«Tres chiers et bons amys, vous savez assez les grans plaintes et

doléances que notre Saint-Père le pappe, par ses lettres et

aultrement nous a despieca, et puis naguères faites touchant les

entreprinses que notre beau filz le dalphin et aultres de par luy

et a son adveu ont puis naguères fait sur ses hommes et subgetz et

sur les terres et seigneuries de l'Esglise. Et pareillement nous

en a escript notre tres chier et amé cousin, le cardinal de Foix,

et aussi nous en avez escript. Sur quoy nous avons fait scavoir

notre voulonté et intencion bien a plain. Néantmoins nous avons

puis naguères entendu que aulcuns traictiez accors et convencions

se maynent et conduisent avec notre dit filz de luy bailler ou à

aultres de par luy la ville d'Avignon et conte de Venissi,

lesquelles choses se elles se mettoyent à exécution seroient au

grant grief préjudice et dommage de notre dit Saint-Père et du

Saint-Siège apostolique veu le conseil que scavez que notre dit

filz a de présent avecques luy, comme avons fait savoir bien

aplain à notre dit cousin le cardinal. Sy vous signifions ces

choses affin que y mettiez remedde et provision convenable. Car se

la chose advenoit, ce que ne pourrions bonnement croyre, nous y

prendrions tres grant desplaisir et serions contrains de y donner

provision à lonneur de notre dit Saint-Père et dudit Saint-Siège

apostolicque telle quil appartiendra. Ainsi que plus à plain avons

dit et déclaré de bouche à Jehan de Lizac escuier, notre serviteur

et premier huissier d'armes, porteur de ces présentes pour le vous

dire et rapporter. Sy le vueillez croire et adjouster foy ad ce

que de par nous vous en dira.

«Donné aux Montilz lez tours, ce VIIIe jour de mars[302],

«Charles,

«de la Loëre.»

[302] Arch. municip., Origin. inéd., série A.A.

Il ressort des documents produits ci-dessus que Charles VII

soupçonnait fortement son fils de méditer l'occupation des États

citramontains du Saint-Siège et de cacher ses ténébreux desseins, avec

la complicité du cardinal de Foix dont le rôle et l'attitude dans

cette circonstance peuvent paraître très équivoques. Quoi qu'il en

soit, les consuls d'Avignon s'empressèrent d'adresser au roi cette

missive dans laquelle ils se défendaient très énergiquement de vouloir

«mettre ceste cité d'Avignon hors des mains de l'Esglise et

aultrement». Ils donnent comme garantie de la loyauté de leur parole

l'approbation du cardinal-légat: «duquel seigneur sommes seurs et

certains que jamais n'a esté, ne sera son entencion de le faire. Et se

l'on vouloit entreprendre de faire le contraire ledit monseigneur le

cardinal et nous y resisterons de notre force et de tout notre povoyr,

tous les jours en espérance de votre bon ayde et confort, ainsi que

plus a plain avons dit et remonstré au dit de Lizac.» Le conseil de

ville envoyait en outre au roi un messager exprès chargé d'assurer Sa

Majesté, au nom du conseil et du cardinal de Foix, de leurs sentiments

de respectueuse déférence et de dévouement à la couronne[303].

[303] Escrit en Avignon le premier jour d'avril 1451.--Arch.

municip., _Dossier des Ambassades_, série A.A.

Louis, alors en Dauphiné, eut presque aussitôt connaissance des

rapports adressés au roi contre lui. Il en conçut une violente

irritation contre les Avignonnais, et comme nous le verrons dans un

autre chapitre, cette rancune subsistait encore dix ans après, car ce

fut le premier reproche que Louis, devenu roi, adressa aux

ambassadeurs d'Avignon dans l'audience qu'il leur accorda[304] (7

décembre 1461). Quant au cardinal, avec une grande souplesse

diplomatique, qui est le fond même de son caractère, il sut, sans

déplaire au dauphin, laisser croire à Charles VII que jamais les

droits des papes n'avaient été en d'aussi bonnes mains que les

siennes. En somme, ni du côté de la Savoie, ni du côté d'Avignon,

Charles VII n'obtenait satisfaction. Bien plus, l'attitude et les

nouveaux agissements du dauphin montrèrent chez lui une intention de

plus en plus arrêtée de braver les ordres de son père.

