[63] Ehrle, _Aus den Acten des Afterconcils von Perpignan_, pp.

78, 80 et suiv.--Cf. Froissart, _Chroniques_, édit. Kervyn de

Lettenhove, XVI, pp. 116, 132.--Baluze, II, 1123, 1124.--Anselme,

_Hist. généalog._, VI, p. 754.

[64] Arch. municip., série E.E. (liasse non classée).

[65] Fornéry, _Hist. ecclés._, fol. 558, 559.

[66] Bridoré près Loches. Arch. départ., série E.E. (liasse non

classée).

[67] Arch. départ., série E.E. Ces diverses lettres ne portent

pas de date, mais sont toutes postérieures à 1400, 1401.

Il résulte de l'existence de cette correspondance que Geoffroy le

Meingre, appelé dans le midi par son frère aîné, le maréchal, après

son mariage avec la fille de Raymond de Turenne, en 1393[68], avait

pris possession du château de Boulbon[69] où il commandait quand les

envoyés des cardinaux et des Avignonnais vinrent le prier (septembre

1398) de prendre la direction des opérations militaires contre le

palais occupé par Benoît XIII[70]. En outre, les lettres datées de

_Bridoré_ en Touraine, dont Geoffroy le Meingre était seul seigneur, à

l'adresse des Avignonnais, sont une preuve que des rapports intéressés

rattachaient longtemps encore après le siège de 1398 la ville à son

ancien capitaine.

[68] On ne peut préciser la date de son arrivée en Provence, mais

ce fut sans doute peu de temps après le mariage de _Boucicaut

Jean_ avec Antoinette de Turenne, qui faisait du maréchal un des

plus riches feudataires du Midi (décembre 1393). Voy. Noël

Valois, _Raymond de Turenne et les Papes d'Avignon_, p. 24.

[69] Boucicaut, le maréchal, avait acheté le château de

Boulbon.--Noël Valois, _Raymond de Turenne et les Papes

d'Avignon_, p. 24.--L'acte du 7 juillet 1399 dit formellement que

Geoffroy le Meingre commande «in Castris de Bulbono, Aramono et

Valabrega». Bibl. de Carpentras, _Collect. Peiresc._, Reg. LXX,

3e vol. (fol. 230-257).

[70] Quod cardinales videntes dominum Johanem (pour Gaufridum)

dictum «le Meingre» fratrem Marescalli Franciæ Boussicaudi in

eorum evocaverunt auxilium. _Le Religieux_, II, p. 652, L. V, 19,

c. 8.--Cf. Ehrle, L. C, pp. 39, 40, 41.

Geoffroy le Meingre se rendit à l'appel des cardinaux et des

bourgeois d'Avignon avec une bande nombreuse de gens d'armes, parmi

lesquels, au dire de Froissart, aurait figuré Raymond de Turenne,

beau-frère du maréchal de Boucicaut[71]. Il dut y avoir entre le

conseil et le chef des aventuriers un traité passé avec promesse de

fortes sommes à payer, mais aucune trace n'existe de cet engagement

dans les archives communales. C'était donc à titre absolument privé,

et comme capitaine aux gages de la ville et des cardinaux que Geoffroy

le Meingre entreprit le siège du grand palais[72] en septembre 1398.

La Cour de France, dans ce premier siège, n'intervint d'aucune façon

en faveur des Avignonnais et des cardinaux insurgés. C'est là un point

très important à établir, et c'est un contre-sens historique de dire,

comme Jarry, que ce siège fut une honte pour la Couronne qui y resta

étrangère[73]. Une intervention armée, dirigée par le maréchal de

Boucicaut[74] en faveur des Avignonnais contre Benoît XIII n'eût pu se

faire qu'en vertu d'un ordre du roi; or, Charles VI déclare

publiquement en 1401 que jamais il n'a prescrit d'employer la

violence contre le pape[75] ni de le tenir emprisonné. Toute mesure de

ce genre eût certainement été désavouée par le duc d'Orléans. Nous

avons, au surplus, une preuve indiscutable de la neutralité de la Cour

de France durant la lutte engagée, dans un document inédit rapporté

par Peiresc[76]. Le 19 janvier 1399, Pierre de Luna, neveu de Benoît

XIII, capitaine général des galères et des barques du roi d'Aragon,

s'engage par devant les délégués du conseil et de la ville d'Arles, à

ne faire aucun dommage aux terres de Louis, roi de Sicile, ni aux

sujets du roi de France[77]. Le même document désigne comme ennemis du

pape ce «_cives et habitatores Avenionenses_». Cet acte indique donc

d'une façon bien formelle que le roi de France n'a accordé aucun

secours aux adversaires de Benoît XIII, et que les assiégeants ne

comptent dans leurs rangs que des mercenaires aux gages de la ville.

