Cette attitude des Avignonnais, encouragée par Charles VII qui

s'appuyait sur le concile, était un acte de révolte contre la papauté.

Martin V, pour complaire au roi de France et s'assurer son appui,

résolut d'opposer au candidat du concile un prélat énergique,

diplomate de premier ordre et qui était à Rome le confident du

Saint-Siège[201]. Ce choix avait encore une autre importance, il

ramenait au pape les Avignonnais, dont Pierre de Foix était à Rome,

depuis 1428, le protecteur avéré[202]. Le 16 août 1432, Pierre de Foix

était nommé légat du Saint-Siège à Avignon, et le 18 des kalendes de

janvier[203], dans une bulle donnée à Rome, Eugène IV déclare que

l'acte illégal du concile est réparé, puisque la ville est maintenant

placée sous l'autorité du légat pontifical[204]. Pendant ce temps,

Alphonse Carillo avait quitté Avignon pour se rendre à Bâle, laissant

le gouvernement de la ville à Philippe, évêque d'Auch[205]. Le but de

son voyage était de demander au concile les subsides nécessaires pour

soutenir, à main armée, la lutte contre le représentant légitime du

pape. Carillo s'adressa d'abord personnellement au fameux capitaine

de routiers, Rodrigue de Villandrando, comte de Ribaudeo, auquel il

emprunta 2,000 écus d'or[206]. La ville d'Avignon dut se porter

garante, comme il appert d'un acte en date du 6 juin 1442, figurant

dans l'inventaire des papiers de la maison de Bourbon[207].

[201] Le P. Albi, _Éloges des Cardinaux français et étrangers_.

Paris, 1664, pp. 81 et suiv.

[202] Pastor, _loc. cit._, I, p. 282.

[203] Pierre de Foix, né en 1386 ou 1387, était fils de Gaston de

Foix et d'Éléonore de Navarre, qui fut depuis reine de Navarre,

succédant à son père Jean d'Aragon. Créé cardinal par Benoît

XIII, en 1409, à l'âge de vingt-deux ans, il fut successivement

évêque de Lescar, de Comminges, d'Albano, administrateur de

l'archevêché de Bordeaux et de l'évêché de Dax, archevêque

d'Arles et abbé de Montmajour. Abandonnant le parti de Benoît

XIII, il assista au concile de Constance où il se fit remarquer

comme orateur, prit part à l'élection de Martin V (1417) qui le

légitima comme _cardinal_ en 1419 ou 1418. Il fut envoyé, en

1425, en Espagne par Martin V, auprès d'Alphonse d'Aragon et fit

preuve d'une grande finesse diplomatique. Ce fut encore lui qui,

par ses voyages en Espagne, en 1426 et 1428, après la mort de

Benoît XIII, obtint que le pseudo-pape Clément VIII (Gilles

Nunoz) se démît (26 juillet 1429). Le succès de cette ambassade

prépara la fin du schisme (Pastor, _loc. cit._, I, p. 282).

Attaché comme cardinal auprès de Martin V, il occupait à Rome une

des situations les plus en vue dans le Sacré-Collège, lorsque

Eugène IV le nomma légat d'Avignon (16 août 1432). Installé dans

son siège par la force des armes (juin 1433), Pierre de Foix

administra avec la plus grande sagesse les États du Saint-Siège

et sut même, dans les circonstances les plus difficiles,

concilier les intérêts de l'Église avec ceux des rois de France.

On ne l'appelait que «le bon légat». A l'inverse des autres, il

résida pendant toute sa carrière à Avignon et embellit la ville

de plusieurs monuments. Savant distingué, il avait réuni une

magnifique collection d'ouvrages, dont beaucoup provenaient de la

bibliothèque de Benoît XIII. Sa biographie est une des pages les

plus intéressantes de l'histoire du pays et se rattache à tous

les événements qui mettent en relations les rois de France avec

les États du Saint-Siège, de 1432 à 1464. Estimé et apprécié des

papes, qui l'avaient maintenu à Avignon, tenu en grande affection

par Charles VII et par Louis XI, le cardinal de Foix mourut à

Avignon, après une assez longue maladie, le 13 décembre 1464.

Voy. le P. Henry Alby, _Éloge des Cardinaux_, pp. 81 et

suiv.--_Chronique de Saint-Denis_, VI, p. 175.--_Gallia

christiana_, I, pp. 1163, 1164.--_Lettres de Louis XI_, II, p. 21,

not. 1.--Pastor, _Hist. de la Papauté_, I, p. 282.--Delisle,

_Cabinet des Manuscrits_, 1868, I, pp. 494, 497.--Tamizey de

Laroque, _Note tirée de la correspondance de Peiresc_, p.

