant cela, je me traînai à mon domicile, où je me couchai.
LE PRÉSIDENT.--Pourquoi ne pas revenir au poste?
GYBLOTTE.--Parce que je serais tombé en ruine. Je parie que l'on
m'aurait enlevé un bras ou une jambe rien qu'en me posant la fourchette
dans le dos.
Le président condamne le délinquant à une garde hors de tour, et lui
recommande de se méfier à l'avenir des portraits à la minute.
GYBLOTTE.--Quand j'y retournerai, il fera ch... non, il fera froid.
(Rire général.)
--Un diseur d'anecdotes raconte les facéties suivantes:
«J'ai lu autrefois, dans les Mémoires de M. le maréchal de ***, qu'il
examinait toujours le soir ce qu'il avait dépensé le jour; et comme il
avait donné cent écus au maître d'hôtel qui le servait, pour faire la
plus grande chère qu'il pourrait à sept ou huit personnes de l'un et de
l'autre sexe, et de qualité, ce maître d'hôtel lui porta ses comptes,
lorsqu'il était près de se coucher. Dans son mémoire, il ne trouva que
quatre-vingt-dix écus pour la dépense du repas, et M. le maréchal lui
dit après l'avoir lu: «Faites que le compte soit juste, si vous voulez
que je l'arrête.» Le maître d'hôtel descendit au même instant, rapporta
le compte après avoir ajouté au bas: «_Item_, dix écus pour faire les
cent écus.»
Le savant Bouilleau, que son père, procureur, envoyait étudier à Paris,
fit un mémoire pour rendre compte des dépenses qui avaient employé
l'argent qu'il avait reçu. Il exagéra par plus de soixante _item_
jusqu'aux moindres minuties, et, comme il n'y trouvait pas encore son
compte, il mit au bas d'un article: _Item, mon père, il faut vivre_.»
--«Je suis si malheureux, disait Saint-Péraire, que si je me faisais
chapelier, personne n'aurait plus de tête.»
--«Au 15 septembre 1848, _je paierais_ à M. Coquardeau la somme de trois
cents francs.»
--Après?
--Eh bien! payez-moi, c'est aujourd'hui le 15.
--Impossible, je n'ai pas d'argent.
--Que m'importe! vous m'avez souscrit un billet.
--C'est vrai; mais il y a un _s_ à _je paierais_.
--Après, Monsieur?
--Après?... vous n'êtes pas fort: l'_s_ indique le conditionnel, par
conséquent, je ne vous paie pas, puisque c'était à condition... que
j'aurais de l'argent.
--Quelqu'un, à Paris, pour se moquer d'un provincial, cherchait à lui
faire des questions singulières. Il lui demanda, un jour, en compagnie:
«Qu'est-ce qu'une obole, une faribole et une parabole?» Le provincial,
sans se déconcerter, lui répondit: «Une parabole est ce que vous
n'entendez pas; une faribole, ce que vous dites; une obole, ce que vous
valez.»
LE PÈRE COUPE-TOUJOURS.
LE JUGE, au marchand de galette.--Vous avez fait assigner le sieur
Bazoteau. Qu'avez-vous à dire?
LE MARCHAND DE GALETTE.--J'ai à dire de lui que c'est indigne. Voilà ce
que j'ai à dire.
LE JUGE.--Mais, encore, expliquez-vous.
LE MARCHAND DE GALETTE.--Ah! mon Dieu! c'est tout expliqué; monsieur est
cause que j'ai perdu toutes mes pratiques... Voilà tout... Il me semble
que c'est bien assez, cristi!
BAZOTEAU.--Allons donc! vous voulez rire.
LE MARCHAND.--Du tout, du tout... Moi, un des principaux marchands de
galette du boulevard... vous m'avez mis dans le pétrin. (Rire général.)
LE JUGE.--Comment cela?
LE MARCHAND.--Monsieur est fabricant de lunettes... J'avais perdu les
miennes, il m'en fournit... Et v'lan! comme par enchantement, voilà
toutes mes pratiques qui filent chez le marchand d'à côté.
LE JUGE.--Mais, enfin, pourquoi?
LE MARCHAND.--Pourquoi! Parce que depuis ce moment je suis là à me
croiser les bras et les jambes comme un commissionnaire; je chauffe mon
four, je mets la main à la pâte, j'aiguise mes couteaux, et moi, _père
Coupe-Toujours_, je ne coupe plus rien du tout. Voilà pourquoi. (Longue
hilarité.) Du reste, en voici la raison.
LE JUGE.--Ah! c'est bien heureux.
LE MARCHAND.--Monsieur, que voilà, au lieu de me fournir du petit zéro,
qui est mon numéro, m'a mis des verres grossissants, oh! mais
grossissant au point que je trouvais les plus petits morceaux toujours
trop gros, et que je finissais par ne plus rien donner du tout de pâte
ferme pour deux sous... (Rire général.)