[71] Qui cito mandato parens et multos stipendiarios francigenas

secum ducens, palacium obsidione cingere maturavit.--_Religieux_,

II, p. 652, V, 19, c. 8.--Froissart, XVI, p. 126.--Noël Valois,

L. C, p. 36.

[72] Le maître des ports et un certain «Ricardus miles»,

compagnon de Boucicaut, sont à la solde de la ville et des

cardinaux. Voy. Ehrle, p. 45.--_Amplissima collectio_, VII, 650,

651.

[73] Jarry, _op. cit._, p. 222.

[74] La présence du maréchal de Boucicaut à Avignon en

_1398-1399_, pendant la durée du siège, est démontrée impossible

par un document produit par Jarry, p. 218, et pièc. justific., le

maréchal étant, jusqu'au mois de juillet 1399, occupé par une

expédition militaire en Guyenne.--Voy. Jarry, _op. cit._, p.

219.--Delaville le Roux, _op. cit._, p. 357.--_Religieux_, II,

644, 646.--_Livre des faits du maréchal de Boucicaut_, collection

Petitot, VI, 476, c. 29.

[75] Nunquam Benedictum ordinavimus neque mandavimus in carcere

quocumque retrudi, includi nec aliquali strictâ custodiâ

coarctari neque contra eum guerram fieri. Voy. Douet d'Arcq, I,

203.--Ehrle, p. 48, not. 1.

[76] Bibl. Carpentras, collect. Peiresc, mss., vol. LXXIV, fol.

417, 443. _Catalog. des mss._, III, p. 28, fol. 417, 443.

[77] Dom Pedro de Luna était neveu de Benoît XIII. Il fut

archevêque de Tolède de _1404 à 1414_. Arch. des miss, scientif.,

série III, vol. XV, p. 6. «In præsentia legatorum a consilio

Civitatis Arelatensis missorum, Petrus de Luna, generalis

capitaneus gallearum, galeotarum et barcharum Armatarum regis

aragonensis, nunc in flumine Rhodano et portu dictæ urbis

existentium, declarat non intentionis suæ inferre damnun vel

oppressionem aliquam vassalis nec terræ Ludovici, Siciliæ Regis,

nec subditis Regis Franciæ. In Castro Trencatalliarum, die 19

Januarii 1399. Scilicet quod cum non multis retro lapsis

temporibus ad audientiam ejus pervenerit quod Dominus noster

Benedictus christianissimus sacro sanctæ Romanæ ac totius

universitatis Ecclesiæ summus pontifex tam diù et tam ignominiose

in opprobrium christianitatis per _cives_ et _habitatores

Avenionenses_ tractatus fuerit.» Mss. (fol. 418 et vo.). (Collect.

Peiresc, LXXIV, fol. 417, 418 et vo.).

Le siège fut vigoureusement mené. Dans un assaut donné au palais le 28

septembre 1398, le pape fut frappé à la main, et le cardinal de

Neufchateau, qui commandait les assaillants, reçut une blessure grave

à laquelle il succomba quelques jours après. Le 22 octobre[78],

Geoffroy le Meingre fit prisonniers deux cardinaux, Martin Salva et le

cardinal de Saint-Adrien, Louis Fieschi, que l'on enferma au château

de Boulbon. Un peu plus tard, les deux captifs se rachetèrent en

payant une rançon de 18,000 francs à Boucicaut, mais il leur fut

interdit de rentrer dans le palais. Le 26 octobre, une tentative pour

pénétrer dans le palais par les cuisines tourna à la déroute des

assiégeants.

[78] _Le Religieux_, II, pp. 656 et suiv.--_L'Hercule Gaulois

triomphant_ donne un curieux récit du siège, pp. 79, 80,

81.--_Mémoires de Martin Boysset_.--_Recueil Massilian_, mss.

