papes, était grosse de difficultés. Pierre de Foix, l'évêque d'Acqs,
et les Gascons armés faisaient bonne garde et refusaient de se retirer
même devant la force. C'était malheureusement une tradition parmi les
légats qu'à chaque décès du représentant du Saint-Siège à Avignon, ses
héritiers et successeurs refusaient de rendre le palais aux ordres
venus de Rome. Ému de cette situation et pour obvier à un nouveau
scandale, le conseil de ville avait donné pour mission complémentaire
à d'Ortigues (1464), de demander à Sa Sainteté qu'elle fît défense
formelle, à l'avenir, à ses légats, d'habiter le grand palais, mais
qu'elle voulût bien désigner un capitaine noble et un citoyen de la
ville qui seraient chargés de la garde du palais, avec les émoluments
que Sa Sainteté fixerait elle-même, à percevoir sur les revenus de la
chambre apostolique d'Avignon[398].
[398] Instructions de la ville à d'Ortigues envoyé à Rome (1464),
_Dossier des Ambassades_, série A.A. Délibérat. du Conseil du 26
janvier 1465; _Reg. des délibérat._, III, fol. 138.
C'était de la politique habile de ne désigner qu'un légat d'un
caractère temporaire comme l'évêque de Narni[399]. Paul II laissait
ainsi à Louis XI l'espoir de lui donner bientôt satisfaction et lui
écrivait en même temps une lettre d'un caractère tout pacifique,
exposant les raisons qui l'avaient amené à déléguer à titre provisoire
l'évêque de Narni. Le souverain pontife, par un nouveau bref du 17
février 1465, tout en remerciant les Avignonnais de leur dévouement et
de leur fidélité, leur faisait savoir qu'il avait confiance dans
l'esprit religieux et catholique du roi de France, pour être certain
que la tranquillité de ses États ne serait point troublée. Il ajoutait
qu'en agissant comme il l'avait fait, il n'avait eu d'autre pensée que
de sauvegarder l'honneur du Saint-Siège, le gouvernement des États de
l'Église et le repos de la papauté[400]. Il recommandait à nouveau à
la ville de livrer immédiatement le palais à son représentant. Les
négociations entamées avec les héritiers du feu cardinal de Foix
furent laborieuses et difficiles. Enfin, après de nouveaux
pourparlers, les prélats installés dans le palais s'engagèrent par
devant notaire[401], le 2 mars 1465, à remettre purement et simplement
le palais apostolique au pape Paul II ou à son délégué. Ils quittèrent
Avignon dans les premiers jours de mars et le conseil délibéra le 4
dudit mois, d'accompagner Pierre de Foix jusqu'en dehors des
murailles et de lui présenter au nom de la ville une boîte d'or à
dragées du poids de 15 marcs d'argent, laquelle coûta 112 écus, en le
priant de protéger la ville tant auprès de son père que des princes
dont il se trouvait l'allié[402]. Le 9 février 1465, le cardinal Alain
de Coëtivy[403], évêque d'Avignon, répondant à une lettre que les
consuls de cette ville lui avaient adressée à Rome, le 13 janvier
précédent, les félicite de ce que le palais apostolique est revenu au
pouvoir du souverain pontife, chose qui lui a été très agréable «car
cela a fait qu'il n'y a plus eu qu'un seul troupeau et un seul
pasteur».
[399] Dans un acte du 16 décembre 1465, l'évêque de Narni
s'intitule: «_Rector Comitatus Venayssini et in Civitate
Avenionensi pro eodem domino nostro Papâ gubernator ac generalis
locum tenens_».--Cf. Chambaud, _Recueil mss. sur Avignon_, fol.
52;--Protocole de Girard, notaire d'Avignon, fol. 214.
[400] Bref du 17 février 1465.--Arch. départ., B. 4.
[401] Protocole de Jacques Girard, notaire à Avignon, côté Q.Q.,
fol. 22, 23.
[402] Arch. municip., Délibérat. du Conseil du 4 mars 1465. fol.
141.
[403] Lettre origin. aux consuls, Arch. municip., série A.A.
Les visées de Louis XI, sur l'administration intérieure des
domaines du Saint-Siège, se trouvaient cette fois encore déjouées;
mais avec cette ténacité et cette persévérance qui caractérisent sa
politique, l'habile monarque ne considérait pas la partie comme
perdue et il allait prendre sa revanche en mettant en avant pour la
légation vacante la candidature de son parent, Charles de Bourbon,
archevêque de Lyon[404].
