Ici se place un événement que divers historiens ont relaté, sur lequel

le P. Ehrle a donné quelques nouveaux éclaircissements, grâce aux

archives du Vatican, et qui, par ses conséquences, se rattache d'une

façon très étroite à l'histoire des États citramontains du

Saint-Siège, dans leurs rapports avec les rois de France et la

papauté. A bout de ressources, obéré et ne sachant plus à qui

s'adresser après la mort du duc d'Orléans, Benoît XIII fit des

ouvertures, en vue de contracter un emprunt, au maréchal de Boucicaut,

gouverneur de Gênes depuis 1401[115], et qui, à ce moment, déçu de ses

espérances et renonçant à l'idée d'une nouvelle expédition en Orient,

avait concentré toute son attention sur les événements intérieurs qui

agitaient la péninsule italienne (1407-1408)[116]. Le prêt eut lieu à

Gênes même le 5 mars 1408[117]. A cette date, Jean le Meingre avança à

Benoît XIII 30,000 francs, pour lesquels le pontife, par une bulle du

_3 février 1408_, reconnut avoir contracté obligation. Le 30 avril

1408, à Porto-Venere, près la Spezzia, Jean le Meingre versa un

nouveau complément de 4,000 francs qu'il avait empruntés à des

marchands gênois. Comme gage de ce prêt, Benoît XIII inféoda au

maréchal, pour une période de deux ans, plusieurs localités, tant de

l'Église romaine que du diocèse d'Avignon[118], parmi lesquelles

_Pernes_, _Bollène_, _Bédarrides_ et _Châteauneuf-Calcernier_[119].

Le cardinal de Saluces s'opposa vivement à cette inféodation, mais

Boucicaut fit valoir ses droits sur lesdites villes sans retard, et le

10 mars _1408_ il prit possession de Pernes par procureur[120]. Il

résulte même des documents conservés aux archives de cette commune que

le maréchal en personne, se trouvant dans cette ville en 1413, fit

procéder à l'élection des consuls. Cette suzeraineté temporelle de

Boucicaut sur certaines villes des domaines du Saint-Siège donnera

lieu plus tard à d'innombrables et tumultueuses revendications qui ne

prendront fin que sous le règne de Louis XI.

[115] De Circourt, _Rev. des quest. histor._, 1889, XLVI,

167.--Delaville Le Roux, I, 403, 404.

[116] Delaville Le Roux, _La France en Orient au XIVe siècle_, p.

510.

[117] Le P. Ehrle, _op. cit._, pp. 95, 96, 97.

[118] «Et pro quibus idem dominus noster papa certa castra et

loca tam Ecclesiæ romanæ quam Ecclesiæ Avenionensis sibi pignori

tradidit.» Ehrle, p. 97.

[119] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310.--Chambaud, Ann.

mss., fol. 145.

[120] Arch. municip. de Pernes. Acte signé par Tholosan, notaire

(Origin.).--Fornéry, _Hist. Civile_, mss., fol. 768.--Gibert,

_Hist. de Pernes_, mss. de Carpentras, fol. 718.--Boucicaut était

alors gouverneur du Languedoc.--Delaville Le Roux, 512-513.

La mort de Louis d'Orléans porta un coup fatal à l'autorité de Benoît

XIII. Il perdait son protecteur et son meilleur appui à la Cour de

France. Dès le mois de janvier 1408[121], Charles VI mit le pontife en

demeure de rétablir l'union de l'Église avant l'Ascension prochaine,

sous peine de voir la France retirer son appui à Benoît XIII. Le pape

menaça Charles VI des censures ecclésiastiques[122], mais, à la fin de

mai 1408, le roi de France se retira de l'obédience de Benoît XIII, et

avec lui la Hongrie, la Bohême, Wenceslas, Sigismond et la Navarre. En

même temps il convoquait un synode pour fixer les règles à suivre dans

la neutralité de la France[123]. Ces mesures provoquèrent la

défection des cardinaux de Benoît XIII, qui se réunirent à ceux de

Grégoire XII pour fixer l'ouverture d'un concile à Pise le 25 mars

1409. Mais, dès l'année précédente, Benoît XIII, qui ne se sentait

plus en sûreté dans le territoire de Gênes[124], avait gagné

Perpignan, où il convoqua un concile dont les actes font l'objet du

savant commentaire publié par le P. Ehrle[125]. L'année suivante,

Boucicaut et les troupes françaises étaient chassés de Gênes. C'était,

pour la politique française en Italie, un échec regrettable qui

entraînait la ruine de notre influence dans le Nord de la Péninsule et

l'abandon définitif de toute tentative de restauration de la papauté à

Rome[126].