(extraits).--Ehrle, _loc. cit._, pp. 42, 43 et suiv.

Au milieu de ces événements militaires, les cardinaux, plus obstinés

que jamais dans la défense de leur cause, envoyaient à Paris trois

d'entre eux, les cardinaux de Préneste (Guy de Malesset), de Thury et

Amédée de Saluces, à la Cour de France (décembre 1398) pour demander à

Charles VI d'envoyer des ambassadeurs aux souverains qui n'avaient pas

encore fait acte d'adhésion à la soustraction d'obédience. On les voit

figurer, le 3 janvier 1399, «à l'Hostel d'Artoys[79]» où ils dînent en

compagnie de Philippe de Bourgogne, et, quelques jours après, le 9

février, à l'hôtel du cardinal de Bohême, avec les ducs de Berry et de

Bourgogne[80]. C'est à la même date que Martin V appuyait, par renvoi

d'une flotte commandée par Pierre de Luna, les revendications de ses

ambassadeurs, à Avignon d'abord, et auprès de Charles VI ensuite[81].

Le roi de France ayant adhéré aux propositions du roi d'Aragon, et

pressé de mettre un terme aux désordres dont Avignon était le théâtre,

envoya dans cette ville Gilles Deschamps et Guillaume de Tignonville

pour soumettre à Benoît XIII les propositions arrêtées avec Martin

V[82]. Benoît XIII accepta, le 10 avril 1399, les propositions des

deux souverains; mais, ayant avec quelque raison peu confiance dans

les cardinaux, il refusa de se laisser garder par eux et demanda à

être placé sous la sauvegarde royale[83]. Le 14 avril 1399[84], la

ville d'Avignon s'engage à respecter la protection accordée par

Charles VI à Benoît XIII et aux guerriers et compagnons qu'il a avec

lui dans son palais. Les cardinaux firent la même promesse et tous les

serviteurs attachés à la personne de Benoît XIII s'engagèrent, les 29

avril, 4 et 20 mai, par serment, à ne pas laisser s'échapper le

pape[85]. Une proposition qui fut faite de confier la surveillance de

la personne du souverain pontife à François de Conzié, au sénéchal de

Beaucaire et au sire de la Voulte fui rejetée. Benoît XIII demanda à

être gardé par le duc d'Orléans, mais ce dernier ne pouvant venir à

Avignon, Charles VI, par lettres patentes du 1er août 1400[86], donna

pleins pouvoirs à cet effet à son frère, qui envoya à Avignon deux de

ses familiers, Robert ou Robinet de Braquemont[87] et Guillaume de

Médulion. Les frais de surveillance et la solde des gens d'armes

devaient être à la charge du pape[88]. D'autre part, le roi confia la

garde des Avignonnais et des habitants à son frère, le duc de Berry.

Benoît XIII approuva ces conditions. Profitant de cette trêve, Charles

VI ne laisse pas de poursuivre activement la paix et l'union de

l'Église. Les ambassadeurs envoyés au delà du Rhin[89], auprès des

électeurs, n'avaient rapporté que des promesses vagues, aucun d'eux

n'ayant voulu donner une réponse ferme sans l'avis des autres princes

allemands qui devaient se réunir à Cologne, le jour de la

Purification[90], pour couronner le duc Robert de Bavière que les

électeurs avaient nommé empereur, le 21 août 1400, à la place de

l'insouciant Wenceslas. Charles VI met les Cardinaux et les syndics

d'Avignon au courant de ses négociations avec les princes allemands et

les autres souverains, et il les engage à envoyer des délégués qui

devront se réunir «avecques ceulx qui seront ordonnez de par nouz et

de par les autres roys et primpces qui ont obéi à _Clément_ et à

_Benedic,_ pour traicter et délibérer d'un commun accord la paix et

l'union de l'Église à la feste de Saint Jehan-Baptiste à Mez ou à

Strasbourt». «Et pour ce que nous avons bonne espérance que par le

plaisir de Dieu à icelle journée se prendra une bonne conclusion sur

le dict faict. Nous vous faisons savoir ces choses et vous prions que

veullez envoyer à la dicte journée». En réponse à cette missive, les

Avignonnais écrivirent à Charles VI, le même mois de février 1400,

pour l'assurer de leur dévouement et de leur ferme intention de hâter,

en ce qu'il leur serait possible, la paix et l'union de l'Église[91].

