Oh! mon histoire n’est pas terminée.
Il arriva forcément un jour où le neveu dut faire des dettes.
Il arriva également un autre jour où les créanciers, ne pouvant être
payés par le neveu, s’adressèrent à l’oncle.
Humbles et chétifs créanciers! créanciers du toit, du vêtement et de la
nourriture!
Ce jour là, l’oncle irrité supprima la pension de soixante francs à son
neveu.
Comment fit celui-ci pour vivre? Je l’ignore. Comment font tant
d’autres?...
Des récits lamentables parvenaient par intervalles aux oreilles de
l’oncle, qui se contentait de proférer un de ses axiomes:
--Il est bon qu’un garçon mange de la vache enragée.
Une fois, il reçut une lettre d’un accent désespéré, dans laquelle
son neveu l’avertissait qu’il était à bout de ressources honnêtes,
et que si le ciel ou son «bon oncle» ne lui venait en aide dans
les quarante-huit heures, il se verrait obligé de mettre fin à son
existence.
--Bah! bah! murmura l’oncle, en haussant les épaules.
--Déclamations de jeune homme! ajouta la domestique.
Les quarante-huit heures écoulées, le jeune homme fit comme il avait
dit. Il se tua.
Ce qui se passa dans l’âme de l’oncle à cette nouvelle, on ne l’a
jamais su.
Peut-être ne se passa-t-il rien.
Seulement, cinq ou six ans après la mort de son neveu, il se chargea de
son épitaphe.
Je vais vous dire comment.
C’était sur la fin d’un gros dîner, entre vieilles bêtes retirées des
affaires.
L’une d’elles vint à s’adresser à l’oncle:
--N’aviez-vous pas encore de la famille, il y a quelques années?
L’oncle répondit, en pelant une poire:
--Oui, j’avais un neveu... _qui a mal tourné_.