[304] Voy. chap. v, pp. 128 et suiv.

En effet, moins de trois mois après l'envoi de l'ambassade à Charles

VII, au moins de juin 1451, la peste sévissait à Avignon et, comme

d'usage, toutes les personnes aisées qui avaient pu se procurer un

logis à la campagne avaient fui le foyer de l'infection. Allemand de

Pazzis[305] et Louis Gaspardini, qui étaient de ce nombre, avaient

cherché un refuge au lieu d'Entraigues[306] (_Inter aquas_) avec leur

famille.

[305] Allemand de Pazzis était un réfugié florentin qui occupa

avec distinction plusieurs charges municipales à Avignon. Il est

consul en 1461.--Voy. chap. VIII, p. 203.

[306] Entraigues, aujourd'hui commune du canton de Monteux, à

quelques kilomètres de Sorgues, et station de la voie ferrée de

Sorgues à Carpentras.

Sur ces entrefaites, un nomme Pierre Troyhon[307], ancien trésorier du

roi René, organisa une troupe d'hommes d'armes, archers et varlets,

et se porta secrètement avec tout son monde par une marche rapide sur

Entraigues, dans le Venaissin, où il arriva de nuit et quand tout le

monde était couché. Ces brigands se saisirent de Pazzis et de

Gaspardini qui reposaient dans leur chambre, et les firent prisonniers

avec toute leur famille. Ils s'emparèrent de leurs joyaux et de leur

numéraire et abandonnèrent le reste au pillage de leurs gens. Ils

emmenèrent ensuite leurs prisonniers avec leurs femmes et leurs

enfants à travers le Valentinois jusqu'au château d'Ésau[308], qui est

sur les limites du comté, et les retinrent ainsi pendant près de huit

mois, jusqu'au moment où ils purent obtenir leur liberté en acquittant

une rançon de 6,000 écus[309]. Là ne s'arrêtèrent pas les exploits de

Troyhon. La même année, ce détrousseur de grand chemin, fort de

l'appui du dauphin et des héritiers de Boucicaut[310], se jette avec

ses bandes armées sur Valréas, ville importante du Comtat, ravageant

les villages, saccageant les récoltes et faisant de nombreux

prisonniers. Plusieurs d'entre eux, hommes, femmes, enfants, sont

impitoyablement égorgés. Le produit du butin emporté par ces brigands

dans deux incursions successives est évalué à 2,000 écus. La sécurité

même d'Avignon et de Carpentras est menacée et les États se réunissent

pour voter une taille extraordinaire contre Troyhon et ses

routiers[311]. Après Valréas, c'est le tour de La Palud où les bandes

de Troyhon enlèvent et conduisent au château d'Ezahut un noble

personnage appelé Chollet, officier du Saint-Siège, qui ne fut relâché

qu'après une longue détention et moyennant le versement d'une rançon

de 300 écus[312].

[307] Le récit de cette attaque à main armée, sinon ordonnée, du

moins favorisée par le dauphin, se trouve dans les instructions

remises par le cardinal de Foix et la ville à Louis _Astouaud_,

envoyé en ambassade auprès de Charles VII, roi de France (en

1453), à propos de la saisie des biens de Jacques Coeur. Nous

n'en reproduisons pas le texte donné par le _Bulletin de

l'Académie de Vaucluse_, 1887, pp. 105 et suiv.

[308] _Esau_ serait le château d'_Ezahut_, vieux donjon près

Dieulefit (Drôme).