182.--Collection des Documents inédits.

[204] _Amplissima collectio_, VIII, pp. 163, 164, note (a).

[205] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 95.--Cf. Arch.

municip., Acte du 6 mai 1433 «Cum ipse dominus Cardinalis ad

eamdem sanctam synodum gressus suos direxisset et Reverendissimum

Philippum Archiepiscopum Auxitanensem locumtenentem et

gubernatorem constituisset et deputasset». Ce ne peut être qu'en

décembre ou janvier 1433 que Carillo se rendit à Bâle, puisque

Jean de Poitiers convoque en son nom les États du Venaissin le 2

décembre 1432. _Reg. des États_, G. 12, fol. 7.

[206] Quicherat, _loc. cit._, pièces justificat., XIII, pp. 226

et suiv.

[207] Invent. des Arch. nation., _Maison de Bourbon_, t. II, p.

275.

La désignation de l'archevêque d'Auch comme légat intérimaire eut pour

conséquence de transporter à Avignon la vieille animosité des deux

maisons de Foix et d'Armagnac[208]. C'était une guerre nationale dans

les États de l'Église. Le cardinal de Poix ne recula pas, comme dit

Quicherat, devant remploi de ce qu'on appelait alors «le bras

séculier» et fit appel à ses deux frères, les comtes de Foix et de

Comminges. D'un autre côté, le concile, à l'instigation de Carillo,

écrivit à Rodrigue de Villandrando[209] de faire une diversion du côté

du Languedoc, «invadere patriam linguæ occitaneæ[210]». Rodrigue se

porta au-devant des troupes gasconnes. Pendant ce temps, le comte de

Foix, sous prétexte de repousser les bandes de Rodrigue, faisait voter

70,000 moutons d'or par les États du Languedoc outre les 20,000 déjà

accordés; mais, en réalité, cet argent devait lui servir à s'emparer

d'Avignon[211]. Informé des dispositions du célèbre routier, le

comte de Foix laisse à Villeneuve-les-Avignon son frère le cardinal,

avec quelques gens d'armes, et se porte rapidement vers le

Pont-Saint-Esprit pour franchir le Rhône (mars 1433)[212]. Avignon et

le Venaissin étaient dans la consternation. Les États, réunis à

Carpentras sous la présidence de Jean de Poitiers, votent 10,000

florins d'or pour la défense du pays et invitent le recteur à aviser

tous les châtelains, bailes et syndics de faire bonne garde, _per

litteras rigorosas et formidabiles_[213] (4 mai 1433). Dans leur

détresse, les Avignonnais, brouillés avec le pape, implorent

l'intervention de Charles VII et se font fort de sa protection auprès

du comte de Foix[214]: «Très hault et puissant prince et redoubté,

qu'il plaise à vostre dite très excellente seigneurie de intercéder

envers le roy, qui est protecteur et bras de l'Église, qu'il luy

plaise nous donner et octroyer provision que nulle violence ne

dommaige ne soient faiz à nostre dit Saint Père le Pape ne à la terre

de l'Église par ledit Comte ne son exercite, et sur ce obtenir lettres

prohibitives qu'ils soient préservez de tout inconvénient que pourroit

advenir.» La ville en même temps se préparait à la résistance,

désignait au nombre de dix ou de douze les Élus de la guerre,

contractait des emprunts et informait le concile de Bâle de la marche

en avant des troupes gasconnes[215]. Forte de 2,000 cavaliers et 200

fantassins, l'armée du comte de Foix avait envahi le comté par le

nord. Le 12 mai 1433, les gens d'armes gascons entrent à

Malaucène[216], où ils font un certain nombre de prisonniers; ils

occupent Bollène. Personnellement, le candidat était accompagné de

plusieurs conseillers, notamment d'évêques et de plusieurs abbés, dont

le célèbre évêque de Conserans, Tristan d'Aure, auteur de tout le mal.

Ce dernier fait des avances aux Avignonnais et aux Comtadins[217].