[121] Pastor, _op. cit._, I, p. 187.

[122] _Amplissima collectio_, VII, p. 770.

[123] Pastor, _op. cit._, I, p. 188.

[124] D'après certains auteurs, le maréchal aurait facilité son

embarquement.

[125] Ehrle, _loc. cit._, Aus den Acten, etc.

[126] Delaville Le Roux, _op. cit._, 512, 513.

Le concile de Pise s'était ouvert le 25 mars 1409 et, dans sa séance

du 26 juin, avait déposé solennellement Benoît XIII et Grégoire XII,

en procédant à l'élection d'Alexandre V. Réfugié en Espagne, Benoît

XIII se décida à une résistance énergique, et craignant pour sa

personne de rentrer dans le royaume en vue de se fortifier dans son

palais d'Avignon, que ses partisans n'avaient pas complètement

abandonné depuis 1404, il en confia la garde à son neveu, capitaine

expérimenté, vaillant soldat, mais peu scrupuleux sur les moyens à

employer pour avoir la victoire, Rodrigues de Luna. Dès 1409-1410, les

agents de Benoît XIII avaient peu à peu amassé dans le palais des

vivres, provisions, munitions et armes de guerre, en vue d'un siège.

Ils avaient fortifié l'entrée du pont. La garnison catalane avait été

augmentée et renforcée, si bien que dans les premiers mois de 1410,

la cité d'Avignon se trouvait en présence d'une forteresse

inexpugnable, occupée par des guerriers déterminés à toutes les

mesures extrêmes, même à incendier la ville s'il était nécessaire pour

maintenir l'autorité de leur compatriote, Pierre de Luna.

Le concile de Pise avait envoyé comme légat à Avignon un ancien

cardinal de Benoît XIII, Pierre de Thury (avril 1410)[127], qui était

en même temps recteur du Venaissin. C'est lui qui eut charge de

préparer le siège du palais, avec les élus de la guerre délégués par

le conseil de ville. Les citoyens avignonnais se constituèrent en

troupes assaillantes avec les officiers et soldats que Charles VI

envoya au secours de la ville. Le siège du palais commença au mois de

mai 1410[128], Charles VI avait expédié aux Avignonnais l'Hermite de

la Faye[129], sénéchal de Beaucaire, avec plusieurs compagnies de

soldats. Mais quelque temps après, il leur avait fait donner l'ordre

de se retirer. Abandonnés à leurs propres ressources, le cardinal de

Thury et les élus de la guerre portèrent leurs doléances auprès du roi

qui renvoya le sénéchal et les troupes devant Avignon. A cette force

militaire vinrent se joindre des capitaines aux ordres du roi,

notamment le sieur Randon[130], seigneur de Joyeuse, et Jean Buffart,

qui sont payés par les officiers du roi, sur l'ordre secret de Charles

VI[131].

[127] Arch. départ., _Reg. des États_.

[128] Nouguier fixe le commencement du siège au 27 mai 1410.

[129] Dom Vaissette, IX, p. 1008.--Ménard, _Hist. de Nîmes_, III,

p. 133.

[130] Il est désigné «Seigneur de Genguese» (Joyeuse); prit part,

sous Charles VII, aux premières campagnes et assista à la

bataille de Verneuil (1424).

[131] _Lett. patent. de Charles VI au sénéchal et au viguier de

Beaucaire_ (mai 1411) Arch. municip. B., 39.

