78, 80 et suiv.--Cf. Froissart, _Chroniques_, édit. Kervyn de
Lettenhove, XVI, pp. 116, 132.--Baluze, II, 1123, 1124.--Anselme,
_Hist. généalog._, VI, p. 754.
[64] Arch. municip., série E.E. (liasse non classée).
[65] Fornéry, _Hist. ecclés._, fol. 558, 559.
[66] Bridoré près Loches. Arch. départ., série E.E. (liasse non
classée).
[67] Arch. départ., série E.E. Ces diverses lettres ne portent
pas de date, mais sont toutes postérieures à 1400, 1401.
Il résulte de l'existence de cette correspondance que Geoffroy le
Meingre, appelé dans le midi par son frère aîné, le maréchal, après
son mariage avec la fille de Raymond de Turenne, en 1393[68], avait
pris possession du château de Boulbon[69] où il commandait quand les
envoyés des cardinaux et des Avignonnais vinrent le prier (septembre
1398) de prendre la direction des opérations militaires contre le
palais occupé par Benoît XIII[70]. En outre, les lettres datées de
_Bridoré_ en Touraine, dont Geoffroy le Meingre était seul seigneur, à
l'adresse des Avignonnais, sont une preuve que des rapports intéressés
rattachaient longtemps encore après le siège de 1398 la ville à son
ancien capitaine.
[68] On ne peut préciser la date de son arrivée en Provence, mais
ce fut sans doute peu de temps après le mariage de _Boucicaut
Jean_ avec Antoinette de Turenne, qui faisait du maréchal un des
plus riches feudataires du Midi (décembre 1393). Voy. Noël
Valois, _Raymond de Turenne et les Papes d'Avignon_, p. 24.
[69] Boucicaut, le maréchal, avait acheté le château de
Boulbon.--Noël Valois, _Raymond de Turenne et les Papes
d'Avignon_, p. 24.--L'acte du 7 juillet 1399 dit formellement que
Geoffroy le Meingre commande «in Castris de Bulbono, Aramono et
Valabrega». Bibl. de Carpentras, _Collect. Peiresc._, Reg. LXX,
3e vol. (fol. 230-257).
[70] Quod cardinales videntes dominum Johanem (pour Gaufridum)
dictum «le Meingre» fratrem Marescalli Franciæ Boussicaudi in
eorum evocaverunt auxilium. _Le Religieux_, II, p. 652, L. V, 19,
c. 8.--Cf. Ehrle, L. C, pp. 39, 40, 41.
Geoffroy le Meingre se rendit à l'appel des cardinaux et des
bourgeois d'Avignon avec une bande nombreuse de gens d'armes, parmi
lesquels, au dire de Froissart, aurait figuré Raymond de Turenne,
beau-frère du maréchal de Boucicaut[71]. Il dut y avoir entre le
conseil et le chef des aventuriers un traité passé avec promesse de
fortes sommes à payer, mais aucune trace n'existe de cet engagement
dans les archives communales. C'était donc à titre absolument privé,
et comme capitaine aux gages de la ville et des cardinaux que Geoffroy
le Meingre entreprit le siège du grand palais[72] en septembre 1398.
La Cour de France, dans ce premier siège, n'intervint d'aucune façon
en faveur des Avignonnais et des cardinaux insurgés. C'est là un point
très important à établir, et c'est un contre-sens historique de dire,
comme Jarry, que ce siège fut une honte pour la Couronne qui y resta
étrangère[73]. Une intervention armée, dirigée par le maréchal de
Boucicaut[74] en faveur des Avignonnais contre Benoît XIII n'eût pu se
faire qu'en vertu d'un ordre du roi; or, Charles VI déclare
publiquement en 1401 que jamais il n'a prescrit d'employer la
violence contre le pape[75] ni de le tenir emprisonné. Toute mesure de
ce genre eût certainement été désavouée par le duc d'Orléans. Nous
avons, au surplus, une preuve indiscutable de la neutralité de la Cour
de France durant la lutte engagée, dans un document inédit rapporté
par Peiresc[76]. Le 19 janvier 1399, Pierre de Luna, neveu de Benoît
XIII, capitaine général des galères et des barques du roi d'Aragon,
s'engage par devant les délégués du conseil et de la ville d'Arles, à
ne faire aucun dommage aux terres de Louis, roi de Sicile, ni aux
sujets du roi de France[77]. Le même document désigne comme ennemis du
pape ce «_cives et habitatores Avenionenses_». Cet acte indique donc
d'une façon bien formelle que le roi de France n'a accordé aucun
secours aux adversaires de Benoît XIII, et que les assiégeants ne
comptent dans leurs rangs que des mercenaires aux gages de la ville.