[309] «Item post præmissa suæ explicabit Serenitati qualiter,

anno proxime preterito et de mense junii quidam nominatus Petrus

Trohyons, olim thesaurarius Regis Renati cum quibusdam aliis suis

complicibus et armigeris ac archeriis et servitoribus

Illustrissimi Principis domini Delphini, ejus filii, ac si essent

hostes et inimici capitales domini nostri Papæ et Ecclesiæ Romanæ

armati armis offensivis et de jure prohibitis nullâ causâ saltem

legitimâ et ad hoc ipsos impellente intrarunt in Comitatum

Venaissini violenterque et proditorie se de nocte intruserunt

intra quoddam castrum dictum infra dictum comitatum vulgo

nuncupatum castrum de _Interaquis_.» (Origin., Arch. municip.,

série A.A.)

[310] Instructions du cardinal à Louis d'Astaud.--Arch. municip.,

_Bull. de l'Acad. de Vaucluse_, 1887, pp. 106, 107.--Gibert,

_Hist. de Pernes_, mss., fol. 307, vo.

[311] _Reg. somm. des délibérat. des États_, fol. 473 et 521, vo.

[312] Il est difficile de préciser la date de cette expédition.

Mais le 31 mai 1452, le Conseil décide d'envoyer une députation

au dauphin pour protester contre l'arrestation de quelques

marchands d'Avignon. «Item ulterius suæ explicabit Celsitudini

qualiter post premissa sicut ut premittitur, predictum Trohyonem

et suos adherentes fore facta quidam capitaneus, quondam

capitaneus de Mirandolio in patria Delphinatus, insequendo

vestigia dicti Trohyonis de facto captitavit duos mercatores et

alios duos mercatores cives et habitatores Avinionis cum equis

peccuniis et aliis bonis et jocalibus quos post modo abire

promisit, retentis tamen dictis equis, peccuniis et bonis.»

(Orig., Arch. municip., A.A., _Dossier des Ambassades_.)

La complicité et l'intervention du dauphin dans ces agressions et ces

menaces multipliées n'étaient pas douteuses, mais elles se manifestent

ostensiblement dans la personne du capitaine de Mirandol, à la solde

de Louis, qui quitte, peu après Troyhon, le Dauphiné pour faire une

incursion dans le Comtat (1452) et enlève deux marchands d'Avignon

avec leurs chevaux, leurs bagages et leur argent.

Non contents d'user de violence à l'égard des Comtadins, les officiers

du dauphin contestaient la juridiction du légat et refusaient de

rendre à leurs juges naturels les coupables, alors même que l'autorité

pontificale les réclamait sous peine d'excommunication. C'est ainsi

qu'un changeur avignonnais nommé _Sampini_, accusé d'avoir fabriqué de

la fausse monnaie à Montélimar, est emmené dans le Valentinois où les

officiers delphinaux ouvrent une enquête contre lui. Le cardinal de

Foix réclame le faux-monnayeur comme justiciable des tribunaux de son

pays d'origine, mais les officiers du dauphin refusent de rendre leur

captif[313]. Un autre marchand avignonnais, Jérôme de Pélissane,

s'étant rendu coupable d'un délit que nous ne connaissons pas, les

officiers du dauphin demandent à ce qu'il soit livré pour comparaître

devant eux. Le cardinal légat s'y oppose, arguant que ledit de

Pélissane est justiciable de la curie épiscopale d'Avignon. Ce refus

mécontente les officiers de Louis qui lancent contre les sujets du

pape des lettres de représailles[314].

