BIENHEUREUX PÈRE,

L’évêque du Mans, se prosternant aux pieds de Votre Sainteté, vous

expose humblement ce qui suit:

On ne trouve presque pas de jeunes époux qui veuillent avoir une trop

nombreuse famille, et ils ne peuvent cependant pas, raisonnablement,

s’abstenir de l’acte conjugal.

Ils se sentent ordinairement très offensés lorsque leurs confesseurs

les interrogent sur la manière dont ils usent des droits matrimoniaux;

on n’obtient pas, par les avertissements, qu’ils se modèrent dans

l’exercice de l’acte conjugal, et ils ne peuvent se déterminer à trop

augmenter le nombre de leurs enfants.

Aux murmures de leurs confesseurs, ils opposent l’abandon des

sacrements de pénitence et de l’Eucharistie, donnant ainsi de mauvais

exemples à leurs enfants, à leurs domestiques et aux autres chrétiens;

la religion en éprouve un préjudice considérable.

Le nombre des personnes qui s’approchent du tribunal diminue d’année

en année, dans beaucoup d’endroits, et c’est surtout pour cette

raison-là, de l’aveu d’un grand nombre de curés qui se distinguent par

leur piété, leur science et leur expérience.

Quelle était donc la conduite des confesseurs d’autrefois? disent

beaucoup de personnes. Chaque mariage ne produisait pas, généralement,

un plus grand nombre d’enfants qu’il n’en produit aujourd’hui. Les

époux n’étaient pas plus chastes et néanmoins ils ne manquaient pas au

précepte de la confession pascale.

Tout le monde reconnaît que l’infidélité d’un époux entraîne de très

graves péchés. Or, c’est à peine si on peut persuader à quelques

personnes qu’elles sont tenues, sous peine de péché mortel, de rester

parfaitement chastes dans le mariage, ou de courir le risque

d’engendrer un grand nombre d’enfants.

Le susdit évêque du Mans, prévoyant les grands maux qui peuvent

résulter d’une semblable manière d’agir, sollicite, dans sa douleur,

de votre Béatitude, une réponse aux questions suivantes:

1º Les époux qui usent du mariage de manière à empêcher la conception

commettent-ils un acte en soi mortel?

2º Cet acte étant considéré comme mortel en soi, peut-on considérer

les époux qui ne s’en accusent pas comme étant dans une bonne foi qui

les excuse d’une grave faute?

3º Doit-on approuver la conduite des confesseurs qui, pour ne pas

blesser les personnes mariées, s’abstiennent de les interroger sur la

manière dont ils usent du mariage?

Les pornographes sacrés: La confession et les confesseurs Appendice: Pieuses exhortations, par Monseigneur Claret; Mœchialogie, par le R. P. Debreyne; Compendium; et les Diaconales, par Monseigneur Bouvier · 第 190 / 211 题