[71] Qui cito mandato parens et multos stipendiarios francigenas
secum ducens, palacium obsidione cingere maturavit.--_Religieux_,
II, p. 652, V, 19, c. 8.--Froissart, XVI, p. 126.--Noël Valois,
L. C, p. 36.
[72] Le maître des ports et un certain «Ricardus miles»,
compagnon de Boucicaut, sont à la solde de la ville et des
cardinaux. Voy. Ehrle, p. 45.--_Amplissima collectio_, VII, 650,
651.
[73] Jarry, _op. cit._, p. 222.
[74] La présence du maréchal de Boucicaut à Avignon en
_1398-1399_, pendant la durée du siège, est démontrée impossible
par un document produit par Jarry, p. 218, et pièc. justific., le
maréchal étant, jusqu'au mois de juillet 1399, occupé par une
expédition militaire en Guyenne.--Voy. Jarry, _op. cit._, p.
219.--Delaville le Roux, _op. cit._, p. 357.--_Religieux_, II,
644, 646.--_Livre des faits du maréchal de Boucicaut_, collection
Petitot, VI, 476, c. 29.
[75] Nunquam Benedictum ordinavimus neque mandavimus in carcere
quocumque retrudi, includi nec aliquali strictâ custodiâ
coarctari neque contra eum guerram fieri. Voy. Douet d'Arcq, I,
203.--Ehrle, p. 48, not. 1.
[76] Bibl. Carpentras, collect. Peiresc, mss., vol. LXXIV, fol.
417, 443. _Catalog. des mss._, III, p. 28, fol. 417, 443.
[77] Dom Pedro de Luna était neveu de Benoît XIII. Il fut
archevêque de Tolède de _1404 à 1414_. Arch. des miss, scientif.,
série III, vol. XV, p. 6. «In præsentia legatorum a consilio
Civitatis Arelatensis missorum, Petrus de Luna, generalis
capitaneus gallearum, galeotarum et barcharum Armatarum regis
aragonensis, nunc in flumine Rhodano et portu dictæ urbis
existentium, declarat non intentionis suæ inferre damnun vel
oppressionem aliquam vassalis nec terræ Ludovici, Siciliæ Regis,
nec subditis Regis Franciæ. In Castro Trencatalliarum, die 19
Januarii 1399. Scilicet quod cum non multis retro lapsis
temporibus ad audientiam ejus pervenerit quod Dominus noster
Benedictus christianissimus sacro sanctæ Romanæ ac totius
universitatis Ecclesiæ summus pontifex tam diù et tam ignominiose
in opprobrium christianitatis per _cives_ et _habitatores
Avenionenses_ tractatus fuerit.» Mss. (fol. 418 et vo.). (Collect.
Peiresc, LXXIV, fol. 417, 418 et vo.).
Le siège fut vigoureusement mené. Dans un assaut donné au palais le 28
septembre 1398, le pape fut frappé à la main, et le cardinal de
Neufchateau, qui commandait les assaillants, reçut une blessure grave
à laquelle il succomba quelques jours après. Le 22 octobre[78],
Geoffroy le Meingre fit prisonniers deux cardinaux, Martin Salva et le
cardinal de Saint-Adrien, Louis Fieschi, que l'on enferma au château
de Boulbon. Un peu plus tard, les deux captifs se rachetèrent en
payant une rançon de 18,000 francs à Boucicaut, mais il leur fut
interdit de rentrer dans le palais. Le 26 octobre, une tentative pour
pénétrer dans le palais par les cuisines tourna à la déroute des
assiégeants.
[78] _Le Religieux_, II, pp. 656 et suiv.--_L'Hercule Gaulois
triomphant_ donne un curieux récit du siège, pp. 79, 80,
81.--_Mémoires de Martin Boysset_.--_Recueil Massilian_, mss.
(extraits).--Ehrle, _loc. cit._, pp. 42, 43 et suiv.