[313] Instructions données par la ville à Louis Astouaud, Arch.

municip. (Cf. _Bull. de l'Acad. de Vaucluse_, p. 108).--«Item

explicabit suæ Serenitati qualiter occasione præmissorum

Reverendissimus Dominus cardinalis et Legatus et Civitas etiam

ista per suos ambassiatores omnia et singula prenominata eidem

domino Delphino et suo majori Consilio exponi fecerunt ac

instantissime requisiverunt quod dominus Delphinus et suum

Consilium delphinale quatenus de celeri remedio in premissis

providerent taliter quod dictis prisoneriis cum bonorum ablatorum

integro a dictis carceribus libere abire juberent et dictos

invasores pena debita castigarent quod tamen ab ipsis minime

obtinere potuerunt.» (Orig., Arch. de Vaucluse, A.A., _Dossier

des Ambassades_.)

[314] «Item ulterius suæ Serenitati exponet qualiter officiales

delphinales recusant tollere quamdam marcham quam super contra

subditos papales laxaverunt inciviliter eo quod officiales

papales ad ipsorum requisitionem voluerunt eo quod non potuerunt

eisdem remittere quamdam causam vertentem in curia episcopali

Avinionis et quemdam Jeronimum de Pelissano mercatorem de

Avinione clericum solutum qui supradicta causa reum...» (Orig.,

Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, A.A.)

«Instructiones traditæ ex parte dominorum scindicorum et Consilii

Civitatis Avinionis domino Ludovico Astoaudi legum egregio doctori

ambassiatori, destinato, ad serenissimum principem dominum

Francorum Regem, continentes ea quæ erunt eidem domino Regi ex

parte civitatis ipsius per ipsum dominum Ludovicum explicanda.»

(Orig., Arch. municip., 1453).

On peut juger si, en apprenant de pareils actes de brigandage dont

étaient victimes leurs concitoyens, les Avignonnais se crurent

autorisés à s'adresser au roi de France pour en obtenir la répression.

Déjà courroucé contre le dauphin qui semblait prendre à tâche de

braver en toute occasion l'autorité paternelle, Charles VII accueillit

avec beaucoup d'intérêt les délégués d'Avignon qui lui furent envoyés

à Taillebourg d'abord au cours de l'année 1451, après l'expédition de

Troyhon. Au mois de novembre de la même année[315], la ville délégua

auprès de lui le doyen de Ségobie, protonotaire du Saint-Siège, pour

solliciter l'appui du roi contre les entreprises coupables de son

fils. Charles VII, alors à Auzances, leur répondit, le 7 décembre

1451[316]: «Et comme vous avez peu scavoir,.... avons escript et

envoyé de nos genz par delà avecques les provisions qui semblent

convenables pour faire réparer les entreprises qui avoient esté faites

au préjudice de nostre Saint-Père et de ses droiz de vous et autres,

ses subgectz, dont par le dit prothonotaire avons esté advertys et

avons bien espérance que la dite provision deust sortir effect (et de

la faulte sommes desplaisans), car nous vouldrions tousjours

entretenir et favoriser les faiz de nostre dit Saint-Père comme les

nostres et les vostres et ceulx de vostre cité comme de nos propres

subgectz. Et est bien nostre voulonté et entencion de prouchainement y

donner provision et y tenir la main par manière que les dictes

entreprises ne demourent pas longuement sans réparation.» Charles VII

ne se contenta pas de paroles trompeuses à l'adresse des Avignonnais.

Il leur fit offrir par le même doyen de Ségobie un général des troupes

royales pour mettre à la raison Pierre Troyhon et ses complices, mais

le cardinal de Foix qui tenait à ne pas s'aliéner le dauphin et qui

avait probablement ses raisons pour qu'on usât de plus de ménagements,

fit répondre qu'il serait possible d'obtenir satisfaction sans

recourir à des moyens aussi violents, et comme les délais et les

longueurs de la détention étaient loin d'être du goût des prisonniers,

ils se tirèrent eux-mêmes d'embarras en payant une rançon de six mille

écus.

[315] Orig. inédit., _Arch. d'Avignon_, B. 76, no 59.

[316] Le 7 décembre 1451. Charles VII était à Auzances. Voy. de

Beaucourt, _Liv. cit._, V, p. 160.