[404] Constantin de Hérulis avait été nommé recteur du Comtat en
1460 (_Cottier, Hist. des Recteurs_, p. 133). Quelques
historiens, notamment Nouguier (_Hist. des Évêques d'Avignon_),
font succéder directement le cardinal de Bourbon à Pierre de
Foix. Il y a là une erreur grossière, démentie par les documents.
On trouve, en effet, aux comptes de la ville, année 1466-1467
(Comptes de la ville, C.C.) un mandat de 500 florins à Constantin
de Hérulis, vice-légat, pour ses étrennes de la Noël. Enfin,
c'est le même personnage qui, de 1464 à 1470, est chargé de
régler les différends qui s'étaient produits entre les officiers
du roi et les habitants d'Avignon à propos de la fraude du
sel.--Voy. Arch. des Bouches-du-Rhône, _Reg. de la Cour des
Comptes_, B. 1200.
CHAPITRE VI
Louis XI et le conflit avec Jules de la Rovere.
L'entrevue de Lyon (juin 1476) et ses conséquences.
Vacance de la légation (1464-1470).--Agissements de Louis XI pour
faire nommer à la légation d'Avignon l'archevêque de Lyon,
Charles de Bourbon.--Satisfaction accordée au roi de
France.--Conditions dans lesquelles Charles de Bourbon est
pourvu de la légation (1470).--Engagements du roi et du légat
vis-à-vis du Saint-Siège.--Révocation des pouvoirs du cardinal
de Bourbon (13 mars 1476).--La légation est donnée à Jules de
la Rovère, neveu de Sixte IV.--Mécontentement de Louis
XI.--Origines du conflit.--Occupation du palais
apostolique.--Les représentants du légat
assiégés.--Intervention militaire de Louis XI (avril-mai
1476).--Entrevue de Lyon (juin 1476).--Les Avignonnais prêtent
serment de fidélité au roi de France (26 juin 1476).--Succès de
la politique royale.--Conséquences de l'entrevue de Lyon pour
les sujets du Saint-Siège et pour le cardinal de Saint Pierre
ad Vincula.--Son retour à Rome (octobre 1476).
La vacance de la légation, après la mort du cardinal de Foix, était
pour Louis XI un encouragement à renouveler ses instances auprès du
pape Paul II, en vue de le faire revenir sur son refus de pourvoir de
cette charge le frère du maréchal d'Armagnac. Le roi n'y manqua pas.
En effet, fort de la promesse de Pie II[405], Louis XI fit partir
pour Rome une ambassade extraordinaire vers la fin de 1465 ou au
commencement de 1466[406]. Les envoyés du roi avaient pour mission de
rappeler à Paul II toutes les démarches et sollicitations dont son
prédécesseur avait été l'objet en faveur de l'archevêque d'Auch: «Erit
ipsis oratoribus cura præcipua ne tot preces ac totiens pro
archiepiscopo auxitano ad legationem avinionensem profusæ cadant
incassùm, dicentque pontifici quid tranquillitas illius provinciæ,
quid altitudo regis, quid conditio temporum, quid pollicitatio Pii
(Pie II) pontificis flagitant[407].» Infructueuses restèrent les
démarches de Louis XI, qui, dès lors, paraît avoir abandonné à son
mauvais sort la candidature du frère de son ami le maréchal. Mais il
ne renonçait pas pour cela à l'idée de faire prévaloir sa volonté à
Rome. La même année, en effet, il adressait aux États du Venaissin une
longue missive[408] pour leur recommander, comme personnage très apte
à la légation, un prélat de sang royal, Charles de Bourbon, archevêque
de Lyon, frère du duc de Bourbon et d'Auvergne, à qui Louis donna le
gouvernement du Languedoc: «Nous avons jà par trois fois escript à
nostre saint père le pape, affin quil vueille pourveoir à la dicte
legacion et administration de Avignon et conte de Venysse, de la
personne de nostre dit cousin comme de la personne que nous povons
cognoistre ad ce plus utile et proffitable, et pour conserver et
tenir en bon estat le fait et les droiz du Saint-Siège appostolique
par deca et les subgectz estans soubz le patrimoine des diz ville et
conté plus requise et nécessaire[409].» Après avoir fait de son cher
et bien aimé cousin un éloge auquel contredisent plusieurs
contemporains[410], le roi les avisait que cette candidature était
désormais la sienne, à l'exclusion de toute autre et «pour ce quelque
chose que nous pourrions avoir escript pour et en faveur d'aultruy».
