Juraverunt Guillelmus Ricii, Franciscus Peruzzi, Antonius Urtice,
Antonius de Damianis oratores, Regi clarissimo, in manibus domini
vice cancellarii, presentibus reverendissimo domino Lugdunensi et
domino admirato, quod in civitate Avinionensi nullum recipient
exercitum inimicorum prefati clarissimi regis qui possit nocere
persone nec statui ipsius clarissimi Regis. Inimici autem
declarati sunt dux Burgundie, Rex Ferdinandus, rex Aragonum et
Rex Yspaine, filius ipsius regis Aragonum, hoc mediante quod
prefati domini admiratus et vice cancellarius, nomine prefati
clarissimi domini Regis, promiserunt etiam civitatem Avinionis
conservare ab omnibus oppositionibus, illamque defendere contra
omnes emulos Sanctissimi domini nostri Pape et civitatis predicte
ac inimicos eorumdem et ita facere firmaverunt Simile juramentum
prestabunt consules et consiliarii dicte civitatis et literas
illius expedient in forma patento sub sigillo dicte civitatis
quas ad primum mandabunt reverendissimo domino.» Arch. de la
ville, série A.A.
[491] Lettre des Avignonnais à Monseigneur du Bouchage, 30
janvier 1479, Origin., B. nation., _Anc. fonds franç._, mss., no
2896, fol. 90.--Cf. Bernard de Mandrot, pp. 320, 321.
La question de la légation elle-même était laissée en suspens, mais
Jules de la Rovère promettait tacitement au roi et à son rival,
l'archevêque de Lyon de se rendre prochainement à Rome pour solliciter
de son oncle Sixte IV le chapeau de cardinal en faveur de Charles de
Bourbon, qui ne demandait rien de plus. L'entrevue de Lyon (mai-juin
1476) fut pour la politique de Louis XI un triomphe complet. Il avait
obtenu du roi René, sinon la substitution du roi de France à Charles
du Maine comme héritier de la Provence, au moins un engagement tacite
dont Palamède de Forbins fut le garant[492]. René ne voulut pas se
lier par un acte, contrairement à ce qu'affirme l'auteur de l'histoire
des Célestins[493], mais c'était le bruit public que le vieux roi
avait donné à Louis XI la promesse formelle de la cession de la
Provence à la couronne, à la mort de Charles du Maine, institué
héritier par testament du 28 juillet 1475[494]. Comblé de présents et
d'honneurs, René avait quitté Lyon le 9 juin 1476, laissant Jules de
la Rovère débattre avec Louis XI les questions qui intéressaient
spécialement les états pontificaux et la légation[495].
[492] Lecoy de la Marche, _Liv. cit._, I, pp. 412, 413.
[493] «Alii scribunt quod Renatus rex dùm esset Lugduni,
Ludovicum regem nepoti suo Carolo substituit, substitutionem suam
scripsit litteris miro picturæ artificio azureo colore
conspicuam.» _Historia Cælestinorum._, mss., Bibl. Avignon, t. I,
fol. 697.
[494] Mathieu, _Hist. de Louis XI_, p. 345;--Legeay, _Hist. de
Louis XI_, p. 204.
[495] Lecoy de la Marche, II, p. 483.
Le rusé cardinal n'eut pas lieu de se plaindre des procédés de Louis
XI à son égard, car il obtenait de lui plus qu'il ne pouvait espérer,
surtout après la réception qui lui avait été faite. Son ton résolu et
prompt à la riposte, sa rouerie diplomatique, dissimulée sous une
apparente soumission, avaient produit sur l'esprit du roi une
impression très favorable, et Louis XI, après ces quelques semaines
d'entrevue, n'hésitait pas à appeler le cardinal de Saint-Pierre aux
Liens son «très cher et grant amy». Par lettres patentes données à
Lyon le 15 juin 1476, le roi «voulant mettre un terme aux grans
faultes, fraudes, abuz, déceptions et exactions de toute espèce qui se
commettoient à la Cour de Rome au détriment de tous ceux qui venoient
à besougner à cause de la diversité des personnages auxquels ils
s'adressaient, déclare que désormais toutes les personnes qui auront à
se pourvoir en Cour de Rome se addressent a son très cher et grant amy
le cardinal de Saint-Pierre _ad Vincula_[496]». Louis XI accordait en
outre à Jules de la Rovère l'autorisation d'exercer dans le royaume
ses facultés de légat, bien que ledit légat «ne luy en ait demandé la
permission, comme il est de coutume, et sans qu'il soit tiré à
conséquence[497]». En outre, par d'autres lettres patentes, données à
Lyon le 21 juin 1476, Louis XI autorisait le cardinal de Saint-Pierre
ad Vincula à posséder dans le royaume de France tous les bénéfices
dont il avait été ou pouvait être pourvu, archevêchés, évêchés,
abbayes et autres dignités et bénéfices quelconques, et à quelque
valeur et estimation qu'ils pussent monter. Dans les raisons qui
poussaient le roi à octroyer cette faveur, Louis XI parlait «de la
grant et singulière amour et amitié que avons a lui. Et en faveur de
plusieurs grans louables et notables services dignes de recommandacion
qu'il nous a faiz et espérons qu'il nous face au temps advenir[498]».