Dans l'intervalle, du reste, un événement d'une autre gravité s'était

produit, qui avait détourné l'attention du roi des affaires du comté,

c'est l'arrestation de Jacques Coeur en juillet 1451[317]. Nous

laisserons de côté cet épisode du procès de l'Argentier, en ce qui

touche Avignon, les faits ayant été exposés dans une savante étude de

M. Duhamel, archiviste de Vaucluse, d'après les pièces inédites que

possède le dépôt de Vaucluse[318]. Charles VII[319] avait, on le sait,

prescrit dans toutes les villes du royaume la saisie des biens de

l'Argentier. Deux facteurs du célèbre financier, Hugues et Antoine

Noir, avaient trouvé à Avignon un accueil empressé auprès des

banquiers et des changeurs de cette ville[320]. Le cardinal de Foix

ayant refusé de livrer Antoine Noir, protégé par un sauf-conduit du

pape et par l'immunité des Célestins, le roi menaça la ville de

représailles. C'est alors que le cardinal légat et le conseil

envoyèrent à Tours Guillaume Meynier, chargé de justifier auprès de Sa

Majesté la conduite des citoyens avignonnais et du représentant du

Saint-Siège. Le roi montra les meilleures dispositions pour la ville

et invita Guillaume Meynier à s'expliquer devant son conseil, puis le

renvoya en le chargeant, pour ses compatriotes, d'une missive où il

disait: «Assez avez peu cognoistre le grant et bon vouloir que avons

tousjours eu au bien et conservacion des libertez, droiz et terres de

nostre saint père et de l'Église de Romme. Et mesmement en ce qu'il

vous touche et pour la grande amour que avez tousjours eue et montrée

à nous et à nostre seigneurie et à la prospérité d'icelle. Vous avons

tousjours euz et avons en singulière recommandation et remembrance, et

vous vouldrions aider et favoriser en touz vos affaires, ainsi que

naguères vous avons fait savoir[321].»

[317] Voy. de Beaucourt, _L. cit._, V, pp. 107, 108 et suiv.

[318] _Bulletin du Comité des travaux historiques_, an. 1886, nos

1-2, et _Mémoire de l'Acad. de Vaucluse_, 1887, p. 89.

[319] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 108.

[320] Voy. _Acad. de Vaucluse_, 1887, p. 95.

[321] Orig. inédit, Arch. municip., B. 32, no 40, coll. Q.Q.--Aux

Montilz-les-Tours, 15 mars 1452.--Charles VII était aux

Montilz-les-Tours au mois de mars 1452. Voy. _Pièces fugitives du

marquis d'Aubais_, p. 95.

Telles étaient les dispositions de Charles VII au moment où, profitant

des embarras de son père, le dauphin recommençait ses intrigues. Marié

contre le gré du roi[322], Louis prépara, avec le duc de Savoie, une

expédition contre Sforza, l'allié de Charles VII. Les relations entre

les deux princes s'enveniment de plus en plus et le roi supprime la

pension de son fils (1452). Au mois de septembre, Charles VII, dans le

but d'intimider le duc de Savoie et le dauphin, s'avance vers le Forez

avec une grosse armée. Inquiet pour son gouvernement du Dauphiné,

Louis envoie auprès de son père, Gabriel de Bernès, son conseiller

intime et bien vu du roi, qui l'avait attaché à la personne de son

fils dès l'âge le plus tendre[323]. De Bernès, accompagné de Jean de

Jambes, sire de Montsoreau, rapporta au dauphin ce qui s'était traité

à la Palisse, avec son père; mais Louis, après mille protestations de

soumission, ne voulant rien accorder, le sire de Montsoreau et de

Bernès revinrent trouver le roi, alors à Cleppé, près Feurs (septembre

1452).

[322] Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 34, not. 1.