L'Abbé de Lézat se rend auprès de Jean de Poitiers, recteur du comté,

pour lui faire des propositions de paix au nom de son patron. D'abord

hésitants, les gens du Venaissin se rapprochent du parti du nouveau

légat[218]. Le 13 mai 1433, Carpentras et la plupart des villes

ouvrent leurs portes au cardinal qui fait une entrée triomphale à

Monteux et se prépare à emporter d'assaut le château du Pont de

Sorgues, qui était la clef de la défense d'Avignon. Pendant que le

cardinal soumettait ainsi l'un après l'autre les villes et villages de

sa légation, Jean de Grailly[219], captal de Buch, un des plus

audacieux capitaines, de l'armée du Comte de Foix, était venu mettre

le siège devant Avignon[220]. Les assiégeants avaient disposé en

batterie, contre les remparts, des balistes, catapultes, trébuchets et

autres engins de guerre qui lançaient pardessus les murailles

d'énormes quartiers de rochers écrasant maisons et habitants[221]. La

panique s'était emparée des Avignonnais. Les uns, partisans de

Carillo et du concile, soutenaient l'archevêque d'Auch et prêchaient

la résistance à outrance. Les autres, au contraire, gagnés par les

flatteries du cardinal, étaient d'avis d'ouvrir les portes aux

assiégeants. Sur ces entrefaites, une sédition éclata dans la ville

et, grâce à cette diversion, le cardinal entra dans Avignon par la

brèche, sous la bannière de ses frères, pendant que l'archevêque

d'Auch s'enfuyait par une poterne[222] (juin 1433). Quant à Rodrigue

de Villandrando, soit qu'il jugeât ses forces numériquement trop

inférieures à celles du comte de Foix, soit, comme on peut le

présumer, que le cardinal eût acheté sa retraite à prix d'argent[223],

il traversa le Rhône avec ses bandes pour aller ravager le

Rouergue[224]. Ainsi se terminait le siège d'Avignon qui avait mis aux

prises, sur un autre terrain, le pape et les cardinaux dissidents de

Bâle. La victoire restait en définitive au pape de Rome; et la Cour de

France, bien qu'ayant observé une prudente réserve, y trouvait son

compte, car le pays ne pouvait pas désirer un légat plus foncièrement

français et plus dévoué au bien de sa patrie que le cardinal de Foix.

Dans tout le cours de sa longue carrière (1432-1464), sans oublier ce

qu'il devait aux papes et à l'Église, Pierre de Foix servit, avec un

zèle constant, la politique de Charles VII, comme celle du dauphin

Louis, dans les circonstances où les événements le firent négociateur

et arbitre des intérêts opposés.

[208] Quicherat, _loc. cit._, p. 95.

[209] 26 mai 1433. D'après Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115, not.

1.--Cf. Quicherat, _loc. cit._, pp. 94, 95.

[210] _Testament du cardinal de Foix_.--Chambaud, _Recueil des

Chartes_, mss., I, fol. 47.

[211] Quicherat, _loc. cit._, p. 97.--Cf. Raynald, _Annal.

ecclés._, t. IX, p. 134, et _Carton des Rois_, p. 450, no 2073.

[212] _Reg. des Etats_, G. 12, fol. 16-18.

[213] _Ibid._, G. 12, fol. 19.

[214] Arch. municip., 13 avril 1433. Lettre inédite des consuls

d'Avignon au comte de Foix (Minute).

[215] 12 mai 1433. _Amplissima collectio_, VIII, 592, 593.

[216] Arch. municip. de Malaucène, _Reg. des délibérat. du

Conseil_, fol. 72, vo.--12 mai 1433. _Amplissima collectio_,

VIII, 594.

[217] _Reg. des délibérat. des États_, G. 12, fol. 11.

[218] _Amplissima collectio_, VIII, 594.

[219] Fils de Jean de Grailly, captal de Buch.--Cf. Dom

Vaissette, IX{2}, p. 1114.

[220]..... et appropinquans civitatem Avenionis per terram et per

aquam obsidionem apponi fecerit personaliter ibi existens cum

multitudine hominum copiosâ. Arch. municip., acte du 6 mai 1433.

[221] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 98, not. 2.

[222] Quicherat, _op. cit._, p. 99.

[223] Ce qui inclinerait à le faire croire ce sont les demandes

fréquentes de grosses sommes d'argent que le cardinal de Foix ne

cessa d'adresser aux États pour payer les frais de la guerre.

_Reg. des États._

[224] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115.