Le roi leur fait savoir, dans un nouveau message, qu'il a été très

satisfait de leur lettre et de leur attitude: «avons veu la bonne et

ferme constance et volonté que vous avez eue et avez et aures, si Dieu

plaist, de persévérer et demourer avec nous en la substraction faite

pour si très grant et meure deliberacion, comme vous scavez à

Benedict, dernier esleu en Pappe...». Charles VI informe les

Avignonnais qu'il compte sur une fin prochaine du schisme, et il les

engage à persévérer dans leur attitude: «Et saches de certain que vous

estant et persévérant en ce saint propos en quel vous estes et serez,

se Dieu plaist, comme vous et vrais catholicz. Nous de tout nostre

povoir vous sustendronz.» Il les avertit en même temps que Benoît XIII

a fait courir le bruit en Languedoc que bientôt l'obédience allait lui

être rendue, ce qui est faux, car «avons toujours esté et sommes et

serons au plésir et ayde de nostre seigneur contenz et fermes au faict

de la dite substraction jusques à ce que Nostre Seigneur nous ail

donné paix et union en sa Saincte Église.»

[79] Collect. des Docum. inédits, _Itin. de Philippe le Hardy_,

p. 283.--Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., fol. 641.

[80] _Religieux_, II, pp. 676, 680.

[81] Jarry, _op. cit._, p. 233.--Collect. Peiresc., mss. LXXIV,

417, 443.

[82] _Amplissima collectio_, VII, 637, 638.--Ehrle, _op. cit._,

p. 49.--Jarry, _op. cit._, Addit. et correct., p. 364.

[83] _Amplissima collectio_, VII, 626, 641, 647.

[84] Massilian, mss., _Recueil des Chartes_, vol. XXI, fol. 341.

[85] _Amplissima collectio_, VII, 644, 647, 650, 653, 656.

[86] Douet d'Arcq, I, p. 203.

[87] Ehrle, p. 48. Pour Robert de Braquemont, voy. Anselme, VII,

pp. 816, 817.--Cf. Delaville le Roux, _loc. cit._, p. 362, not.

2.

[88] _Amplissima collectio_, VII, 661, 666.--D'après les Arch.

nation., (K. 55, 10), la sauvegarde royale fut octroyée à Benoît

XIII, le 18 octobre 1400.

[89] Jarry, p. 255.--Moranvillé, _Relat. de Charles VI arec

l'Allemagne en 1400_.--Bibl. de l'École des Chartes, XLVII.

[90] _Lettre origin. de Charles VI aux sindics d'Avignon_, 1er

février 1400. Arch. municip., B. 37, no 69, Cott., XXX.

[91] _Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon_, 22 avril 1401.

Copie d'après Fornéry, _Hist. éccles._, fol 417, 418 et vo.

Suivant sa promesse contenue dans sa lettre du 22 avril 1401, Charles

VI fit savoir par lettres patentes du 7 juin 1401 au sire de Grignan,

au seigneur de Sault, au sire de Lagarde, qu'il prenait sous sa

protection les terres de l'Église et les habitants, et qu'il leur

était interdit d'y faire aucun dommage: «Nous vous sinifions qu'il

nous desplairoit très grandement que les dits cardinaux, la dite

Église de Rome et leurs sujets fussent grevés ne oppressez par aulcun,

et vous deffendons expressément que vous ne les greviez, dommagiez ne

molestez, ne faictes ne soufrez grever, dommagier ne molester en

quelconque manière que ce soit ne a quelconque personne qui ce voulsit

faire ne donner conseil, confort, faveur ni aides, sachant que si

faictez le contraire, il vous en desplaira très fortement et vous en

fairons pugnir tellement que ce sera exemple aux aultres[92]». La

lettre par laquelle Chartes VI accordait sa protection officielle aux

États du Saint-Siège fut communiquée _in-extenso_ aux syndics de

Carpentras par _Jean Alzérino_, recteur du Venaissin[93], et par les

cardinaux de Saluces et de Thury[94].

[92] Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., copie, fol. 416, vo., et 417.

[93] Id., _id._, mss., 27 juin 1401, fol. 414, vo., et 415.

[94] Id., _id._, mss., 28 juin 1401, fol. 415, 416;--mss. de

Carpentras, fol. 374.