Enfin, six semaines après l'entrevue de Lyon, Jules de la Rovère
affermissait encore ses bons rapports avec le roi de France en
accordant la dispense pour le mariage de Louis d'Orléans (futur Louis
XII) avec Jeanne de France, fille de Louis XI[499].
[496] Bibl. nation., _Ancien fonds franç._, no 3882, fol.
209;--_Musée des arch. nation._, p. 286.
[497] Bibl. nation., _Ancien fonds franç._, mss.
294;--_Catalog._, I, p. 538.
[498] Extrait des minutes de Jean Robini, notaire (Lettres
vidimées le 13 juin 1485). Voy. aux pièc. justificat., no XXI.
[499] De Mauldes, _Collect. des Docum. inédits; Les Procédures
politiques sous Louis XII_, pp. 926, 929.
L'entrevue de Lyon, grâce à l'influence du cardinal de Saint-Pierre
aux Liens sur l'esprit du roi, fut féconde en résultats heureux pour
les Avignonnais. Par lettres patentes données à Lyon le 21 juin
1476[500], Louis XI accorda aux sujets du pape le droit de construire
des «palières» pour protéger leur terroir contre les débordements
périodiques du Rhône. Ce droit, qui avait déjà été consacré par
lettres données à Compiègne, le 7 février 1470 et le 26 janvier
1474[501], était contesté par les officiers de la couronne, et à
diverses reprises les Avignonnais avaient fait appel à la justice du
roi pour la sauvegarde de leurs propriétés. «Pourquoy nous les choses
dessus dictes considérées, inclinanz liberallement à la supplicacion
et requeste que sur ce nous a este faite par nostre tres chier et
grant ami le cardinal _Sancti Petri ad Vincula_, légat du Saint-Siège
apostolique estant nagueres par devers nouz à Iceulx supplianz pour
ces causes et considéracionz et autres à ce nous mouvanz avons octroye
et octroyons de grace espécial par ces presentes que la sus dite
palière, taudiz, et reparacionz par eulx ainsi faictes du coste de
leurs terres sur le rivage de la dite rivière du Rosne soient et
demeurent en l'estat quelles sont de present tant quelles pourront
durer, sanz que Iceulx supplianz soyent ou puissent estre contrainz à
Icelles démolir ne abatre, ne que pour icelles avoir faict faire, ils
en soyent molestez ne travaillez par aulcunz noz officiers soubz umbre
des sus dites multes ou peines declairées ou à declairer en quelque
manière que ce soit ou puisse estre. Et lesquelles peines et multes
saucunes estoient declairées nous voulons au cas dessuz dit estre
nulles et de nulle valeur. Et icelles avons abolies et abolissons par
ces présentes pourveu toutes foys que les ditz d'Avignon ne feront
faire doresenavant sur la dite palière aucunes reparacions en quelque
manière que ce soit. Et quant la dite palière sera rompue et desmolie
iceulx de Avignon ne la feront ne pourront reffaire sanz noz vouloir
congié et licence[502].» Cette concession royale avait aux yeux de la
ville bien plus d'importance qu'on ne le croirait généralement, car
outre la nécessité de pouvoir élever des «pallières et taudis» en vue
de préserver les terres des débordements subits, au moment de la fonte
des neiges et des orages dans la région cévénole, il y avait encore à
sauvegarder l'intérêt même de la navigation, qui était au XVe siècle
l'unique voie de communication entre le nord et le midi de la France.
Or, le Rhône ayant toujours eu une tendance bien marquée à se jeter
vers la rive droite, les Avignonnais attachaient la plus grande
importance à pouvoir effectuer en toute liberté des digues en terre et
en fascines dites, «pallières», pour ramener sur la rive gauche le
courant principal du fleuve, que suivaient les barques de marchandises
allant d'Arles et de Tarascon sur Lyon. La ville accueillit la
décision de Louis XI comme un grand bienfait, et c'est une des mesures
que Gilles de Berton et Louis de Merulis, de retour d'une ambassade
auprès de Louis XI, feront valoir auprès des membres du conseil de
ville pour marquer la bienveillance du roi à l'endroit de la
cité[503].