La ville d'Avignon fit appel aux consuls de Carpentras et aux trois

états du Venaissin, qui prêtèrent des bombardes, des balistes et tous

les engins d'artillerie qui étaient à leur disposition[132]. Des

barques expédiées de Valence furent postées au milieu du Rhône,

croisant sous le palais pour empêcher tout secours d'arriver aux

assiégés[133]. Un autre bateau appelé «_la Barbote_» fut placé près de

l'île d'Argenton avec une bombarde qui devait battre en brèche les

ouvrages de défense des Catalans[134]. Le 19 mai 1410 arriva la

«_grande bombarde_[135]» d'Aix, traînée par trente-six chevaux, qui

commença à ouvrir le feu contre le grand palais. Le 13 décembre 1410,

un assaut très vif donné par les troupes avignonnaises causa à

Rodrigues de Luna la mise hors de combat d'un millier d'hommes; la

tour élevée par les Catalans, attaquée par le fer et le feu,

s'écroula, entraînant sous ses décombres de nombreux soldats espagnols

et amenant la rupture d'une partie du pont (décembre 1410)[136].

La Cour de France, fatiguée de l'entêtement de Benoît XIII et de la

résistance de ses partisans, embrassa la cause des Avignonnais et

n'épargna rien pour leur assurer la victoire. Le 4 mai 1411, Charles

VI écrit aux sénéchaux de Nîmes et de Beaucaire[137] pour leur

recommander de ne laisser lever, en Languedoc, aucune troupe de gens

d'armes dans le but de porter secours aux Catalans, partisans de

Pierre de Luna, assiégés dans le grand palais d'Avignon. Le 21

mai[138], le roi envoie une missive aux syndics et au conseil de la

ville d'Avignon, pour les féliciter de leur courage et de la

résistance qu'ils opposent aux Catalans schismatiques: «Il les

autorise à tendre des chaînes au travers du cours du Rhône, au

Pont-Saint-Esprit et ailleurs, comme ils l'ont déjà fait, sans avoir à

solliciter l'autorisation du roi, et ce, en vue d'empêcher tout

secours d'arriver par eau aux Catalans qui, depuis quatorze mois,

tenaient le palais pour le compte de Pierre de Luna.»

[132] 28 janvier 1411. Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., I; fol.

425, 426.

[133] _Id._, mss., I, fol. 424, 425.

[134] Comptes de la Ville, 1410-1411.

[135] _Id._

[136] _Recueil Massillian_, mss., XVI.

[137] Arch. municip., B. 39.

[138] Arch. municip., B. 39.