BAZOTEAU.--Ah! c'est pour ça?
LE MARCHAND.--Vous pensez bien que ce n'est pas le moyen de faire son
beurre; aussi je suis bientôt resté sur le flanc. (Rire.) On ne
m'appelait plus que le _père Coupe-Trop-Court_. (Rire général.)
BAZOTEAU.--Ça ne me regarde pas, c'est votre femme qui m'a demandé les
verres que j'ai mis. Elle trouvait que vous serviez trop largement la
pratique.
LE MARCHAND.--Elle est bien avancée, à présent que je ne la sers plus du
tout. (Nouveaux rires.)
Pour comble de malheur, Bazoteau est renvoyé de la plainte, et le
marchand de galette est condamné aux dépens.
LE PÈRE COUPE-TOUJOURS À SA FEMME.--Chaud! chaud! là, j'espère que vous
m'en faites avaler... des brioches... Pour une marchande de galette,
madame mon épouse, vous êtes une fameuse galette. (Longue et vive
hilarité.)
--En creusant des fondations à Écouis (Eure), on a trouvé un squelette
et deux crânes dans un même tombeau. Les archéologues ont prétendu que
le squelette était celui de Pierre III de Roucherolles, seigneur
d'Écouis; mais comment expliquer les deux crânes? Le sieur P. a
découvert une solution; il a mis les deux crânes sur un rayon de sa
bibliothèque, et il explique gravement aux curieux «que le petit crâne
appartenait à Pierre de Roucherolles encore enfant, tandis que le plus
gros était sa tête lorsqu'il fut devenu homme!»
--Un fermier écossais, qui ne savait ni lire ni écrire, et qui avait
quelques épargnes, voulut faire donner de l'instruction à son fils, et
l'envoya dans un pensionnat d'Édimbourg. Après y avoir passé deux
années, le jeune homme revint chez ses parents, et rentra dans la ferme
au moment où son père et sa mère se mettaient à table devant un plat de
viande et un plat de légumes.
Après les embrassements d'usage, le fermier dit à son fils, tandis que
la mère préparait un troisième couvert:--Eh bien! garçon, as-tu bien
employé ton temps?--Es-tu devenu savant là-bas?--Oh! que oui, père,
répondit l'écolier avec suffisance.--Sais-tu compter, surtout,
garçon?--J'étais le plus fort en arithmétique, répondit encore le jeune
drôle, et je puis vous donner la preuve que je sais faire des comptes
que ne feriez pas vous-même.--Je ne dis pas non... Mais voyons la preuve
de ton savoir.--Voilà: Combien croyez-vous avoir de plats sur votre
table?--Deux, répondit le père: un plat de mouton, un autre de pommes de
terre.--Eh bien! vous vous trompez... Il y a trois plats sur votre
table.--Pardi je serais aise d'entendre ton raisonnement à l'appui de ce
compte-là.--Rien de plus facile; nous disons: plat de mouton, ça nous
fait un; plat de pommes de terre, ça nous fait deux; j'additionne, et je
dis: un et deux font trois.--C'est juste, dit le fermier. Pour lors, je
vais manger un plat, ta mère mangera le second, et toi tu mangeras le
troisième en récompense de ton savoir.
--On lisait dans un journal de 1848:
«En entendant les crieurs hurler sur le boulevard: _Le Journal_, par
Alphonse Karr et son supplément, on se demandait naturellement si ce
supplément était l'associé de M. Alphonse Karr, ou tout simplement une
double feuille de papier. Cette tournure de phrase nous rappelle
l'embarras de ce brave homme, propriétaire d'un bain sur la Seine, qui
passa toute sa vie à rédiger l'enseigne de son établissement et n'y put
jamais parvenir. Il avait d'abord trouvé _Bains à quatre sols pour les
femmes à fond de bois_. Mais il vit qu'on riait: il changea en _Bains à
fond de bois pour les femmes à quatre sous_. On rit encore plus, et sa
clientèle, se trouvant insultée, l'abandonna; il mourut de désespoir de
n'avoir pas pu rédiger son enseigne convenablement.»
--J'ai lu autrefois, dans une publication périodique, intitulée avec un
peu de vanité _Recueil encyclopédique belge_, une page singulière,
intitulée _Pensées sur l'homme_. Il m'a semblé tout d'un coup que ces
pensées avaient été écrites par un homme marin. Vous allez juger comme
c'est liquide:
Première pensée: «Vois le _ruisseau_; il fuit...; enfin il va se perdre
dans la _mer_.» N'est-il pas vrai que c'est là un début très-mouillé?
Deuxième pensée: «Un _océan_ d'amertume environne l'esprit de l'homme,
comme l'immensité des _eaux_ enveloppe la terre.» C'est encore de
l'humidité.