C'était, on le voit, une renonciation absolue à son ancien protégé
l'archevêque d'Auch. Dans cette lettre, comme dans celles qu'il avait
adressées aux Avignonnais en pareille occurrence, Louis XI cherchait à
mettre dans son jeu le crédit dont les Avignonnais et les Comtadins
disposaient à Rome pour assurer le succès de ses vues politiques:
«Vous priant que y vueillez tenir la main de vostre part et, par
votre ambassade, en escrire à nostre dit saint père, en la faveur de
nostre dit cousin, et tellement que doresnavant vous en doyons avoir
en plus grant amour et benivolence, laquelle vous pourrez avoir et
entretenir de bien en mieulx[411].» En même temps qu'il sollicitait la
recommandation des Avignonnais, en faveur de son parent, Louis XI
envoyait comme ambassadeur à Rome Charles de Bourbon, avec mission de
se présenter au pape, qui l'«aura pour recommandé et le préférera
comme personnage qui est bien en tel cas à préférer à touz autres
prélatz qui en pourroient faire poursuite[412]». Le roi avait adjoint
à l'archevêque de Lyon, comme compagnon de route, Thibaud de
Luxembourg, évêque du Mans, avec pouvoirs donnés par lettres datées
d'Orléans, du 19 octobre 1466[413]. On voit, par le rapprochement des
dates, que l'habile monarque comptait sur l'effet produit par les
lettres des Avignonnais sur l'esprit de Paul II, pour assurer le
succès de sa mission. L'ambassade devait: 1º rappeler au nom du roi, à
Paul II, son respect pour la papauté depuis sa jeunesse, en lui
faisant savoir qu'il regrettait que son père ne se fût pas mieux
comporté à l'égard du Saint-Siège; 2º montrer comment, pour être
agréable au souverain pontife, Louis XI avait, contre l'opinion de
tout son royaume, aboli la pragmatique sanction; 3º témoigner de sa
pleine et entière obéissance au Saint-Siège et donner comme preuve la
révocation des édits et prohibitions rendus à Poitiers; 4º le roi
demande qu'en considération de ses services Sa Sainteté veuille
pourvoir à certaines églises du royaume de France, jusqu'à vingt-cinq
à son gré[414]; 5º enfin, Louis XI terminait par un exposé sommaire
des obligations que l'Église et le Saint-Siège avaient à la royauté.
Cette ambassade marquait d'une façon très apparente les dispositions
bienveillantes de la Cour de France et son désir de voir appeler à
l'administration d'Avignon et du comté l'archevêque de Lyon. Mais les
envoyés du roi quittèrent Rome sans emporter autre chose que des
promesse vagues et dilatoires.
[405] Paul II avait succédé à Pie II le 31 août 1464.
[406] _Documents inédits de l'Histoire de France_, publiés par
Champollion-Figeac, II, p. 408.--L'auteur assigne cette date
parce qu'il est dit dans l'art. 3 que le royaume de France fut en
conflagration cette année-là (Ligue du bien public).--_Id._, p.
406, not. 1.
[407] _Documents inédits de l'Hist. de France_,
Champollion-Figeac, II, p. 408.
[408] Lettre de Louis XI aux consuls, V. _Lettres de Louis XI_,
III, 98, 100.
[409] Cette lettre, tirée des Archives de Vaucluse, série A.A.
commun, no 130, a été donnée par Charavay et Vaesen, III, pp. 98,
100. Elle est datée de Mehun sur Loyre, le 10 octobre (1466?).
[410] Charles de Bourbon était né en 1435.--A peine âgé de 11
ans, il fut promu à l'archevêché de Lyon par le pape Eugène IV,
et, en attendant l'âge canonique, il se contenta du titre de
protonotaire apostolique (Fisquet, _La France pontificale,
Métropole de Lyon_, p 366). Confirmé dans cette haute dignité
ecclésiastique par Eugène IV, le 14 novembre 1446, il prit
possession de son siège le 26 mars 1447, par son vicaire Jean
d'Amanzé, mais il ne commença à exercer son ministère qu'en 1466.