[500] Donné à Lyon sur le Rosne, le XXIe jour de juing 1476.
Orig. Arch. municip., B. 64, no 44, Cott. V.V.
[501] Bibl. nation. _Invent._, III, 3882, fol. 16.
[502] 21 juin 1476, à Lyon. On trouve des lettres ayant le même
objet du 7 février 1470 (B. 65) et de janvier 1474 (B. 65) et de
Selles en Poitou du 20 avril 1469 (B. 64).
[503] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 19 mai 1479.
A la question de droit de pallières était liée celle du pontonage du
Rhône. Cette dernière avait pour Avignon un intérêt capital, car c'est
par le grand pont de pierre, construit sur le Rhône vers la fin du
XIIe siècle, que se faisaient les échanges de denrées et de
marchandises entre les Avignonnais et la rive languedocienne. Beaucoup
d'Avignonnais possédaient des domaines sur la rive droite, dans les
limites du diocèse d'Avignon, et c'est du Languedoc que la ville
recevait une bonne part des céréales, du vin et du bétail nécessaires
à l'alimentation de ses habitants. La rupture ou l'interdiction du
pont était, pour la ville, une cause de ruine et de disette[504]. Or,
la cité d'Avignon, aux termes des lettres patentes du roi Charles
V[505], n'avait la propriété du pont que jusqu'à la chapelle,
aujourd'hui encore existante, de _Saint Nicolas_[506], c'est-à-dire
après la deuxième arche; l'autre partie, de beaucoup la plus longue,
était terre royale, et les officiers du roi et maîtres des ports de
Villeneuve en avaient la surveillance et la garde. Les Avignonnais,
dès 1451[507], avaient prié le cardinal d'Estouteville d'intervenir
auprès de Charles VII, pour faire savoir au roi que la ville étant
dans l'intention de reconstruire quelques parties du pont qui
menaçaient ruine, priait sa majesté de donner un avis favorable à la
requête et d'autoriser l'affectation du produit des péages à la
reconstruction et à l'entretien dudit pont. C'est à Lyon encore que
Louis XI, par lettres patentes du 21 juin 1476[508], décida que le
produit du péage du pont d'Avignon, tant du côté de la ville que du
côté du royaume, appartiendrait aux officiers royaux, lesquels
seraient tenus d'en employer les sommes à l'entretien du pont,
conformément à un tarif convenu[509].
[504] On peut en juger par l'affolement de la ville sous Henri
IV, lorsque Montmorency, gouverneur du Languedoc, en réponse aux
mesures de rigueur du vice-légat, avait fait fermer le passage du
côté de la rive droite. Voy, Barbier de Xivrey, VII, p. 117,
_Lettres de Henri IV_.
[505] Arch. municip., Origin.;--_Bullar. Avinion._
[506] C'est au-dessous de cette chapelle que dès le XVIe siècle
fut installée la douane chargée de plomber les étoffes de soie
sortant d'Avignon.
[507] _Annal. d'Avignon_, mss. Chambaud, fol. 173.
[508] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, pp. 197 et suiv.
[509] Il y a également d'autres lettres de Louis XI pour le même
objet du 21 juin 1476. Arch. municip., B. 68.
Mais le plus grand acte de la générosité royale à l'égard des
Avignonnais et Comtadins, au XVe siècle, fut sans contredit signé à
Lyon, sur la demande de Jules de la Rovère; des lettres patentes du 21
juin 1476 portaient suppression de toutes lettres de marques et de
représailles laxées à l'encontre des Avignonnais et autres sujets du
Saint-Siège par les officiers de la couronne. Et il faut reconnaître
que ces derniers en abusaient quelque peu, et souvent pour des causes
non justifiées. Ce droit barbare, qui donnait à la partie lésée, ou
soi-disant lésée, le droit de se saisir des biens meubles et immeubles
et des personnes originaires du même pays que la partie offensante,
jusqu'à concurrence de la valeur estimative du dommage causé, était
pour les états citramontains du Saint-Siège une vraie mise en
quarantaine qui suspendait la vie même de la cité papale et de ses
annexes. Ces moyens de coercition étaient d'autant moins admissibles
que l'Église répugnait à les employer[510]. Or, il n'y avait pas
d'année où les Avignonnais ne fussent frappés de représailles, à la
demande de quelque créancier dont les titres étaient parfois
contestables, comme nous l'avons vu pour Gabriel de Bernes, ou de
marchands de passage, qui se plaignaient d'avoir été volés par quelque
filou, au moment des grandes foires, et obtenaient des lettres de
représailles contre la ville et ses habitants. Bien misérable alors
était la condition des sujets du pape. Tout commerce était suspendu,
toute transaction avec le dehors interdite. Bien plus, pour les états
pontificaux de France, leur condition, par suite de la délimitation
topographique, était intolérable. La plupart des terres cultivables
des Avignonnais étant situées au delà de la Durance, c'est-à-dire en
Provence, ou par delà le Rhône, c'est-à-dire en Languedoc, les
propriétaires ne pouvaient transporter leurs produits chez eux sans
risquer de voir les officiers royaux en opérer la saisie sur la
demande d'un simple particulier, qui avait obtenu contre la
collectivité des citoyens avignonnais des lettres de représailles.