Le 11 juin 1411[139], le roi de France donne l'autorisation aux

Avignonnais de lever une décime sur le clergé du royaume, jusqu'à

concurrence de 100,00 livres, pour subvenir aux frais de la guerre qui

avait épuisé les finances publiques et privées de la ville. De son

côté, Benoît XIII faisait appel à ses partisans et compatriotes et, au

mois de _juin 1411_, une flotte, composée de 29 galères et barques

catalanes, se présentait aux embouchures du Rhône pour diriger une

double attaque contre Avignon par le fleuve, et pour renforcer par

terre la garnison du château d'Oppède dont quelques gens d'armes de

Rodrigue avaient pris possession. Mais les consuls d'Arles avaient

fait tendre précipitamment une chaîne pour barrer le fleuve d'une rive

à l'autre. D'un autre côté, un corps d'Avignonnais s'était porté vers

la Durance pour opérer sa jonction avec les troupes du sénéchal de

Provence, qui avait reçu de Yolande d'Aragon, reine de Sicile et de

Jérusalem, l'ordre de s'opposer au passage des Catalans sur les terres

de Provence. Les galères ennemies ne purent franchir le barrage et

durent battre en retraite après avoir débarqué 150 guerriers catalans

qui s'avancèrent jusqu'à la Durance, pour, de là, gagner le terroir

d'Avignon et le Comté. Mais les troupes provençales et avignonnaises

lancées à leur poursuite les rejoignirent sur les bords de la rivière,

dont les eaux, grossies par les pluies, rendaient le passage

impossible. Les Catalans furent taillés en pièces ou faits

prisonniers[140] (juin 1411). En apprenant ce succès, l'Université de

Paris s'empressa d'écrire à la reine de Sicile pour la prier de ne

point relâcher les prisonniers dont la présence à Avignon pourrait

amener le triomphe des schismatiques et hérétiques par l'apport d'un

renfort inespéré. «Nous avons entendu que puis naguères ont esté prins

certains gens d'armes tant chevaliers, escuiers comme autres, qui

venoient de par Pierre de la Lune pour nuire à la ville d'Avignon et à

la terre et conte de Venisse, et aussi à nuire à saincte Église et à

tout le royaume de France, laquelle Église devez avoir moult à

cuer.... Sy est vrai, très puissant Royne, que si les dessus diz gens

d'armes qui pour présent sont soubz vostre puissance estoient delivrez

avant que la guerre d'Avignon fust finie, ce seroit très grand péril

et très grand dommaige pour saincte Église. Et est voir semblable que

par ce moien pourroit estre delivrez le palais d'Avignon des mal

facteurs et scismatiques qui l'occupent indeument.... Pourquoi vous

supplions, très noble et très puissante Royne, qu'il vous plaise

commander et faire défendre que nul dez dessuz diz prisonniers, de

quelque estat qu'il soit, ne soit délivré jusques à ce que aucune fin

soit prinse sur la guerre d'Avignon et du païs d'environ[141].»

[139] _Id._, B. 39.

[140] Journal mss. de Bertrand Boisset. Extrait: «Siège du

palais, juin 1411. L'an millia quatre cens ungi et de mes de juin

vengron los Catalans en Proensa et en Arles per mandaments de

l'Anti-papa Peyre de Luna per anar contra ad Avignon et Venesin.

Los quals Cathelans sy meront in terra et monteron a caval per

tirad in Venayssin et foron preses et deconfits per los

Proensalts et los autres que remaron en los fustas que erons vint

dos se monteron per lo rose ad Arles per tirar sen ad Avignon,

mas la _cienta d'Arles mes una Cadena_ a travers de Rose que

passar non la poyron, an se retireron. Vertas es que leur gens y

moureront et mots d'avis feron et gasteron gras en la vigne et

cremeron de masses et de cabanes assas, mas autres bels portamen

non faron, am se retireron.»

[141] Arch. municip., B. 77, no 36, origin.

Vers la même époque, Charles VI écrivait aux syndics d'Avignon leur

donnant avis qu'il envoyait au secours de la ville Philippe de

Poitiers, avec charge de leur dire ses intentions, ainsi qu'à la reine

Yolande. Le 26 juin 1411, en lui annonçant l'envoi de Philippe de

Poitiers, Charles VI fait savoir qu'il a donné charge à ce seigneur

«de convocquer et assembler tant de noz hommes vassaulz et subgiez que

bon lui semblera, affin que la besoingne puist prendre plus briefve

conclusion. Et vous prions, très chère et très amée cousine, tant et

si adcertes, que plus povons que nostre dit cousin, vueillez, oir et

croire de ce qu'il vous dira de par nouz touchant cette matière, et

donnez et faire donner par voz gens, officiez et subgiez, à lui et à

ses commis, pour honneur et révérence de Dieu, de nostre dit saint

Père de l'Église, amour et contemplacion de nouz, tout le conseil,

confort, aide et faveur que faire se pourra, et telement que par

vostre bon moyen ceste dite besoingne sortisse bon et brief effect et

prengue la conclusion que nous désirons[142].»