Quatrième pensée: «L'oubli passe l'_éponge_ sur le nom de l'égoïste.» On
voit que l'auteur est un homme qui se débarbouille.
Cinquième pensée: «Le présomptueux s'embarrasse dans ses paroles, comme
le _poisson_ dans les filets; ils se prennent l'un et l'autre à
l'_hameçon_.» Le penseur, à coup sûr, vit dans l'eau.
Dans la sixième pensée, il compare l'espérance aux feux follets qui
naissent dans les marécages; et il n'y a que huit pensées.
Quand je vous disais que l'auteur est un homme marin! Il a signé; et il
s'appelle _De la Flotte_.
Non loin du camp, la nuit, après certaine attaque,
Un soldat se mit à crier:
--Amis, j'ai fait un prisonnier,
Et je le tiens; c'est un Cosaque
Qui de son régiment vient de se détacher.
--Amène-le vers nous.--Mais il fait résistance.
--En ce cas, viens sans lui.--C'est bien à quoi je pense,
Mais il ne veut pas me lâcher.
E. ARNAL.
Aux élections de 1848, deux candidats étaient en présence à Pithiviers:
MM. Lejeune et Deloines.
Deux auberges se disputaient les électeurs partagés entre ces deux
candidatures.
Sur la porte de l'une d'elles on avait écrit ces vers:
Votez tous pour monsieur Deloines.
Vous serez gras comme des moines.
Et sur l'autre:
Ceux qui voteront pour Lejeune.
Ne connaîtront jamais le jeûne.
--Boulvot, originaire d'Éclavolle (Marne), ayant pour le quart d'heure
son domicile à Romilly-sur-Seine, est arrêté par la gendarmerie de
Saint-Aubin en flagrant délit de mendicité. Conduit devant M. le
procureur du roi de Nogent-sur-Seine. Boulvot prétend que, loin de
l'inquiéter, on devrait lui décerner une médaille.--Depuis plus de dix
ans, dit-il, je ne suis occupé qu'à poursuivre l'extinction de la
mendicité.--Comment, en mendiant?...--Eh! sans doute, mon procureur: on
m'arrête; n'est-ce pas un mendiant de moins?...
--Un riche bourgeois marchandait dernièrement, avec son fils, une carte
de France dans la boutique d'un libraire. Le fils, voulant s'assurer de
l'exactitude de cette carte, y cherchait Moscou, et témoignait à son
père son étonnement de ne pas l'y trouver. «Comment, lui répondit
celui-ci, peux-tu chercher cette ville sur la carte! Tu devrais bien
savoir qu'elle a été brûlée.»
--Le duc de Pembroke nourrissait un nombre considérable de porcs à la
terre de Wilthsire. Traversant sa basse-cour, il fut surpris de les voir
rassemblés autour d'une auge et faisant un bruit affreux. La curiosité
le porte à examiner quelle peut en être la cause; il s'approche et
aperçoit dans l'auge une cuiller d'argent. Dans ce moment arrive la
cuisinière, fort étonnée de tout ce bruit: «Sotte que vous êtes, lui dit
Sa Seigneurie, ils ont raison de grogner, les pauvres animaux! vous ne
leur avez donné qu'une cuiller pour eux tous.»
Indécis autant qu'incertain,
Entre vos attraits et vos charmes,
Du sort je brave le destin
Et mêle mes pleurs à mes larmes.
Mon coeur ne saurait être heureux
Dans le veuvage de mon âme,
Et je ne connais que mes feux
Qui puissent égaler ma flamme.
Dans un des arrondissements du Havre, un candidat ministériel venait
d'être repoussé avec perte du collége électoral. Son perruquier, appelé
pour lui faire la barbe, s'arrête tout à coup, l'examine avec attention,
et lui déclare qu'il ne veut plus dorénavant le raser au même prix,
attendu qu'il lui trouve la figure beaucoup plus longue que par le
passé. Ce fonctionnaire allait se fâcher, lorsqu'il sentit qu'il valait
mieux prendre du bon côté la plaisanterie du facétieux barbier: «Vous
pouvez, lui répondit-il, me raser à bon marché, car on vient de me faire
la queue pour rien.»
Un jour qu'il était nuit,
Tout debout éveillé, je dormais dans mon lit,
Quand la foudre en silence
Par un éclair obscur m'annonça sa présence.
Nul ne bouge, tout fuit;
Le marbre épouvanté reste froid comme glace;
Le muet ne dit mot, le sourd n'entend plus rien;
Soudain la terre tourne, on n'en sent pas la trace;
Le cerf devient craintif, et devançant le chien
Il s'élance et bondit; quoiqu'il change de place,
Bientôt il est le prix de celui qui le chasse.
Mais ce muet fracas
Me fit voir, en dormant, que je ne dormais pas.