L'abus était tellement monstrueux que déjà, à diverses reprises,
Charles VII avait suspendu, en 1442[511] et le 13 juin 1443[512], les
lettres de marques délivrées contre Avignon. Il arriva même que des
officiers royaux peu délicats trafiquaient de leur autorité pour laxer
des représailles contre les Avignonnais inoffensifs, sous les
prétextes les plus futiles, et partageaient avec le demandeur une
partie de la prise. Le 10 novembre 1456, Charles VII délivre des
lettres patentes par lesquelles il révoque les représailles laxées par
le viguier de Villeneuve contre les habitants d'Avignon, «attendu que
ledit Viguier a faict sous vans abuz et exploiz voluntairement de son
auctorité privée sans auctorité, commission ne mandement[513]».
[510] Voy. René de Mas Latrie, _Les droits de marques et de
représailles au moyen âge_, Bibl. de l'École des Chartes, 27e
ann., 6e série, t. II, 1865, p. 541.
[511] Arch. municip., B. 51, no 64.
[512] _Id._, B. 50. Voy. X{ta} 8605, Arch. nat., pièces
justificat.
[513] _Id._, B. 50.
En accordant aux sujets pontificaux les lettres patentes du 26 juin
1476, Louis XI mettait les Avignonnais à l'abri de l'arbitraire des
agents subalternes de la couronne, mais il ne se gêna pas, pour cela,
d'y recourir lui-même, lorsqu'il jugea les Avignonnais, ses amis,
coupables d'avoir attenté à la toute-puissance royale. «Attendu que
matière de marques est une espèce de guerre, et que la continuacion
d'icelle est une destruction de ce pais et subjectz et de la chose
publique, d'autant que les ditz habitanz d'Avignon et seigneurie, et
ont bonne intention et voulonté de touzjours ainsy faire et continuer,
et que si aulcunz abuz de justice ont este faiz et commis, par cy
devant par les ditz d'Avignon à l'encontre de nos ditz officiers et
subjectz ce a été par ceulx qui ont eu par aucun temps administration
de la justice et aultres particuliers du dit lieu au desceu et sans le
consentement du corps et communauté de la dicte ville. Il nous plaist
les dites marques et représailles mettre au néant affin que
marchandise se puisse remettre entre nos subjectz et eulx, et que noz
ditz subjectz et ceulx du dit Avignon et conte de Venissy puissent
fréquenter et commerser ensemble comme ils souloient faire le temps
passé. Savoir faisons que nous, considérant les choses dessus dites et
mesmement que la dite ville d'Avignon et conte de Venissy est
«neument» de la terre de l'Église et à nostre saint père le pape,
parquoy vouldrions les habitans et subjectz d'icelle estre
favorablement traictez. Eu sur ce advis conseil et meure délibéracion
avec les gens de nostre grant conseil avons declairé et ordonné
déclairons et ordonnons par ces presentes que aucune marque ne soyt
desormais extraite à l'encontre des dits d'Avignon et conte de
Venissy, ne aulcun deux et non quelle soyt adjugiée et declairée par
nous et les gens de nos grant conseil ou par l'une de nos courtz de
Parlement en quelque manière ou pour quelconque cause ou occasion
quelle soit ou puisse estre octroyée[514].» En accordant cette
immunité aux sujets du Saint-Siège, Louis XI donnait satisfaction au
pape qui avait déjà fait entendre maintes fois à ce sujet ses
protestations; il mettait un terme aux vexations et aux insolences de
ses agents subalternes; malheureusement, comme toutes les faveurs
royales, les lettres de Lyon comportaient des restrictions dont les
bénéficiaires ne devaient pas tarder à pâtir.