L'arrivée de Philippe de Poitiers, de son frère, Étienne, «le bâtard

de Poitiers», avec d'autres chevaliers, et surtout l'appui du roi de

France, redoublèrent l'énergie des assaillants. Les syndics, les élus

de la guerre, les conseillers, les habitants de toute classe, les

couvents, les maisons religieuses, les corporations et arts,

rivalisant de zèle et de civisme, donnèrent généreusement tous leurs

trésors, soit en numéraire, soit en oeuvres d'art, statues,

tabernacles, rétables, et les sanctuaires se dépouillèrent

spontanément au profit de la ville pour combattre l'ennemi commun, qui

ne représentait plus seulement l'idée d'un schisme religieux, mais

l'occupation étrangère. Dans les derniers mois de l'été 1411, la ville

contracta des dettes et obligations représentant un chiffre

énorme[143], tel même qu'un demi-siècle après, elle ne s'était pas

encore libérée. Outre les sommes mises à la disposition des élus de la

guerre par Charles VI, un denier fut en outre levé sur chaque paroisse

pour faire face aux besoins journaliers. La mort de Pierre de Thury

(septembre 1411) fit passer la direction de l'administration des États

du Saint-Siège entre les mains de François de Conzie, archevêque de

Narbonne, camérier du pape, qui avait été témoin de tous les

événements depuis l'élection de Benoît XIII.

[142] Arch. municip., série E. E.

[143] Reddition des Comptes de Paul Montmartin du temps de la

guerre des Catalans. Arch. municip., B. 39.

Cependant, réfugiée dans cette forteresse imprenable, la petite

garnison catalane opposait aux assaillants une résistance désespérée.

Toutefois, le manque de renforts, la diminution des vivres, les vides

que les sorties répétées avaient faits dans leurs rangs, et surtout la

perspective de ne voir arriver d'Espagne aucune troupe de secours,

amenèrent Rodrigues de Luna et ses compagnons à parlementer en vue

d'un traité de paix. Une convention fut signée, le 12 novembre 1411,

entre les représentants du Saint-Siège, François de Conzie, vicaire

général du Saint-Siège à Avignon, et dans le comté Venaissin, Jean de

Poitiers, évêque de Valence et de Die, recteur du Venaissin, et

Constantin de Pergula, vicaire de Jean XXII, d'une part, et, d'autre

part, Bernard de Sono, vicomte d'Evola, et Roderic de Luna, commandeur

de l'ordre de Jérusalem, chef des canonniers et combattants du palais.

Assistaient aux pourparlers et préliminaires de la convention Philippe

de Poitiers, chevalier, seigneur d'Aroys et de Dormans, capitaine

général des troupes avignonnaises, envoyé par le roi de France, et

Pierre d'Acygne, sénéchal de Provence, agissant au nom et lieu de

Yolande, reine de Sicile et de Jérusalem. Aux termes de la convention,

voici les principales conditions stipulées[144]:

1º Il sera permis aux assiégés d'envoyer à leur maître, _Benoît XIII_,

trois officiers pour l'instruire de la position dans laquelle ils se

trouvent, et si dans cinquante jours aucun secours n'est arrivé, ils

s'engagent à remettre aux mains du légat le palais et le château

d'Oppède;

2º Les assiégeants fourniront, au prix ordinaire, la quantité de

vivres par jour pour chaque personne de la garnison du palais;

3º Le commandant des troupes aragonaises et catalanes devra donner

pour otages frère Jean _Parda_, chevalier de Rhodes, frère Mathieu

Montelli, frère Pierre de Lacerda, frère Beranger Boyl, messire Pierre

Turella, licencié en droit canon, messire Barthélemy, neveu d'Antoine,

vicomte Jean Pétri, Barthélemy de Montaquesii et Sanche de Sparsa;

4º Les assiégés ne pourront emporter, lors de leur départ, que les

objets qui leur appartiennent;

5º Les troupes assiégées et assiégeantes observeront exactement entre

elles la trêve conclue.

[144] Arch. municip., B. 39, Origin., septembre 1411.

Tous les personnages ci-dessus désignés apposèrent leur sceau sur

ledit parchemin, au bas de l'acte rédigé par Lamberti, notaire[145].

[145] Chambaud, _Recueil_, mss., t. I, fol. 153, 154.--Cf. G.

Fantoni, I, pp. 300, 301, 302.

Le délai étant expiré, et aucun secours n'étant annoncé pour les

assiégés, ces derniers conclurent une dernière convention le 14

novembre 1411, aux termes de laquelle ils devaient vider le palais et

le château d'Oppède dans les huit jours qui suivraient. De son côté,

Charles VI accordait, par lettres patentes, sauf-conduit, sauvegarde

et assurance pour le retour des Catalans dans leur pays, sans qu'ils

puissent être recherchés pour aucun crime commis contre notre

Saint-Père et le Saint-Siège apostolique[146]. La garnison catalane

remit le palais au légat, comme il avait été convenu, le 22 novembre

1411[147]; elle se retira de là à Villeneuve et traversa le Languedoc

pour gagner l'Espagne par terre.