Mais au moment où Charles VI se prononçait auprès des Avignonnais

d'une façon si ferme pour le maintien de la soustraction d'obédience,

un mouvement d'opinion en sens contraire se dessinait, à la tête

duquel était le duc d'Orléans[95]. Toutefois, tant que Benoît XIII

serait captif, il était difficile de lui rendre l'obédience, alors

surtout qu'on l'avait dépouillé de sa bulle papale. Le duc d'Orléans

trouva une solution qui tira d'embarras les cardinaux, les Avignonnais

et le pape lui-même. Grâce à la complicité de Robert de Braquemont,

agent du duc[96], Benoît XIII sortit du grand palais où il était

retenu prisonnier depuis quatre ans et six mois, _le 12 mars 1403_, et

gagna la Durance qu'il traversa au lever du jour sur une barque, pour

atterrir au bourg de Château-Renard en Provence, mais dépendant du

diocèse d'Avignon. Cette fuite inattendue produisit parmi les

cardinaux et les Avignonnais une légitime appréhension. Mais Benoît

XIII avait autant d'intérêt que ses ennemis à faire la paix, étant à

bout de ressources et ayant besoin de l'aide de ses sujets. Le 29 mars

1403[97], un traité fut passé à Château-Renard, comprenant un grand

nombre d'articles dont l'énumération est en dehors du point spécial

que nous étudions. Benoît XIII pardonnait aux cardinaux et aux

Avignonnais, et s'engageait à réunir un concile dès que l'obédience

lui serait rendue[98]. Deux cardinaux devaient se transporter à Paris

pour obtenir de Charles VI et des princes la reconnaissance des

articles stipulés dans le traité de Château-Renard, pour le bien de

l'Église et la paix du pays. Benoît XIII, en diplomate consommé,

ramenait à son parti les Avignonnais, et le conseil de ville lui

rendit hommage de fidélité le 10 avril 1403[99]. Quant aux cardinaux,

ils déléguèrent ceux de Préneste et de Saluces, qui arrivèrent à

Paris, le 3 juin 1403, pour demander au roi et à l'assemblée des

prélats «la restitution d'obédience». Pendant ce temps, Benoît XIII,

après avoir séjourné au château du Pont de Sorgues, entrait à

Carpentras le 5 mai 1403[100], et y demeurait jusqu'au 26 juin, époque

où il s'installa provisoirement au Pont de Sorgues, en attendant le

retour des cardinaux envoyés à la Cour. A Paris, deux partis étaient

en présence. Les ducs de Berry, de Bourgogne, le cardinal de Thury et

l'Université étaient pour le maintien de la soustraction[101]. Au

contraire, le duc d'Orléans, les Universités d'Angers, de Montpellier

et de Toulouse étaient pour la restitution d'obédience. Le défenseur

le plus éloquent de ce parti était _Pierre d'Ailly_[102], qui

soutenait contre l'Université de Paris qu'on ne peut se soustraire à

l'obédience du pape, fût-il lui-même suspect d'hérésie[103]. Quant à

l'idée de la convocation d'un concile général, elle avait beaucoup de

partisans, parmi lesquels Jean Gerson, qui prétendait que c'était le

meilleur moyen d'arriver à l'extinction du schisme. Le parti de la

restitution d'obédience, qui avait déjà préparé les éléments de la

réconciliation de Benoît XIII avec la maison de France par

l'ordonnance du 9 juin 1403[104], l'emporta auprès de Charles VI, et

l'obédience fut rendue à Benoît XIII, le 30 juillet 1403[105]. Les

cardinaux, revenus de Paris, avaient devancé l'acte royal en rentrant

dans l'obédience du pape, le 19 juillet précédent.

[95] Jarry, _loc. cit._, p. 282.

[96] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 80.--Laurens Drapier,

Ann. mss. d'Avignon, fol. 209.--_Le Religieux_, III, p. 70.--Du

Boullay, V, p. 70.--Ehrle, _op. cit._, p. 63.

[97] Ehrle, _op. cit._, pp. 70 et suiv.

[98] _Chroniq. de Charles VI, Le Religieux_, I, 24, c. 8; III,

100.--_L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81.

[99] Arch. municip., B. 32, no 32, Cott. O.O. et B. 33.

[100] De Terris, _Hist. des évêques de Carpentras_, p.