(_Gallia Christiana_, IV, 177, 179;--_Lettres de Louis XI_, III,
p. 75). Il prit d'abord parti contre Louis XI dans la guerre de
la ligue du _Bien public_, puis se réconcilia avec le roi. Sacré
archevêque de Lyon en 1470 par l'archevêque de Bourges, Jean
Cuer, fils de Jacques Cuer, il fut parrain du dauphin (le futur
Charles VIII) et assista à l'entrevue de Pecquigny (Aubéry, _Vie
des Cardinaux_, p. 468), (_Chronique scandaleuse de Jean de
Troyes à l'an 1476_, p. 254).
Charles de Bourbon fut nommé légat d'Avignon en septembre 1470
(_Le Musée des arch. nation._, p. 290, no 508, donne par erreur
1465). Promu évêque de Clermont, il prend possession de ce siège
par procureur le 10 mars 1476, et est créé cardinal du titre de
Saint-Martin des Montagnes, le 18 décembre 1476 (Aubéry, _id._, p.
569;--Mas Latries, p. 1208), dans la même promotion que Pierre de
Foix le jeune. Il mourut à Lyon le 17 décembre 1488 (_Gallia
Christ._, IV, p., 179, Fisquet, _id._, _Métropole de Lyon_, p.
371). Quoi qu'en dise Louis XI, qui rappelle dans sa lettre
«carissimo et amatissimo cosino» (_Lettres de Louis XI_, III, p.
112), Charles de Bourbon avait des moeurs peu édifiantes. Il
laissa une fille naturelle. Louis XI l'avait donné à Édouard IV
comme confesseur, après la paix de Pecquigny (1474) «comme celui
qui l'absoudrait volontiers, sachant bien que le cardinal était
bon compagnon» (Commynes, IV, chap. x).--Voy. pour Charles de
Bourbon, Péricaud aîné, _Rev. du Lyonnais_, IX-X, 1855, p.
37.--Cf. _Hist. de la Maison de Bourbon_, par de La Mure, édit.
Chantelauze, II, pp. 395 et suiv.--Il est bon d'ajouter que ni de
La Mure, ni Péricaud, ni Chantelauze n'ont connu le rôle du
cardinal de Bourbon comme légat à Avignon.
[411] _Lettres de Louis XI_, III, pp. 98, 100.
[412] _Id._
[413] Biblioth. nat., mss. lat., 9071, fol. 35.
[414] Raynaldi, _Annales_, vol. XIX.--ann. 1466, 19 octobre, et
Bibl. nat. mss. lat., 9071, fol. 35.
Les Avignonnais essayèrent-ils quelque démarche en vue de complaire
aux désirs exprimés dans la lettre royale? Les registres du conseil
n'en portent aucune trace. Mais nous constatons que le retard apporté
par la curie romaine à la nomination de Charles de Bourbon, n'altère
en rien les bons rapports existants. Le 17 juin 1468, la ville
d'Avignon envoya, avec un grand concours de citoyens, les consuls
saluer au débarcadère du Rhône, Blanche-Marie Visconti, épouse de
François Sforza, duc de Milan et de Gênes, que Louis XI «ne réputait
pas seulement soeur, mais fille[415]». «Nous savons que tout ce que
vous avez fait, leur écrivait-elle de Beaucaire, l'avez fait pour
l'onneur du Roy.... nous luy en escripvons en l'en remerciant et
scavons qu'il en scaura à tous ceulx de la ville tres grand gré et
nous vous offrons que s'il est chose en quoy nous puissions pour le
temps à venir faire plaisir à toutz de la dite ville, soit en général
et en particulier, que nous le ferons de tres bon cuer[416]».
[415] _Lettres de Louis XI au duc de Milan_, Charavay et Vaesen,
III, p. 243.
[416] Arch. municip., _Reg. des Conseils_, du 17 juin 1468, t.
III, fol. 200. Bonne de Savoie était soeur de Charlotte, reine de
France. Elle épousa, le 9 mai 1468, Galéas-Marie Sforza, fils de
François Sforza. Le mariage fut béni par le cardinal La Balue et
en présence de Charles de Bourbon. Voy. Duclos, _Hist. de Louis
XI_, V;--Péricaud, _Rev. du Lyonnais_, IX, X, p. 369;--_Lettres
de Louis XI_, II, p. 222, note.