[146] Arch. municip., B. 39.

[147] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 312.

Ainsi se termina le second siège du palais, qui avait accumulé sur

Avignon et le Venaissin des monceaux de ruines et des dévastations de

toutes sortes. Dans ces tristes circonstances, Charles VI, après avoir

soutenu et fait triompher par les armes la cause des Avignonnais,

contribua, par divers actes de générosité, à réparer les maux de la

guerre; une somme de 12,000 francs d'argent fut mise par le roi à la

disposition de l'archevêque de Narbonne pour l'employer à la

conservation du palais d'Avignon[148]. Charles VI écrivit en outre au

pape pour le prier de permettre que les 10,000 livres qu'on prélevait

annuellement sur les bénéfices de France fussent employées à

dédommager la ville d'Avignon des dépenses qu'elle avait dû supporter

par suite de la guerre contre les Catalans (décembre 1411)[149]. Ce

sont là les derniers actes par lesquels Charles VI marque son

intervention «ès-parties» d'Avignon. La déposition de Benoît XIII au

concile de Pise fut définitive et solennellement proclamée à Constance

le 26 juillet 1417[150]; l'exil du pape à Paniscola, son dénûment et

l'abandon de sa cause par tous les catholiques, rendirent un peu de

tranquillité aux États du Saint-Siège d'en deçà des Alpes, jusqu'à

l'élection de Martin V, qui se montre, dès ses premiers actes, décidé

à défendre énergiquement les droits de l'Église sur Avignon et le

Venaissin.

[148] Arch. municip., B. 39.

[149] _Id._, B. 39.

[150] Pastor, _op. cit._, p. 24, not. 2.

CHAPITRE II

Charles VII.--Les Boucicaut. Le Cardinal de Foix.

Le dauphin Charles en 1419-1420.--Devenu roi il ne cesse

d'assurer de sa protection les États citramontains du

Saint-Siège.--Nouveaux agissements de Geoffroy le Meingre

(1426-1428).--La succession du maréchal.--Les routiers dans le

Venaissin et dans la vallée du Rhône.--Démêlés entre les sujets

du pape et Boucicaut.--Attitude de Charles VII (janvier

1426).--Il protège les Avignonnais, tout en appuyant les

revendications de Champerons, seigneur de la Porte (1428).

Situation des États de l'Église au moment de l'ouverture du

concile de Bâle.--Charles VII appuie ouvertement Alphonse

Carillo, cardinal de Saint-Eustache, qui est le candidat du

concile. Sa lettre aux Avignonnais (1431).--Conflit entre le

pape Eugène IV et les Avignonnais à propos de la nomination de

Marc Condulmaro.--Neutralité de Charles VII (1432).

Le cardinal Pierre de Foix, légat du Saint-Siège (avril

1432).--Triomphe de la politique française.--Efforts de Charles

VII pour amener la cessation du schisme et la convocation d'un

concile à Avignon pour l'union des Grecs (1437).

Les dernières années du règne de Charles VI, toutes remplies par les

sanglantes rivalités des Armagnacs et des Bourguignons, par l'invasion

étrangère et la honteuse défaite d'Azincourt pour aboutir à

l'humiliant traité de Troyes (1420), expliquent pourquoi les relations

entre les sujets du Saint-Siège et la Cour de France subissent comme

on temps d'arrêt jusqu'au moment où la lutte de la maison de France

avec les Bourguignons amène le dauphin Charles dans le Midi, en 1419.