188.--Benoît XIII resta administrateur de l'évêché de Carpentras

jusqu'en 1411.

[101] Du Boullay, V, p. 56.--Jarry, p. 283.

[102] Pastor, _Hist. de la Papauté_, trad. franç., I, p. 196.

[103] Pastor, _id._, I, p. 195.

[104] _Recueil des Ordonnances_, VIII, p. 14.

[105] _Le Religieux_, III, pp. 86, 98.--_Ordonn. des Rois de

France_, VIII, p. 596.--Du Boullay, V, p. 611.

Quant à Benoît XIII, «_après avoir tracassé un peu à Tarascon et en

Provence_»[106], il se fixa vers la fin de l'été à Salon. C'est là que

Jean Mercier, ambassadeur du duc d'Orléans, vint le trouver le 13

octobre 1403[107], mais la peste ne tarda pas à l'obliger à changer de

résidence, et Benoît XIII se réfugia dans l'abbaye de Saint-Victor de

Marseille (novembre 1403).

[106] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81.

[107] Collect. des Documents inédits, _Itin. de Philippe le

Hardy_, p. 567.

Ainsi se termine cette première phase de la lutte engagée entre Benoît

XIII et ses adversaires, les Avignonnais et les cardinaux. Pendant

cette période, la Cour de France, opposée aux mesures de rigueur,

avait autant que possible cherché à ménager les uns et les autres, et

sans vouloir prêter aucun appui matériel aux partis en présence, par

déférence pour la personne du pape, qui était directement en cause.

Mais dans la seconde phase (1410-1411), ce n'est pas Benoît XIII, mais

ses parents et ses partisans qui soutiennent dans les terres de

l'Église, les armes à la main, les droits du souverain pontife. C'est

presque une guerre étrangère en plein royaume de France, et c'est ce

qui explique l'intervention militaire de Charles VI en faveur des

Avignonnais et des Comtadins contre les troupes catalanes de

l'anti-pape.

De Marseille, Benoît XIII s'empresse de désavouer les lettres

qu'il avait pu écrire contre la voie de cession et s'engage, sur

la demande du due d'Orléans, à exécuter les clauses du traité de

Château-Renard[108]. Il se rapproche de plus en plus de la Cour de

France, au point que le bruit se répand que Benoît XIII va être

conduit à Rome sous l'escorte de Boucicaut, alors gouverneur de Gênes

pour Charles VI, et solennellement couronné (1404-1405)[109].

Personnellement, Benoît XIII avait la ferme intention de se rendre à

Savone ou à Gênes pour avoir une entrevue avec Grégoire XII, son

rival, le pape de Rome[110]. En 1405, il envoyait aux États du Comtat

une ambassade pour demander le vote de subsides afin de lui permettre

d'entreprendre ce voyage «pour l'union de l'Église[111]». En 1406, une

nouvelle ambassade arrivait de Savone, faisant un pressant appel

d'argent au pays pour que Benoît XIII pût aller plus loin, toujours

dans l'intérêt de l'Église[112]. Mais, soit mauvaise volonté, soit

pénurie d'argent, les États ne répondirent pas aux instances réitérées

de leur suzerain. Du reste, ce projet d'entrevue entre les deux

pontifes rivaux qui était bien accueilli, car on y voyait une

intention réciproque de terminer le schisme, n'aboutit pas. Grégoire

XII refusa de se rendre à Savone, où Benoît XIII se trouva seul

(novembre 1407)[113]. Du même coup, le projet prêté à la Cour de

France de faire couronner Benoît XIII à Rome fut définitivement

abandonné à la mort de Louis d'Orléans, qui en était le partisan (23

novembre 1407)[114].

[108] Jarry, _op. cit._, pièces justific. XXIII et XXIV, pp. 444,

445, 428.

[109] _Id._, pp. 294, 338.

[110] Martène et Durand, _Thesaurus novus_, Anecdot. II, col.

1389.--Pastor, _Hist. de la Papauté_, trad. franç., I, pp. 185,

186.

[111] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310.

[112] Voy. chap. Ier, pp. 16, 17.

[113] Pastor, _op. cit._, I, p. 186.

[114] Jarry, _op. cit._, pp. 351, 352.

Louis XI et Les États Pontificaux de France au XVe siècle · 第 2 / 19 段