Vers la même époque, Louis XI ayant recommandé deux personnages,
Monténart (?) et Bazille, s'en allant à Avignon, les consuls
répondent qu'ils n'ont aucune nouvelle de Bazille; quant à
Monténart, il avait quitté la ville après une maladie très grave
et depuis on était sans nouvelles de lui. En faisant réponse au
roi ils ajoutaient: «Pourtant sur ce autre chose est en quoy tant
en commun que en particulier puissions vostre dicte Magesté
servir et complaire, en le nous notiffiant, le ferons de tout
nostre petit pouvoir et de tres bon cueur a l'ayde de nostre
seigneur le quel tres haut et tres chrétien prince et tres
redoubté seigneur vous doint bonne et longue vie et le
accomplissement de voz tres haultz et tres nobles désirs[417].»
[417] Escript en Avignon le pénultième jour de mars 1468.--Orig.,
Biblioth. nat., ancien fonds franç., mss. no 2896.
Divers actes de Louis XI montrent néanmoins que la candidature de
l'archevêque de Lyon était toujours l'objet de ses préoccupations.
Dans une lettre du 21 août 1469, à Falco de Sinnibaldi, envoyé du
Saint-Siège, s'en retournant à Rome, Louis XI recommande, pour le
chapeau de cardinal, l'ancien compagnon de voyage de Charles de
Bourbon, Thibaud de Luxembourg, évêque du Mans, et on trouve cette
phrase caractéristique: «Je le vous obliay à dire, quant je vous
recommande le fait de la légation d'Avignon[418].» «Et pour tant que
j'ay singulière confiance en vous et que vous emploirez voulentiers à
conduire les matières pour les quelles nos diz ambassadeurs s'en vont
par dela, mesmement en celles que cognoistrez que jay au cueur, je
vous prie tant acertez et affectueusement comme je puis et surtout le
service que faire me desirez que vous vueillez tellement emploier à
tenir la main de vostre part envers Nostre dit Saint-Père que la
chose sortisse à ceste fois son effet.»
[418] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, IV, p. 25. Falco
de Sinnibaldi avait été envoyé comme légat en France, par une
bulle du pape Paul II, datée des kalendes de juin 1470.--Arch.
vatic., _Reg. Cur._ 540 (Paul II). Au moment de l'arrivée du
légat, Louis XI, gravement malade, faisait cadeau à Paul II d'un
calice en or du poids de 24 livres, qui devait être placé à
Saint-Jean-de-Latran et ne pouvait être aliéné (août 1470). _Reg.
vatic. Cur._, no 540.
L'influence de Sinnibaldi fut probablement de quelque poids sur la
décision de Paul II, qui donna enfin la légation d'Avignon à Charles
de Bourbon (septembre 1470), mais à titre absolument provisoire et
avec les réserves dont Louis XI donne acte au Saint-Siège dans une
lettre en latin, donnée à Amboise, le 26 septembre 1470, la seule de
ce monarque que renferment les archives du Vatican[419]. Mais déjà
temporaire et révocable, la provision de l'archevêque de Lyon se
trouvait singulièrement menacée par la mort de Paul II et l'exaltation
de Sixte IV.
[419] Charavay, _Arch. des Miss. scientif. et littér._, pp. 445
et suiv., série III, vol. VII, année 1881.--«Ludovici Francorum
regis juramentum quod Carolus ejus consanguineus et a Pontifice
avinionensis legatus designatus justitiam administrabit et ad' S.
S. bene placitum in ea legatione manebit.»--Arch. vatic., _26
septembre 1470_, et _Arm._ 35, 20, 4, p. 208, et 12 juin 1472,
_Arm._ 35, 20, 8, pp. 416, 417.--«Litteræ Ludovici Francorum
Regis cum ejus Sigillo cereo in quibus jurat se facturum quod
Carolus Archiepiscopus Lugdunensis Civitatis Avinionensis et
Comitatus Legatus a Paulo II constitutus fideliter legationem
administraret illamque ad Pontificis requisitionem dimittat.»
_Arm._, II. Cap. III.--Arch. du Château-Saint-Ange, _Indice
chronologice_ (394, 1539).
En 1471, Louis XI et Sixte IV qui, sans être en rapports tendus
jusqu'alors, se tenaient sur une réserve prudente, se rapprochent
parce qu'ils ont besoin l'un de l'autre. Le pape voulait l'appui du
roi pour une croisade; Louis XI comptait sur le Saint-Siège pour
régler l'affaire de la Balue et faire refuser à son frère, Charles de
Berry, la dispense nécessaire en vue d'épouser Marie de Bourgogne. Ce
rapprochement amena Sixte IV à se montrer plus traitable sur la
question de la légation d'Avignon qui n'avait été, comme nous l'avons
vu, confiée qu'à titre provisoire par Paul II à l'archevêque de Lyon.