Le nouveau pape Martin V était, depuis son avènement, prévenu contre

le dauphin par les dénonciations des agents bourguignons, qui

accusaient l'héritier du trône d'être, comme feu son oncle, un ami

dévoué de Benoît XIII. Il ne voyait donc pas sans quelque appréhension

le dauphin venir guerroyer sur les limites des possessions du

Saint-Siège[151], au moment où le prince d'Orange se disposait de son

côté à envahir le Comtat et où les garnisons bourguignonnes, alliées

aux Anglais, occupaient plusieurs places fortes du Midi et de la

vallée du Rhône. Dès 1419, le dauphin Charles demande à emprunter aux

États du Venaissin 6,000 florins d'or[152] et à faire entretenir

pendant quatre mois par les États 1,000 hommes d'armes, les engageant,

de plus, à se liguer avec lui. L'année suivante (1420), Charles

informe le recteur qu'il se dispose à traverser le territoire

pontifical avec 10,000 hommes d'armes, et il l'invite à faire savoir

aux habitants qu'ils doivent prendre les mesures nécessaires pour

protéger leurs récoltes. Le pape Martin V, sur ces entrefaites, se

rapproche du dauphin et envoie à Lyon[153] Pierre d'Ailly, son légat,

qui a une entrevue avec le jeune prince. Ce rapprochement facilita la

tâche du dauphin en lui donnant l'aide des Avignonnais dans l'attaque

dirigée contre Pont-Saint-Esprit (1420). Charles est de passage à

Avignon le 15 avril (1420)[154]. C'est pendant son séjour qu'il

négocia le prêt de l'artillerie de la ville, qui fut conduite devant

Pont-Saint-Esprit[155]. Le 2 mai, le dauphin investit la place, qui

était défendue par une garnison bourguignonne alliée au prince

d'Orange. Après une résistance héroïque, la place fut emportée

d'assaut par les troupes royales qui se déshonorèrent par toutes

sortes d'excès (17 mai 1420)[156]. Le dauphin ne manqua, dans la

suite, aucune occasion de se montrer gardien fidèle des traditions de

la royauté. Une fois sur le trône, il ne se départit jamais de ces

sentiments, n'oubliant point que les rois, ses prédécesseurs, avaient

été appelés «à leur grant gloire et louenge roys tres chrestiens,

vrays champions et principaux deffenseurs de nostre saincte foy

catholique[157]». Ces dispositions, il les montra, on peut le dire,

d'une façon toute particulière dans ses rapports avec les sujets de

l'Église, notamment avec les Avignonnais et les gens du Comté. Dès son

avènement, ayant été informé par les syndics et le conseil de la ville

d'Avignon que quelques seigneurs, dont les châteaux se trouvaient

placés près de la frontière des domaines de l'Église, sous prétexte de

vider les différends qui existaient entre eux, appelaient sous leur

bannière bon nombre de gens d'armes originaires du Dauphiné, qui

commettaient toutes sortes de ravages sur les terres et possessions

de l'Église, le roi mu par cette considération «en faveur d'icelluy

nostre sainct père et ses dits subgectz et mesmement ceulx de la dicte

ville d'Avignon et du dit Comté que tous jours en tous nos affaires

avons trouvez pretz et bien enclinz à faire et donner tant à nouz que

aux nostres toute faveur, ayde et confort à eulx possible toutes fois

que requiz en ont esté», ordonne à tous les gens d'armes qui avaient

quitté la province du Dauphiné de rentrer incontinent dans leurs

foyers «s'en retournant en leurs hostelz et maizons et ès lieux dont

partyz sont pour estre pretz de venir à nous, sur ce à rencontre de

nos diz ennemys, toutefoiz que les manderons[158]».

[151] _Reg. des délibér. des États_, fol. 219, vo.

[152] _Id._, fol. 218.

[153] De Beaucourt, _loc. cit._, I, p. 329. Pierre d'Ailly,

contrairement à ce que dit M. de Beaucourt, ne fut jamais légat à

Avignon. Il était légat en France.

[154] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1059, not. 4.--Chambaud, _Rec. sur

Avignon_, mss., t. I, fol. 160.

[155] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1059.

[156] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1060.

[157] De Beaucourt, _op. cit._, I, p. 370. Ces expressions sont

d'Isabeau de Bavière. _Rec. des Ordonnances_, X, p. 437.

Louis XI et Les États Pontificaux de France au XVe siècle · 第 3 / 19 段