Au milieu de ces événements militaires, les cardinaux, plus obstinés
que jamais dans la défense de leur cause, envoyaient à Paris trois
d'entre eux, les cardinaux de Préneste (Guy de Malesset), de Thury et
Amédée de Saluces, à la Cour de France (décembre 1398) pour demander à
Charles VI d'envoyer des ambassadeurs aux souverains qui n'avaient pas
encore fait acte d'adhésion à la soustraction d'obédience. On les voit
figurer, le 3 janvier 1399, «à l'Hostel d'Artoys[79]» où ils dînent en
compagnie de Philippe de Bourgogne, et, quelques jours après, le 9
février, à l'hôtel du cardinal de Bohême, avec les ducs de Berry et de
Bourgogne[80]. C'est à la même date que Martin V appuyait, par renvoi
d'une flotte commandée par Pierre de Luna, les revendications de ses
ambassadeurs, à Avignon d'abord, et auprès de Charles VI ensuite[81].
Le roi de France ayant adhéré aux propositions du roi d'Aragon, et
pressé de mettre un terme aux désordres dont Avignon était le théâtre,
envoya dans cette ville Gilles Deschamps et Guillaume de Tignonville
pour soumettre à Benoît XIII les propositions arrêtées avec Martin
V[82]. Benoît XIII accepta, le 10 avril 1399, les propositions des
deux souverains; mais, ayant avec quelque raison peu confiance dans
les cardinaux, il refusa de se laisser garder par eux et demanda à
être placé sous la sauvegarde royale[83]. Le 14 avril 1399[84], la
ville d'Avignon s'engage à respecter la protection accordée par
Charles VI à Benoît XIII et aux guerriers et compagnons qu'il a avec
lui dans son palais. Les cardinaux firent la même promesse et tous les
serviteurs attachés à la personne de Benoît XIII s'engagèrent, les 29
avril, 4 et 20 mai, par serment, à ne pas laisser s'échapper le
pape[85]. Une proposition qui fut faite de confier la surveillance de
la personne du souverain pontife à François de Conzié, au sénéchal de
Beaucaire et au sire de la Voulte fui rejetée. Benoît XIII demanda à
être gardé par le duc d'Orléans, mais ce dernier ne pouvant venir à
Avignon, Charles VI, par lettres patentes du 1er août 1400[86], donna
pleins pouvoirs à cet effet à son frère, qui envoya à Avignon deux de
ses familiers, Robert ou Robinet de Braquemont[87] et Guillaume de
Médulion. Les frais de surveillance et la solde des gens d'armes
devaient être à la charge du pape[88]. D'autre part, le roi confia la
garde des Avignonnais et des habitants à son frère, le duc de Berry.
Benoît XIII approuva ces conditions. Profitant de cette trêve, Charles
VI ne laisse pas de poursuivre activement la paix et l'union de
l'Église. Les ambassadeurs envoyés au delà du Rhin[89], auprès des
électeurs, n'avaient rapporté que des promesses vagues, aucun d'eux
n'ayant voulu donner une réponse ferme sans l'avis des autres princes
allemands qui devaient se réunir à Cologne, le jour de la
Purification[90], pour couronner le duc Robert de Bavière que les
électeurs avaient nommé empereur, le 21 août 1400, à la place de
l'insouciant Wenceslas. Charles VI met les Cardinaux et les syndics
d'Avignon au courant de ses négociations avec les princes allemands et
les autres souverains, et il les engage à envoyer des délégués qui
devront se réunir «avecques ceulx qui seront ordonnez de par nouz et
de par les autres roys et primpces qui ont obéi à _Clément_ et à
_Benedic,_ pour traicter et délibérer d'un commun accord la paix et
l'union de l'Église à la feste de Saint Jehan-Baptiste à Mez ou à
Strasbourt». «Et pour ce que nous avons bonne espérance que par le
plaisir de Dieu à icelle journée se prendra une bonne conclusion sur
le dict faict. Nous vous faisons savoir ces choses et vous prions que
veullez envoyer à la dicte journée». En réponse à cette missive, les
Avignonnais écrivirent à Charles VI, le même mois de février 1400,
pour l'assurer de leur dévouement et de leur ferme intention de hâter,
en ce qu'il leur serait possible, la paix et l'union de l'Église[91].