Louis XI envoie, le 4 novembre 1471, à Sixte IV messire Guillaume
Compaing, archidiacre d'Orléans, et maître Antoine Raquier, notaire,
afin de conclure avec le pape un traité contre tous leurs ennemis
communs. Dans cette ambassade il est encore question d'accorder à
l'archevêque de Lyon, de la maison de Bourbon, la légation d'Avignon,
avec le chapeau de cardinal[420].
[420] _Collection Legrand_, XIV, fol. 228 et suiv.--Mss. Bibl.
nat.--Cf. Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 408.--Vaesen,
_Lettres de Louis XI_, V, p. 2, not. 1.
Sixte IV ratifia le choix de son prédécesseur avec les mêmes réserves,
auxquelles durent souscrire par acte signé le roi de France et son
protégé, Charles de Bourbon. La lettre royale, qui reproduit les mêmes
termes que celle du 26 novembre 1470, fut donnée pour Sixte IV à
Saint-Florentin, le 15 juin 1472[421]. On voit, d'après ce document,
que l'archevêque de Bourbon exerçait la légation d'Avignon et du
Venaissin avec le titre de légat _a latere_ pour une durée qui était
laissée à la convenance du pape et du Saint-Siège. Il promettait au
pape que ledit légat s'acquitterait avec intégrité de sa charge et
rendrait bonne et prompte justice à tous les vassaux du Saint-Siège.
Il est à remarquer que pour la première fois, sans doute à la suite
des grosses difficultés qu'avait soulevées l'occupation du palais
apostolique à la mort du cardinal de Foix, l'obligation était faite au
légat de rendre le palais avec tous les droits et prérogatives
attachés à sa charge, soit au pape vivant, soit à ses successeurs, à
première réquisition et sans différer, avec toute la déférence due à
la personne du souverain pontife. Nous possédons également, grâce à
la copie donnée par Fornéry[422], le texte de l'engagement juré par
Charles de Bourbon, le 4 juillet 1472. Les conditions énumérées
ne font que reproduire celles déjà relatées dans la lettre royale.
Il s'engageait à remettre entre les mains de Sa Sainteté ou de
ses successeurs «le palais», avec tous droits, sous peine
d'excommunication et de parjure, sans contestation et sans
attermoiement[423].
[421] Copie d'après Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., _Preuves_,
fol. 438.
[422] Fornéry, B. d'Avignon, mss. I, fol. 439 et vo., et Mss. de
Carpentras, fol. 830.
[423] «Cum pallatio omnibusque juribus et pertinentes suis
assignabo omnique tempore sub excommunicationis latæ sententiæ
atque parjurii pænis si contra fecero.» Datum Lugduni die 4
Mensis julii, Anni Domini 1472.--Cf. _Réponse aux Recherches
historiques concernant les droits des Papes_, par Agricol Moreau,
p. 129, no X.
Bien que pourvu officiellement de la légation, Charles de Bourbon ne
se pressa pas de prendre possession de son siège, qu'il n'occupa du
reste que d'une façon très irrégulière. Annoncé dès le mois d'octobre
1470[424], aux consuls d'Avignon par une lettre de Guillaume de
Châlons, prince d'Orange, le légat ne se présenta pour occuper sa
charge en personne qu'au mois de novembre 1473. La ville, pour fêter
son arrivée, envoya au devant de sa grandeur un brigantin manoeuvré
par douze hommes, qui devait remonter le Rhône jusqu'au
Pont-Saint-Esprit, en même temps qu'une ambassade, composée des
consuls et notables de la ville, allait à cheval à la rencontre du
légat jusqu'au même point. Le 11 novembre 1473 l'archevêque de Lyon,
descendant le Rhône sur le brigantin envoyé par la ville, prit terre
à quelque distance de la ville et s'installa au château du Pont de
Sorgues avant d'occuper le grand palais[425].
[424] Arch. municip., série A.A.--Lettre de Guillaume de Châlons
aux consuls, 7 octobre 1470.
[425] Comptes de la Ville, 1473, 1474. Mandats no 88 et no 96,
série C.C.