[514] Origin., Arch. municip., B. 50.--Ces lettres furent
enregistrées par le Parlement de Grenoble le 15 juin 1479. Arch.
départ. de l'Isère, _Reg._, Cott. I, fol. 326. _Invent. de la
Chambre des Comptes._ Voy. Pilot, _Catalog._, 1665, p. 247, 21
juin 1476.--_Id._ II, nos 1747-1748, p. 291. De Montargis, 8 mai
1479.
En se séparant, après une entrevue de plusieurs semaines (mai-juin
1476), chacun des contractants emportait des concessions ou des
promesses inespérées; le vieux roi René, une pension viagère, 40.000
écus et l'assurance de la mise en liberté de sa soeur, prisonnière en
Angleterre[515]; Louis XI avait la perspective de mettre bientôt la
main sur la Provence et de préparer à la couronne la domination de la
Méditerranée[516]. Il avait aussi la satisfaction de voir régler d'une
façon pacifique son conflit avec Rome. Quant à Jules de la Rovère,
tout en reconnaissant à Charles de Bourbon la qualité de légat _a
latere_, il était maintenu dans sa légation d'Avignon et obtenait pour
ses administrés de précieux privilèges. Le conseil de ville
reconnaissant, délibéra, le 7 août 1476, de voter 2,000 florins au
cardinal légat pour le remercier de ses bons offices[517]. Jules de la
Rovère rentra de son voyage en France au commencement de l'automne, le
4 octobre 1476. Il arriva à Foligno, où le pape et les cardinaux le
complimentèrent sur le succès de sa mission[518]. Désireux de tenir
ses engagements, Sixte IV créa Charles de Bourbon cardinal le 18
décembre 1476.
[515] Marguerite d'Anjou libérée au traité de Pecquigny, 1475.
[516] Mathieu, _Hist. de Louis XI_, p. 345. «Avant que de partir
contenta le Roy des asseurances qu'il desirait pour adjuster la
Provence à la couronne.»
[517] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 1476.
[518] Pastor, _Hist. de la Papauté_, IV, p. 297 et note 6.
Quant aux Avignonnais, ils reçurent les compliments les plus flatteurs
du Saint Père, pour la correction de leur attitude dans le conflit qui
avait un instant mis aux prises le Saint-Siège avec la Cour de France.
«Vous avez fait, leur écrivait le souverain pontife, ce qu'il
convenait et ce que nous attendions de vous. Nous vous exhortons à
persévérer dans ces sentiments, et vous pouvez comprendre que les
dispositions du Saint-Siège et les nôtres vous seront de plus en plus
favorables[519].»
[519] «Fecistis enim quod decuit et quod de vobis sperabamus.
Perseverate igitur, vos hortamur in dies magis, ex quo nos et
sedem ipsam semper fieri poterit, in rebus vestris propitios
sentietis.» Datum Rheate, XVII, octobre 1476. Arch. municip.
Origin., B. 50.
Mais des événements autrement graves allaient détourner Louis XI des
affaires de Rome. A ce moment, en effet (janvier 1477), toute son
attention était portée sur la lutte décisive qui se livrait sous les
murs de Nancy, et où son plus redoutable ennemi, Charles le Téméraire,
devait périr si misérablement, enseveli dans sa défaite. On comprend
que les historiens de ce grand règne aient passé sous silence des
faits d'un ordre secondaire, au milieu de cet ébranlement général du
royaume, et c'était une raison de plus pour nous de les faire revivre
d'après des documents nouveaux.
CHAPITRE VII
Les dernières années de Louis XI (1476-1483).
Caractère général de la politique à l'égard d'Avignon.
Bernard de Guerlands et Jehan de Tinteville.
Faveurs royales.
Les dernières années de Louis XI.--Les tentatives des Routiers et
des Florentins sur Avignon et le Comté.--Le sacrilège Bernard
de Guerlands (1478-1479).--Les consuls s'adressent à
Monseigneur du Bouchage.--Intervention de Louis XI qui protège
les sujets du Saint-Siège (février-mars 1479).--Nouvelle
attaque de Jehan de Tinteville ou Dinteville
(1480-1481).--Petitjean maître d'hôtel du roi à Avignon
(1481).--Politique équivoque de Louis XI.--Il désavoue
Tinteville (janvier 1483). Mort de Louis XI.--Sentiments des
Avignonnais.--Funérailles du roi célébrées à Avignon (24
septembre 1483).--Privilèges divers accordés par Louis XI aux
Avignonnais.--Il protège le commerce et la navigation.--Lettres
des 24 mai 1482 et avril 1480.--Il confirme les privilèges du
péage à sel (26 janvier 1478).--27 janvier 1481.--Résumé et
conclusion.