Le roi leur fait savoir, dans un nouveau message, qu'il a été très
satisfait de leur lettre et de leur attitude: «avons veu la bonne et
ferme constance et volonté que vous avez eue et avez et aures, si Dieu
plaist, de persévérer et demourer avec nous en la substraction faite
pour si très grant et meure deliberacion, comme vous scavez à
Benedict, dernier esleu en Pappe...». Charles VI informe les
Avignonnais qu'il compte sur une fin prochaine du schisme, et il les
engage à persévérer dans leur attitude: «Et saches de certain que vous
estant et persévérant en ce saint propos en quel vous estes et serez,
se Dieu plaist, comme vous et vrais catholicz. Nous de tout nostre
povoir vous sustendronz.» Il les avertit en même temps que Benoît XIII
a fait courir le bruit en Languedoc que bientôt l'obédience allait lui
être rendue, ce qui est faux, car «avons toujours esté et sommes et
serons au plésir et ayde de nostre seigneur contenz et fermes au faict
de la dite substraction jusques à ce que Nostre Seigneur nous ail
donné paix et union en sa Saincte Église.»
[79] Collect. des Docum. inédits, _Itin. de Philippe le Hardy_,
p. 283.--Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., fol. 641.
[80] _Religieux_, II, pp. 676, 680.
[81] Jarry, _op. cit._, p. 233.--Collect. Peiresc., mss. LXXIV,
417, 443.
[82] _Amplissima collectio_, VII, 637, 638.--Ehrle, _op. cit._,
p. 49.--Jarry, _op. cit._, Addit. et correct., p. 364.
[83] _Amplissima collectio_, VII, 626, 641, 647.
[84] Massilian, mss., _Recueil des Chartes_, vol. XXI, fol. 341.
[85] _Amplissima collectio_, VII, 644, 647, 650, 653, 656.
[86] Douet d'Arcq, I, p. 203.
[87] Ehrle, p. 48. Pour Robert de Braquemont, voy. Anselme, VII,
pp. 816, 817.--Cf. Delaville le Roux, _loc. cit._, p. 362, not.
2.
[88] _Amplissima collectio_, VII, 661, 666.--D'après les Arch.
nation., (K. 55, 10), la sauvegarde royale fut octroyée à Benoît
XIII, le 18 octobre 1400.
[89] Jarry, p. 255.--Moranvillé, _Relat. de Charles VI arec
l'Allemagne en 1400_.--Bibl. de l'École des Chartes, XLVII.
[90] _Lettre origin. de Charles VI aux sindics d'Avignon_, 1er
février 1400. Arch. municip., B. 37, no 69, Cott., XXX.
[91] _Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon_, 22 avril 1401.
Copie d'après Fornéry, _Hist. éccles._, fol 417, 418 et vo.
Suivant sa promesse contenue dans sa lettre du 22 avril 1401, Charles
VI fit savoir par lettres patentes du 7 juin 1401 au sire de Grignan,
au seigneur de Sault, au sire de Lagarde, qu'il prenait sous sa
protection les terres de l'Église et les habitants, et qu'il leur
était interdit d'y faire aucun dommage: «Nous vous sinifions qu'il
nous desplairoit très grandement que les dits cardinaux, la dite
Église de Rome et leurs sujets fussent grevés ne oppressez par aulcun,
et vous deffendons expressément que vous ne les greviez, dommagiez ne
molestez, ne faictes ne soufrez grever, dommagier ne molester en
quelconque manière que ce soit ne a quelconque personne qui ce voulsit
faire ne donner conseil, confort, faveur ni aides, sachant que si
faictez le contraire, il vous en desplaira très fortement et vous en
fairons pugnir tellement que ce sera exemple aux aultres[92]». La
lettre par laquelle Chartes VI accordait sa protection officielle aux
États du Saint-Siège fut communiquée _in-extenso_ aux syndics de
Carpentras par _Jean Alzérino_, recteur du Venaissin[93], et par les
cardinaux de Saluces et de Thury[94].
[92] Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., copie, fol. 416, vo., et 417.
[93] Id., _id._, mss., 27 juin 1401, fol. 414, vo., et 415.
[94] Id., _id._, mss., 28 juin 1401, fol. 415, 416;--mss. de
Carpentras, fol. 374.