[323] De Beaucourt, _L. cit._, V, pp. 173, 174.--Voy. _Lettres de

Louis XI_, I, pp. 360, 363.--Pour Gabriel de Bernès, voy. Pilot,

_Catalog. des actes du dauphin Louis II_, I. p. 2.--et _id._, pp.

25, 49, etc.... Pour Jean de Jambes, seigneur de Montsoreau, voy.

Pilot, _Catalog._, no 979 et p. 377, not. 4.

Dans une nouvelle ambassade confiée au seigneur de Torcy et au même

Jean de Jambes, le roi accentuait ses reproches, faisant indirectement

allusion aux plaintes du pape et des vassaux du Saint-Siège: «Voeult

le Roy que se mon dit seigneur a fait aulcunes choses à l'encontre de

l'Esglise dont nostre Saint Père eust cause raisonnable de se doloir

qu'il les répare telement que nostre saint père, par raison, doibve

estre content[324].» Le dauphin reçut très froidement cette ambassade

et ne fit que des réponses dilatoires. Pendant ces négociations,

Charles VII signait, avec le duc de Savoie, le traité de Cleppé (27

octobre 1452)[325].

[324] Champollion-Figeac, _Collection des Documents inédits_, II,

pp. 192, 193.

[325] De Beaucourt, V, pp. 176 et suiv.--Vallet de Viriville, _L.

cit._, III, p. 226.

Après le traité de Cleppé, Louis n'en continua pas moins ses

armements, à la grande colère du roi qui fut un moment sur le point de

marcher contre le Dauphiné[326].

[326] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 182.

Le cardinal d'Estouteville[327], légat du pape, venu en France pour

régler avec le dauphin quelques affaires intéressant la Cour

pontificale apaisa le conflit armé près d'éclater entre le père et le

fils, et s'employa à la pacification, avec l'autorisation de Charles

VII: «Item, en ce qui touche les plaintes que la ville d'Avignon et le

comté de Venisse? (ont faictes), le Roy est content que monseigneur le

cardinal d'Estouteville aye la connaissance de faire reparer tout ce

qui cherra en reparacion, au cas qu'ils averont opportunité de soy

emploier[328].»

[327] Pour Guillaume d'Estouteville, voy. Anselme, VIII, p.

91.--De Beaucourt, V, pp. 191, 192;--Pastor, II, p. 7;--Pilot,

_Catalog._, I, p. 342, no 898 _bis._

[328] Mathieu d'Escouchy, _Édit. de Beaucourt_, I, p. 441.

Le cardinal, en diplomate habile, se rendit d'abord à Vienne, en

compagnie de deux conseillers du roi, Élie de Pompadour, évêque

d'Alet, et Gérard le Boursier. En leur présence, et sur les instances

du cardinal, le dauphin consentit à présenter des «excusations et

justifications», et déclara s'en rapporter au cardinal: «Mon dit

seigneur sera content d'appointer avec monseigneur le cardinal sur

toutes les choses qui touchent l'Esglise, en manière que nostre saint

père et les parties se debront estre contentes par raison[329].»

Rappelé en Italie presque aussitôt après, d'Estouteville dut se borner

à régler avec le dauphin la question des démêlés qui avaient éclaté

entre les officiers du pape et ceux du dauphin[330]. La lettre[331] du

10 novembre 1452, tout en témoignant des bonnes dispositions de Louis

à l'égard de l'Église, ne dit rien d'explicite sur les questions à

résoudre. Nous savons toutefois que Louis avait délégué auprès du

cardinal de Foix l'évêque de Conserans, Tristan d'Aure[332], qui dut,

avec Simon Lecouvreur[333], prieur des Célestins d'Avignon, et en bons

termes avec le dauphin, négocier les bases d'un arrangement qui

conciliât les droits du Saint-Siège et les intérêts du dauphin.