Charles VII ne cessa d'entretenir les meilleurs rapports avec le

nouveau légat. En 1435, sur l'ordre du roi, le gouverneur du

Languedoc, manquant d'argent, dans l'attente du paiement de l'aide

votée par les États, emprunte 10,000 moutons d'or à des marchands

d'Avignon pour secourir Saint-Denys[225]. Mais les agissements des

pères réunis à Bâle ne tardèrent pas à donner au roi une occasion de

faire connaître aux Avignonnais ces dispositions favorables, tout en

mettant à exécution un projet qui répondait aux secrets désirs de

Charles VII. Au mois de juin 1436, le concile de Bâle livré à des

querelles de personnes, était devenu le théâtre de violences

regrettables et de discussions scandaleuses, à ce point que le

cardinal de Pavie, Æneas Sylvius Piccolomini, appelait cette assemblée

«la synagogue de Satan[226]». Charles VII, toujours désireux de mettre

un terme aux divisions qui agitaient l'Église, avait envoyé à Bâle une

ambassade pour demander que le pape fût traité avec respect et

déférence, et qu'une ville fût désignée où seraient convoqués, en vue

d'une union générale, les représentants de l'Église grecque[227]. Lyon

réclamait pour elle, mais le concile hésitait entre Rome, Pise,

Florence et Sienne. Le 7 mai 1433, le concile avait décidé, à une

majorité très contestable, puisque beaucoup de membres ayant pris part

au vote n'avaient pas droit de suffrage, que le concile se tiendrait

soit à Bâle, soit à Avignon, soit dans une ville de Savoie. Le choix

d'Avignon plaisait particulièrement à Charles VII qui voyait là une

occasion d'accroître son prestige personnel et d'attribuer à la

France un rôle prépondérant dans l'apaisement du schisme. Par lettres

du 11 février 1433, le roi de France informa les pères du concile

qu'il se prononçait pour Avignon[228]. Il promettait, à cette

occasion, son concours le plus actif. Il enverrait à l'empereur de

Constantinople des lettres pour l'engager à s'y rendre. Il donnerait

un sauf-conduit aux prélats aragonais et autoriserait la levée d'une

«_décime_» sur les bénéfices ecclésiastiques du royaume pour faire

face à la dépense, mais à la condition que «cette décime» ne pourrait

pas être perçue avant le mois de mai 1437[229]. Les pères du concile

étaient divisés en deux partis. Les uns, notamment les Grecs,

repoussaient le choix d'Avignon pour une ville italienne, autant que

possible une ville maritime, en vue des facilités de transport. Les

cardinaux français et italiens, notamment Louis Alemand, cardinal

d'Arles et le plus fougueux adversaire d'Eugène IV, Tedeschi,

archevêque de Palerme, préconisaient le choix d'Avignon. Enfin, après

un débat tumultueux, le concile décida, le 3 février 1437, que, si

dans cinquante jours la ville d'Avignon n'avait pas compté les 70,000

ducats d'or dont elle s'était obligée à faire l'avance pour le

transport des Grecs, on renoncerait au projet de transfert dans cette

ville[230]. La communauté s'était mise en mesure de remplir des

engagements écrasants pour ses finances. Charles VII, de son côté, par

lettres patentes données à Montpellier, le 17 avril 1437, et

confirmées le 10 mai suivant[231], prescrivit la levée «d'une décime»

sur les bénéfices des seize personnes ecclésiastiques composant son

conseil, hormis deux, et demanda même à la ville d'avancer au trésor

royal certaines sommes sur ses ressources personnelles pour les frais

occasionnés par la convocation du futur concile[232]. Mais la ville,

malgré l'appel fait à tous ses concitoyens, ne put pas réunir la somme

convenue. Du reste, dans l'intervalle, de graves événements s'étaient

passés au sein du concile. Dans la réunion du 7 mai 1437, les deux

partis, dit Héfelé, semblables à deux armées ennemies en présence,

avaient été sur le point d'en venir aux mains[233]. La minorité,

composée de la partie la plus saine du concile, ayant droit de

suffrage, opta pour les Grecs et le choix d'une ville italienne. Le

décret rendu par elle fut scellé avec le sceau du concile enfermé dans

une armoire dont la serrure avait été forcée, ce qui équivalait à un

faux. Malgré l'opposition de la majorité, composée des prélats

français et de la masse des clercs et abbés n'ayant pas droit de vote,

Eugène IV reconnut valable la décision de la minorité, et le choix

d'Avignon fut définitivement écarté (7 juillet 1437)[234]. C'était un

échec pour Charles VII et pour la France, mais Eugène IV triomphait.