Mais au moment où Charles VI se prononçait auprès des Avignonnais
d'une façon si ferme pour le maintien de la soustraction d'obédience,
un mouvement d'opinion en sens contraire se dessinait, à la tête
duquel était le duc d'Orléans[95]. Toutefois, tant que Benoît XIII
serait captif, il était difficile de lui rendre l'obédience, alors
surtout qu'on l'avait dépouillé de sa bulle papale. Le duc d'Orléans
trouva une solution qui tira d'embarras les cardinaux, les Avignonnais
et le pape lui-même. Grâce à la complicité de Robert de Braquemont,
agent du duc[96], Benoît XIII sortit du grand palais où il était
retenu prisonnier depuis quatre ans et six mois, _le 12 mars 1403_, et
gagna la Durance qu'il traversa au lever du jour sur une barque, pour
atterrir au bourg de Château-Renard en Provence, mais dépendant du
diocèse d'Avignon. Cette fuite inattendue produisit parmi les
cardinaux et les Avignonnais une légitime appréhension. Mais Benoît
XIII avait autant d'intérêt que ses ennemis à faire la paix, étant à
bout de ressources et ayant besoin de l'aide de ses sujets. Le 29 mars
1403[97], un traité fut passé à Château-Renard, comprenant un grand
nombre d'articles dont l'énumération est en dehors du point spécial
que nous étudions. Benoît XIII pardonnait aux cardinaux et aux
Avignonnais, et s'engageait à réunir un concile dès que l'obédience
lui serait rendue[98]. Deux cardinaux devaient se transporter à Paris
pour obtenir de Charles VI et des princes la reconnaissance des
articles stipulés dans le traité de Château-Renard, pour le bien de
l'Église et la paix du pays. Benoît XIII, en diplomate consommé,
ramenait à son parti les Avignonnais, et le conseil de ville lui
rendit hommage de fidélité le 10 avril 1403[99]. Quant aux cardinaux,
ils déléguèrent ceux de Préneste et de Saluces, qui arrivèrent à
Paris, le 3 juin 1403, pour demander au roi et à l'assemblée des
prélats «la restitution d'obédience». Pendant ce temps, Benoît XIII,
après avoir séjourné au château du Pont de Sorgues, entrait à
Carpentras le 5 mai 1403[100], et y demeurait jusqu'au 26 juin, époque
où il s'installa provisoirement au Pont de Sorgues, en attendant le
retour des cardinaux envoyés à la Cour. A Paris, deux partis étaient
en présence. Les ducs de Berry, de Bourgogne, le cardinal de Thury et
l'Université étaient pour le maintien de la soustraction[101]. Au
contraire, le duc d'Orléans, les Universités d'Angers, de Montpellier
et de Toulouse étaient pour la restitution d'obédience. Le défenseur
le plus éloquent de ce parti était _Pierre d'Ailly_[102], qui
soutenait contre l'Université de Paris qu'on ne peut se soustraire à
l'obédience du pape, fût-il lui-même suspect d'hérésie[103]. Quant à
l'idée de la convocation d'un concile général, elle avait beaucoup de
partisans, parmi lesquels Jean Gerson, qui prétendait que c'était le
meilleur moyen d'arriver à l'extinction du schisme. Le parti de la
restitution d'obédience, qui avait déjà préparé les éléments de la
réconciliation de Benoît XIII avec la maison de France par
l'ordonnance du 9 juin 1403[104], l'emporta auprès de Charles VI, et
l'obédience fut rendue à Benoît XIII, le 30 juillet 1403[105]. Les
cardinaux, revenus de Paris, avaient devancé l'acte royal en rentrant
dans l'obédience du pape, le 19 juillet précédent.
[95] Jarry, _loc. cit._, p. 282.
[96] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 80.--Laurens Drapier,
Ann. mss. d'Avignon, fol. 209.--_Le Religieux_, III, p. 70.--Du
Boullay, V, p. 70.--Ehrle, _op. cit._, p. 63.
[97] Ehrle, _op. cit._, pp. 70 et suiv.
[98] _Chroniq. de Charles VI, Le Religieux_, I, 24, c. 8; III,
100.--_L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81.
[99] Arch. municip., B. 32, no 32, Cott. O.O. et B. 33.