Tristan d'Aure, après avoir pris les instructions du légat, revint à

Romans, où se trouvait Louis, accompagné par quelques agents du

cardinal et des délégués du corps de ville: «et ont priz bon

appointement au plaisir de mon dit seigneur vostre fils, de quel serez

tout à plain informé par le dit évesque, et d'autres choses que luy ay

dictes touchant ceste matière pour vous dire. Car je say que Nostre

Saint Père a sa singulière affection et fiance en vous, touchant son

dit pais d'Avignon et tout son Estat, je porte le dit appointement à

nostre dit saint père, affin qu'il y advise comme bon lui semblera et

après de sa bonne volonté sur ce vous fera savoir».

[329] _Documents inédits_, Champollion-Figeac, II, pp. 189, 190.

[330] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 183.

[331] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p. 240.

[332] Lettre du cardinal d'Estouteville à Charles VII, 22

novembre 1452. _Lettres de Louis XI_, I, pp. 241, 242.

[333] _Lettres de Louis XI_, I, p. 35.--Voy. Pilot, _Catalog._,

no 995. Accord conclu entre le dauphin et le cardinal de Foix,

représenté par le cardinal d'Estouteville et l'évêque de

Conserans, au sujet des difficultés qui s'étaient élevées entre

les officiers delphinaux et ceux du pape, à Avignon.--Romans,

novembre 1452.

L'arrangement portait sur le cas de Troyhon, sur la question des

Boucicaut et la cessation des violences à main armée sur les confins

du Dauphiné et du Venaissin. Troyhon fut invité à restituer les sommes

qu'il s'était indûment appropriées dans ses différentes expéditions,

en 1451-1452. Le brigand s'exécuta, rendit une partie des objets volés

et se montra repentant. Trois ans après, une bulle (décembre

1455)[334] du pape Calixte III, adressée à l'évêque de Vaison, au

doyen de Saint-Pierre et au vicaire général de l'archevêque d'Avignon,

portait commission d'absoudre Pierre Troyhon, «attendu qu'il était

repentant et avait fait quelques restitutions suivant ses facultés».

[334] Arch. de la ville d'Avignon, Origin., B. 19, Cott. V, 20.

Restait la question des héritiers Boucicaut ouverte depuis plus de

vingt ans et toujours pendante. Elle fut réglée par le cardinal de

Foix, à la satisfaction des héritiers, sinon du dauphin, qui trouva la

compensation insuffisante. Par acte passé devant notaire, où figurent

le trésorier et le commissaire de la Chambre apostolique, agissant au

nom du pape, et les sieurs _Brutini_ et _Arnulphi_, représentants de

la communauté de Valréas, la Chambre apostolique cède et donne le

droit de «vingtain» qu'elle prélevait sur les blés, avoines, feuilles,

etc... pour payer les 21,000 écus «viginti unius millium scutorum

novorum currentium in regno Franciæ». Moyennant le versement de cette

somme, les deux héritiers de Geoffroy le Meingre, Louis le Meingre,

seigneur de Bridoré[335], et Jean le Meingre, son frère cadet,

chevalier (miles), assistés de leur mère, renoncent à tous les droits

que leur avaient laissés, sur Valréas et autres lieux, leur père

Geoffroy le Meingre et leur oncle paternel (patruus) Jean le Meingre,

dit Boucicaut, maréchal de France, mort en Angleterre en 1421. L'acte,

passé le 23 juin 1452[336] fut ratifié postérieurement.

[335] Pour le château de Bridoré, voy. Imbert de Batarnay,

_Appendice_, pp. 389 et suiv. Ce château, situé en Touraine, fut

vendu en 1475 à Du Bouchage par Jean Boucicaut. Voy. Anselme, VI,

p. 753, et Imbert de Batarnay, p. 81.

[336] Arch. de Valréas, copie.--Biblioth. d'Avignon.--Papiers

Achard.

Louis XI et Les États Pontificaux de France au XVe siècle · 第 8 / 19 段