Au fond, le pape, s'il ne s'était jamais ouvertement prononcé contre

le transfert à Avignon, ne partageait pas à cet égard l'opinion de la

majorité des pères qui étaient ses plus ardents ennemis. Le souvenir

des vexations et des déboires de Benoît XIII, dans cette même ville,

hantait l'esprit du souverain pontife; l'accueil fait à son frère par

les Avignonnais en 1432, et leur attachement à Carillo, légat du

concile, n'étaient point de nature à l'encourager à se prononcer pour

Avignon. Et nous croyons les appréhensions du souverain pontife

justement fondées, car le transfert à Avignon, étant données les

dispositions de la majorité, c'était la papauté livrée aux mains des

cardinaux factieux. Cependant les pères restés à Bâle étaient trop

irrités contre Eugène IV pour abandonner la lutte. Le 31 juillet 1437,

ils proclament le pape contumace[235]. Le 18 octobre, ils suppriment

la bulle transférant le concile à Ferrare et, le 14 janvier, ils

prononcent la suspension d'Eugène IV[236]. De son côté, par lettres du

23 janvier 1437, Charles VII défend aux prélats de son royaume et du

Dauphiné de se rendre à Ferrare[237] pour répondre à la convocation du

pape. Le roi ne perdait pas espoir de faire revenir au choix

d'Avignon. A cet effet, il écrivait à Jean Paléologue de s'y rendre,

lui promettant qu'il y viendrait en personne et que, certainement le

pape ne manquerait pas d'y assister[238]. Occupé, dans le courant de

l'automne 1437, au siège de Montereau[239], Charles VII entretient

encore les Avignonnais dans leurs espérances à propos du voyage des

Grecs et de la translation du concile à Avignon: «Et avons tousjours

ferme propos et intencion de aider et donner toute faveur et confort à

vous et à toute la cité d'Avignon, en l'exécution de l'oeuvre

encommencée et ce mestier est vous garder et defendre saucunz vous

vouloient donner empeschement ou porter dommaige à l'occasion de ce,

et d'en escrire à nostre Sainct Père le Pape ou ailleurs ou besoin

seroit.» Il insiste à diverses reprises auprès de l'empereur de

Constantinople en disant que la nation de France avait mis en avant le

choix d'Avignon[240].

[225] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 475.

[226] Héfelé, _loc. cit._, XI, p. 363.

[227] De Beaucourt, III, p. 339.

[228] De Beaucourt, III, p. 339.

[229] _Id._, III, p. 340.

[230] Héfelé, _loc. cit._, XI, pp. 358, 359.

[231] Arch. municip., B. 34, no 29, Cott. E.E.--Arch. municip.,

B. 34, no 37. Cott. C.C.

[232] Lettre royale du 5 mai 1437; De Beaucourt, III, p. 475.

[233] Héfelé, _loc. cit._, XI, p. 362.

[234] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 34.

[235] Héfelé, XI, pp. 367, 379, 381.

[236] _Id._, XI, pp. 367, 381.

[237] _Rec. des Ordonn._, XIII, pp. 255, 256.

[238] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 343.

[239] Charles VII était venu mettre le siège devant Montereau le

21 septembre 1437.--Cf. de Beaucourt, III, p. 49.

[240] Donné au siège de Montereau ou Fault-Yonne le dernier jour

de septembre 1437. Orig., Arch. municip., B. 38, no 96.

Pendant ces pourparlers qui ne devaient pas aboutir, les pères du

concile avaient consommé leur rupture avec le pape. Le 24 janvier

1438, Eugène IV était «suspendu» par l'assemblée de Bâle, et

l'autorité pontificale était transférée au concile[241]. C'était le

triomphe de la suprématie du concile sur la personne du souverain

pontife, idée qui depuis le commencement du schisme, et surtout depuis

Benoît XIII, avait fini par prévaloir dans les moeurs ecclésiastiques.