[100] De Terris, _Hist. des évêques de Carpentras_, p.
188.--Benoît XIII resta administrateur de l'évêché de Carpentras
jusqu'en 1411.
[101] Du Boullay, V, p. 56.--Jarry, p. 283.
[102] Pastor, _Hist. de la Papauté_, trad. franç., I, p. 196.
[103] Pastor, _id._, I, p. 195.
[104] _Recueil des Ordonnances_, VIII, p. 14.
[105] _Le Religieux_, III, pp. 86, 98.--_Ordonn. des Rois de
France_, VIII, p. 596.--Du Boullay, V, p. 611.
Quant à Benoît XIII, «_après avoir tracassé un peu à Tarascon et en
Provence_»[106], il se fixa vers la fin de l'été à Salon. C'est là que
Jean Mercier, ambassadeur du duc d'Orléans, vint le trouver le 13
octobre 1403[107], mais la peste ne tarda pas à l'obliger à changer de
résidence, et Benoît XIII se réfugia dans l'abbaye de Saint-Victor de
Marseille (novembre 1403).
[106] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81.
[107] Collect. des Documents inédits, _Itin. de Philippe le
Hardy_, p. 567.
Ainsi se termine cette première phase de la lutte engagée entre Benoît
XIII et ses adversaires, les Avignonnais et les cardinaux. Pendant
cette période, la Cour de France, opposée aux mesures de rigueur,
avait autant que possible cherché à ménager les uns et les autres, et
sans vouloir prêter aucun appui matériel aux partis en présence, par
déférence pour la personne du pape, qui était directement en cause.
Mais dans la seconde phase (1410-1411), ce n'est pas Benoît XIII, mais
ses parents et ses partisans qui soutiennent dans les terres de
l'Église, les armes à la main, les droits du souverain pontife. C'est
presque une guerre étrangère en plein royaume de France, et c'est ce
qui explique l'intervention militaire de Charles VI en faveur des
Avignonnais et des Comtadins contre les troupes catalanes de
l'anti-pape.
De Marseille, Benoît XIII s'empresse de désavouer les lettres
qu'il avait pu écrire contre la voie de cession et s'engage, sur
la demande du due d'Orléans, à exécuter les clauses du traité de
Château-Renard[108]. Il se rapproche de plus en plus de la Cour de
France, au point que le bruit se répand que Benoît XIII va être
conduit à Rome sous l'escorte de Boucicaut, alors gouverneur de Gênes
pour Charles VI, et solennellement couronné (1404-1405)[109].
Personnellement, Benoît XIII avait la ferme intention de se rendre à
Savone ou à Gênes pour avoir une entrevue avec Grégoire XII, son
rival, le pape de Rome[110]. En 1405, il envoyait aux États du Comtat
une ambassade pour demander le vote de subsides afin de lui permettre
d'entreprendre ce voyage «pour l'union de l'Église[111]». En 1406, une
nouvelle ambassade arrivait de Savone, faisant un pressant appel
d'argent au pays pour que Benoît XIII pût aller plus loin, toujours
dans l'intérêt de l'Église[112]. Mais, soit mauvaise volonté, soit
pénurie d'argent, les États ne répondirent pas aux instances réitérées
de leur suzerain. Du reste, ce projet d'entrevue entre les deux
pontifes rivaux qui était bien accueilli, car on y voyait une
intention réciproque de terminer le schisme, n'aboutit pas. Grégoire
XII refusa de se rendre à Savone, où Benoît XIII se trouva seul
(novembre 1407)[113]. Du même coup, le projet prêté à la Cour de
France de faire couronner Benoît XIII à Rome fut définitivement
abandonné à la mort de Louis d'Orléans, qui en était le partisan (23
novembre 1407)[114].
[108] Jarry, _op. cit._, pièces justific. XXIII et XXIV, pp. 444,
445, 428.
[109] _Id._, pp. 294, 338.
[110] Martène et Durand, _Thesaurus novus_, Anecdot. II, col.
1389.--Pastor, _Hist. de la Papauté_, trad. franç., I, pp. 185,
186.
[111] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310.
[112] Voy. chap. Ier, pp. 16, 17.
[113] Pastor, _op. cit._, I, p. 186.
[114] Jarry, _op. cit._, pp. 351, 352.