Comme conséquence, et pour examiner les décisions prises par

l'assemblée de Bâle, Charles VII convoqua à Tours, pour le mois de mai

1438, le clergé de France, qui tint sa réunion à Bourges, le 1er mai

1438. C'est de là que sortit la pragmatique sanction. Ces derniers

événements, qui avaient profondément agité l'Église de France,

mettaient fin au projet de la réunion du concile à Avignon. Mais la

ville avait fait antérieurement des avances pour aller quérir les

Grecs, et demandait, si elle n'avait pas le concile, à être remboursée

de ses débours[242]. Charles VII, qui avait contribué personnellement

à jeter la ville dans ce projet onéreux, donna satisfaction aux

Avignonnais par lettres patentes datées de Bourges le 14 juillet 1438,

en obligeant le paiement, tant dans le royaume qu'en Dauphiné, «de la

décime» imposée sur les bénéfices ecclésiastiques, en vue de

rembourser les 70,000 ducats d'or avancés par la ville et dont le roi

avait profité. «Sur la quelle décime et les denierz que en ystroient

les citoyenz et habitans d'Avignon devoyent estre paiés premièrement

et avant tout euvre de certaine grosse somme de denierz quils ont

payée pour aler quérir les empereur et patriarche de Constantinople et

autres du pays de Grèce et les conduire et amener au dit lieu

d'Avignon ainsi qu'il avait este traicté, accordé et promiz aux dits

citoyens et habitanz d'Avignon.» Mais les avances de la ville furent

partiellement perdues. En 1459[243], les Avignonnais sont obligés

d'envoyer en Savoie, en Dauphiné, à Lyon, à Mâcon, un ambassadeur

spécial, Michel de Valperge, qui, muni d'une lettre de la

collectairie, après l'assentiment de Jehan de Grolée, prévôt de

Montjou, recueille pour le compte des Avignonnais de l'argent partout

où il se trouve: «Je passeray au partir de ceste ville à Machon et à

Lion et à Vienne et pour le pays du Dalfiné et pranderay tout argent

que je troveray prest et tout envoieray jour de An[244].» On voit donc

par ce document que malgré les engagements qu'il avait pris vis-à-vis

de la ville d'Avignon, Charles VII n'avait pu la faire rentrer dans

ses déboursés. Malgré la promulgation de la pragmatique, Charles VII

ne cessa pas d'avoir avec Eugène IV des rapports cordiaux. Bien que le

pape eût excommunié les pères du concile (4 septembre 1439) et que ces

derniers en réponse eussent donné la tiare à Amédée VIII de Savoie

(Félix V) (5 novembre 1439), le roi continua à ne reconnaître comme

légitime que le pape de Rome, pour lequel il montrait la plus grande

déférence, sans toutefois consentir à aucune concession relativement à

la pragmatique.

[241] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 343. Cette doctrine,

déjà proclamée par le concile en 1433, avait fait d'énormes

progrès dans l'opinion.--Cf. de Beaucourt, III, p. 333; Héfelé,

XI, 274, 276.

[242] La cité d'Avignon avait donné 300 écus pour amener les

Grecs à Bâle. Cette somme fut confiée à Louis de la Palud,

cardinal de Varambon, qui ne la restitua qu'en 1455 après

d'innombrables réclamations. Arch. municip., Origin., B. 34.

[243] Lettre inédite de Michel de Valperge aux consuls d'Avignon,

datée de Thonon le 24 septembre 1459. Arch. municip., série A.A.

[244] Lettre du 24 septembre 1459. Arch. municip., Origin., série

A.A.

De son côté, Eugène IV se ménageait l'appui de la France. L'année

après que le concile eut été transféré de Florence à Rome (26 avril

1441), Eugène IV envoyait à Charles VII une ambassade avec mission de

passer par Avignon pour saluer le cardinal de Foix, en vue de

témoigner au roi de France toute sa déférence[245]. Le concile de Bâle

tint sa dernière session le 16 mai 1443, en l'absence de Félix V, fixé

à Lausanne. Il n'avait plus à compter, et faiblement encore, que sur

l'appui de l'empire. Son rôle était fini et Eugène IV rentrait à Rome,

le 23 décembre 1443[246], avec le prestige d'une autorité fortifiée.

Néanmoins, les chefs de la majorité, entre autres Louis Alemand,

continuant la lutte, tentèrent de susciter des difficultés au

Saint-Siège dans ses États d'en deçà, ce qui amena le projet de traité

passé entre Eugène IV et le dauphin Louis, en novembre 1444, à l'insu

de Charles VII.

[245] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 378.

[246] Héfelé, _loc. cit._, XI, 533.--De Beaucourt, III, p. 383.

CHAPITRE III

Le Dauphin Louis et le projet de traité secret avec le Saint-Siège

(novembre 1444).

Le dauphin Louis.--Première tentative pour s'emparer d'Avignon et

du comté Venaissin.--Négociations entre le Dauphin et le pape

Eugène IV.--Rôle du cardinal de Foix.--Protestation des

États.--Le projet échoue (novembre-décembre 1444).

Louis XI et Les États Pontificaux de France au XVe siècle · 第 5 / 19 段